Élection présidentielle égyptienne de 2012

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Élection présidentielle égyptienne de 2012
Mohamed Morsi cropped.png
Mohamed MorsiParti de la liberté et de la justice
Voix 13 230 131
  
51,73 %
Defaut.svg
Ahmed ChafikIndépendant
Voix 12 347 380
  
48,27 %
Président
Sortant
Élu

L'élection présidentielle égyptienne de 2012 est la seconde élection présidentielle de l'histoire de l'Égypte, après celle de 2005. Après la révolution de janvier-février 2011 et la démission du président Hosni Moubarak avant la fin de son mandat, le Conseil suprême des forces armées, qui assure l'intérim, annonce que l'élection présidentielle aura lieu à l'issue de la période de transition de six mois, au mois de septembre 2011. Le premier tour a eu lieu les 23 et 24 mai et le second tour les 16 et 17 juin[1].

Première élection libre de l'histoire du pays, elle a été précédée d’élections législatives renouvelant le Parlement dissous par le Conseil suprême des forces armées le 13 février 2011.

Le , pour la première fois de l'histoire du pays, a lieu un débat télévisé entre les deux principaux candidats à l'élection présidentielle : Amr Moussa et Abdel Moneim Abou El-Fotouh[2].

Le , Mohamed Morsi est officiellement proclamé président élu de la République égyptienne, avec 51,7 % des voix, face à Ahmed Chafiq.

Contexte[modifier | modifier le code]

Les manifestants fêtent le départ d'Hosni Moubarak place Tahrir le 11 février 2011.
Article détaillé : Révolution égyptienne de 2011.

C'est la seconde élection multipartite qui a eu lieu en Égypte après celle de 2005. Lors de l'élection de 2005, Hosni Moubarak a été réélu à la présidence de la République égyptienne avec un score de 88,5 % ; son concurrent Ayman Nour, a quant à lui obtenu 7,5 % des voix.

De 2005 à janvier 2011, le président sortant Hosni Moubarak est soupçonné, avec son épouse Suzanne, de préparer son fils Gamal à sa succession au palais d'Abedin. Or, ce dernier n'est pas issu des milieux de l'armée et est mal vu par cette dernière quant à une éventuelle succession à la présidence de la République égyptienne.

Hosni Moubarak, du fait des protestations égyptiennes de 2011, renonce à présenter sa candidature pour un sixième mandat et à faire de son fils son héritier politique, mais il nomme un fidèle, Omar Souleiman vice-président de la République d'Égypte, le 29 janvier 2011, poste laissé vacant par Moubarak lors de son accession au pouvoir en 1981 ; selon des observateurs politiques, ce dernier, chef des Services de renseignements égyptiens, est bien parti pour devenir le successeur potentiel du président Moubarak en septembre.

Hosni Moubarak s'exile à Charm el-Cheikh le 11 février après avoir remis le pouvoir à l'armée. Omar Souleiman, le vice-président et Mohamed Hussein Tantawi, président du Conseil militaire suprême, assurent l'intérim et promettent que l'armée rendra le pouvoir à un gouvernement civil et démocratique. Le rôle de l'armée pendant la révolution, qui était restée neutre, la rend légitime pour assurer cette mission.

Le référendum constitutionnel du 19 mars est largement approuvé : les amendements constitutionnels prévoient notamment un mandat de quatre ans pour le président, renouvelable une seule fois.

Candidats[modifier | modifier le code]

Candidats déclarés[modifier | modifier le code]

23 candidats se sont officiellement présentés[3].

Amr Moussa[modifier | modifier le code]

Amr Moussa, ex-secrétaire général de la Ligue arabe s'est déclaré candidat[4] le 27 février 2011.

Abdel Moneim Aboul Fotouh[modifier | modifier le code]

Abdel Moneim Aboul Fotouh est un ancien membre des Frères musulmans. Il a été exclu de son organisation le 19 juin, en raison de l’annonce de sa candidature[5].

Ahmed Chafik[modifier | modifier le code]

Le général Ahmed Chafik est né en 1941. De 1996 à 2002, il est Chef d’état-major de l’armée de l’air égyptienne, puis ministre de l’aviation civile et commandant de l’armée de l’air égyptienne. Il fait sa carrière sous les ordres de Hosni Moubarak. La haute commission électorale présidentielle égyptienne en acceptant la plainte d'Ahmed Chafik dont le nom avait été éliminé de la liste des candidats lui a permis de participer à l'élection.

Hamdine Sabahi[modifier | modifier le code]

Hamdine Sabahi est un des chefs du parti Karama héritier du nassérisme[6] et a annoncé sa candidature[4].

Mohamed Selim al-Aoua[modifier | modifier le code]

Le penseur islamiste Mohamed Selim al-Aoua, officiellement candidat, est crédité de 21 % d’intentions de vote dans le sondage informel lancé sur la page Facebook du Conseil suprême des forces armées[7].

Mohamed Morsi[modifier | modifier le code]

Candidat du Parti de la Liberté et de la Justice, vitrine politique des Frères musulmans et grand vainqueur des législatives de 2012. Sa candidature en catimini, pour pallier une annulation, ne reçoit pas le soutien populaire espéré.

Hicham el-Bastawissi[modifier | modifier le code]

Hicham el-Bastawissi est le vice-président de la Cour de cassation. Lors des élections de 2005, son action et celle de nombreux juges a permis de dénoncer les fraudes massives[6]. Il a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle[8],[4].

Candidatures annulées par la commission électorale[modifier | modifier le code]

Le 14 avril, la commission électorale annule les candidatures de 10 candidats[9].

Omar Souleiman[modifier | modifier le code]

Ancien chef des services secrets et vice-président sous Moubarak, beaucoup d'Égyptiens lui feraient confiance sur le plan de la sécurité[7], Omar Souleiman annonce sa candidature le 6 avril 2012[10]. Sa nomination comme vice-président en janvier 2011 avait fait de lui le successeur présomptif du président Hosni Moubarak. La prise du pouvoir par le Conseil supérieur des forces armées l'a mis à l'écart. La commission électorale invalide sa candidature à cause de ses fonctions sous Moubarak.

Khairat al-Chater[modifier | modifier le code]

Membre influent des Frères musulmans, Khairat al-Chater est nommé candidat du Parti de la Liberté et de la Justice le 31 mars 2012[11]. Le parti présente aussi Mohamed Morsi comme candidat au cas où al-Chater est déclaré inéligible.

Hazem Saleh Abou-Ismaïl[modifier | modifier le code]

Ce salafiste ancien membre des Frères musulmans est crédité de 10 % d’intentions de vote dans le sondage informel lancé sur la page Facebook du Conseil suprême des forces armées[7].

Ayman Nour[modifier | modifier le code]

Ayman Nour, déjà candidat en 2005 et chef du parti Hizb al-Ghad dépose sa candidature[4]. Il a passé quatre ans en prison après l’élection de 2005[4].

Anciens candidats[modifier | modifier le code]

Candidats qui ont retiré leur candidature ou qui n'ont pas pu compléter leur dossier de candidature.

Bouthaina Kamel[modifier | modifier le code]

Bouthaina Kamel se déclare candidate à la présidence en avril 2011. Cette militante des droits de l'homme et animatrice de télévision, née en 1962, bénéficie d'une légitimité révolutionnaire. Elle se bat en outre depuis les années 1990 pour la modernisation de la société égyptienne, notamment autour des questions de la liberté sexuelle, de l'égalité hommes-femmes et du harcèlement sexuel[12]. Elle milite également pour l'abaissement de l'âge de l'éligibilité de 30 à 22 ans, pour la réduction de la pauvreté et une révolution sociale, la paix religieuse[13].

Mohamad Abou-Zeid Al-Fiqi[modifier | modifier le code]

Mohamad Abou-Zeid Al-Fiqi, professeur à l’université Al-Azhar, s’est officiellement porté candidat[7].

Mansour Hassan[modifier | modifier le code]

L'ancien ministre Mansour Hassan se porte candidat le 7 mars 2012[14].

Candidats pressentis[modifier | modifier le code]

Hosni Moubarak[modifier | modifier le code]

Hosni Moubarak, né en 1928, est un général de l'armée égyptienne, arrivé au pouvoir en octobre 1981, après l'assassinat d'Anouar el-Sadate. Aux référendums de 1987, 1993, et enfin 1999, il a toujours remporté les scrutins avec des scores au minimum de 80 %. Lors de l'élection présidentielle multipartite de 2005, il a remporté l'élection face à l'opposant Ayman Nour, avec un score de 88,5 %.

En 2010, il reste silencieux sur une éventuelle candidature à sa propre succession et pense être libre de préparer son fils Gamal à sa succession. Or, en janvier 2011, une vague de protestations populaires déferle sur le monde arabe, dont l'Égypte. C'est ainsi que le , le président promet « des réformes économiques et politiques », et annonce qu'il ne sera pas candidat à l'élection[15] et son vice-président Omar Souleiman annonce que le raïs renonce à faire de Gamal Moubarak le candidat du PND, le parti au pouvoir en Égypte. Le , Moubarak démissionne de son poste présidentiel suite à une série de protestations du peuple égyptien.

Gamal Moubarak[modifier | modifier le code]

Gamal Moubarak, fils de l'ancien président Hosni Moubarak, est un banquier égyptien qui a fait des études d'affaires notamment à Londres, au Royaume-Uni. Sa candidature a toujours été une rumeur. En revanche, il n'a jamais lui-même annoncé se présenter.

Le mouvement populaire engagé en janvier 2011 semble condamner une telle candidature. En janvier 2011, le vice-président égyptien Omar Souleiman annonce que Gamal Moubarak ne sera pas candidat à la succession de son père.

Ahmed Zewail[modifier | modifier le code]

Ahmed Zewail, prix Nobel de chimie, a démenti les rumeurs le donnant candidat.

Mohamed El Baradei[modifier | modifier le code]

Mohamed El Baradei, ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), prix Nobel de la paix en 2005, a déclaré dès novembre 2009 qu'il pourrait présenter sa candidature à la présidentielle[16]. Après le début de la révolution, il retourne en Égypte où il s'affirme en tant qu'opposant. Il a annoncé sa candidature le 10 mars 2011 sur ON TV.

Le , il annonce qu'il ne sera pas candidat à l'élection présidentielle[17].

Sondages d'opinion[modifier | modifier le code]

Sondage Amr Moussa Omar Souleiman Ahmed Zewail Mohamed El Baradei Hosni Moubarak Ayman Nour Ahmed Chafik Mohamed Selim al-Aoua Hazem Salah Abou-Ismaïl Hamdine Sabbahi Hicham el-Bastawissi Bossayna Kamel Abdel Moneim Aboul Fotouh Mohamed Hussein Tantawi Autres candidats Ne sait pas / refuse de répondre
Washington Institute (du 5 au 8 février)
26 %
17 %
Pas questionné
3 %
16 %
1 %
Pas questionné Pas questionné Pas questionné Pas questionné Pas questionné Pas questionné
Pas questionné
Pas questionné
3 %
33 %
YouGov Siraj[18] (du 15 au 20 février)
49 %
9 %
13 %
2 %
Pas questionné
2 %
Pas questionné Pas questionné Pas questionné Pas questionné Pas questionné Pas questionné
Pas questionné
Pas questionné
-
25 %
Sondage volontaire sur la page Facebook du Conseil suprême des forces armées[7] (du 19 juin au 26 juillet (en cours))
6 %
3 %
-
31 %
Pas questionné
7 %
12 %
21 %
10 %
2 %
2 %
0
-
-
-
-
Sondage Newsweek/The Daily Beast auprès de 1.008 Égyptiens issus de 19 gouvernorats (du 24 juin au 4 juillet) : hypothèse d'une élection ouverte
16 %
4 %
-
12 %
-
4 %
12 %
6 %
-
2 %
4 %
-
5 %
5 %
18 %
27 %
Sondage Newsweek/The Daily Beast auprès de 1.008 Égyptiens issus de 19 gouvernorats (du 24 juin au 4 juillet) : hypothèse d'une élection à trois candidats
47 %
-
-
19 %
-
-
-
-
-
-
-
-
16 %
-
-
18 %
Sondage ACPSS/DIPD auprès de 2406 Égyptiens issus de 21 gouvernorats (du 5 au 17 août)
44 %
9 %
-
4 %
-
6 %
12 %
5 %
5 %
5 %
4 %
0 %
2 %
-
4 %
45 %

Campagne[modifier | modifier le code]

