Élection présidentielle française de 2002

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Élection présidentielle française de 2002

(1er tour)

(2e tour)
Type d’élection élection présidentielle
Corps électoral et résultats
Inscrits 41 191 169
Votants au 1er tour 29 495 733
71,60 %  −6,8
Votes blancs et nuls au 1er tour 997 262
Votants au 2d tour 32 832 295
79,71 %  0
Votes blancs et nuls au 2d tour 1 769 307
Jacques Chirac-2008-12-17.jpg Jacques Chirac – RPR
Voix au 1er tour 5 665 855
19,88 %
 −1
Voix au 2e tour 25 537 956
82,21 %
Jeanmarielepen-profile-harounaaron (cropped 2).png Jean-Marie Le Pen – FN
Voix au 1er tour 4 804 713
16,86 %
 +1,9
Voix au 2e tour 5 525 032
17,79 %
Lionel Jospin, mai 2014, Rennes, France (cropped 2).jpg Lionel Jospin – PS
Voix au 1er tour 4 610 113
16,18 %
 −7,1
BayrouEM (cropped 2).jpg François Bayrou – UDF
Voix au 1er tour 1 949 170
6,84 %
Arlette Laguiller.jpg Arlette Laguiller – LO
Voix au 1er tour 1 630 045
5,72 %
 +0,4
2014-07-14 11-07-47 defile-militaire-belfort (cropped).jpg Jean-Pierre Chevènement – MDC
Voix au 1er tour 1 518 528
5,33 %
Noel Mamere Europe Ecologie 2009-06-03 n2 (cropped).jpg Noël Mamère – Les Verts
Voix au 1er tour 1 495 724
5,25 %
Olivier Besancenot - Photothèque Rouge-JMB - 2006-09-25 p3.jpg Olivier Besancenot – LCR
Voix au 1er tour 1 210 562
4,25 %
Jean Saint-Josse.JPG Jean Saint-Josse – CPNT
Voix au 1er tour 1 204 689
4,23 %
Ministru prezidenta un Augsta līmeņa darba grupas tikšanās (4013041653) (cropped).jpg Alain Madelin – DL
Voix au 1er tour 1 113 484
3,91 %
Robert Hue 09812 (cropped).jpg Robert Hue – PCF
Voix au 1er tour 960 480
3,37 %
 −5,3
Président de la République française
Sortant Élu
Jacques Chirac (RPR) Jacques Chirac (RPR)

L'élection présidentielle française de 2002 a pourvu à l'élection, au suffrage universel et au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, du président de la République française pour le premier mandat quinquennal de l'histoire. C'est la huitième élection présidentielle de la Ve République et la septième au suffrage universel direct. Le scrutin se tient les et .

Cette élection intervient après cinq ans de cohabitation entre le Premier ministre socialiste, Lionel Jospin, et le président de la République, issu du RPR, Jacques Chirac. Tous deux sont donnés favoris tout au long de la campagne, mais souffrent de leur grande proximité programmatique, notamment sur les sujets européens. Lionel Jospin affirme que son programme est « moderne, mais pas socialiste », ce qui continue de brouiller les lignes. Jacques Chirac axe sa campagne sur sa critique des prélèvements obligatoires et de l'insécurité[1].

Le « troisième homme » est un temps le souverainiste Jean-Pierre Chevènement[2], avant que la fin de campagne n'avantage le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, qui présente un programme nationaliste en seize points[3].

À la surprise générale, le premier tour place en tête Jacques Chirac (19,88 %) et Jean-Marie Le Pen (16,86 %). Lionel Jospin arrive en troisième position avec 16,18 % des voix. Ce résultat s'explique en partie par la division de la gauche plurielle et par les bons scores réalisés par l'extrême gauche. C'est la deuxième fois qu'un candidat de gauche n'est pas présent au second tour d'une élection présidentielle sous la Ve République et la première fois qu'un candidat d'extrême droite y figure. Enfin, et pour la première fois sous la Ve République, aucun candidat ne franchit le seuil de 20 % au premier tour.

Au second tour, Jacques Chirac l'emporte avec 82,21 % des suffrages, grâce au soutien massif de la gauche, qui applique le concept du front républicain face au candidat du Front national. La quasi-totalité des candidats éliminés au premier tour, de la société civile et des médias de masse avait appelé à voter Jacques Chirac, explicitement ou non.

