Notre-Dame du Val-de-Grâce

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Église du Val-de-Grâce
Image illustrative de l'article Notre-Dame du Val-de-Grâce
Présentation
Culte Catholique romain
Type Église conventuelle
Rattachement Diocèse aux Armées Françaises
Début de la construction 1645
Fin des travaux 1667
Style dominant baroque
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Île-de-France
Département Paris
Ville Paris
Coordonnées 48° 50′ 26″ Nord 2° 20′ 31″ Est / 48.840542, 2.341983

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Église du Val-de-Grâce

Notre-Dame du Val-de-Grâce, connue populairement comme l'église du Val-de-Grâce, est une église de style classique baroque français originellement destinée à être l'église de l'abbaye royale du Val-de-Grâce située dans le 5e arrondissement de Paris, place Alphonse Laveran.

Les bâtiments de l'ancienne abbaye accueillent aujourd'hui le musée du service de santé des armées, la bibliothèque centrale du Service de santé des armées, et l'École du Val-de-Grâce, anciennement École d'Application du Service de Santé des Armées (EASSA). Le même îlot militaire comprend l'hôpital d'instruction des armées du Val-de-Grâce, situé sur l'ancien potager de l'abbaye.

Historique[modifier | modifier le code]

La fondatrice, la reine Anne d'Autriche, a été élevée dans les principes stricts de la Contre-Réforme. Devenue reine, elle prend l'habitude de visiter les monastères féminins de Paris et des alentours. Au prieuré du Val-de-Grâce de Bièvres, elle remarque la prieure Marguerite de Veny d'Arbouse et lui demande un siège abbatial. L'abbaye est alors fondée en 1621 et confiée à la nouvelle amie de la reine. La première pierre est posée le 3 juillet 1624, sur un terrain donné par la couronne (l'ancien hôtel du Petit-Bourbon) et la construction s'échelonne lentement de 1624 à 1643. Cette première communauté est caractérisée par l'austérité de sa règle et l'archaïsme des bâtiments qui l'accueillent.

Ancienne abbaye du Val-de-Grâce à Paris : vue sur le cloître et son jardin à la française

L'ensemble reste inachevé à cause de la disgrâce dont souffre la reine auprès du roi en 1636-1637. En effet, depuis sa fausse-couche de 1622, Anne d'Autriche est peu à peu délaissée par le roi. Ce dernier fait surveiller en particulier ses fréquentations par Richelieu. La reine est alors constamment épiée et politiquement fragilisée par sa stérilité (que les relations irrégulières avec Louis XIII n'arrangent pas). Elle aime donc se retirer au Val-de-Grâce (monastère ayant une dévotion particulière pour la Nativité...) où elle entretient des relations épistolaires avec de ses amies chassées par le roi de la cour. Lorsque son royal époux l'apprend, il lui interdit de fréquenter le Val-de-Grâce, c'est l'affaire dite du Val-de-Grâce. Cependant, quelques mois plus tard, Anne d'Autriche tombe enceinte et donne enfin naissance à un héritier le , le dauphin Louis-Dieudonné, futur Louis XIV.

Deux événements funestes bousculent le destin de la reine et de sa fondation. Le 4 décembre 1642, le cardinal de Richelieu meurt et Mazarin entre quelques jours plus tard au Conseil. Le 14 mai 1643, le roi Louis XIII meurt à son tour, Mazarin devient alors "principal ministre". Le dauphin n'a que 5 ans, Anne d'Autriche devient à 42 ans reine régente, en étroite collaboration avec le cardinal-ministre Mazarin.

La régente peut dès lors réaliser son vœu d'élever un « temple magnifique » si Dieu lui donnait un fils, « de rebâtir entièrement l'église et le monastère du Val-de-Grâce et de n'y épargner aucune dépense pour y laisser des marques éternelles de sa piété » (l'abbé de Fleury). La réalisation de ce vœu supposait trois conditions : un emplacement, une congrégation et des finances.

Elle achète alors un hôtel particulier et y ajoute quelques années plus tard des bâtiments supplémentaires. En 1645, Anne d'Autriche, veuve du roi Louis XIII, demande à François Mansart d’ajouter une église et un palais au couvent du Val-de-Grâce où elle se rendait fréquemment. Mais Mansart est renvoyé un an après le début des travaux, et seule l'église est construite en majeure partie selon ses plans. La raison de son renvoi est sans doute le coût élevé des travaux (les travaux pour remblayer les galeries souterraines prirent du temps et de l'argent) et l’incapacité de Mansart à arrêter catégoriquement un seul projet. L'église est terminée en 1667 (l'édification fut confiée successivement à François Mansart, Jacques Lemercier, Pierre Le Muet et enfin Gabriel Le Duc).

À la Révolution, les symboles de la royauté sont effacés, la chapelle Sainte-Anne (qui abrite de nos jours l'orgue d'Aristide Cavaillé-Coll) est profanée : dans cette « chapelle des cœurs » qui renfermait les cœurs embaumés de 45 rois et reines de France, l'architecte Louis-François Petit-Radel s'empare de treize urnes reliquaires en vermeil contenant les cœurs de plusieurs souverains ou personnages princiers (Anne d'Autriche, Marie-Thérèse d'Espagne), les vend ou les échange contre des tableaux à des peintres qui recherchaient la substance issue de l'embaumement ou « mummie » (substance très rare et hors de prix, résultat d'un mélange d'une matière organique, le cœur, macérée dans de l'alcool, et d'aromates) : une fois mêlée à de l'huile, elle était réputée donner un glacis incomparable aux tableaux[1]. Le la Convention nationale réaffecte l'ensemble monumental qui devient hôpital militaire puis hôpital d'instruction.

Liste des abbesses[modifier | modifier le code]

La gloire des Bienheureux, fresque de la coupole par Pierre Mignard.

Abbesses à Bièvres

  • 1204-12?? : Marie I
  • 12??-1213 : Étiennette De Villeneuve
  • 1213-1232 : Édouarde
  • 1232-1282 : Marie II
  • 1282-1300 : Agnès
  • 1300-1349 : Jeanne I
  • 1349-1377 : Mabille de Champlâtreux
  • 1377-1399 : Denise La Ninode
  • 1399-1401 : Jeanne II La Ninode
  • 1401-1440 : Marguerite I du Rouvray
  • 1440-1451 : Marguerite II de Prez
  • 1451-1469 : Jeanne III Hermade
  • 1469-1480 : Guillemette de Sully
  • 1480-1481 : Philippa de Rondon
  • 1481-1494 : Antoinette de Conan
  • 1494-1511 : Catherine de Torcy
  • 1511-1515 : Jacqueline de Ballieu
  • 1515-1520 : Anne I de Broyes
  • 1520-1541 : Ursule Enjorrant
  • 1541-1545 : Marguerite III Le Jongleux
  • 1545-1558 : Isabelle Charles
  • 1558-1568 : Anne II de Harville
  • 1568-1574 : Françoise Jabin
  • 1574-1576 : Anne III Le Bret
  • 1576-1613 : Louise I de Reilhac
  • 1613-1618 : Hélène Brunet
  • 1618-1621 : Marguerite IV de Veny d'Arbouse

Abbesses à Paris

  • 1621-1626 : Marguerite IV de Veny d'Arbouse
  • 1626-1637 : Louise II de Milley
  • 1637-1650 : Marie III de Burges
  • 1650-1662 : Anne IV de Compans
  • 1662-1674 : Marguerite V du Four (1)
  • 1674-1683 : Anne V de Mangot (1)
  • 1683-1686 : Marguerite V du Four (2)
  • 1686-1696 : Anne V de Mangot (2)
  • 1696-1699 : Anne VI de Barry
  • 1699-1711 : Geneviève Perreau (1)
  • 1711-1718 : Marie-Françoise Billon
  • 1718-1724 : Geneviève Perreau (2)
  • 1724-1726 : Magdeleine Langlois
  • 1726-1729 : Nicole de Compans
  • 1729-1789 : Gabrielle de Migennes du Bourgneuf

Source : A.M. Le Fèvre (prêtre de Paris et bachelier en théologie), Calendrier historique et chronologique de l'Église de Paris, 1747.

Description de l'église[modifier | modifier le code]

Façade de l'église du Val-de-Grâce, rue Saint-Jacques.

L'église a un plan en croix latine et un dôme visible du parvis. Le plan d'origine de François Mansart prévoyait des tours flanquant la nef et un portail d’entrée à un étage, en avancée, qui évoquait l'entrée d'un château plutôt qu'une façade d’église traditionnelle. La façade à deux étages, avec son double niveau de colonnes jumelées supportant un fronton triangulaire et ses deux ailerons caractéristiques, rappelle certaines élévations d'églises de la première moitié du XVIIe siècle (par exemple, la façade de l'église des Feuillants, érigée également par François Mansart en 1623-1624). Plus clair et plus sobre que les maniéristes, François Mansart quadrille sa façade de lignes verticales : les six colonnes et les quatre pilastres du porche, et des lignes horizontales : les entablements des deux niveaux (celui du rez-de-chaussée est plus accentué et ressort grâce au porche qui le soutient) et l'attique, derrière le fronton, où se trouvent les supports des bases des colonnes du deuxième niveau. Le dôme, baroque, abrite une coupole décorée par Pierre Mignard : « La Gloire des Bienheureux » (1663) et un baldaquin inspiré de celui de la basilique Saint-Pierre de Rome.

