Élection présidentielle américaine de 1992

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Élection présidentielle américaine de 1992
538 membres du collège électoral
(Majorité absolue : 270 membres)
Type d’élection Élection présidentielle
Suffrage universel indirect
Participation
55,2 %  +5
Bill Clinton.jpg Bill Clinton – Parti démocrate
Colistier : Al Gore
Voix 44 909 806
43,0 %
Grands électeurs 370
George H. W. Bush, President of the United States, 1989 official portrait (cropped 2).jpg George H. W. Bush – Parti républicain
Colistier : Dan Quayle
Voix 39 104 550
37,4 %
 −16
Grands électeurs 168
RossPerotColor.jpg Ross Perot – Indépendant
Colistier : James Stockdale
Voix 19 743 821
18,9 %
Grands électeurs 0
Le collège électoral en 1992
Carte
Président des États-Unis
Sortant Élu
George H. W. Bush
(républicain)
Bill Clinton
(démocrate)

L'élection présidentielle américaine de 1992 est la 52e élection au suffrage universel indirect du président des États-Unis.

Elle a lieu dans une période de fort ralentissement économique marqué par l'essoufflement de douze années de reaganisme. Elle aboutit à la victoire du démocrate Bill Clinton, gouverneur de l'Arkansas, contre le président sortant, le républicain George H. W. Bush, ce dernier étant pénalisé par la présence d'un candidat conservateur, Ross Perot, homme d'affaires du Texas. Si Bill Clinton obtient une large majorité des grands électeurs (370 contre 168), il ne reçoit qu'une majorité relative des suffrages populaires soit 43 % des voix contre 37,4 % à George Bush et 19 % à Ross Perot. Ce dernier termine deuxième dans deux États, le Maine avec 30,44 %, et l'Utah avec 27,34 %. Un sondage au cours de la campagne l'avait même donné gagnant avec 39 %.

La participation électorale est en forte hausse après trois présidences républicaines.

Contexte[modifier | modifier le code]

George Bush et Mikhaïl Gorbatchev en 1990.

George Bush a été le témoin au début de son mandat de la chute du mur de Berlin, de l'effondrement des régimes de l'Est puis de l'URSS et de la réunification allemande, marquant la victoire du monde capitaliste et l'émergence d'un nouvel ordre mondial.

Libérés de la menace soviétique, les États-Unis assument leur rôle de gendarme du monde en dépêchant un corps expéditionnaire à Panama pour y arrêter le général Noriega, coupable de trafic de drogues, puis en 1991 de diriger la plus grande coalition internationale depuis la guerre de Corée, pour libérer le Koweït qui avait été envahi par l'Irak de Saddam Hussein (Guerre du Golfe). Fort de ses succès extérieurs, d'un taux d'approbation supérieur à 80 % au milieu de l'année 1991, George Bush s'attend à une réélection facile. Néanmoins, sur le plan intérieur, l'économie est en récession, le niveau scolaire baisse, l'insécurité progresse, le nombre d'immigrés clandestins est en forte hausse, les minorités ethniques s'appauvrissent, les prestations sociales diminuent, les infrastructures se détériorent et George Bush, lors d'un accord avec le Congrès à majorité démocrate, manque à sa promesse électorale de ne pas augmenter les impôts. La campagne des primaires est ensuite notamment marquée par la hausse du chômage (7 % de la population) et par les émeutes de Los Angeles[1].

Nominations[modifier | modifier le code]

Parti démocrate[modifier | modifier le code]

Au vu de l'énorme popularité du président Bush au cours de l'année 1991, beaucoup de candidats potentiels ou attendus préfèrent laisser passer leur tour. Mario Cuomo, gouverneur de l'État de New York, ou Al Gore, sénateur du Tennessee, qui a déjà été candidat en 1988, renoncent ainsi à se présenter[2]. De même, plusieurs notables de premier plan du parti démocrate, comme le représentant Lee Hamilton (Indiana), les sénateurs Daniel Patrick Moynihan (New York), Sam Nunn (Géorgie), Bill Bradley (New Jersey), Lloyd Bentsen (Texas), Jay Rockefeller (Virginie-Occidentale), Chuck Robb (Virginie) ou encore l'ancien gouverneur Buddy Roemer (Louisiane), déclinent toute ambition pour l'élection présidentielle de 1992.

D'autres candidats, moins en vue au sein du parti et que personne ne donne gagnant face à un président aussi populaire, se mettent sur les rangs clairsemés pour tenter d'obtenir la nomination démocrate. Trois d'entre eux se distinguent nettement : Bill Clinton, Paul Tsongas et Jerry Brown.

Candidats aux primaires[modifier | modifier le code]

Primaires[modifier | modifier le code]

Résultat des élections primaires démocrates
en bleu, les États remportés par Bill Clinton
en orange, les États remportés par Bob Kerrey
en vert, les États remportés par Paul Tsongas
en jaune, les États remportés par Jerry Brown
en pourpre, les États remportés par Tom Harkin

Bill Clinton est un Sudiste, gouverneur de l'un des États les plus conservateurs du pays. Il se positionne lui-même à droite du parti, se revendiquant comme un nouveau démocrate, c'est-à-dire un centriste. Nationalement, Bill Clinton est quasiment autant inconnu que ne l'était Jimmy Carter en 1976, juste avant qu'il ne se lance dans les primaires. La seule fois où il s'est fait remarquer auparavant, c'est en prononçant un discours passablement ennuyeux et long durant la convention démocrate de 1988 qui a abouti à la nomination de Michael Dukakis.

Après la victoire de Tom Harkin, sénateur de l'Iowa, lors du caucus de l'Iowa, la presse fait état d'une aventure extra-conjugale, pendant 12 ans, de Bill Clinton avec une femme nommée Gennifer Flowers. En 1988, la candidature de Gary Hart avait été compromise à la suite d'une affaire similaire, ce que ne manquent pas de faire remarquer les médias. Bill Clinton tente alors de limiter les dégâts politiques en se présentant devant les caméras avec son épouse Hillary Clinton. Paul Tsongas remporte l'élection primaire du New Hampshire mais, contre toute attente, Bill Clinton termine second alors que les médias estiment que sa carrière est terminée à cause des révélations. En fait, sa prestation lors de son intervention télévisée avec son épouse lui a permis de surmonter son premier scandale sexuel, ce qui lui vaut alors le surnom de « Comeback Kid ».

Clinton remporte ensuite les primaires du Super Tuesday et devient le candidat favori à la nomination, suivi de près par Jerry Brown, ancien gouverneur de Californie, qui s'impose de façon inattendue au Connecticut et au Colorado. Jerry Brown est un progressiste qui a le soutien de la gauche américaine, du cinéaste Michael Moore au journaliste Christopher Hitchens en passant par l'écrivain Gore Vidal.

Le 17 mars, les succès de Brown en Illinois et au Michigan obligent son concurrent le plus proche politiquement, Tsongas, à abandonner la course. Alors qu'il est en tête dans les sondages pour les primaires de l'État de New York et du Wisconsin, Brown commet une gaffe en annonçant à ses partisans qu'il envisage de nommer le révérend Jesse Jackson comme candidat à la vice-présidence. Jackson avait été mis cause lors de l'élection présidentielle de 1984 pour des remarques désobligeantes envers les habitants de New York mais aussi pour des propos antisémites. À la suite de cette annonce, les intentions de vote pour Brown s'effondrent et le 7 avril, Clinton l'emporte de justesse au Wisconsin (37 % contre 34 %) mais plus largement à New York (41 % contre 26 %).

Brown cesse de faire campagne dans les autres États mais ne retire pas sa candidature, se réservant pour la Californie. S'il l'emporte dans cet État, il prive en effet Clinton de la possibilité d'obtenir la nomination démocrate. Après un mois de campagne et plusieurs débats, Clinton remporte finalement la Californie avec 48 % des voix contre 41 % à Brown.

Au bout du compte, sur l'ensemble des élections primaires, Bill Clinton reçoit 52,01 % des voix contre 20,20 % à Jerry Brown et 18,14 % à Paul Tsongas. Il remporte 39 États contre 3 pour Brown et 6 pour Tsongas.

Convention démocrate[modifier | modifier le code]

Al Gore, sénateur du Tennessee et candidat à la vice-présidence

La convention nationale démocrate se tient au Madison Square Garden de New York du 13 au , quelques jours après que Bill Clinton a annoncé le nom de son colistier, Al Gore. Ce choix est une surprise car, rompant avec la tradition, Clinton a choisi un candidat qui lui ressemble au lieu d'un vice-président différent et complémentaire. Gore et Clinton sont en effet tous deux de la même génération, sudistes, politiquement centristes, et élus dans des États parmi les plus conservateurs du pays.

La convention est remarquée pour sa bonne organisation et l'absence de contestations ou de dissidences internes. Le gouverneur de Pennsylvanie, le démocrate conservateur Robert P. Casey, ne peut intervenir alors qu'il entend exprimer un plaidoyer en faveur du droit à la vie et contre l'avortement. Les démocrates apparaissent donc unis face au camp républicain et au président Bush, objet de toutes les attaques des intervenants.

En fin de compte, Bill Clinton reçoit 3 372 voix de délégués contre 596 à Jerry Brown, 289 à Paul Tsongas 289, 10 à Bob Casey (non candidat), 5 à Patricia Schroeder (non candidate), 3 à Larry Agran (en) (non candidat) et 1 à Al Gore (non candidat).

Dans son discours d'acceptation, Bill Clinton promet une « nouvelle alliance » à l'Amérique afin de mettre un terme à l'accroissement des écarts de revenus entre les plus riches et les plus pauvres. À la suite de cette convention, les sondages indiquent un bond sans précédent dans les intentions de vote en faveur du candidat démocrate, le faisant passer de 25 % au printemps à 55 % à la fin du mois de juillet.

La convention est également marquée par le succès de la chansonDon't Stop, de Fleetwood Mac, qui est reprise comme thème musical pour la campagne Clinton.

Parti républicain[modifier | modifier le code]

Candidats aux primaires[modifier | modifier le code]

Élections primaires[modifier | modifier le code]

Les élections primaires républicaines, auxquelles concourt pour la dernière fois Harold Stassen, 85 ans, candidat multirécidiviste depuis 1948, sont marquées par la contestation dans les urnes de la candidature du président sortant par le conservateur Pat Buchanan. Ce dernier se fait le représentant d'un reaganisme intégral et d'une base qui n'a pas accepté le reniement de George Bush en matière fiscale. Celui-ci a promis en effet durant la campagne électorale de 1988 ne pas augmenter les impôts. Il a affirmé cette promesse durant son discours à la convention nationale en précisant « Lisez-sur mes lèvres : pas plus d'impôts » (« Read my lips, no more taxes »). Or, lors d'un accord global passé avec la majorité démocrate du Congrès, il a accepté d'augmenter les impôts. Cette promesse non tenue est au centre de la campagne de Buchanan. Au soir de l'élection de la primaire du New Hampshire, le président Bush l'emporte avec 58 % des voix. Ce résultat est cependant médiocre pour un président sortant, le score de Buchanan (40 %) démontrant l'existence d'une certaine défiance au sein de la base républicaine[3].

Bien qu'il soit impensable que Buchanan ne parvienne à s'imposer face à Bush, il maintient sa candidature et obtient chaque fois de meilleurs scores que prévu lors de chaque élection primaire, affaiblissant corrélativement le soutien à la candidature de George Bush. Ce dernier pâtit dans l'organisation de sa campagne de l'absence de Lee Atwater, l'artisan de sa victoire en 1988. Atwater est décédé d'un cancer foudroyant en 1991 alors qu'il a à peine 40 ans.

L'élection est aussi marquée par la présence de David Duke. Cet ancien chef du Ku Klux Klan a été candidat aux élections primaires démocrates en 1988 avant d'être le candidat du parti populiste. Puis il a changé d'affiliation politique, a rejoint les républicains et s'est fait élire à la chambre des représentants de Louisiane. Son score reste très marginal durant les élections primaires républicaines où il ne remporte que 0,94 % des voix.

En fin de compte, lors des élections primaires, Bush remporte 72,84 % des voix et la totalité des États, contre 22,96 % des voix à Pat Buchanan.

Résultats du vote populaire :[4]

Convention républicaine de Houston[modifier | modifier le code]

La famille Bush lors de la convention républicaine à Houston.
Le président George Bush père et son épouse Barbara.
En arrière-plan, leur fils George W. et leur belle-fille Laura

La convention nationale républicaine se tient du 17 au à l'Astrodome de Houston au Texas. Par 2 166 voix de délégués, elle reconduit George Bush comme candidat républicain à la présidence ainsi que Dan Quayle pour être celui à la vice-présidence ; 18 voix se reportent sur Pat Buchanan et une voix sur Alan Keyes.

C'est à cette occasion que l'ancien président Ronald Reagan prononce son dernier grand discours public.

La convention confirme l'ancrage à droite du Parti républicain par l'affirmation et la galvanisation des valeurs sociales conservatrices. Elle est symbolisée par le discours de Pat Buchanan sur la guerre des cultures. En même temps, le président du Comité national républicain, Richard Bond, définit le Parti républicain comme celui de l'Amérique, niant ce qualificatif pour les partisans du parti démocrate. Le discours de Buchanan, particulièrement médiatique, combatif et intransigeant, a notamment pour effet de faire basculer de nombreux républicains libéraux, centristes ou modérés vers les nouveaux démocrates de Bill Clinton. Parallèlement, elle ramène vers Bush de nombreux électeurs conservateurs, un temps séduits par la campagne de l'homme d'affaires Ross Perot, à ce moment-là hors course dans les sondages.

La convention donne de l'énergie à la base républicaine et redonne l'avantage dans les sondages au ticket Bush-Quayle.

Autres partis[modifier | modifier le code]

Ross Perot, candidat indépendant[modifier | modifier le code]

Ross Perot

Inquiet, comme une partie du public américain, du déficit de la balance budgétaire fédérale et méfiant envers les politiciens professionnels, l'homme d'affaires multimillionnaire Ross Perot décide de se présenter, sur une ligne conservatrice et populiste, comme candidat indépendant à l'élection présidentielle.

Faisant feu de tous bois, Perot dénonce l'ALENA ou encore la dette publique et met en place une organisation financée par ses soins dans l'ensemble des 50 États. En juin 1992, les sondages lui accordent 39 % d'intentions de vote contre 31 % à Bush et 25 % à Clinton. Mais Perot entame sérieusement sa crédibilité en se retirant soudainement de la course présidentielle en juillet puis, après plusieurs semaines d'absence, en présentant à nouveau sa candidature.

Nominations des petits partis[modifier | modifier le code]

Le Parti libertarien présente Andre Marrou (en), ancien membre de la Chambre des représentants de l'Alaska qui avait été candidat du parti à la vice-présidence en 1988. Nancy Lord (en) est sa colistière.

Le parti populiste présente cette fois la candidature de Bo Gritz, un vétéran du Viêt Nam.

Pour la seconde fois, la psychothérapeute Lenora Fulani (en) est la candidate du New Alliance Party (en), un mouvement féministe et socialiste. Le tandem, formé avec Maria Elizabeth Muñoz (en) pour colistière, reçoit ensuite 73 622 voix, soit 0,07 % des suffrages.

L'U.S. Taxpayers Party présente pour la première fois un candidat en la personne du militant conservateur Howard Phillips. Avec son colistier Albion Knight, Jr., il reçoit 43 369 voix, soit 0,04 % des suffrages.

Le tout nouveau Parti de la loi naturelle présente le scientifique John Hagelin avec pour colistier Mike Tompkins. Le duo, présent dans 32 États, reçoit 39 000 voix, soit 0,04 % des suffrages.

Campagne[modifier | modifier le code]

Après les conventions, Clinton et Gore parcourent les États-Unis à bord d'un bus de campagne. De son côté, les stratèges républicains mettent en cause le caractère de Bill Clinton, les accusations d'infidélités le concernant, le fait qu'il a fumé de la marijuana (sans inhaler, comme le précise lui-même le candidat démocrate), son manque d'expérience en politique étrangère ou encore le fait qu'il n'a pas fait son service militaire au Viêt Nam. Toutefois, si les succès de la politique étrangère de George Bush ne sont pas remis en doute par les démocrates, c'est qu'ils préfèrent insister sur le mauvais état de l'économie (« It's the economy stupid »). Dans le même temps, la campagne de publicité négative des démocrates ne manque pas de rappeler la promesse non tenue de campagne de George Bush de ne pas augmenter les impôts.

