Élection présidentielle gabonaise de 2016

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Élection présidentielle gabonaise de 2016
Type d’élection Présidentielle
Corps électoral et résultats
Inscrits 627 805
Votants 373 310
57,35 %
Ali Bongo Ondimba, President of Gabon at the Climate Security Conference in London, 22 March 2012.jpg Ali Bongo – PDG
Voix 177 722
50,66 %
Jean Ping 080202-F-1644L-081 0YWDF.jpg Jean Ping – FUOPA
Voix 172 128
47,24 %
Président du Gabon (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Sortant Élu
Ali Bongo
PDG
Ali Bongo
PDG

Une élection présidentielle gabonaise s'est tenue le afin d'élire le président de la République gabonaise. Ali Bongo est réélu de manière controversé et non reconnu par l'opposition, ce qui mène à une crise post électorale

Mode de scrutin[modifier | modifier le code]

Le président de la République gabonaise est élu au scrutin uninominal majoritaire à un tour pour sept ans[1]. Les Gabonais résidant à l'étranger peuvent y participer[2].

Contexte[modifier | modifier le code]

Le président sortant Ali Bongo, du Parti démocratique gabonais, a été élu en 2009, succédant ainsi à son père Omar Bongo, président de la République de 1967 à sa mort.

Candidats[modifier | modifier le code]

Jean Ping est choisi comme candidat par le Front uni de l'opposition pour l'alternance le . Plusieurs personnalités de cette coalition dénoncent néanmoins les conditions de sa désignation[3].

Le , Ali Bongo annonce être candidat à sa succession[4].

Le , Guy Nzouba-Ndama, président de l'Assemblée nationale jusqu'à la semaine précédente, annonce sa candidature dissidente du parti au pouvoir[5].

Casimir Oyé Mba, ancien Premier ministre, est également candidat, soutenu par l'Union nationale (UN)[6].

Paul Mba Abessole (RPG, majorité), après avoir été investi par son parti le , a entériné sa candidature auprès de la Commission électorale nationale autonome et permanente (Cenap) le [7],[8].

Le , la Cenap valide finalement quatorze candidatures sur dix-neuf[9]. Treize des quatorze candidatures font consensus, alors qu'une d'entre-elles n'est validée qu'à cinq voix contre trois : Ali Bongo[10]. Paul Marie Gondjout, un des trois membres de la commission opposés à cette candidature, justifie son vote : il ne considère pas Ali Bongo comme éligible car il ne serait pas né gabonais[9].

La lutte autour de la véracité des actes de naissance d'Ali Bongo a occupé une place prépondérante durant toute la campagne électorale[10]. L'opposition qualifie cette candidature de « fraude évidente »[10], et organise alors en juillet des manifestations, violemment réprimées au cours desquelles un journaliste de l'AFP est passé à tabac par les forces de l'ordre[11],[12].

Le , la Cenap établit la liste officielle des quatorze candidats à l'élection[13],[14] :

  1. Roland Désiré Aba'a Minko
  2. Pierre Claver Maganga Moussavou
  3. Jean Ping
  4. Guy Ndama Nzouba
  5. Ali Bongo Odimba
  6. Léon Paul Ngoulakia
  7. Raymond Ndong Sima
  8. Casimir Oyé Mba
  9. Dieudonné Minlama Mintogo
  10. Bruno Ben Moubamba
  11. Augustin Moussavou King
  12. Abel Mbombe Nzondou
  13. Gérard Elaa Nguema
  14. Paul Mba Abessole

Deux candidats considérés comme des leaders de l'opposition, Guy Ndama Nzouba et Casimir Oyé Mba, se retirent en faveur de Jean Ping le , le désignant comme le « candidat unique de l'opposition »[15]. Le , Léon-Paul Ngoulakia, cousin du président et ancien chef des services de renseignement, se désiste à son tour en faveur de Jean Ping[16] suivi le par Roland Désiré Aba'a, ce qui porte le nombre de candidats à 10[17].

Résultats[modifier | modifier le code]

Les résultats, d'abord annoncés pour le mardi 30, sont proclamés le mercredi 31 au soir. La commission électorale annonce que Ali Bongo remporte le scrutin à cinq mille voix près[18]. L'opposition dénonce immédiatement ces résultats[19],[20].

Une province, en particulier, retient l'attention : le Haut-Ogooué, où presque tous les inscrits (99,9 %) auraient voté (contre 59,5 % au niveau national[21]), et où Ali Bongo aurait reçu 95 % des voix[22],[23]. L'opposition a publié sur internet des photographies des procès-verbaux de l'élection, afin de justifier ses revendications.

Le , Ali Bongo est proclamé vainqueur par la Cour constitutionnelle avec 50,66 % des voix, suivi de Jean Ping avec 47,24 % des suffrages[24].

Résultats officiels[25]
Candidat Parti Votes %
Ali Bongo Parti démocratique gabonais 177 722 49,80
Jean Ping Front uni de l'opposition pour l'alternance 172 128 48,23
Bruno Ben Moubamba Union du peuple gabonais 1 896 0,53
Raymond Ndong Sima Indépendant 1 510 0,42
Pierre Claver Maganga Moussavou Parti social-démocrate 1 130 0,32
Paul Mba Abessole Rassemblement pour le Gabon 761 0,21
Gérard Ella Nguema Union nationale 583 0,16
Augustin Moussavou King Parti socialiste gabonais 553 0,15
Dieudonné Minlama Mintogo Convention nationale de l'Interposition 393 0,11
Abel Mbombe Nzoudou Indépendant 214 0,06
Invalidés/Votes blancs 16 420
Total 373 310 100,00
Inscrits 627 805 59,46

Par province[modifier | modifier le code]

Province Inscrits Électeurs Bulletins Ali Bongo Odimba Jean Ping Autres candidats
Voix % Nuls % Exprimés Voix % Voix % Voix %
Estuaire 261 643 123 884 47,35 5 834 4,71 118 050 44 064 37,33 71 868 60,88 2 118 1,79
Haut-Ogooué 71 714 71 667 99,93 367 0,51 71 300 68 064 95,46 3 071 4,31 165 0,23
Moyen-Ogooué 28 813 16 493 57,24 1 125 6,82 15 368 4 689 30,51 10 247 66,68 432 2,81
Ngounié 57 949 36 311 62,66 2 368 6,52 33 943 14 173 41,76 18 248 53,76 1 522 4,48
Nyanga 25 195 14 926 59,24 1 006 6,74 13 920 6 135 44,07 7 250 52,08 535 3,84
Ogooué-Ivindo 29 997 19 681 65,61 1 289 6,55 18 392 12 131 65,96 5 977 32,5 284 1,54
Ogooué-Lolo 28 048 19 779 70,52 1 540 7,79 18 239 9 713 53,25 8 143 44,65 383 2,1
Ogooué-Maritime 62 146 28 218 45,41 1 316 4,66 26 902 7 983 29,67 18 363 68,26 556 2,07
Woleu-Ntem 54 662 36 924 67,55 1 377 3,73 35 547 8 818 24,81 25 914 72,9 815 2,29
Gabonais de l’étranger 7 638 5 427 71,05 205 3,78 5 222 1 952 37,38 3 047 58,35 223 4,27

Violences post-électorales[modifier | modifier le code]

Après l'annonce des résultats, des manifestants descendent dans les rues le , et l'Assemblée nationale prend feu, à Libreville. La garde républicaine disperse alors les manifestants avec des tirs à balles réelles[26]. Au moins 1000 personnes sont arrêtées, militants de Jean Ping, pilleurs ou simples citoyens. Le QG de Jean Ping est pris d'assaut à l'arme lourde à 1h du matin par les forces de sécurité, la garde présidentielle et la police[27]. On compte au moins 27 morts et des dizaines de disparus[28]. En violation du droit international[29], les connexions internet sont coupés totalement[30] dans un premier temps puis partiellement rétablies cinq jours plus tard[31], avec accès interdit aux réseaux sociaux[32] pendant plusieurs semaines.

Réactions internationales[modifier | modifier le code]

Le dimanche de l'élection, le Parti socialiste français déclare dans un communiqué : « Voilà plus d’un demi-siècle que la famille Bongo gouverne le Gabon. Une alternance serait signe de bonne santé démocratique et un exemple[33] ».

Après l'annonce des résultats par province, le gouvernement français demande la publication des résultats par bureau de vote[34]. De même, les États-Unis demandent une publication détaillée des résultats[35]. De son côté, l'Union européenne dénonce un manque de transparence de ces élections[36].

Le 2 octobre, Le Journal du dimanche révèle qu'Ali Bongo a fait espionner les observateurs européens. Par ailleurs, l'un des émissaires a dû être exfiltré à la suite de menaces de mort[37].

Le , le Parlement européen adopte une résolution condamnant le déroulement des élections et les abus des droits de l'homme qui s'ensuivirent. La résolution, s'appuyant sur les résultats de la mission d'observation électorale européenne, juge que les résultats de la présidentielle sont « extrêmement douteux » et remettent en cause la légitimité d'Ali Bongo[38],[39].

Analyses[modifier | modifier le code]

Les analyses soulignent fréquemment la proximité des deux principaux protagonistes, hommes « issus du même sérail »[40] qui ont « évolué ensemble dans le même moule politique »[41], dans un pays où de toute façon l'opposition est « historiquement faible, mal organisée, et souvent prête à pactiser avec le pouvoir »[42]. Jean Ping a été directeur de cabinet puis plusieurs fois ministre d'Omar Bongo, le père du candidat sortant, et aussi le compagnon de sa sœur, Pascaline Bongo, avec laquelle il a eu deux enfants[40]. Aux yeux de l'opinion, ni Ali Bongo ni lui ne peuvent apparaitre comme des hommes neufs et exempts de responsabilité dans la gestion passée du pays[41]. Casimir Oyé Mba et Guy Nzouba-Ndama, tardivement ralliés à Jean Ping, sont perçus comme « des politiciens du sérail et des technocrates sans véritable assise populaire »[42]. Toutefois, suite à plusieurs voyages de pré-campagne à l'intérieur du pays et dans les régions les plus reculées du pays, Jean Ping a su regagner la confiance des Gabonais. Depuis l'attaque du QG de Jean Ping le 31 août 2016, au côté des Gabonais, il s'engage encore à consacrer toute son action au rétablissement de la vérité des urnes[43].

Quant à Ali Bongo, toujours en mal de légitimité auprès du peuple gabonais, et suite à la remise en cause du scrutin par l'opposition et les institutions internationales, il a cherché à contrôler la situation en appelant au Dialogue national d’Angondjé. La Coalition pour la Nouvelle République a refusé d'y participer, voulant rompre avec le processus du dialogue prôné au nom d'une « démocratie apaisée » mais non respectueux du peuple gabonais souverain.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Gabon: Jean Ping désigné candidat à la présidentielle », sur rfi.fr, .
  2. Gaston Ella, « Moubelet Boubeya lance les opérations électorales pour la présidentielle de 2016 », sur gabonactu.com, .
  3. Claire Rainfroy, « Présidentielle au Gabon : quatre questions sur la candidature de Jean Ping », sur jeuneafrique.com, .
  4. « Le président gabonais Ali Bongo candidat à un deuxième mandat », sur lemonde.fr, .
  5. « Gabon : Guy Nzouba-Ndama annonce sa candidature à la présidentielle », sur jeuneafrique.com, .
  6. « Casimir Oyé Mba : « Je demande aux Gabonais de me pardonner », sur jeuneafrique.com, (consulté le 2 juillet 2016).
  7. « Présidentielle 2016 : clôture mardi de l’enregistrement des candidatures », Gabonactu,‎ (lire en ligne).
  8. « Présidentielle 2016 : Paul Mba Abessole candidat de la majorité au pouvoir », Gabonactu,‎ (lire en ligne).
  9. a et b « Gabon: la commission électorale valide 14 candidatures pour la présidentielle », sur rfi.fr, (consulté le 18 juillet 2016).
  10. a, b et c « Présidentielle 2016 : Le nouvel acte de naissance d’Ali Bongo, raconté par P.M. Gondjout », sur gabonreview.com, (consulté le 18 juillet 2016).
  11. « Gabon : à l’approche de l’élection présidentielle, l’opposition violemment réprimée », sur france24.com, (consulté le 24 août 2016).
  12. « Gabon : des heurts lors d’une marche de l’opposition, 11 arrestations », sur jeuneafrique.com, (consulté le 24 août 2016).
  13. Gabonnews, « CENAP - Liste des candidats à la présidentielle 2016 », ALibreville.com,‎ (lire en ligne).
  14. Gabonews, « Gabon : CENAP - Liste des candidats à la présidentielle », Allafrica.com,‎ (lire en ligne).
  15. « Le jeu politique modifié après les nouveaux soutiens à Jean Ping », sur rfi.fr, .
  16. Claire Rainfroy, « Présidentielle au Gabon : Léon-Paul Ngoulakia se range derrière Jean Ping », Jeune Afrique,‎ (lire en ligne).
  17. « Gabon : dernière ligne droite avant le scrutin présidentiel », sur Jeune Afrique, (consulté le 27 août 2016).
  18. « Présidentielle au Gabon: Bongo proclamé vainqueur par le ministre de l'Intérieur », sur LExpress.fr (consulté le 31 août 2016).
  19. « Présidentielle au Gabon : le président sortant donné vainqueur, l'opposition crie au scandale », sur lesechos.fr (consulté le 31 août 2016).
  20. « Ali Bongo réélu au Gabon, l'opposition crie à la fraude », sur Boursier.com (consulté le 31 août 2016).
  21. « Présidentielle au Gabon : Ali Bongo réélu pour un deuxième septennat », sur leparisien.fr (consulté le 2 septembre 2016).
  22. « Présidentielle au Gabon : un millier d'interpellations depuis mercredi soir », sur europe1.fr (consulté le 2 septembre 2016).
  23. Gabon : Ces chiffres qui démontrent qu’Ali Bongo a perdu la présidentielle
  24. « Gabon : la Cour constitutionnelle valide la réélection du président Ali Bongo - France 24 », sur France 24 (consulté le 24 septembre 2016).
  25. « Résultats officiels de l’élection présidentielle 2016 au Gabon », Ministère de l’Intérieur, de la Décentralisation, de la Sécurité et de l’Hygiène publiques (Gabon), .
  26. « Gabon : "La garde républicaine a dispersé la foule en tirant à balles réelles" », Europe 1,‎ (lire en ligne).
  27. « Gabon : le QG de l'opposant Jean Ping attaqué, deux morts selon son camp - France 24 », France 24,‎ (lire en ligne).
  28. « Duel gabonais en vue à la CPI », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne).
  29. « L'accès à Internet : un nouveau droit de l'homme, selon l'ONU », 01net,‎ (lire en ligne).
  30. « Gabon : débrancher Internet, le réflexe de l'autocrate », Libération.fr,‎ (lire en ligne).
  31. « Gabon : internet partiellement rétabli à Libreville après cinq jours de coupure totale », Europe 1,‎ (lire en ligne).
  32. « Crise post-électorale au Gabon: l’accès aux réseaux sociaux bloqué - RFI », RFI Afrique,‎ (lire en ligne).
  33. « Élection présidentielle au Gabon : le Parti socialiste espère que la démocratie l'emportera - Parti socialiste », sur parti-socialiste.fr, (consulté le 2 septembre 2016).
  34. « Présidentielle au Gabon : la France demande la publication des résultats de tous les bureaux de vote (Quai d'Orsay) », sur dakaractu.com, .
  35. « Tension post-électorale au Gabon : Hollande appelle à «l'apaisement» », sur rfi.fr (consulté le 2 septembre 2016).
  36. « Présidentielle au Gabon : l'Union européenne déplore un "manque de transparence" », Jeune Afrique, (consulté le 2 septembre 2016).
  37. Maxime Magnier, « Élection présidentielle au Gabon : Ali Bongo a fait espionner les observateurs européens », rtl.fr, 2 octobre 2016.
  38. « Crise post-électorale : l'UE adopte une résolution contre le Gabon », RFI, .
  39. « Résolution du parlement européen contre le Gabon », sur rfi.fr, .
  40. a et b Tirthankar Chanda, « Ali Bongo versus Jean Ping : autopsie d'une brouille », sur RFI.fr, .
  41. a et b Clotaire Messi Me Nang (enseignant-chercheur à l’université Omar Bongo de Libreville, interrogé par Jean-Pierre Bat), « Les Gabonais ont conscience que le pays amorce un tournant historique pour son avenir », sur Libération.fr, .
  42. a et b Florence Bernault (professeur à l'université de Wisconsin-Madison), « Gabon : les paradoxes d’une dictature « soft » », sur Le Monde.fr, .
  43. « Requête en révision des décisions n50/CC et n52/CC 2016 », sur Gabon – Jean Ping (consulté le 23 mai 2018)