Église Saint-Léonard de Fougères

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Saint-Léonard.
Église Saint-Léonard
Image illustrative de l'article Église Saint-Léonard de Fougères
Chevet et flanc sud de l'édifice.
Présentation
Culte Catholique romain
Type Église paroissiale
Rattachement Archidiocèse de Rennes
Début de la construction XIVe et XVe siècles
Fin des travaux 1675 (clocher), 1863-1882 (façade principale et chœur)
Architecte Aristide Tourneux et Prioul (agrandissement et transformation du XIXe)
Style dominant Gothique flamboyant et Néogothique
Protection  Inscrit MH (1949)[1]
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Bretagne
Département Ille-et-Vilaine
Ville Fougères
Coordonnées 48° 21′ 06″ nord, 1° 12′ 18″ ouest

Géolocalisation sur la carte : Ille-et-Vilaine

(Voir situation sur carte : Ille-et-Vilaine)
Église Saint-Léonard

Saint-Léonard de Fougères est une des églises paroissiales de Fougères, en France. Elle est située dans la haute ville au voisinage immédiat de l'hôtel de ville et du jardin public. L'impasse Saint-Léonard la sépare du siège de la Chambre de commerce et d'industrie du pays de Fougères.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'église Saint-Léonard a été érigée au XIIe siècle par les moines de Pontlevoy sur le plateau qui domine le château de Fougères. Cette fondation est consécutive à un différend afférent à l'église Saint-Nicolas, lequel les ayant opposés aux religieux de Marmoutiers devait les léser[2]. Très vite, Saint-Léonard est devenu la paroisse du bourg-neuf de Fougères. Elle a été reconstruite de 1407 à 1636 dans un style gothique flamboyant afin de satisfaire aux exigences de l'accroissement démographique que connaissait alors la cité. Profané à la révolution, l'édifice a été profondément remanié au XIXe par les architectes Tourneux et Prioul, avec notamment la réorientation du sanctuaire, son agrandissement et l'édification d'une nouvelle façade principale[3].

L'église a fait l'objet d'une inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques le 15 mars 1949[1].

Architecture[modifier | modifier le code]

Extérieurs[modifier | modifier le code]

Saint-Léonard de Fougères constitue un exemple typique des édifices religieux construits en Haute-Bretagne à la fin du Moyen Âge. Dépourvue de transept, terminée par un chevet plat, son ample nef est accostée d'une enfilade de chapelles construites au gré des fondations et des besoins d'une population croissante. Pour autant, l'église présente des façades homogènes à pignons multiples, les bâtisseurs s'étant astreints à édifier des chapelles régulières. Le côté nord, tourné vers la ville présente une ornementation sensiblement plus riche (galerie renaissance, gâbles ornés de feuillages et choux frisés, extrados d'une fenêtre agrémenté d'une représentation du péché originel, pinacles sculptés, gargouilles...) que le collatéral sud que bordaient les remparts.



La façade principale date du XIXe siècle et remplace le chœur originel. Posée sur un haut emmarchement, véritable dentelle de pierre, elle transpose les modèles des grandes façades flamboyantes d'Ile-de-France (Beauvais, Senlis, Sens ou Meaux) sous les cieux bretons, utilisant avec brio le kersanton pour un résultat des plus gracieux. La porte principale, au tympan ajouré, est entourée de contrefort sommés de pinacles, un gâble couronnant le tout et interrompant une première galerie ouvragée bordant une terrasse sise à mi-hauteur. En retrait une rose de six mètres de diamètre constitue l'ornement majeur du frontispice. Une seconde balustrade surmonte l'étage intermédiaire qu'achève un fronton orné de motifs feuillagés. Deux puissants contreforts, agrémentés de pinacles et terminés par des clochetons, équilibrent les lignes horizontales des degrés ou galeries, concourant même à un certain élan ascensionnel de l'ouvrage.



Le clocher, édifié en granit d'extraction locale, contraste avec la couleur grise du kersanton. Si sa base constitue la partie la plus ancienne de l'édifice, les étages supérieurs trahissent les signes d'une renaissance tempérée par la taille difficile de la pierre. Dotée de gargouilles en forme de canons et d'une galerie renaissance, la tour s'achève par haut beffroi couronné par un dôme à lanternon.

