Églises évangéliques

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Ne doit pas être confondu avec évangélisation.

Les Églises évangéliques font partie du christianisme évangélique. Le terme « évangélique » est au départ un simple adjectif découlant du terme « Évangile ». Les évangéliques reconnaissent la contribution de la Réforme protestante par Luther démarrée en 1520 et se situent donc comme protestants, mais s'en distinguent et se diversifient en reconnaissant d'autres réformes rejetées par les protestants « historiques » que sont les luthériens et les calvinistes (ou réformés), comme le baptisme en 1609, le pentecôtisme en 1906 et les autres réveils évangéliques qui ont suivi. Le premier point de distinction des membres d'une église chrétienne évangélique est la nouvelle naissance (conversion personnelle) et le baptême du croyant (adulte). Les églises évangéliques sont donc des églises de professants (par opposition aux églises de multitude, tant protestantes que catholique pratiquant le pédobaptisme), dont seuls sont membres des « convertis » baptisés par immersion sur confession personnelle et publique de leur foi. Et c'est là le second point commun de toutes ces églises si diverses : le baptême d'adultes croyants (ou d'adolescents capables de maturité spirituelle), se comportant souvent en véritable anabaptistes, c'est-à-dire « rebaptiseurs » lorsque la personne convertie a déjà été baptisée nouveau-né ou petit enfant dans une église chrétienne qui pratique le pédobaptisme par aspersion.

Au fil des siècles, ces « dissidents » de la mouvance protestante se sont assemblés dans différentes communautés dites évangéliques, plus autonomes, plus conservatrices et plus piétistes que les églises réformées traditionnelles. L'Alliance évangélique mondiale fédère la plus grande partie des églises évangéliques à travers le monde. Selon elle, en 2014, le mouvement évangélique rassemble 600 millions de personnes dans le monde. Elle est représentée dans chaque pays par une Alliance évangélique nationale, en France le Conseil national des évangéliques de France (CNEF). Mais certaines églises évangéliques ne sont pas rattachées au CNEF, il ne faut pas faire d'amalgame. Certaines sont rattachées à l' UNADF, et elles se différencient par rapport à l'enseignement et l'interprétation biblique.

Diversité des Églises évangéliques[modifier | modifier le code]

Le terme d'Église évangélique est appliqué à toute une variété de communautés, mais il est extrêmement difficile d'en donner une définition, tant sont grands leur nombre et leur diversité. Ce phénomène est dû au fait qu'elles sont souvent congrégationalistes, ce qui signifie qu'elles ne dépendent d'aucune autorité supra-locale. Pour mieux comprendre, il faut se référer à leur histoire.

Les Églises évangéliques se situent dans la ligne de la Réforme protestante du XVIe siècle en acceptant les cinq solae de la Réforme et en particulier en faisant de la Bible leur seule autorité en matière de foi (c'est-à-dire autorité théologique) et en matière d'éthique (c'est-à-dire autorité morale et pratique pour la vie quotidienne), en professant le salut par la grâce au moyen de la foi, et l'accès libre et sans intermédiaire à Dieu. Elles se basent sur le modèle d’Église trouvé dans le Nouveau Testament. Pour les évangéliques, l’Église n’est pas une organisation religieuse hiérarchisée, mais une réalité spirituelle qui se concrétise en communautés fraternelles, non cléricales, où chacun participe avec les dons qu'il a reçus du Saint-Esprit. Chacun devient membre d’une église locale par une décision personnelle, par un libre choix et non par le hasard de sa naissance.

La Réforme[modifier | modifier le code]

À l'origine, la Réforme n'est pas une question d'ecclésiologie ou de politique, mais une expérience spirituelle. La justification par la foi est l'expérience spirituelle de Luther (1483-1546) qui s'enracine dans un « terreau » déjà préparé par Pierre Valdo (fin XIIe siècle) en France, Italie et Suisse, John Wyclif (1320-1384) en Angleterre et Jan Hus (vers 1369-1415) à Prague et en Bohême. Excommunié par le pape, Luther constitue avec ses disciples ce qui devient l'« Église évangélique luthérienne ».

L'expérience de Luther se répand en Europe et en particulier en Suisse, où Zwingli (1484-1531), le réformateur de Zurich, suit la même ligne que Luther mais de façon plus radicale. Il fonde la tradition « réformée » qui s'épanouit avec Calvin. Il épure le culte, réforme le fonctionnement de l'Église catholique et la conception qu'il en a, en se fondant sur la Parole de Dieu (c'est le Sola scriptura de Luther).