Le retour de Ross Perot dans la campagne au mois de septembre est d'abord bien accueilli par l'équipe de campagne de Bush, en difficulté dans les intentions de vote face à Clinton. Les républicains pensent alors que Perot va diviser le camp de leurs opposants et n'hésitent pas à accepter que Perot participe aux débats présidentiels, ce qui ne s'est jamais produit par le passé. Lors de ces débats, Clinton accroît sa crédibilité alors que Bush se retrouve sous les feux croisés des deux autres candidats et fait également preuve d'impatience ou d'ennui en regardant sa montre durant l'une des interventions de Bill Clinton.

La campagne de Bush ne parvient pas à se relancer. L'absence de Lee Atwater n'est pas compensée par l'état de l'économie. De plus, la fin de la guerre froide ne favorise pas la cristallisation du vote conservateur sur le candidat républicain, d'autant plus que la personnalité de Bush, avec ses convictions modérées, que ce soit en matière fiscale ou sociale, n'en fait pas un candidat idéal pour les plus conservateurs. Alors que le Parti républicain se divise sur les questions intérieures, le camp démocrate s'unit derrière Bill Clinton qui parvient à souder tous les courants du parti derrière sa candidature, en dépit des antagonismes idéologiques entre la gauche, le centre et la droite du parti. Ainsi, pour s'assurer du soutien des modérés et des démocrates conservateurs, Clinton met en avant sa politique centriste de gouverneur de l'Arkansas et condamne les propos polémiques de Sister Souljah, une musicienne de rap qui a déclaré, après les émeutes raciales de Los Angeles, que « si chaque jour des Noirs tuent des Noirs, pourquoi pas une semaine pour tuer des Blancs ? »[5]. Pour obtenir le soutien des progressistes du parti, Clinton évoque les politiques démocrates des années 1960, apportant son soutien aux causes sociales comme le droit des femmes à l'avortement, sujet qui n'est d'ailleurs pas du tout abordé par les candidats durant les débats.

Résultats[modifier | modifier le code]

Élection présidentielle américaine de 1992
Premier tour
Vote populaire
Second tour
Collège électoral
Inscrits 189 173 774 538
Abstentions 84 747 163 44,8 % 0 0 %
Votants 104 426 611 55,2 % 538 100 %
Bulletins enregistrés 104 426 611 538
Bulletins blancs ou nuls 2 688 0 % 0 0 %
Suffrages exprimés 104 423 923 100 % 538 100 %
Candidat Parti Suffrages Pourcentage Suffrages Pourcentage
Bill Clinton/Al Gore Parti démocrate 44 909 806 43,01 % 370 68,77 %
George H. W. Bush/Dan Quayle Parti républicain 39 104 550 37,45 % 168 31,23 %
Ross Perot/James Stockdale Sans étiquette 19 743 821 18,91 %
André Marrou/Nancy Lord Parti libertarien 290 087 0,28 %
Autres candidats - 375 659 0,36 %

Le , Bill Clinton remporte l'élection présidentielle faisant de lui le 42e président des États-Unis. S'il obtient une large majorité dans le collège électoral des grands électeurs, il ne reçoit que 43 % des voix (soit à peine plus que Michael Dukakis en 1988) contre 37 % au président sortant. C'est la première fois depuis 1968 qu'un candidat remporte la Maison-Blanche avec moins de 50 % des suffrages. Qui plus est, un seul État, l'Arkansas, accorde la majorité absolue de ses suffrages à un candidat. Quant au président sortant, George H. W. Bush, il arrive en deuxième position avec 37,4 % des voix.

Ces scores s'expliquent par le succès de la candidature conservatrice de l'indépendant Ross Perot, qui obtient un score historique avec plus de 19 millions de voix. Avec 19 % de l'ensemble des suffrages exprimés mais aucun grand électeur, Ross Perot obtient le meilleur résultat d'un candidat de tiers parti depuis Theodore Roosevelt en 1912, quand celui-ci se présenta comme candidat du mouvement progressiste. En nombre de voix, aucun candidat tiers n'avait non plus atteint un tel résultat[pas clair]. La candidature de Perot a comme conséquence principale de diviser les voix des électeurs républicains.

Si Perot a cristallisé sur son nom un certain nombre de votes conservateurs qui ont fait défaut à George Bush, il a attiré aussi bon nombre d'indépendants mais aussi quelques démocrates. S'il n'avait pas été dans la course, les sondages indiquent que son électorat se serait réparti plus ou moins à parts égales entre les candidats républicains et démocrates. Mais dans certains États gagnés par Clinton, où le score a néanmoins été serré, sa présence a globalement handicapé le candidat républicain. Dans deux États, Ross Perot est même parvenu en deuxième position. Dans le Maine, un bastion républicain de longue date où le président Bush possède une résidence familiale à Kennebunkport, Ross Perot obtient 30,44 % des voix, juste devant Bush (30,39 %) et derrière Clinton (38,77 %). Dans l'Utah, bastion conservateur des républicains, Perot obtint 27,34 % des voix, devant Clinton (24,65 %) et derrière Bush (43,36 %).

Le score de Perot permet notamment à Bill Clinton de l'emporter dans le Montana et la Géorgie. C'est d'ailleurs la dernière année (à ce jour en 2020) qu'un candidat démocrate remporte ces deux États. C'est aussi la première fois qu'un candidat démocrate accède à la Maison-Blanche sans remporter le Texas.

La victoire de Bill Clinton met fin à un « règne » de 12 ans des républicains sur la Maison-Blanche, lesquels ont gouverné le pays durant 20 des 24 années précédentes. Pour la première fois depuis le gouvernement de Jimmy Carter (1977-1981), les démocrates contrôlent à la fois la Maison-Blanche et les deux chambres du Congrès. Selon notamment Sidney Blumenthal, si Lee Atwater avait vécu assez longtemps pour pouvoir participer à la campagne électorale pour le compte du président Bush, Bill Clinton n'aurait sans doute jamais été en position d'être élu président des États-Unis[6].

L'année 1992 marque aussi l'émergence d'une nouvelle carte électorale du pays, marquant pour la première fois une division politique géographique entre différentes régions du pays. Cette division, qui s'accentue durant les élections suivantes, marque ainsi un basculement de la Nouvelle-Angleterre et de la Californie vers les démocrates, leur domination progressive dans les États des Grands Lacs (Michigan, Illinois), dans une partie du Midwest (Minnesota, Iowa, Wisconsin) et la confirmation de leur domination dans les comtés des États du Pacifique Nord-Ouest (Oregon, Washington). De leur côté, les républicains confirment leur domination sur le Texas, la majorité des États de l'Ouest et du Sud.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Philippe Valode, Les présidents des États-Unis, L'Archipel, 2008, p. 188-191.
  2. Al Gore avait invoqué un grave accident de voiture arrivé à son fils nécessitant une longue thérapie.
  3. Campaign 1992: New Hampshire, 19 février 1992.
  4. Our Campaigns - US President - R Primaries Race - Feb 01, 1992.
  5. « If Black people kill Black people every day, why not have a week and kill White people? ».
  6. Sidney Blumenthal, The Talk of the Town, Atwater's Legacy, The New Yorker, .

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Abramowitz, Alan I. "It's Abortion, Stupid: Policy Voting in the 1992 Presidential Election", Journal of Politics, 1995 57(1): 176-186. ISSN 0022-3816 in Jstor
  • Alexander, Herbert E.; Anthony Corrado (1995). Financing the 1992 Election.
  • Thomas M. Defrank et al., Quest for the Presidency, 1992 Texas A&M University Press. 1994.
  • De la Garza, Rodolfo O.; Louis Desipio (1996). Ethnic Ironies: Latino Politics in the 1992 Elections.
  • Goldman, Peter L.; et al. (1994). Quest for the Presidency, 1992.
  • Jones, Bryan D. (1995). The New American Politics: Reflections on Political Change and the Clinton Administration.
  • Steed, Robert P. (1994). The 1992 Presidential Election in the South: Current Patterns of Southern Party and Electoral Politics.