Intérieur[modifier | modifier le code]

Vue intérieure de l'édifice.

L'église Saint-Léonard de Fougères présente un plan de type basilical des plus simples. Il s'agit en effet d'une ample nef de neuf travées accostée de collatéraux, la première travée constituant une sorte de narthex ouvrant sur deux chapelles (dont une sous la tour). L'édifice s'apparente à une église halle, le douvis couvrant la nef principale ayant cependant été porté à une hauteur supérieure aux voûtes des nefs secondaires au cours du XIXe siècle.

L'élévation est à deux étages: grandes arcades portant une arcature continue que coiffe un douvis rythmé par des arcs doubleaux. L'éclairage directe de la nef reste parcimonieux: si la maîtresse-vitre occidentale et la rosace orientale y concourent, ce sont bien plus les fenêtres des collatéraux qui permettent d'assurer indirectement une certaine luminosité au vaisseau central.

Originellement, ces collatéraux consistaient en une suite de chapelles indépendantes. La régularisation du plan de l'édifice au XIXe siècle a sensiblement modifié la perception des volumes, la distribution des espaces et la circulation interne. Le couvrement des collatéraux par des voûtes d'ogives en pierre et la décoration des chapelles sud (tabernacles et crédences lavabos) attestent encore partiellement des dispositions primitives.

L'espace liturgique du chœur est singularisé par la présence d'un arc triomphal à son entrée et le voûtement d'ogives des deux dernières travées de l'église. Ces dernières datent du XIXe siècle qui vit le changement d'orientation de l'édifice, la façade principale étant désormais tournée vers la ville haute.

Vitraux[modifier | modifier le code]

La majeure partie des vitraux de l'église Saint-Léonard date de 1959. Le bombardement de la ville en 1944 ayant soufflé les anciennes verrières, François Lorin (1900-1972), maître-verrier à Chartres, a pourvu les fenêtres des collatéraux et du chevet de figures en pied de saints bretons ou ayant fait l'objet d'une vénération particulière au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime : sainte Jeanne de France et sainte Geneviève, saint Yves et le Curé d'Ars, saint Crépin et saint Crépinien, saint Aubert et saint Michel.

L'édifice conserve cependant quelques fragments de sa vitrerie du XVIe siècle ainsi que le vitrail le plus ancien de Bretagne qui provient de l'abbaye de Saint-Denis et date du XIIe siècle. Ces pièces, exposées dans les chapelles flanquant la façade principale de Saint-Léonard, ont été classées le 10 décembre 1906[4].



Dans la chapelle des fonts (chapelle nord, sous la tour):

  • Fragments d'une entrée du Christ à Jérusalem (Rameaux) qui ornait l'ancienne maîtresse-vitre et autres scènes du XVIe siècle.
  • Fragments d'une résurrection de Lazare, de Jésus dans le Temple, de la femme adultère[5].

Dans la chapelle du Sacré-Cœur (chapelle sud):

  • Déploration sur le corps du Christ, donateur et Saint-Yves.
  • Rondel du XIIe siècle présentant deux scènes de la vie de Saint-Benoît, provenant de Saint-Denis : Romanus remettant à Benoît sa coule et Benoît nourri le jour de Pâques par un prêtre. C'est le plus ancien vitrail conservé en Bretagne. Il fut donné à l'église Saint-Léonard vers 1898 par Alfred Alexandre Danjou de la Garenne. Ces fragments proviennent de deux verrières commandées par l'abbé Suger entre 1140 et 1144 pour l'église de l'abbaye bénédictine de Saint-Denis.


Mobilier[modifier | modifier le code]

Les orgues[modifier | modifier le code]

Grandes-Orgues Debierre.