Résultats[modifier | modifier le code]

dm
Liste des candidats 1er tour 2e tour
Votes  % Votes  %
Mohamed Morsi
Parti de la liberté et de la justice
5 764 952 24,78% 13 230 131 51,73%
Ahmed Chafik
Sans étiquette
5 505 327 23,66% 12 347 380 48,27%
Hamdine Sabahi
Parti de la Dignité
4 820 273 20,72%
Abdel Moneim Abou El-Fotouh
Sans étiquette
4 065 239 17,47%
Amr Moussa
Sans étiquette
2 588 850 11,13%
Mohamed Selim el-Aoua
Sans étiquette
235 374 1,01%
Khaled Ali
Sans étiquette
134 056 0,58%
Abou El-Ezz El-Hariri
Parti de l'Alliance populaire socialiste
40 090 0,17%
Hicham el-Bastawissi
Parti national unioniste progressiste
29 189 0,13%
Mahmoud Houssam
Sans étiquette
23 992 0,10%
Mohamed Fawzi Issa
Parti de la génération démocratique
23 889 0,10%
Houssam Khairallah
Parti démocratique de la paix
22 036 0,09%
Abdallah el-Achaal
Parti de l'authenticité
12 249 0,05%
Total des votes valides 23 265 516 98,28% 25 577 511 96,81%
Votes invalidés 406 720 1,72% 843 252 3,19%
Participation 23 672 236 46,42% 26 420 763 51,85%
Abstention 27 324 510 53,58% 24 538 031 48,15%
Électeurs inscrits 50 996 746 50 958 794
Source [19],[20],[21]:

Selon Alain Gresh, le fort reflux en voix des Frères musulmans (qui passent de dix à cinq millions de voix entre les législatives et les présidentielles) illustre l’absence de base électorale stable et disciplinée de la confrérie, et le désir général dans le peuple égyptien de ne pas retourner au passé, comme de ne pas aller vers un État islamique[22].

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Égypte : présidentielle maintenue au 23/5 », Le Figaro,‎ 12 mai 2012.
  2. « Égypte : 1er débat télévisé de l'histoire », Le Figaro,‎ 10 mai 2012.
  3. « المتقدمون للترشح لرئاسة جمهورية مصر العربية 2012 », Comité électoral
  4. a, b, c, d et e Nathan J. Brown, « Egypt’s New Constitution: an Update », Arab Reform, publié le 29 mars 2011, consulté le 21 juin 2011
  5. Hélène Sallon, « Les Frères musulmans égyptiens rattrapés par la révolution », Printemps arabe, blog du Monde, publié le 27 juin
  6. a et b Claude Guibal, Tangi Salaün, L’Égypte de Tahrir : anatomie d’une révolution, Paris : Seuil, 2011. ISBN 978-2-02-103938-2, p. 225
  7. a, b, c, d et e Marianne Youssef, « Un président virtuel », Al-Ahram Hebdo en ligne, no 877, du 29 juin au 5 juillet 2011
  8. Lamiaa Al-Sadaty, « Magistrat... et pourquoi pas président ? », Al-Ahram Hebdo en ligne, no 871 du 18 au 24 mai 2011
  9. AFP, « En Egypte, le pouvoir militaire rencontre les partis, en pleine crise électorale », sur France 24,‎ 15 avril 2012 (consulté le 15 avril 2012)
  10. (en) « Islamists reject Omar Suleiman's presidential bid », Al-Ahram,‎ 7 avril 2012
  11. Égypte : les Frères auront un candidat, Le Figaro, 31 mars 2012.
  12. Nadéra Bouazaza, « Égypte: une femme brigue la présidence », L'Express, publié le 17 juin 2011, consulté le 27 juin 2011
  13. Abdalla Hassan, « Muslim Woman Seeks Egyptian Presidency », The New York Times, publié le 15 juin 2011, consulté le 28 juin 2011
  14. « Égypte : L'ancien ministre Mansour Hassan candidat à la présidentielle », 20 minutes (France),‎ 7 mars 2012 (consulté le 9 mars 2012)
  15. « Egypte : Moubarak pressé de toutes parts vers la sortie », Le Nouvel Observateur,‎ 2 février 2011
  16. (fr) El Baradei candidat à la présidence égyptienne
  17. Égypte/présidentielle : El Baradei renonce, Le Figaro, 14 janvier 2012.
  18. First Egyptian Poll reveals huge support for Amr Moussa, YouGov
  19. (en) « Breaking: Mursi, Shafiq officially in Egypt's presidential elections runoffs »
  20. (ar) « النتيجة النهائية لانتخابات مصر( الجولة الأولى ) »
  21. (ar) « العليا للرئاسة تعلن محمد مرسي رئيسًا لمصر ) » 24 juin 2012
  22. Alain Gresh, « Frères musulmans : victoire électorale et défaite politique », Nouvelles d’Orient, publié le 18 juin 2012 et consulté le 19 juin

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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