La voûte de la nef est en berceau à lunettes pénétrantes.

Pour remercier le ciel de lui avoir accordé un enfant, Anne d'Autriche fit de cette église un ex-voto en l'honneur de la Vierge Marie. La dédicace sur le fronton du porche est facilement compréhensible : « IESU NASCENTI VIRGINIQ(UE) MATRI », c'est-à-dire « (cette église est dédiée) à Jésus naissant et à sa mère la Vierge ». On remarque l'insistance sur le fait que Jésus est honoré comme enfant attendu qui est enfin né (comme Louis XIV) et Marie comme mère (comme Anne d'Autriche).

L'abbaye, qui reste un modèle de construction religieuse du XVIIe siècle, est désaffectée sous la Révolution et devient un hôpital militaire en 1796. En 1979, l'hôpital est transféré dans le nouvel établissement hospitalier qui vient d'être construit sur l'ancien potager des bénédictines.

L'abbaye abrite aujourd'hui le musée du service de santé des armées, la bibliothèque centrale du service de santé, l'école du Val-de-Grâce et comporte également des chambres pour certains personnels hospitaliers. L'église est ouverte au public aux mêmes heures que le musée (par lequel les visiteurs y accèdent), ainsi que lors des offices (en particulier la messe dominicale) et des concerts de musique classique qui s'y déroulent régulièrement.

Une église dédiée à la Nativité : son maître-autel[modifier | modifier le code]

Le baldaquin, par Gabriel Le Duc et la , par Michel Anguier

« A Jésus naissant et à la Vierge mère ». Cette inscription figurant sur la frise du portique d’entrée de l’église Notre-Dame du Val-de-Grâce, à Paris, marque la consécration d’une église tout entière tournée vers la Nativité. Si Le Bernin fut pressenti par la reine pour dessiner le célèbre et somptueux baldaquin, c’est Gabriel Le Duc qui fut finalement choisi, et le 25 mars 1665, Michel Anguier obtint le marché du groupe de la Nativité destiné à orner le maître-autel, le baldaquin formant tout autour, en quelque sorte, une majestueuse crèche. Le marché stipulait les conditions suivantes : « trois figures de la crèche d’un grand naturel, l’Enfant Jésus d’attitude couchée en une crèche, la Vierge et saint Joseph d’attitude priante et dévote ». François Anguier, le frère de Michel, travaillera à d’autres sculptures en l’église du Val-de-Grâce, notamment la descente de croix devant l’autel. Il n’est pas inutile de savoir que Michel Anguier, à Rome, travaillera notamment auprès du Bernin. Sous ses doigts talentueux, la pierre prendra presque vie pour former une magnifique crèche grandeur nature. Des copies, en divers matériaux, furent ensuite réalisées, notamment pour Coulombs.

En 1790, l’abbaye du Val-de-Grâce connut le sort des autres couvents parisiens : elle fut fermée, le mobilier saisi, et de plus, l’orgue fut démoli et le maître-autel démonté. Heureusement, l’église fut conservée comme monument d’architecture, tandis que l’abbaye était dévolue, le 31 juillet 1793, au service de santé pour en faire un hôpital militaire. Elle fut ainsi sauvée de la destruction, ce qui ne fut pas le cas de plusieurs couvents situés aux alentours, notamment les Ursulines et les Feuillantines.

Le baldaquin fut préservé, mais le maître-autel fut transporté au dépôt des Petits-Augustins, et les trois figures de la crèche furent attribuées en 1805 à l’église Saint-Roch où elles furent installées. Napoléon III, bien plus tard, demanda que le maître-autel soit reconstruit, et ce fût Ruprich-Robert que l’on chargea des travaux. Le curé de Saint-Roch ayant refusé de rendre la crèche d’Anguier, il fut décidé d’en sculpter une nouvelle, à l’identique. Trois sculpteurs furent désignés : Clément Denis pour l’Enfant-Jésus, Justin-Marie Lequien pour la Vierge, et Louis Desprez pour saint Joseph.

Une copie du baldaquin de Val de Grâce se retrouve à Neuville au Québec à l'église Saint-François-de-Sales. Cette pièce remarquable fut construite en France vers 1695 initialement pour le palais épiscopal de Québec pour monseigneur de Saint-Vallier. Mais le palais étant trop petit pour le baldaquin, il fut donné à Neuville en échange de nourriture pour les pauvres de Québec.

L'orgue[modifier | modifier le code]

L'orgue historique Cavaillé-Coll de l'église du Val-de-Grâce à Paris, 2003

L'on ne sait rien de l'orgue qui se trouvait au Val-de-Grâce avant la Révolution durant laquelle il fut démonté et dispersé, si ce n'est le nom de l'auteur du buffet, Germain Pilon, à qui l'on doit celui, magnifique, de St Louis des Invalides. Il faut attendre plus d'un siècle avant qu'un instrument à tuyaux retrouve sa place au Val-de-Grâce. Le 10 novembre 1852, Aristide Cavaillé-Coll soumissionne pour la construction d'un nouvel orgue en l’église Sainte Geneviève, rendue au culte le 6 décembre 1851 par le Prince-Président Louis Napoléon. Le 17 décembre suivant, le ministre de l'Intérieur signe le marché, d'un montant de 20.000 francs. En 1853, le facteur d'orgues installe le nouvel instrument, un 8 pieds de deux claviers-pédalier et de 21 jeux, qui participe ainsi au service de la liturgie confiée aux “Chapelains de Sainte Geneviève”. Clément Loret est à l’époque le titulaire de l’orgue. En 1885, cette église redevient Panthéon sur décision du président Jules Grévy ; il convient alors de désaffecter le bâtiment. En 1891, par entente entre les départements de la Guerre et des Travaux Publics, l’orgue est affecté à l’église de l’hôpital militaire du Val-de-Grâce où il est transféré la même année par le facteur Joseph Merklin. Celui-ci installe une machine Barker, ainsi qu'une nouvelle console. Sans doute, l'orgue s'est-il fait entendre une dernière fois, au Panthéon, lors des cérémonies en l'honneur de Victor Hugo. En 1927, un relevage est confié au facteur Paul-Marie Koenig, qui procède à de légères transformations et menus ajouts. La réception des travaux est faite, le 25 mai 1929 par Achille Philipp, titulaire, André Marchal, Jean Huré, Maurice Sergent, Marc de Ranse, L. de Saint-Riquier. Le concert inaugural est donné, en mai également, par André Marchal et Achille Philipp, titulaire, professeur à la Schola Cantorum, en présence du lieutenant Koenig, futur maréchal de France, et de la maréchale Foch. Classé au titre des monuments historiques en 1979, pour sa partie instrumentale, il a été restauré par les facteurs François Delangue et Bernard Hurvy en 1992/93 et retrouve sa splendeur d'origine. Les modifications de Koenig ont disparu et le "petit grand-orgue", comme l'appelait Cavaillé-Coll, du Val-de-Grâce est aujourd'hui l'un des rares témoins parisiens de la facture de Cavaillé-Coll parvenus jusqu'à nous sans dénaturations ou mises "au goût du jour". Depuis la restauration, Il sert à de nombreuses activités musicales (concerts, auditions d'orgue) ; il comporte 21 jeux sur deux claviers et pédalier. Clément Loret, Achille Philip, Christiane de Lisle, Jean-Dominique Pasquet et Christine Riskin-Guiguen en furent notamment les organistes. L'actuel titulaire est Hervé Désarbre, organiste du ministère de la Défense.

Composition[modifier | modifier le code]

I Récit C–f3
Flûte harmonique 8′
Gambe 8′
Voix céleste 8′
Flûte octaviante 4′
Octavin 2′
Voix Humaine 8′
Basson-Hautbois 8′
Trompette 8′
Grand Orgue C–f3
Bourdon 16′
Montre 8′
Salicional 8′
Bourdon 8′
Prestant 4′
Gambe 4′
Doublette 2′
Trompette 8′
Clairon 4′
Pédalier C–f1
Soubasse 16′
Flûte 8′
Trompette 8′
Bombarde 16′
  • Cuillers : Tir.G.O - Tir.R - Appel Fds G.O - R/GO 8' - R/GO 16' - Pédale d'expression - Anches G.O - Anches R – Trémolo - traction mécanique - machine Barker au G.O.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. André Castelot, L'Histoire insolite, Paris, Perrin, , 427 p. (ISBN 2-262-00248-7), p. 171


Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Mignot, Le Val-de-Grâce : l'ermitage d'une reine, CNRS Éditions, collection Patrimoine au présent, (ISBN 9782271051448), 1997.
  • Jean Marot, Daniel Marot, L’architecture française ou recueil des plans, élévations, coupes et profils des églises, palais, hôtels et maisons particulières de Paris, et des chasteaux et maisons de campagne ou de plaisance des environs et de plusieurs autres endroits de France, bâtis nouvellement par les plus habiles architectes et levés et mesurés exactement sur les lieux, planches 105-114, P.-J. Mariette (voir)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]