Les grandes-orgues ont été construites en 1881 par Louis Debierre[6]. Elles comportent:

  • 3 claviers manuels et un pédalier,
  • 37 registres pour 34 jeux réels (3 jeux de pédale (*) sont empruntés au Grand-Orgue),
  • la traction électropneumatique des claviers et des jeux.
I Grand-Orgue C–g3
Montre 16′
Bourdon 16′
Montre 8′
Flûte 8′
Bourdon 8′
Flûte 4′
Prestant 4'
Quinte 22/3
II Grand-Chœur C–g3
Flûte harmonique 8′
Salicional 8'
Octave 4′
Doublette 2′
Tierce 13/5
Piccolo 1′
Clarinette 8′
Fourniture IV
Basson 16′
Trompette 8′
Clairon 4′
III Récit
(expressif)
C–g3
Quintaton 16′
Flûte traversière 8′
Gambe 8′
Bourdon 8′
Flûte octaviante 4′
Octavin 2′
Trompette 8′
Basson-Hautbois 8′
Clarinette 8′
Clairon 4′
Voix humaine 8'
Voix céleste 8'
Pédale C–g1
Contrebasse 16′ *
Soubasse 16′
Basse 8′ *
Flûte 4′ *
Bombarde 16′
Trompette 8′
Copulas et Tirasses manuelles
Tirasses Récit, Grand-Chœur, Grand-Orgue
Copulas III/II, III/I, II/I
Octaves aigües Grand-Chœur, Pédale
Tirasses
Orage, Récit, Grand-Chœur, Grand-Orgue
Appels Fonds 8', Fonds 8-4', Fonds et Mutations
Appels Anches Pédale, Grand-Chœur, Récit
Tutti Anches, Tutti Quanti, Trémolo
Pédale d'expression

L'instrument a été inauguré le 15 décembre 1881 par César Franck et Eugène Gigout. Originellement d'un seul tenant, le buffet a été modifié en 1902 de sorte qu'il épouse la courbe inférieure de la rosace de la façade principale[7]. Classées à titre d'objet pour leur partie instrumentale le 21 décembre 1990, les grandes-orgues de Saint-Léonard ont été restaurées de 1991 à 1994[8].

Saint-Léonard compte également un orgue de chœur du même facteur[9]. Cet instrument comporte:

  • deux claviers manuels et un pédalier
  • 10 registres pour 8 jeux réels (les 2 jeux de pédale (*) sont empruntés au Grand-Orgue)
  • une traction mécanique et un tirage de jeux pneumatique.
I Grand-Orgue C–g3
Bourdon 16′
Flûte harmonique 8′
Bourdon 8'
II Récit expressif C–g3
Principal 8′
Violoncelle 8'
Flûte octaviante 4′
Plein-jeu 2-5 rangs
Trompette 8′
Pédale C–g1
Soubasse 16′ *
Bourdon 8′ *
Tirasses
Récit, Grand-Orgue
Copula
II/I, II/I 4'

Cet orgue de chœur possède en outre 5 combinaisons fixes et progressives.

Statues et tableaux[modifier | modifier le code]

  • Groupe de l'éducation de la Vierge (originellement statue trinitaire de Sainte-Anne, la Vierge et Jésus, l'enfant ayant été buché depuis), œuvre flamande datant du premier quart du XVIe siècle, classé le 17 mars 1975[10].
  • Statue de Sainte-Marguerite, du quatrième quart du XVIe siècle, classée le 17 mars 1975[11].
  • Statue de la Vierge à l'Enfant, sculptée en 1873 par Amand Harel, artiste originaire de La Selle-en-Luitré.



L'église Saint-Léonard conserve deux tableaux des frères Devéria classés à titre d'objet le 25 octobre 1919:

Originellement, sept tableaux des frères Devéria ornaient l'église[14]. Quatre furent dans un premier temps réalisés par Eugène en 1834: l'Adoration des mages, le Christ au milieu des docteurs, la descente de Croix et la Résurrection[15]. Ils se trouvent actuellement au couvent des urbanistes et ont été classés le 14 avril 1908. Cet ensemble fut complété par les deux tableaux exposés in situ ainsi que par un tableau de chevalet, classé le 3 avril 1975, qui orne actuellement le salon des mariages de l'Hôtel de Ville. Cette œuvre a pour thème la présentation au temple[16].

La réalisation de ce corpus exceptionnel s'explique par le fait que les artistes, outre qu'ils étaient familiers de Victor Hugo, dont la maîtresse Juliette Drouet était fougeraise, avaient pour ami un des membres du conseil de fabrique de Saint-Léonard[17]. Ce fut par ailleurs l'occasion de remeubler l'église qui avait été profanée et saccagée au cours de la période révolutionnaire.



