Église orthodoxe orientale

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Les Églises orthodoxes orientales, connues également sous la dénomination d’Églises non-chalcédoniennes, sont, selon Antoine Arjakovsky[1], des Églises chrétiennes anciennes qui se fondent historiquement soit, pour les Églises dites « Églises des deux conciles », sur les conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381), soit, pour les Églises dites « Églises des trois conciles », sur ces deux conciles et celui d'Éphèse (431). Elles sont ainsi distinctes des églises orthodoxes dites « des sept conciles ».

Un grand nombre de sources considèrent, au contraire, que par Églises orthodoxes orientales on entend les Églises des trois conciles, et les distinguent expressément des Églises dites des deux conciles[2],[3],[4],[5] et excluent explicitement ces dernières[6],[7],[8], ou bien identifient les Églises orthodoxes orientales uniquement avec des Églises dites des trois conciles[9],[10],[11]

Terminologie[modifier | modifier le code]

La réalité des christianismes d'origine orientale qui constituent une mosaïque difficile à cerner n'a pas encore permis une unanimité typologique et terminologique au sein de la recherche, ni par conséquent dans l'usage fait communément de ces appellations.

Les distinctions qui s'opéraient jusque récemment en fonction de l'acceptation - ou non - des conciles œcuméniques s'étalant du premier (325) au deuxième concile de Nicée (787) ont laissé place à une situation plus complexe engendrée notamment par les rencontres œcuméniques qui ont prospéré au XXe siècle ainsi que par le phénomène de la mondialisation[12] : « le tracé [des lignes de partage] tient compte désormais à la fois du degré de réception de ces conciles par les Églises et du degré de reconnaissance de cette évolution mémorielle d'une Église par les autres Églises »[12].

Néanmoins, selon l'historien Antoine Arjakovsky, dans le monde francophone au début du XXIe siècle, on peut distinguer les « églises non-chalcédonienne » ou « Églises orthodoxes orientales » (Églises assyrienne, copte, éthiopienne, érythréenne, syrienne-occidentale, malankare du Sud de l'Inde et arménienne) et les « églises chalcédoniennes » ou « églises orthodoxes d'Orient » ; dans le monde anglophone cette distinction se traduit en « Oriental Orthodox Churches » pour les premières qui regroupent les Églises des deux et des trois conciles, et « Eastern Orthodox Churches » pour les secondes qui regroupent les Églises des sept conciles[1].

Selon le Conseil œcuménique des Églises, « à l'heure actuelle, l'appellation couramment admise est Églises orthodoxes orientales » en relation a ces Églises qui, « dans l'histoire, [...] ont été appelées Églises non chalcédoniennes, anti-chalcédoniennes ou pré-chalcédoniennes, Églises monophysites, Églises orientales anciennes ou petites Églises orientales »[13], appellations qui évidemment ne s'appliquent pas à l'Église assyrienne (Église dite des deux conciles)[14],[15],[16],[17], qui, en raison d'avoir rejetté les décrets du concile d'Éphèse, tenu vingt ans avant le concile de Chalcédoine, a été appelée pré-éphésienne[18],[19] (terme qu'on distingue nettement de « préchalcédonienne »)[20] et nestorienne[21],[22],[23],[24],[25]. (c'est-à-dire, du courant théologique le plus opposé au monophysisme)[26],[27].

La position du Conseil œcuménique des Églises[modifier | modifier le code]

Les Églises orthodoxes orientales, considérées comme identiques aux Églises dites des trois conciles, sont toutes membres du Conseil œcuménique des Églises et représentent environ soixante millions de fidèles[4].

Le Conseil œcuménique des Églises est une ONG dont le centre administratif se trouve à Genève en Suisse. En 2016, il comptait 345[28] Églises membres de presque toutes les traditions chrétiennes, notamment protestantes, anglicanes, orthodoxes (tant chalcédoniennes qu'orientales)[28], évangéliques, Églises qui représentent plus de 500 millions de chrétiens[28]. L'Église catholique, qui compte plus d'un milliard de chrétiens, n'est pas membre, bien qu'elle collabore pour certains sujets[29].

Des deux Églises dites des deux conciles, il n'y en a qu'une qui est membre du Conseil œcuménique des Églises : l'Église apostolique assyrienne de l'Orient[5], dont le Conseil œcuménique des Églises dit : « D'autres noms lui ont été incorrectement attribués, notamment celui d'"Église orthodoxe assyrienne", ce qui a conduit certains à croire à tort qu'il s'agit d'une branche de la communauté orthodoxe orientale »[5]. Selon Jérôme Anciberro, cette Église « n'utilise jamais le terme « orthodoxe » pour elle-même[30]». L'Église catholique tient à souligner qu'elle aussi considère comme distincts les dialogues qu'elle entretient d'un côté avec les Églises orthodoxes orientales et de l'autre avec l'Église Assyrienne de l'Orient[31].

Implantations et fidèles[modifier | modifier le code]

La plupart des fidèles des Églises orthodoxes orientales vivent au XXIe siècle en Éthiopie, en Érythrée, en Égypte, en Syrie, au Liban, en Arménie et en Inde ; il existe d'importantes diasporas en Europe, en Amérique du Nord et Amérique du Sud ou encore en Australie[32]. Selon Arjakovsky, qui considère les Églises dites des deux conciles comme Églises orthodoxes orientales, l'ensemble de toutes ces Églises représente environ soixante millions de fidèles[32]. Jérôme Anciberro, selon lequel les « Églises des deux conciles » ne sont pas des Églises orthodoxes orientales, indique le nombre des fidèles de chaque Église des quatre catégories dans lesquelles il divise les Églises orientales (respectivement des 2, des 3, des 7 et des 21 conciles), avec une grande disparité entre les confessions, les plus petites ne comptant guère plus de quelques milliers de fidèles tandis que l'Église éthiopienne orthodoxe en dénombre près de quarante millions[30].

Théologies[modifier | modifier le code]

Ces églises non-chalcédoniennes ne sont pas en communion eucharistique avec les églises dites « églises orthodoxes (chalcédoniennes) »[33] ou « Églises orthodoxes (byzantines) »[34] "depuis la rupture de 451 et un différend christologique : les premières — s'inscrivant du côté de Cyrille d'Alexandrie — s'opposent aux secondes - issus de l'école antiochienne - qui parlent de deux « natures » (physeis) du Christ, ce que les premières considèrent comme une division dans la personne du Christ, préférant évoquer une « physis de Dieu le Verbe incarné »[35]. Au contraire, les chalcédoniens redoutent qu'en suivant cette dernière expression, une des deux natures, divine et humaine, du Christ ne disparaisse, traitant alors leurs adversaires anté-chalcédoniens de « monophysites » (« une seule nature »)[35] qui les taxent eux-mêmes de « dyophysisme » (« deux natures »)[36]. Malgré les tentatives de conciliation de Jean d'Antioche pour rapprocher les positions par une formulation insistant sur l'unité personnelle des deux natures et essayant de résoudre l'épineux problème de la « Theotokos » (mère de Dieu) concernant Marie, mère de Jésus, les considérations politiques clivant le patriarcat d'Alexandrie et celui de Constantinople l'emportent et le schisme s'opère à la suite du concile de Chalcédoine, divisant très profondément la chrétienté, ce qui aura des conséquences durables surtout en Orient au moment de l'essor de l'Islam[36].

Apostolicité[modifier | modifier le code]

La plupart des Églises anté-chalcédoniennes revendiquent traditionnellement avoir été fondées antiquement par les premiers apôtres de Jésus de Nazareth ou des disciples directs de ceux-ci : Pierre à Antioche pour l'Église syriaque orthodoxe[37], Marc à Alexandrie pour l'Église copte orthodoxe[38], Barthélemy et Thaddée pour l'Église apostolique arménienne[37] ou encore Thomas pour l'Église malankare orthodoxe syrienne du Kerala[38].

Relations interconfessionnelles[modifier | modifier le code]

Durant des siècles, c'est l'éloignement voire la confrontation qui marquent les deux conceptions et il faut attendre la deuxième moitié du XXe siècle pour que s'opère un rapprochement dans ce qui apparaît comme un débat probablement plus sémantique que réellement théologique[36]. Les Églises « orthodoxes des sept conciles » et « orthodoxes orientales » se rencontrent finalement en 1965 à Addis-Abeba et affirment leur appartenance à la même foi. Vingt ans plus tard, elles s'engagent dans un dialogue théologique dont découlent en 1990 certains accords christologiques. Si la proposition a été faite de lever les anathèmes de la période byzantine, elle n'a pu encore trouver de concrétisation faute d'une réception dans l'ensemble des églises concernées, traduisant le manque actuel de leur unité de la foi[36].

Les églises orthodoxes orientales entretiennent également des rapports et dialogues théologiques avec l'Alliance réformée mondiale, l'Église catholique et la Communion anglicane[39]. En 1984, l'Église syrienne orthodoxe, représentée par Zakka Iwas Ier, et l'Église catholique romaine, alors dirigée par Jean-Paul II, signent une déclaration de foi commune[40].

La quasi totalité des Églises orthodoxes orientales sont membres du Conseil œcuménique des églises[4],[32], mais l'Église apostolique assyrienne de l'Orient n'en est pas membre[4],[5].

Confessions principales[modifier | modifier le code]

Deux conciles[modifier | modifier le code]

Selon Arjakovsky ces Églises appartiennent à la famille des Églises orthodoxes orientales, ce que nient les autres sources citées.

Trois conciles[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Antoine Arjakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais », , p. 69-70, 76
  2. Chiara Pellegrino, La croix et le drapeau noir, Marsilio, (ISBN 978-88-3174026-5, lire en ligne)
  3. (en) Jeffrey Gros et Daniel S. Mulhall, The Ecumenical Christian Dialogues and the Catechism of the Catholic Church, Paulist Press, (ISBN 978-1-61643809-8, lire en ligne)
  4. a, b, c et d Conseil œcuménique des Églises, "Églises orthodoxes orientales"
  5. a, b, c et d Conseil œcuménique des Églises, "Église apostolique assyrienne de l'Orient".
  6. Jean-Marie Mayeur, Crises et Renouveau (de 1958 à nos jours): Histoire du christianisme, Fleurus, (ISBN 978-2-71890737-6, lire en ligne)
  7. (en) John Anthony McGuckin, The Encyclopedia of Eastern Orthodox Christianity, John Wiley & Sons, (ISBN 978-1-44439254-8, lire en ligne), p. 590
  8. Anglican-Oriental Orthodox International Commission, Agreed Statement on Christology, 2002 en (en) Jeffrey Gros, Growth in Agreement III: International Dialogue Texts and Agreed Statements, 1998-2005, Eerdmans, (ISBN 978-0-80286229-7, lire en ligne), p. 37
  9. Christine Chaillot, Rôle des images et vénération des icônes dans les églises orthodoxes orientales: syrienne, arménienne, copte, éthiopienne, Genève, Dialogue entre Orthodoxes, (présentation en ligne)
  10. Yves Chiron, Histoire des conciles, EDI8, (ISBN 978-2-26203890-8, lire en ligne), p. 500
  11. Gilbert van Belle, Il Senodos etiopico, Peeters Publishers, (ISBN 978-9-04290816-1, lire en ligne), p. 27
  12. a et b Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais », , p. 69
  13. Conseil œcuménique des Églises, "Églises orthodoxes orientales"
  14. Dominique Letourneau, Les mots du Christianisme, Fayard, (ISBN 978-2-21367638-8, lire en ligne)
  15. Martin Baumann et Jorg Jorg Stolz, La nouvelle Suisse religieuse, Labor et Fides, (ISBN 978-2-83091278-4, lire en ligne), p. 168
  16. Frédéric Lenoir, Comment Jésus est devenu Dieu, Fayard, (ISBN 978-2-21366066-0, lire en ligne)
  17. Didier Giorgini, Géopolitique des religions, Presses universitaires de France, (ISBN 978-2-13073657-8, lire en ligne)
  18. Rémi Gounelle, « Les dessous de la réhabilitation d'un patriarche hérétique », dans La christologie entre dogmes, doutes et remises en question, Van Dieren, (ISBN 978-2-91108732-5, lire en ligne)
  19. Chiara Pellegrino, La croix et le drapeau noir, Marsilio, (ISBN 978-88-3174026-5, lire en ligne)
  20. Dietmar W. Winkler, « Les pères grecs dans les dialogues œcuménique entre les Églises syriaques », dans Les Pères grecs dans la tradition syriaque, Geuthner, (ISBN 978-2-70533799-5, lire en ligne), p. 150
  21. Pierre Blanc, Chrétiens d'Orient, L'Harmattan, (ISBN 978-2-29620682-3, lire en ligne), p. 7
  22. Bernard Meunier, La naissance des dogmes chrétiens, Editions de l'Atelier, (ISBN 978-2-70824375-0, lire en ligne)
  23. Stéphane Walter, La construction nationale syrienne, CNRS Éditions, (ISBN 978-2-27107850-6, lire en ligne)
  24. Theodoros Koutroubas, L'action politique et diplomatique du Saint Siège au Moyen-Orient de 1978 à 1992, Presses univ. de Louvain, (ISBN 978-2-87463025-5, lire en ligne)
  25. Nathalie Duplan et Valerie Raulin, Jocelyne Khoueiry l'indomptable, Le Passeur, (ISBN 978-2-36890327-8, lire en ligne)
  26. Michel Dubost et Stanislas Lalanne, Le nouveau Théo: L'Encyclopédie catholique pour tous, Fleurus, (ISBN 978-2-7289-1417-3, lire en ligne)
  27. Jean-Pierre Martin et Alain Chauvot, Histoire romaine, Armand Colin, (ISBN 978-2-2002-9103-7, lire en ligne)
  28. a, b et c « Une communauté mondiale de 345 Églises représentant plus de 500 millions de chrétiens », Églises membres, site du COE, consulté le 11 mai 2016.
  29. Conseil Œcuménique des Églises,Église catholique, Site officiel du Conseil Œcuménique des Églises, Suisse, consulté le 11 mai 2016.
  30. a et b Jérôme Anciberro, « Les Églises d'Orient en un seul (grand) tableau », sur Témoignage chrétien, (consulté en 19 aoüt 2013)
  31. Conseil Pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens
  32. a, b et c Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais », , p. 70
  33. Conseil œcuménique des Églises, "Églises orthodoxes (chalcédoniennes)"
  34. Consejo Mundial de Iglesias,
  35. a et b Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais », , p. 73
  36. a, b, c et d Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais », , p. 74
  37. a et b Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais », , p. 71
  38. a et b Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais », , p. 72
  39. Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais », , p. 75
  40. « Déclaration commune du Pape Jean-Paul II et de S.S. Moran Mar Ignatius Zakka Ier Iwas », sur vatican.va, (consulté le 19 août 2013), cité par A. Arjakovski, op. cit. 2012, p. 75-76

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais », , 632 p. (ISBN 978-2-07-043772-6)
  • Christine Chaillot, « Fidélité et vulnérabilité des plus anciennes Églises d'Orient », in Les Richesses de l'Orient Chrétien, éd. Saint-Augustin, 2000, p. 135-168