Cette élection marque durablement la vie politique française. Au soir de sa défaite, Lionel Jospin annonce son retrait de la vie politique, puis présente la démission de son gouvernement. Après sa réélection, Jacques Chirac nomme un gouvernement dont les ministres proviennent de partis appelés à former l'UMP. Ce scrutin a par la suite favorisé le concept de vote utile, tandis que l'expression de « 21 avril », en référence aux résultats du premier tour de cette élection, s'est imposée.

Contexte[modifier | modifier le code]

En 1997, après la victoire de la gauche plurielle aux élections législatives, le président Jacques Chirac nomme le premier secrétaire du Parti socialiste, Lionel Jospin, à la tête du gouvernement. C'est le début de la troisième cohabitation.

Le climat politique est, d'après les descriptions du moment, particulièrement négatif, sans enjeu réel, sujet à la contestation, sur fond d'affaires judiciaires et dans un paysage politique très éclaté[4],[5].

À la suite du référendum de 2000, le mandat du président de la République française passe de sept à cinq ans. Le gouvernement Jospin choisit ensuite de placer la présidentielle avant les législatives, afin de redonner la primauté au Président et de limiter les risques de cohabitation.

Candidats[modifier | modifier le code]

Évoquant la quête des parrainages par les candidats, l'universitaire Patrick Grosieux souligne que « jamais, depuis l’instauration du suffrage universel en 1962, cette formalité n’avait été aussi rude »[6].

Le Conseil constitutionnel présente, le , la liste des candidats dans un ordre tiré au sort[7]. Un record de seize personnalités parviennent à réunir les 500 présentations nécessaires pour se présenter à cette huitième élection présidentielle sous la Ve République.

Charles Pasqua, Pierre Rabhi, Dieudonné ou encore Renaud Camus font partie des candidats n'étant pas parvenus à recueillir les 500 présentations.

Extrême gauche[modifier | modifier le code]

Gauche[modifier | modifier le code]

Alain Lipietz se voit désigné candidat des Verts après avoir gagné la primaire écologiste mais il doit renoncer en raison de la polémique suscitée par son appel à amnistier les auteurs de crimes de sang en Corse, y compris les assassins du Préfet Erignac : il est remplacé par Noël Mamère, qui avait échoué face à lui au second tour et dont la candidature est « discrètement soutenue par la direction du Parti socialiste qui redoutait qu’Alain Lipietz ne compromette définitivement en 2002 les chances de la majorité plurielle sortante »[6].

Centre[modifier | modifier le code]

Droite[modifier | modifier le code]

Extrême droite[modifier | modifier le code]

Les tensions présentes depuis plusieurs années au sein du Front national aboutissent à une scission à la fin des années 1990.

Lors du conseil national de , les partisans du délégué général du FN, Bruno Mégret, conspuent le président du parti depuis sa création, Jean-Marie Le Pen. Celui-ci fait exclure Bruno Mégret, qui cherchait à transformer le FN en parti de gouvernement en nouant des alliances avec la droite parlementaire. En , Mégret fonde le Front national-Mouvement national, qui devient ensuite le Mouvement national républicain (MNR). Une majorité de cadres et d'élus du Front national décident alors de le suivre.

L'extrême droite se trouve fragilisée par ces divisions. Aux élections européennes de 1999, le FN arrive en huitième position avec 5,7 % des voix, contre 3,3 % à la liste conduite par Bruno Mégret.

Jean-Marie Le Pen peine à réunir les 500 parrainages nécessaires pour se présenter, handicapé par la quête parallèle de Bruno Mégret et par les pressions de certains proches de Jacques Chirac sur certains élus modérés de droite[6].

Sondages[modifier | modifier le code]

Premier tour[modifier | modifier le code]

Le est inédit dans la vie politique française, puisqu'un représentant d'un parti classé à l'extrême droite de l'échiquier politique a réussi à se qualifier pour le second tour d'une élection présidentielle. Pour la deuxième fois sous la Cinquième République, la gauche n'est pas représentée au second tour d'une élection présidentielle (le second tour de l'élection de 1969 avait vu s'opposer deux candidats de droite, en l'occurrence Georges Pompidou et Alain Poher).