Autres œuvres d'art[modifier | modifier le code]

Maître-autel de Saint-Léonard par Poussielgue-Rusand.
  • Chaire à prêcher de 1716.
  • Maître-autel néogothique réalisé en marbre, cuivre et émaux par Poussielgue-Rusand (1882), classé à titre d'objet le 28 septembre 1977[18]. L'antependium présente cinq cartouches figurant l'Agneau et le tétramorphe, tandis que deux bas reliefs, entourant le tabernacle, offrent des représentations de l'adoration des mages et de la cène. L'exposition est entourée de deux chasses, quatre anges et trois pinacles couronnant le tout.
  • Grille de clôture du chœur en ferronnerie, également classée[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Église Saint-Léonard », notice no PA00090559, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. Chanoine Amédée Guillotin de Corson, Pouillé historique de l'archevêché de Rennes, Rennes, Fougeray et Paris, René Haton, 1880-1886, 6 vol. in-8° br., couv. impr. (disponible sur Gallica).
  3. Présentation de l'église Saint-Léonard par l'office du tourisme.
  4. « Verrière (2) », notice no IM35000500, base Palissy, ministère français de la Culture
  5. « 15 verrières : Jésus dans le temple », notice no PM35000842, base Palissy, ministère français de la Culture
  6. Association des Amis des Orgues de Saint-Léonard, Fougères, Église Saint-Léonard, Grand Orgue Louis Debierre., plaquette de 8 pages éditée à l'occasion de l'inauguration du Grand Orgue restauré, les 22 et 24 avril 1994.
  7. Michel Cocheril, Les orgues en Bretagne, Collection Images du patrimoine, no 42, Éditions Ursa, Baillé, 1988, 32p., (ISBN 2-86934-010-9), p. 27.
  8. Notice no PM35000800, base Palissy, ministère français de la Culture
  9. Association des Amis des Orgues de Saint-Léonard, Saint-Léonard, Fougères, Renaissance de l'orgue de chœur, plaquette de 16 pages éditée à l'occasion de l'inauguration de l'orgue de chœur restauré, le 24 septembre 1989
  10. Notice no 35000198, base Palissy, ministère français de la Culture
  11. Notice no IM35000511, base Palissy, ministère français de la Culture
  12. Notice no PM35000195, base Palissy, ministère français de la Culture
  13. Notice no PM35000196, base Palissy, ministère français de la Culture
  14. Autour de Delacroix : la peinture religieuse en Bretagne au XIXe siècle., Vannes, Musée de la Cohue, 1993, catalogue no 12 bis, p. 82-86.
  15. Notice no PM35000193, base Palissy, ministère français de la Culture et Notice no PM35000194, base Palissy, ministère français de la Culture
  16. Notice no IM35000625, base Palissy, ministère français de la Culture
  17. Didier Rykner, Nouvelles acquisitions du Musée des Beaux-Arts de Pau., La tribune de l'art, article du 22 février 2005. Article afférent à l'acquisition de cinq esquisses préparatoires à ces tableaux par le musée de Pau
  18. Notice no PM35000200, base Palissy, ministère français de la Culture et Notice no IM35000502, base Palissy, ministère français de la Culture
  19. Notice no PM35000201, base Palissy, ministère français de la Culture

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Banéat, Le Département d'Ille-et-Vilaine, Éditions Librairie moderne J. Larcher, Rennes, 1928, Réédition Éditions régionales de l'Ouest, Mayenne, 1994, 4 tomes, Tome II, 534p., p. 55-59, (ISBN 2-85554-067-4).
  • Collectif, Le Patrimoine des Communes d'Ille-et-Vilaine, Éditions Flohic, Paris, mars 2000, 2 tomes, (ISBN 2-84234-072-8).
  • Philippe Bonnet et Jean-Jacques Rioult, Bretagne: dictionnaire guide du patrimoine., Éditions du patrimoine, Paris, 2002, 531p., (ISBN 2-85822-728-4), p. 249.
  • Françoise Gatouillat et Michel Hérold, Les vitraux de Bretagne, Collection "Corpus Vitrearum", Vol. VII, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2005, 367p., (ISBN 2753501513).
  • Sabine Morvézen (dir.), Orgues en Ille-et-Vilaine. Inventaire national des orgues., Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2006, 358p., (ISBN 2-7535-0153-X), p. 141-145.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :