Élagabal (divinité)

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Élagabal (en grec ancien : Ἐλαγάβαλος / Elagábalos ; en latin : Elagabalus) est le nom donné à un dieu soleil dont le culte est attesté dans l'Antiquité à partir du règne d'Antonin le Pieux (138-161) par la monnaie frappée à Émèse (Homs, en Syrie).

Nom[modifier | modifier le code]

En raison du fréquent tabou sémitique qui déconseille ou interdit de prononcer le nom propre de la divinité, Élagabal n’est pas un nom propre mais une périphrase formée sur El (dieu) et gabal (montagne). Élagabal est donc un « Dieu-de-la-montagne », comme le Yahweh du mont Horeb (cf. l’Exode) ou le Dusarès (Dhu Sharâ, Celui du mont Sharâ) des Arabes Nabatéens. L’historien Hérodien, au IIIe siècle, le nomme Elaiagabal, ce qui doit reproduire fidèlement une prononciation courante en araméen.

Au Ier siècle av. J.-C. les Hémésènes l’appelaient encore par son nom, Shams (en arabe : le Soleil), comme en témoigne le nom dynastique de Sampsigeramos porté par leurs rois. Au IIe siècle au plus tard il est appelé « Soleil Invaincu », en grec Hélios Anikètos et en latin Sol Invictus. Originaire d’Émèse selon le Liber Pontificalis, l’évêque de Rome Anicet (le pape de 155 à 166) portait son nom. Cette appellation d’« Invaincu » fait mention à la principale qualité attendue des dieux antiques : celle d’être plus puissants que le fatum, le destin. C’est ainsi que plusieurs autres dieux sont également qualifiés d’invictus, tel le dieu solaire d’origine iranienne Mithra, « Sol Invictus Mithras », surtout populaire chez les militaires.

Culte[modifier | modifier le code]

Monnaie de Macrin (217-218) frappée en la cité d'Émèse.

Émèse commença à frapper monnaie sous le règne d'Antonin le Pieux (138-161)[1]. Or, d'après Carlos Chad, « les premières représentations monétaires qui nous soient parvenues de la pierre noire d'Emèse appartiennent à une frappe d'Antonin le Pieux et se prolongent dans les émissions de Marc-Aurèle[2]. » « Les renseignements que nous fournissent » ces monnaies attestent le culte d'une « pierre conique », que Carlos Chad a expliqué être un bétyle du soleil « dont le culte à Emèse doit être bien antérieur[3] ». Une série émésénienne de monnaies, « débutant sous Caracalla et se continuant jusque sous Macrin », associerait l'aigle impérial au « fameux bétyle Elagabal » ou à Hélios radié[4].

Carlos Chad a fait remarquer que « sur le monnayage de Marc-Aurèle, c'est le bétyle qui est représenté » et non pas un temple[3] – le « temple lui-même n'apparaît que dans les monnaies éméséniennes de Julia Domna et de Caracalla[2] » ; partant de cet indice, il a émis l'hypothèse d'une construction tardive, « c'est-à-dire sous les Sévères », du temple décrit par Hérodien comme ayant contenu la pierre à Émèse au temps de l'exercice par Héliogabale et par le cousin de celui-ci de la prêtrise du culte du dieu soleil ou « Élagabal »[5]. D'après Carlos Chad,

« Sans doute, avant de construire le temple qui nous est décrit par Hérodien, les Eméséniens se contentèrent-ils d'adorer leur bétyle au sommet d'une « haute tour d'oblation ». H. Seyrig a établi que la construction des grands temples de Damas et d'Héliopolis suppose une politique délibérée des premiers empereurs pour « romaniser » les cultes syriens[2]. »

Aureus d'Héliogabale, au revers, le bétyle en procession vers Rome sur un char, frappé à Antioche, vers 218-219.

Sous le règne d'Héliogabale, proclamé empereur « Marcus [Aurelius] Antoninus » à Émèse à l'âge de 14 ans en 218, la « pierre sacrée d'Émèse » fut transportée à Rome[6].

Ce bétyle fut installé dans un premier temps à l'intérieur du palais impérial sur le mont Palatin, et, selon la formule arabe antéislamique bien connue[Laquelle ?], d'autres divinités lui furent associées pour former une triade : le Palladium, ancienne statue de Pallas Athéna transférée depuis le temple de Vesta sur le Forum romanum, et la statue de Junon Cælestis transférée depuis son temple de Carthage, en Afrique.

Plus tard, l'empereur-prêtre fit construire ou plutôt réaménager un temple plus vaste, à l'extrémité orientale du Palatin, là où s'élevait un sanctuaire construit par ou pour la divine Faustine la Jeune (épouse de Marc Aurèle, et ancêtre mythique de la dynastie des Sévères), et un jardin consacré au dieu syrien Adonis. Dans ce nouveau temple, l'Élagabalium, l'Histoire Auguste dit que l'empereur fit transférer d'autres divinités romaines et reliques sacrées comme les boucliers sacrés de la Regia, conservés jusque-là sur le Forum romanum. La constitution de cette triade, et cette association de nombreuses divinités à la divinité majeure en un même sanctuaire, correspondent au schéma arabe qui est celui de la Kaaba de la Mecque avant Mahomet. Comme Élagabal associé à Pallas et Junon Cælestis, Allah était à la Mecque associé à ses « filles » Allat, Uzza et Manat, sans compter les autres « idoles » que Mahomet expulsera de la Kaaba. Un autre sanctuaire secondaire, fut construit pour le Soleil Invaincu Élagabal au nord de la ville, dans les jardins du Vieil Espoir. Lors d'une fête qui lui était consacrée, le Bétyle était transféré d'un temple à l'autre au cours d'une grande cérémonie populaire.

Les différentes sources dont nous disposons pour connaître les aspects du culte d'Élagabal à Rome montrent des influences multiples, romaines bien sûr, grecques, syriennes et arabes. L'empereur-prêtre semble s'être livré dans le cadre de ce culte à la prostitution sacrée (bien attestée en Orient, particulièrement en Phénicie). Il a fait célébrer à Rome des jeux et des concours en l'honneur du dieu, usage grec inconnu à Émèse auparavant. Il a créé un collège de magistrats-prêtres du Soleil Invaincu, Élagabal, selon l'usage romain, et a associé le Sénat à ce culte promu religion officielle de l'Empire.

Malgré un indéniable succès populaire, la promotion de ce culte solaire à l'orientale rencontra bien des oppositions dans les milieux dirigeants de Rome, et jusque dans la famille de l'empereur, originaire pourtant elle aussi d'Émèse ou de Syrie.

Monnaie d'Uranius Antoninus frappée en la cité d'Émèse.

Après l'assassinat d'Héliogabale et de la mère de celui-ci par la garde prétorienne, Alexandre Sévère fut proclamé empereur et « renvoya le bétyle d'Héliogabale à Emèse »[7][a], et reconsacra l'Elagabalium de Rome à Jupiter Vengeur. Le culte du Bétyle se poursuivit à Émèse. Des monnaies émises dans cette cité en 253 par l'usurpateur Uranius Antoninus reproduisent l'aspect du temple ou l'arche recouverte de voiles dans laquelle il était enfermé.

En 272, après que les Palmyréniens « furent vaincus » par les Romains dans une bataille, « Aurélien alla se prosterner devant l'autel d'Élagabal à Émèse »[9].

À la fondation de l'Empire byzantin, Émèse était le siège d'un évêché, mais « l'introduction du christianisme dans cette ville farouchement païenne » a semblé à Vitalien Laurent « avoir été lente[10] » : son « premier évêque connu » n'était paru « qu'en 325, au concile de Nicée[10] ». Émèse devenait cependant « un centre chrétien important »[1].

Temple à Émèse[modifier | modifier le code]

Selon Hérodien, le temple que les habitants du pays d'Émèse avaient élevé à Élagabal était « immense, décoré d'une grande quantité d'or et d'argent et éblouissant de pierres précieuses[11]. »

Selon William Henry Waddington, la grande mosquée de Homs est « en partie une ancienne église chrétienne, qui elle-même contenait les restes d'un ancien temple païen »[12] et « il est possible que ce soit là l'emplacement du grand temple du Soleil, dont Élagabale était le prêtre »[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Damascius verrait encore à Émèse « un bétyle sphérique qu'un prêtre enveloppait de linges[8] ».

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources antiques[modifier | modifier le code]

Ouvrages contemporains[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]