C'est également le plus fort taux d'abstention observé au premier tour d'une élection présidentielle, et ce depuis le passage en 1962 au suffrage universel, avec 28,4 %. Pour la deuxième fois consécutive, les deux candidats présents au second tour totalisent moins de 50 % des suffrages exprimés (36,74 % en 2002, 44,14 % en 1995), ce qui oblige près des deux tiers des électeurs à faire un autre choix que celui qu'ils avaient fait au premier tour.

À 20 heures, les estimations donnent Jacques Chirac en tête avec 20 % des voix, contre 17 % à Jean-Marie Le Pen, lequel élimine Lionel Jospin, donné à 16 % des suffrages. Ce dernier annonce le soir même son retrait de la vie politique.

Si le premier tour a connu un nombre record de candidats, seuls 3 sur 16 n'ont pas dépassé 2 % des suffrages exprimés (Corinne Lepage, Christine Boutin et Daniel Gluckstein), contre 7 sur 12 en lice lors de l'élection présidentielle de 1974[6].

Entre-deux-tours[modifier | modifier le code]

Candidat arrivé en tête par département au 1er tour :
  •      Jacques Chirac
  •      Jean-Marie Le Pen
  •      Lionel Jospin
  •      Christiane Taubira

À l'exception du MNR, qui appelle au soutien du candidat Jean-Marie Le Pen et de Lutte ouvrière et du Parti des travailleurs qui refusent de soutenir un candidat ou un autre, tous les candidats du premier tour appellent à voter pour Jacques Chirac.

Des manifestations se déroulent dans la nuit du au , puis les et , dans les grandes villes françaises, pour protester contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour[8]. Ces manifestations se sont poursuivies durant tout l'entre-deux-tours atteignant leur apogée pour le .

  • Mercredi  : 60 000 personnes dans les rues des grandes villes.
  • Jeudi  : 250 000 personnes dans les rues des grandes villes.
  • Samedi  : 200 000 personnes dans les rues des grandes villes, dont 45 000 à Paris.
  • Mercredi  : de 1 300 000 (chiffres du ministère de l'Intérieur) à 2 000 000 (selon les organisateurs) manifestants dans une centaine de villes (dont 400 000 à Paris, toujours selon le ministère de l'Intérieur[9]).

De son côté, le Front national mobilise, le , entre 10 000 (selon la police) et 100 000 (selon les organisateurs) personnes au défilé annuel du parti à Paris en l'honneur de Jeanne d'Arc et pour soutenir Jean-Marie Le Pen[9].

Jacques Chirac refuse de débattre à la télévision avec Jean-Marie Le Pen. Un mouvement, lancé par des militants de gauche et d'extrême gauche sur internet, invite les électeurs de gauche à aller voter pour Jacques Chirac « avec des gants ou une pince à linge sur le nez ». Lors de son grand meeting de l'entre-deux-tours, Jean-Marie Le Pen a suggéré à ces électeurs de voter avec « une casserole sur la tête, ils auront ainsi l'air de ce qu'ils sont »[10].

Second tour[modifier | modifier le code]

Jacques Chirac est réélu président de la République avec 82,21 % ; Jean-Marie Le Pen obtient 17,79 % des suffrages exprimés, avec 720 319 voix supplémentaires par rapport au premier tour, soit une progression de 15 %. Avec 19 872 101 voix supplémentaires par rapport au premier tour, Jacques Chirac réalise une progression de 350 %.

Les consignes de vote des candidats éliminés au premier tour et l'alliance de la quasi-totalité de la classe politique pour faire barrage au président du Front national permettent à Jacques Chirac d'obtenir ce résultat. Il s'agit en effet du plus important score réalisé en France dans une élection présidentielle au suffrage universel direct, Louis-Napoléon Bonaparte n'avait pas obtenu autant en 1848 (74,2 %).

Le au matin, Lionel Jospin présente sa démission. Quelques heures plus tard, Jacques Chirac nomme Jean-Pierre Raffarin au poste de Premier ministre.

Résultats[modifier | modifier le code]

Résultats détaillés[modifier | modifier le code]

Premier tour
le
Second tour
le
Nombre % des
inscrits
% des
votants
Nombre % des
inscrits
% des
votants
Inscrits 41 194 689 41 191 169
Votants 29 495 733 71,60 % 32 832 295 79,71 %
   suffrages exprimés 28 498 471 96,62 % 31 062 988 94,61 %
   bulletins blancs ou nuls 997 262 3,38 % 1 769 307 5,39 %
Abstentions 11 698 956 28,40 % 8 358 874 20,29 %
Candidat
Parti politique
Voix % des
exprimés
Voix % des
exprimés
  Jacques Chirac
Rassemblement pour la République, soutenu par le Parti radical, le Parti populaire pour la démocratie française et des dissidents de l'Union pour la démocratie française
5 665 855 19,88 % 25 537 956 82,21 %
  Jean-Marie Le Pen
Front national
4 804 713 16,86 % 5 525 032 17,79 %
  Lionel Jospin
Parti socialiste
4 610 113 16,18 %
  François Bayrou
Union pour la démocratie française
1 949 170 6,84 %
  Arlette Laguiller
Lutte ouvrière
1 630 045 5,72 %
  Jean-Pierre Chevènement
Mouvement des citoyens, soutenu par le Pôle républicain
1 518 528 5,33 %
  Noël Mamère
Les Verts
1 495 724 5,25 %
  Olivier Besancenot
Ligue communiste révolutionnaire
1 210 562 4,25 %
  Jean Saint-Josse
Chasse, pêche, nature et traditions
1 204 689 4,23 %
  Alain Madelin
Démocratie libérale
1 113 484 3,91 %
  Robert Hue
Parti communiste
960 480 3,37 %
  Bruno Mégret
Mouvement national républicain
667 026 2,34 %
  Christiane Taubira
Parti radical de gauche
660 447 2,32 %
  Corinne Lepage
Citoyenneté action participation pour le XXIe siècle
535 837 1,88 %
  Christine Boutin
Forum des républicains sociaux
339 112 1,19 %
  Daniel Gluckstein
Parti des travailleurs
132 686 0,47 %
Sources : Site officiel du Conseil constitutionnel : premier tour, second tour


Jacques
Chirac
(82,21 %)
Jean-Marie
Le Pen
(17,79 %)

Analyse générale[modifier | modifier le code]

Le premier tour de l’élection présidentielle marque plusieurs succès pour Jean-Marie Le Pen :

Ce bon résultat de Jean-Marie Le Pen doit toutefois être resitué dans un contexte de forte fragmentation de l'offre politique (16 candidats), et de fort émiettement électoral. Le candidat du FN ne gagne en effet que 230 000 voix par rapport au résultat qu'il avait obtenu au premier tour de l'élection présidentielle de 1995. Les faibles résultats obtenus par les candidats du PS et du RPR ont indirectement favorisé le succès de Jean-Marie Le Pen, dont le socle électoral s'est avéré être beaucoup plus stable entre deux élections.

En ce qui concerne les deux « candidats sortants », leurs scores sont médiocres : Jacques Chirac ne réalise que 19,88 %, soit près d'un point de moins que son score de 1995 mais aussi le score de premier tour le plus faible pour un président sortant ; quant au Premier ministre du gouvernement de la Gauche plurielle, il essuie un fort recul par rapport à 1995, échouant de ce fait à se qualifier pour le second tour, et n'arrive en tête qu'en Seine-Saint-Denis, en Ariège, dans la Haute-Garonne, dans les Hautes-Pyrénées, dans l'Aude, dans le Gers, dans le Tarn, dans les Landes et dans la Nièvre. En conséquence, Lionel Jospin annonce le même son retrait de la vie politique. Le score décevant du candidat socialiste a d'une certaine manière mis le voile sur la bonne tenue de la Gauche plurielle dans son ensemble, les candidats des Verts, du PRG, du PCF et du MDC cumulant plus de 15 % des suffrages exprimés.

Arrivé 4e au premier tour, François Bayrou obtient 6,84 % des suffrages exprimés, un score se situant dans la fourchette haute de ce que pouvaient lui laisser espérer les instituts de sondages avant l'élection, avec des intentions de vote plus proches des 5 %. Le candidat de l'UDF fait ainsi mieux qu'Arlette Laguiller et Jean-Pierre Chevènement, qui étaient crédités de scores supérieurs au cours de la campagne. Son score, le plus faible jamais atteint par l'UDF, s'explique notamment par la concurrence à la droite de Bayrou d'Alain Madelin, ex-UDF libéral qui recueille de son côté 3,91 % des suffrages exprimés.