Zwingli est plus radical dans ses idées mais il relie la Réforme au politique : pour qu'elle puisse s'installer à Zurich, il convient de ne pas contrarier les autorités. Il faut l'accord et le soutien de ses édiles. Il tempère donc sa volonté de Réforme pour ne pas choquer.

Les premières églises de « professants »[modifier | modifier le code]

Certains disciples de Zwingli, dont Conrad Grebel, contestent cette attitude : ils n'ont pas extirpé l'autorité du pape pour placer l'église sous l'autorité d'un conseil municipal sans compétence doctrinale. Ils veulent aller plus loin dans la Réforme. Avant même que les mouvements de Luther et Zwingli se soient formellement séparés de l'Église catholique, les « radicaux » de Conrad Grebel fondent l'Église anabaptiste (qui plus tard sera appelée « mennonite » quand Menno Simons en aura pris la direction.)

Lorsque catholiques et luthériens s'accordent en Allemagne pour dire que l’Église est l'expression religieuse d'un espace politique, et que la religion du prince doit obligatoirement être celle de ses sujets (Cujus regio, ejus religio), les disciples dissidents de Zwingli affirment que l’Église n'est pas conditionnée par la politique mais est communauté des disciples de Jésus. On n'entre pas dans L’Église au hasard de sa naissance. On entre dans l’Église parce qu'on confesse sa foi en Jésus-Christ.

Comme le concept de séparation de l'Église et de l'État, fondamental dans cette vision, est parfaitement utopique pour l'époque, il s'ensuit des persécutions, plus pour des raisons politiques que théologiques, parce que pour la première fois on dissocie l'État de l'Église. Selon l'interprétation du Nouveau Testament que professent les radicaux anabaptistes ou mennonites, le baptême ne saurait être donné à un enfant ; il doit l'être à celui qui est capable de profession de foi et d'engagement à suivre Jésus de Nazareth en le reconnaissant comme le Christ. L'Église est donc la communauté des croyants et on y entre en confessant sa foi. Le 21 janvier 1525, une nouvelle communauté nait à Zurich dans la maison de Felix Manz où les membres se baptisent entre eux en confessant leur foi : c'est la première église « libre », la première église de « professants » dont on devient membre, non par la naissance mais par la profession de foi.

La répression est brutale. Les membres de cette église se cachent en Suisse, dans la vallée du Rhin et l'Europe de l'Est. La persécution n'empêche pas le développement en nombre de croyants fugitifs non violents. Ils doivent en effet être distingués des anabaptistes conduits par Thomas Müntzer qui annonçait la proximité d'un millénaire qui s'établirait par une révolte des pauvres.

Michael Sattler se joint au cercle de Grebel et propose une confession de foi, la première de la Réforme, appelée entente de Schleitheim : « Seuls seront baptisés les croyants qui marchent dans la résurrection ». Ils lisent le Sermon sur la montagne de manière totale. Ils forment la première communauté radicalement non violente. Les membres ne prêtent jamais serment, n'utilisent jamais la force, ni la violence et ne font jamais la guerre.

C'est une communauté radicalement évangélique qui fait penser aux frères de Saint-François. Pour cette communauté la particularité de l'Église est d'être, sur cette Terre, le signe d'une réalité spirituelle, le signe du Royaume de Dieu. Un ancien prêtre catholique hollandais originaire de Frise, Menno Simons (1496-1561), va prendre le relais de David Joris et rassembler, apaiser, organiser, structurer ces communautés qui s'appelleront, en hommage à Menno Simons « mennonites ». Les mennonites, issus du mouvement anabaptiste non violent antérieur au protestantisme, vont être universellement persécutés. Les joristes (ou davidistes) quant à eux vont entièrement être rayés de la carte du monde.

Baptisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Baptisme.

Le baptisme est une confession chrétienne évangélique issus d'un réveil lancé par le pasteur anglais John Smyth en Hollande en 1609[1],[2]. Ce mouvement se caractérise par l'importance donnée à la Bible, à la nouvelle naissance, au baptême adulte en tant que témoignage volontaire, un esprit missionnaire, un engagement moral de vie ainsi que par l’autonomie locale des églises, la séparation de l’Église et de l’État, et finalement l’autorité de la congrégation (congrégationaliste). En 2010, le baptisme compterait 100 millions de croyants[3]. Une certaine proportion des baptistes dans le monde est regroupée dans l'Alliance baptiste mondiale[4], [5].

Piétisme, libéralisme et Moraves[modifier | modifier le code]

En Allemagne, au XVIIe siècle, la réforme devient plus orthodoxe. Dans l'Église luthérienne, deux courants apparaissent : le « libéralisme » (revendication de la liberté de l'intelligence par rapport à l'orthodoxie) et le « piétisme », source du mouvement évangélique. Le pasteur luthérien Spener (1635-1705) revient à l'expérience du salut par la foi, à une expérience proche de Dieu et à une relation communautaire. C'est le retour à la prière, à la vie spirituelle. Ce réveil spirituel allie enseignement et œuvres missionnaires.

Une nouvelle impulsion est donnée au XVIIIe par l'arrivée de descendants des disciples de Jan Hus chassés par la persécution de leur pays, la Moravie. La piété des « frères Moraves » a un caractère joyeux, romantique et sentimental, la « religion du cœur » étant centrée sur le sacrifice expiatoire du Christ, avec un culte pour son sang et ses blessures, que certains jugeaient morbide. Après quelques années hasardeuses, les Moraves établiront leur théologie, qui sera orthodoxe et acceptable par toutes les confessions protestantes. De nouvelles communautés essaiment en Europe et en Amérique, et l'activité missionnaire fut importante.

C'est encore en Allemagne qu'est né en 1708 le groupe des Frères de Schwarzenau, inspiré de l'anabaptisme et du piétisme, et qui va se développer notamment en Amérique du Nord, sous le nom de Brethren, après l'émigration des Frères persécutés en Europe.

Pentecôtisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pentecôtisme.

Le pentecôtisme a des racines dans le mouvement de sanctification et le piétisme [6]. Le Grand Réveil de pentecôte commence avec le pasteur américain Charles Fox Parham, à Topeka (Kansas) en 1901. Après une première expérience de "parler en langue", il théorise le fait que la glossolalie était un signe du baptême du Saint-Esprit, doctrine essentielle du pentecôtisme. Il est aussi à l'origine du "Mouvement de la Foi Apostolique", qui deviendra les Assemblées de Dieu après avoir fusionné avec d'autres groupes pentecôtistes. Il se poursuit avec le Réveil gallois de 1904-1905 et surtout par celui d'Azusa Street dans le centre-ville de Los Angeles (en 1906-1908) sous la conduite du pasteur William Joseph Seymour[7].

Ce mouvement se caractérise par la redécouverte de la dimension charismatique, c'est-à-dire du baptême du Saint-Esprit et des dons spirituels (1 Corinthiens 12 v 9 à 11) , comme au jour de la Pentecôte, selon le récit du Nouveau Testament (Actes 2).

En 1914, de nombreux ministres et laïcs ont commencé à réaliser combien l'implantation du réveil pentecôtiste était profond. Les dirigeants ont senti le besoin de protéger et de préserver les résultats du réveil en unissant le mouvement en une communauté unie. En avril 1914, environ 300 pasteurs et laïcs ont été invités venant de 20 pays pour assister à une assemblée Générale à Hot Springs, en Arkansas, pour discuter et prendre des mesures sur ces questions et d'autres besoins pressants.

La communauté restante qui a émergé de la réunion a constitué la Conférence Générale des Assemblées de Dieu aux États-Unis d'Amérique (General Council of the Assemblies of God in the United States of America).

Par ailleurs, il convient de souligner que les assemblées de Dieu de France n'ont pas été fondées par des Américains (contrairement à une croyance répandue) mais se sont développées à partir d'une église baptiste indépendante (créée en 1890) et d'un restaurant de tempérance le Ruban bleu (dirigée par Mlle Biolley et de M. Gallice). C'est avec l'arrivée d'un missionnaire anglais d'origine anglicane (Douglas Scott arrivé en 1930), d'un prédicateur baptiste français (Félix Gallice), d'un Danois d'origine luthérienne (Ove Falg) et d'un prédicateur roumain d'origine orthodoxe (Cristo Doumoutchiev) que le mouvement va prendre de l'ampleur ! Notons aussi que le premier président des assemblées de Dieu de France sera aussi un pasteur français d'origine baptiste (Pierre Nicolle).

En 2014, le mouvement regroupait quelque 67 millions de membres répartis dans 212 pays au sein de l’Association mondiale des Assemblées de Dieu (World Assemblies of God Fellowship) [8].

Mouvement charismatique évangélique[modifier | modifier le code]

Dans les années 1960, après le début du mouvement charismatique, certaines églises évangéliques ont décidé de suivre les directions de ce mouvement et de prendre des distances de leurs conventions pentecôtistes [9]. La mouvement néo-charismatique a suivi aux États-Unis, dans le début des années 1980. Le baptême du Saint-Esprit, annoncé par Jésus et les neuf dons du Saint-Esprit sont des éléments centraux du courant. Les églises néo-charismatiques ont souvent recours aux moyens de communications modernes[10].

Le « fondamentalisme »[modifier | modifier le code]

À la fin du XIXe siècle[11], aux États-Unis l'industrialisation et l'urbanisation entraineront un grand courant de sécularisation, de déchristianisation générale de la société. Face à cela, les églises traditionnelles adoptent une attitude très libérale, affirmant une théologie qui s'écarte du protestantisme originel. Les églises évangéliques vont avoir une réaction forte et opérer un retour à une stricte orthodoxie protestante, qui sera réaffirmée, confessée à nouveau et consignée dans des écrits qui seront appelés « fondamentaux ». D'où le terme « fondamentalisme » qui est appliqué à ce mouvement, symbole d'une réaction plutôt conservatrice face au libéralisme : on revient à une orthodoxie et à une lecture plus littérale de l'Écriture, développant en particulier la notion de créationnisme en opposition à l'évolutionnisme darwinien qui avait gagné la faveur des protestants libéraux.

Musique[modifier | modifier le code]

Dans les églises évangéliques (baptistes, pentecôtistes, charismatiques), les chants en commun (musique chrétienne) occupent une place très importante; souvent la moitié du temps dans un culte [12] ,[13], [14], [15]. Pour les évangéliques, la louange à travers la musique chrétienne est une des composantes de la foi, qui est présente dans la vie de tous les jours [16].

Les évangéliques ont également leur propre cérémonie de récompense musicale : les GMA Dove Awards.

Humanitaire[modifier | modifier le code]

Beaucoup d'organisations évangéliques ont investi les terrains de l'aide humanitaire mondiale. Parmi les plus importantes il y a International Justice Mission, Prison Fellowship International, Bourse du Samaritain, Mercy Ships, World Vision International [17].

Culte[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Culte (évangélisme).

Le culte dans les églises évangéliques est vu comme un acte d'adoration de Dieu[18]. Il n'y a pas de liturgie, la conception du culte est plus informelle[19]. Il contient généralement deux parties principales, la louange (musique chrétienne) et la prédication, avec périodiquement la Sainte-Cène[20], [12] , [21] ,[14].

Lieux de culte[modifier | modifier le code]

Les lieux de cultes sont généralement appelés "temples" ou simplement "bâtiment (d'église)" [22],[23],[24],[25]. Dans certaines megachurches, on parle de "campus"[26],[27]. Certains cultes ont lieu dans des auditoriums ou des salles polyvalentes avec peu de signes religieux[28],[29], [30].

Megachurch[modifier | modifier le code]

Les cultes chrétiens prennent des proportions impressionnantes dans les megachurches (églises où plus de 2 000 personnes se réunissent chaque dimanche) [31], [32]. Dans certaines de ces mégaéglises, plus de 10 000 personnes se rassemblent en même temps. On parle alors de Gigachurch[33] ,[34]. C'est le cas, par exemple, des églises Hillsong Church (Australie), Lakewood Church (États-Unis) ou de Yoido Full Gospel Church (Corée de Sud)[35].

Un mouvement en croissance[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Évangélisme en Suisse.
Article détaillé : Évangélisme au Québec.
Église évangélique La Borne à Kinshasa (commune de Ngaliema), en République Démocratique du Congo (2016).

Le mouvement chrétien évangélique connait une croissance au niveau mondial, même dans les pays du Nord. Le cas de la province du Québec, au Canada, illustre bien le phénomène. Alors que les catholiques et les protestants traditionnels sont en baisse[36], le mouvement évangélique connait une croissance notable depuis les années 2000, observe le chercheur Frédéric Castel, spécialiste à l'UQAM et à l'INRS[37]. Il remarque que le phénomène n'a pas lieu seulement dans les grands centres urbains, mais aussi dans les régions éloignées. En effet, selon les derniers recensements nationaux, c'est l'évangélisme qui a fait le plus de conversions au Québec.

Certains médias, tels TVA[38], la SRC[39], le Journal de Montréal[40] et d'autres journaux[41],[42] ont rapporté la construction de nouveaux lieux de rencontres, dans différentes régions du Québec, de 2010 à 2014. Certaines églises vont jusqu'à partager une même salle de réunion, souvent en location, afin de pouvoir accueillir le plus de gens, tout en réduisant les dépenses[43],[44].

Organisations[modifier | modifier le code]

En 1951, l’Alliance évangélique mondiale est fondée par 21 pays lors de la première assemblée générale à Woudschoten (Zeist) aux Pays-Bas [45], [46],[47],[48]. Elle est représentée dans chaque pays par une Alliance évangélique nationale qui regroupe des dénominations chrétiennes évangéliques.

Églises évangéliques et dialogue œcuménique[modifier | modifier le code]

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Le dialogue évangélique-catholique[modifier | modifier le code]

Pour l'Église catholique, la conception du dialogue est assez large depuis Vatican II ; Jean-Paul II a réaffirmé dans son encyclique Ut unum sint sa dimension personnaliste : il ne s'agit pas seulement d'un échange d'idées, mais aussi d'un échange de don, fondé sur la conviction que l'« Église de Jésus-Christ » est présente avec des degrés dans toute église ou communauté ecclésiale, il s’agit de se laisser interpeller par le Christ lui-même en voyant d'autres fidèles s’engager pleinement à sa suite.

Le dialogue entre l'Église catholique romaine et les Églises évangéliques a commencé il y a longtemps : David du Plessis, membre des Assemblées de Dieu, était présent comme observateur au concile ; la première phase du dialogue avec des pentecôtistes s'est achevée en 1976 ; il en est aujourd'hui à sa 6e phase. Avec le monde évangélique plus « classique », le dialogue a commencé un peu plus tard, avec l'Alliance évangélique mondiale (donnant lieu à la publication d’un rapport en 2003) : avec les baptistes, (avec lesquels le dialogue a été un temps interrompu) ; avec les mennonites, particulièrement persécutés (par les luthériens, les réformés et les catholiques) au XVIe siècle. En France, le dialogue entre l’Église catholique et la Fédération des Églises baptistes (FEEB) a donné lieu à la publication du rapport international Rendre témoignage au Christ, puis du baptême à l'église (baptême, cène/eucharistie, église) ; le thème du travail est aujourd’hui le rôle et la place de la Vierge Marie. Il existe par ailleurs un groupe de conversations né d'une rencontre en 1996 entre Mgr Daucourt, alors président de la Commission épiscopale pour l'unité des chrétiens, et du pasteur Daniel Rivaud lors d'un rassemblement organisé par Jean Vanier en Alsace. La première rencontre de ce groupe eut lieu le 16 juin 1998 au Mont-Roland près de Dole dans le Jura. Côté évangélique, au départ des personnalités furent désignées par cooptation : côté catholique, il s'agit d'un groupe présidé par un évêque. Les travaux ont d’abord porté sur les questions éthiques, puis sur la recherche d’une parole juste des églises « historiques » (le terme est usuel, mais n'est pas vraiment approprié, vu l'ancienneté de certaines églises évangéliques) par rapport aux églises protestantes évangéliques. Des premiers travaux sortiront un numéro de la publication Documents Episcopat intitulé « Regards sur le protestantisme évangélique » publié en 2005 (suivi d'une 2e éditions en 2006). En 2007, l'Alliance évangélique française (AEF) institutionnalisait ce dialogue qui fut repris ensuite par le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) dès sa création en 2010.

D'autres dialogues existent au niveau local, départemental et régional. Des rencontres pastorales, expositions bibliques et autres manifestations sont l'occasion d'un dialogue souvent fécond. Deux mariages ont même été célébrés entre des catholiques et des membres des Assemblées de Dieu, mais cela reste marginal.

On peut souligner la proximité entre Église catholique et Églises évangéliques sur certaines affirmations doctrinales fortes ainsi que sur les questions éthiques, autour de la défense de la vie. D’autre part, l’engagement catholique en faveur de la nouvelle évangélisation et la prise de conscience de la nécessité de réaffirmer fortement les convictions chrétiennes rejoignent la position évangélique. En revanche, se pose le problème de l’image mutuelle, en particulier dans des pays qui ont été historiquement catholiques. Par ailleurs, l'Église catholique a une conception très structurée du dialogue, alors que le monde évangélique est très largement constitué d'églises congrégationalistes, où les communautés locales sont indépendantes. Or un tiers à peu près de ces églises ne sont pas dans des fédérations. Cela conduit à des conceptions différentes du dialogue œcuménique : l’Église catholique recherche l’unité des chrétiens par l’unité des églises, ce qui n’est pas le cas des évangéliques. Enfin, un certain nombre de pratiques évangéliques de (3e vague, autour de la guérison) posent problème aux catholiques qui s'intéressent à la question.

Le dialogue évangélique-réformé (à partir de la situation française)[modifier | modifier le code]

Les évangéliques ont depuis toujours participé à la Fédération protestante de France (FPF), et c'est l'Église évangélique libre, issue du Réveil du XIXe siècle, qui a pris l'initiative de la création de la FPF en 1905. Par intégration successive, la FPF s'est retrouvée rapidement avec les baptistes, l'Église apostolique, la Mission tsigane (pentecôtistes), jusqu'aux dernières entrées, adventistes et pentecôtistes. On a davantage parlé ces dernières années de cette intégration ; sans doute à cause de la croissance démographique rapide de ces Églises, soulignée par les médias surtout dans ses excès ; peut-être aussi à cause de la croissance des églises issues de l'immigration, qui pose des questions nouvelles notamment sociales et inter-culturelles. Le regard que la société porte sur le religieux a changé, en particulier depuis la chute du mur de Berlin, avec le thème du choc des civilisations. Les questions que l'on se pose par rapport au monde musulman se sont posées aussi face au protestantisme, tandis qu'aux États-Unis on assistait à une montée en puissance politique des néo-fondamentalistes. La croissance du pentecôtisme, elle, n'est pas nouvelle (dès le début XXe siècle). La sociologie elle aussi a changé : le mouvement évangélique du XIXe siècle était porté par des aristocrates, tandis que le pentecôtisme est d'origine nettement plus populaire ; il ne comprenait en général guère de théologiens formés comme dans les Églises traditionnelles, la prédication se fait plutôt sur le mode du témoignage. Le dialogue est donc complexifié par la diversité des cultures d'églises, d'expressions de foi.

En même temps, le monde évangélique et pentecôtiste se transforme rapidement ; ces églises attachent aujourd'hui beaucoup plus d'importance à la formation théologique, et ont adopté un certain nombre d’outils intellectuels et théologiques des Églises classiques : il y a donc désormais des personnes « ponts », susceptibles de faire de la « traduction ». On peut aussi penser aux groupes charismatiques informels des années 1970, qui se sont structurés en églises, avec des ministères. C'est en fait une évolution très rapide. Il y a donc dans la FPF un mouvement d'intégration en spirale, qui est sans doute sa vocation particulière : lieu rassembleur d'une diversité d'églises à sa naissance, qui aboutit en 1938 à la constitution de l'Église réformée de France ; les baptistes rentrent alors dans la FPF et le dialogue s’approfondit. La FPF est donc un creuset où le dialogue se fait de plus en plus étroit, vers davantage de communion. L'entrée récente de nouvelles Églises évangéliques dans la FPF s'inscrit tout à fait dans cette ligne. La circulation des personnes également fait que 30 % des ministres qui entrent dans l'Église réformée de France, en moyenne, n'en sont pas issus. Différents facteurs contribuent à ce dialogue : souci du témoignage, contexte socio-politique (la chasse aux sectes a conduit certaines Églises évangéliques à venir frapper à la porte de la FPF, et finalement permis l'entrée dans un dialogue et dans une certaine communion, même si cela n’aboutit pas à une intégration) ; Le protestantisme de la FPF se caractérise par le fait d'accueillir comme une richesse la diversité d'expressions de foi. Certaines Églises évangéliques adhèrent à cette conception et trouvent leur place dans la FPF. D'autres non, et se retrouveront mieux dans la FEP (Fédération évangélique de France) qui exige une unité doctrinale autour d’une confession de foi élaborée. Le dialogue qui existe en France existe aussi au niveau international : une plate-forme du Forum chrétien mondial essaie de mettre ensemble les Églises membres du CEC, l'Église catholique, et les Églises évangéliques et pentecôtistes qui représentent environ ¼ du christianisme mondial ; à Nairobi en novembre 2007 a eu lieu la première rencontre entre des représentants de toutes les familles ecclésiales.

Synthèse[modifier | modifier le code]

Il y a une grande diversité d'Églises évangéliques, mais la plupart se sentent en communion les unes avec les autres : leurs pasteurs ou missionnaires sont formés dans les mêmes institutions, leurs enfants vont dans les mêmes camps de jeunes, sur le terrain, elles travaillent ensemble. Il y a circulation des personnes, des théologiens et des idées entre ces églises. Le Conseil national des évangéliques de France, créé en 2010, affirme rassembler environ 80 % des évangéliques. En 2014, l'Alliance évangélique mondiale rassemble 600 millions de chrétiens évangéliques dans le monde, en 2014.

Dans la fiction[modifier | modifier le code]


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. J. Gordon Melton and Martin Baumann, Religions of the World: A Comprehensive Encyclopedia of Beliefs and Practices, ABC-CLIO, USA, 2010, p. 298
  2. « Église baptiste », site du Centre de ressources et d'observation de l'innovation religieuse (CROIR) de l'Université Laval.
  3. J. Gordon Melton and Martin Baumann, Religions of the World: A Comprehensive Encyclopedia of Beliefs and Practices, ABC-CLIO, USA, 2010, p. 299
  4. Baptist World Alliance, Statistics, Site web officiel, USA, consulté le 29 septembre 2018
  5. Randall Herbert Balmer, Encyclopedia of Evangelicalism: Revised and expanded edition, Baylor University Press, USA, 2004, p. 58
  6. Cecil M. Robeck, Jr, Amos Yong, The Cambridge Companion to Pentecostalism, Cambridge University Press, UK, 2014, p. 14
  7. Randall Herbert Balmer, Encyclopedia of Evangelicalism: Revised and expanded edition, Baylor University Press, USA, 2004, p. 47
  8. Jeff Oliver, Pentecost To The Present Book Three: Worldwide Revivals and Renewal, Bridge Logos Inc, USA, 2017, p. 105
  9. Randall Herbert Balmer, Encyclopedia of Evangelicalism, Baylor University Press, USA, 2004, p.149
  10. Allan Anderson, An Introduction to Pentecostalism: Global Charismatic Christianity, Cambridge University Press, UK, 2013, p. 157
  11. en fait dans les années 1873-1895
  12. a et b Robert Dusek, Facing the Music, Xulon Press, USA, 2008, p. 65
  13. Bruce E. Shields, David Alan Butzu, Generations of Praise: The History of Worship, College Press, USA, 2006, p. 307
  14. a et b Flora Genoux, Comment l’Église évangélique conquiert les Français, Journal lemonde.fr, France, 02 février 2012
  15. Rémy Chhem, Marc-André Morency, Le culte du dimanche à l’Église évangélique baptiste de Québec, IPIR, Canada, 13 décembre 2011
  16. Stella Lau, Popular Music in Evangelical Youth Culture, Routledge, USA, 2013, p. 153
  17. Wendy Murray Zoba, The Beliefnet Guide To Evangelical Christianity, Three Leaves Press, USA, 2005, p. XX
  18. Gerald R. McDermott, The Oxford Handbook of Evangelical Theology, Oxford University Press, UK, 2013, p. 311
  19. Roger E. Olson, The Westminster Handbook to Evangelical Theology, Westminster John Knox Press , UK, 2004, p. 284
  20. Bruce E. Shields, David Alan Butzu, Generations of Praise: The History of Worship, College Press, USA, 2006, p. 307-308
  21. Rémy Chhem, Marc-André Morency, Le culte du dimanche à l’Église évangélique baptiste de Québec, IPIR, Canada, 13 décembre 2011
  22. D. A. Carson, Worship: Adoration and Action: Adoration and Action, Wipf and Stock Publishers, USA, 2002, p. 161
  23. Jörg Stolz, Olivier Favre, Caroline Gachet, Emmanuelle Buchard, Le phénomène évangélique: analyses d'un milieu compétitif, Labor et Fides, Suisse, 2013, p. 99
  24. Anne C. Loveland, Otis B. Wheeler, From Meetinghouse to Megachurch: A Material and Cultural History, University of Missouri Press, USA, 2003, p. 149
  25. Harold W. Turner, From Temple to Meeting House: The Phenomenology and Theology of Places of Worship, Walter de Gruyter, Allemagne, 1979, p. 258
  26. Justin G. Wilford, Sacred Subdivisions: The Postsuburban Transformation of American Evangelicalism, NYU Press, USA, 2012, p. 78
  27. Anne C. Loveland, Otis B. Wheeler, From Meetinghouse to Megachurch: A Material and Cultural History, University of Missouri Press, USA, 2003, p. 2
  28. Jörg Stolz, Olivier Favre, Caroline Gachet, Emmanuelle Buchard, Le phénomène évangélique: analyses d'un milieu compétitif, Labor et Fides, Suisse, 2013, p. 104
  29. Jeanne Halgren Kilde, Sacred Power, Sacred Space: An Introduction to Christian Architecture and Worship, Oxford University Press, USA, 2008, p. 193
  30. Keith A. Roberts, David Yamane, Religion in Sociological Perspective, SAGE , USA, 2011, p. 209
  31. Frédéric Dejean, Sur la Troisième vague évangélique…, Site web de Géographie des religions, Canada, 4 janvier 2009
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  33. Sam Hey, Megachurches: Origins, Ministry, and Prospects, Wipf and Stock Publishers, USA, 2013, page 265
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  35. Alicia Budich, From Megachurch to "Gigachurch", cbsnews.com, USA, 6 avril 2012
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  38. http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/regional/troisrivieres/archives/2013/09/20130920-175636.html
  39. http://blogues.radio-canada.ca/rive-nord/2013/03/29/eglises-pleines-eglises-vides/
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  42. http://www.journalexpress.ca/Actualites/2014-03-05/article-3633741/Eglise-evangelique-daujourdhui%3A-inauguration-en-juin/1
  43. http://www.lapresse.ca/actualites/montreal/201102/05/01-4367333-les-nouvelles-eglises-sous-sols-garages-entrepots.php/
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  45. William A. Dyrness, Veli-Matti Kärkkäinen, Global Dictionary of Theology: A Resource for the Worldwide Church, InterVarsity Press, USA, 2009, p. 950
  46. Roger E. Olson, The Westminster Handbook to Evangelical Theology, Westminster John Knox Press , UK, 2004, p. 100
  47. Brian Stanley, The Global Diffusion of Evangelicalism: The Age of Billy Graham and John Stott, InterVarsity Press, USA, 2013, p. 73
  48. Encyclopédie Britannica, World Evangelical Alliance, Encyclopédie britannica.com, UK, consulté le 29 septembre 2018

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Linda Caille, Soldats de Jésus, les évangéliques à la conquête de la France, Paris, Fayard, 2013
  • Patrice de Plunkett, Les évangéliques à la conquête du monde, Paris, Perrin, 2009
  • Jean Duchesne, Jesus Revolution: made in U.S.A., Paris, Édition du Cerf, 1972, 135 p. N.B.: En dépit du titre anglais de ce livre, son texte est en français; la trad. espagnole, portant le même titre, a été publiée par Ediciones Marova, Madrid, en 1973, 196 p., dans la coll. « Nuevas fronteras ».
  • Sébastien Fath (dir.), Le protestantisme évangélique, un christianisme de conversion, Turnhout, Brépols, 2004 (actes d'un colloque en Sorbonne)
  • Sébastien Fath, Du ghetto au réseau, Le protestantisme évangélique en France, 1800-2005, Genève, Labor et Fides, 2005
  • Yannick Fer, L'offensive évangélique. Voyage au cœur des réseaux militants de Jeunesse en Mission, Genève, Labor et Fides, 2010
  • Jörg Stolz, Olivier Favre, Caroline Gachet, Emmanuelle Buchard, Le phénomène évangélique. Analyses d’un milieu compétitif, Labor et Fides, 2013

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • [1] Liste des églises évangéliques et leurs principales dénominations avec des statistiques