L'élection présidentielle de 2002 a également été marquée par une forte poussée de l'extrême gauche trotskyste : la candidate de LO et le candidat de la LCR obtiennent chacun le meilleur score de leur parti :

  • d’une part, Arlette Laguiller, à sa 5e candidature, réalise le score le plus haut de Lutte ouvrière depuis l’élection de 1974, et s'impose comme la candidat la mieux placée à la gauche du Parti socialiste et de Lionel Jospin ;
  • Olivier Besancenot obtient également un très bon score pour son parti : 4,25 % des voix, faisant ainsi mieux qu’Alain Krivine en 1969 (1,06 %) et 1974 (0,36 %).

Robert Hue, avec 3,4 % des suffrages, obtient un résultat historiquement mauvais pour le PCF, très éloigné du score qu'il avait obtenu à l'élection présidentielle de 1995 lors de laquelle il avait obtenu près de 9 % des suffrages. Il est outre devancé tant par Arlette Laguiller que par Olivier Besancenot, ce qui constitue une inversion de tendance historique dans la famille de l'extrême gauche en France.

Noël Mamère fait, quant à lui, le meilleur score historique en France pour un candidat écologiste, surpassant même les 5 %. Ce relatif bon score lui permet d'être le seul écologiste à avoir sa campagne remboursée. Celui qui avait fait le meilleur score écologiste, en 1988, Antoine Waechter, est surpassé de presque 1,5 %.

Comptes de campagne[modifier | modifier le code]

Recettes officielles des différents candidats[11]

Conséquences[modifier | modifier le code]

Politiques[modifier | modifier le code]

De nombreux médias ayant appelé à voter Chirac à contre-cœur emploient les termes de « claque » ou de « coup de tonnerre » pour qualifier le . Ce jour marquerait la naissance de la conscience politique d'une partie de la génération née dans les années 1980 et 1990[12], tout comme le 10 mai 1981[12], fêté par la classe ouvrière et plus tard symbole de l'écart avec les gouvernés.

Ce résultat provoque une recomposition du paysage politique. Après la démission du gouvernement Jospin, Jean-Pierre Raffarin est nommé Premier ministre par Jacques Chirac. La droite parlementaire entreprend alors de se réunir dans un mouvement d'abord appelé Union pour la majorité présidentielle, qui deviendra ensuite l'Union pour un mouvement populaire (UMP). Aux élections législatives de juin 2002, la droite l'emporte largement, tandis que le Parti socialiste obtient un mauvais score.

Vote utile[modifier | modifier le code]

La présence du Front national au second tour renforce le débat sur le vote utile pour les élections suivantes[13]. Celui-ci est considéré par certains comme anti-démocratique, le premier tour devant représenter fidèlement les sensibilités politiques de l'ensemble des votants, et par d'autres comme une nécessité pour contrer la présence au second tour de tel ou tel candidat/parti jugés dangereux selon leurs critères.

Pendant la campagne pour l'élection présidentielle de 2007, le souvenir du « 21 avril » fut largement rappelé afin d'appeler à voter « utile », c'est-à-dire pour l'un des deux candidats favoris.

L'élection présidentielle de 2017 met à nouveau au second tour un candidat du Front national (Marine Le Pen, fille de Jean-Marie Le Pen) aux prises avec un candidat soutenu par les partis de gouvernement : Emmanuel Macron (En marche !), ancien ministre du président sortant François Hollande. Le souvenir du « 21 avril » est évoqué.

Le principe de l'élection primaire se diffusa en conséquence : il permet de mettre en compétition les candidats d'une même famille politique sans risque d'élimination par les Le Pen. Elle fut d'abord chez les socialistes fermée (2006) puis ouverte (2011), et est mise en place à droite en 2016.

Ainsi, en 2007 et 2012, les candidats des deux écuries ont réalisé de bien meilleurs scores et, à l'exception de François Bayrou qui réussit une campagne de 2007 contre le vote utile, tous les petits partis ont perdu des voix[14]. Seul le Front national est revenu au niveau de 2002. Pendant la campagne de 2012, plusieurs sondages ont prévu un « 21 avril à l'envers ».

Débat sur les sondages[modifier | modifier le code]

Il s'ensuit un débat concernant les techniques de sondages, leurs résultats et leurs interprétations. Si les résultats des derniers sondages étaient relativement fiables pour la majorité des candidats[15], les instituts réalisant les enquêtes ainsi que les journalistes et les personnalités politiques n'avaient pas anticipé la possible présence du Front national au second tour. Un duel RPR/PS semblant acquis, des bulletins de vote au nom de Lionel Jospin ont même été imprimés par l'équipe de celui-ci avant le premier tour[16]. Dans Le Monde du , Jean-Marie Le Pen se montre confiant dans sa capacité à accéder au second tour ; son équipe de campagne a réservé à cette date des chapiteaux pour six réunions entre les deux tours[17].

Engagement d'artistes[modifier | modifier le code]

Durant la nuit du premier tour, Saez compose et enregistre un titre en téléchargement gratuit, Fils de France.

Sur l'album Révolution.com, No One Is Innocent dénonce l'abstentionnisme dans la chanson Où étions-nous ?.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Encadré programme Jacques Chirac, journal de France 3.
  2. « Popularité : Jospin double Chirac », IPSOS, .
  3. Programme de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national et candidat à l'élection présidentielle 2002, intitulé : "Pour un avenir français", .
  4. Christophe Barbier, Elise Karlin et Éric Mandonnet, « Chirac et Jospin par défaut », sur lexpress.fr, (consulté le 25 juillet 2016).
  5. « Présidentielle : la volonté d'élimination l'emporte », Pierre Giacometti, IPSOS, .
  6. a, b, c et d Patrick Grosieux, « Le “parrainage” des prétendants à l'élection présidentielle : Simple formalité juridique ? », Revue française de droit constitutionnel, no 59,‎ , p. 567–594 (ISBN 978-2-13-054815-7, DOI 10.3917/rfdc.059.0567, lire en ligne). Via Cairn.info.
  7. « Décision Liste candidats premier tour 2002 du 04 avril 2002 », sur conseil-constitutionnel.fr, (consulté le 23 janvier 2017).
  8. Source : Libération du citant les chiffres du ministère de l'Intérieur.
  9. a et b Succès du 1er mai anti-Le Pen.
  10. http://www.humanite.fr/node/440006.
  11. http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/root/bank_mm/Cahiers/nccc34/annexe_lambert_nccc34.pdf.
  12. a et b L.EQ., « Chacun ses souvenirs politiques : pour certains, le , nous c’est le 21 avril », Libération,‎ (lire en ligne).
  13. L'effet de vote utile peut se mesurer à la quantité de voix reçues au premier tour par les deux candidats en ballotage : de 36 p. 100 en 2002, la part monte à 57 en 2007 et 55 en 2012.
  14. Nonna Mayer, Les votes Le Pen du 21 avril 2002 au 22 avril 2007, CEVIPOF, coll. « Le Panel Électoral Français 2007 : 1re vague – 29 mars - 21 avril 2007 » (lire en ligne), p. 2.
  15. Selon certains sondages du 17 au 18 avril, Jacques Chirac était crédité de 19,5 % des voix, Lionel Jospin de 18 %, Jean-Marie Le Pen de 12,5 %, François Bayrou de 6 %.
  16. leparisien.fr et AFP, « Présidentielle : «On imprime beaucoup plus de bulletins de vote pour certains candidats» », leparisien.fr, (consulté le 20 avril 2012).
  17. Éric Dupin, « Une victoire de Marine Le Pen devient envisageable », sur Slate, (consulté le 9 novembre 2016).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Fiction[modifier | modifier le code]

  • Bande dessinée : cycle en cours de parution Dantès (6 volumes). Dans les milieux de la Bourse Christophe Dantès -inspiré d'Edmond Dantès, comte de Monte-Cristo- dans sa lutte vengeresse, attaque un de ses trois ennemis, qui arrive contre toute attente en tête au premier tour de l'élection présidentielle du . Il s'appelle Charles de Salers, et est président de Nation Française dont le siège se trouve à Saint-Cloud. À l'instar de son modèle, il a une fille, Justine, engagée dans son combat.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]