Église Saint-Léger de Cheylade

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Église Saint-Léger de Cheylade
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L'église Saint-Léger de Cheylade, commune française du Cantal, est un édifice de style roman érigé au XIIe siècle, remanié à plusieurs reprises entre le XVe et le XVIIe, et classé aux monuments historiques depuis 1963.

Vouée au culte catholique et consacrée à Léger d'Autun, elle fait partie depuis la Révolution française du diocèse de Saint-Flour.

Elle est construite en pierre volcanique avec une toiture en lauzes et se signale particulièrement par les 1 360 caissons en bois peints de motifs polychromes qui décorent ses trois voûtes.

Historique[modifier | modifier le code]

De l'église primitive à l'édifice roman[modifier | modifier le code]

Si l'existence à Cheylade d'une église chrétienne antérieure est attestée, seule la construction de l'édifice roman est datée de façon à peu près certaine du début du XIIe siècle.

La vallée de Cheylade vue depuis la route du Puy Mary.

La christianisation de la Gaule s'est étendue à l'Auvergne, sans doute grâce à Austremoine de Clermont, entre le IIIe et le IVe siècle. Deux siècles plus tard, la vallée de Cheylade est mentionnée dans les « fausses » chartes par lesquelles Théodechilde, petite-fille de Clovis, entendait régler un différent entre le prieuré de Mauriac et l'abbaye Saint-Pierre-le-Vif de Sens : rien ne prouve toutefois que ce territoire reculé ait déjà bénéficié d'un lieu de culte. Au cours du IXe siècle en revanche, les conditions paraissent réunies : la population de la vallée a augmenté, et les seigneurs de « Chaszlada »[a], issus de la puissante famille de Nonette, ont de quoi le financer[2].

Les historiens sont quasiment sûrs qu'il existait une église à Cheylade autour de l'an 900. Le cartulaire de Sauxillanges en tout cas inclut une copie de l'acte par lequel le chevalier Étienne 1er offre à cette abbaye clunisienne, lorsqu'il s'y fait moine en 1029, l'église de Cheylade et « tout ce qui s'y rattache visiblement », hérités de son père puis transmis à ses fils, qui confirmeront la donation[3]. Dédié à l'évêque martyr Saint Léger en raison sans doute de sa notoriété dans la région[b], ce premier édifice semble être bientôt devenu trop petit[4].

L'histoire de l'église romane qui lui a succédé n'est guère mieux connue. Elle a été bâtie, sinon à la charnière des XIe et XIIe siècle[1], du moins au début de celui-ci, tandis que les seigneurs de Cheylade gagnaient le titre de Comptours de Valrus[5]. Construite dans la roche volcanique de la vallée[6], elle se composait sans doute d'une nef centrale, de deux collatéraux voûtés en quart de cercle, et d'un chœur flanqué de deux absidioles ne communiquant pas avec lui : ouvertes plus tard, elles sont avec le chœur et une partie du mur nord ce qui subsiste encore du XIIe siècle[7].

Destructions et reconstructions[modifier | modifier le code]

Indépendamment des dégâts naturels, l'église romane de Cheylade a eu à pâtir d'un contexte historique troublé, d'où des restaurations qui s'accompagnèrent d'ajouts architecturaux[5].

Le clocher-porche du XVe.

Jusqu'à la fin du XIVe siècle, en pleine Guerre de Cent Ans et en dépit du traité de Brétigny, des bandes armées anglaises écument l'Auvergne, occupant dès 1357 la région de Cheylade. D'autres pillards profitent aussi de cette insécurité, renforcée par les conflits locaux entre féodaux, sans compter les ravages de la peste noire[8] : ruinée vers 1360, l'église Saint-Léger doit attendre un siècle la reprise démographique et économique qui permet de la relever et de l'agrandir[7].

La reconstruction du XVe siècle la dote de quatre chapelles latérales ainsi que d'un porche côté sud, qui soutient un clocher carré desservi à l'époque par un escalier à vis creusé dans le mur ; garni de deux banc de pierre faisant corps avec le mur, ce porche a dû tenir lieu de « Maison commune ». L'argent manque sans doute pour reconstruire sous voûte de pierre la nef et ses bas-côtés, et la charpente reste apparente. Elle prend feu un siècle plus tard, accidentellement ou bien à cause des guerres de religion, ce qui occasionne une campagne de restauration beaucoup plus importante fin XVI-début XVII[7].

Il est fait appel à un architecte renommé en Auvergne, Pierre Levesville : des contrats signés chez le notaire toulousain Parrouton prouvent qu'il a supervisé les travaux du 11 mai 1610 au 27 mars 1614, déléguant sur place le maître-maçon Jean Tardieu pour veiller à l'approvisionnement du chantier en pierres, sable, chaux et lauzes, mais dirigeant lui-même les tailleurs de pierre[9]. On ignore le nom des commanditaires[10] comme la nature et l'ampleur exacte des travaux, hormis l'érection de quatre piliers séparant la nef des collatéraux ainsi que la réfection de la toiture, de la charpente et de la voûte[9] : celle-ci est lambrissée en bois de sapin[11] peint d'une couleur claire uniforme[12].

Pour la décoration des caissons, due à un artiste non identifié probablement italien, les auteurs du XIXe siècle la situent autour de 1740, sur la foi d'une inscription — « finis opus 1743 »[c] —[12] qui aurait été recouverte en 1884 : les deux fausses tours dressées alors en même temps qu'une tribune dans le fond ouest de l'église ont supprimé en effet plusieurs dizaines des 1428 caissons originaux[13]. Entre 1834 et 1866, des travaux ont concerné la sacristie, installée derrière le chevet[14].

Saint-Léger et sa paroisse[modifier | modifier le code]

Relevant à l'origine de l'Évêché d'Auvergne, la paroisse de Cheylade est successivement rattachée à celui de Clermont puis à celui de Saint-Flour.

Au XIVe siècle, la paroisse dépend de l'archiprêtré d'Ardes, dans l'archidiaconé de Saint-Flour. L'église elle-même et la seigneurie de Valrus — cédées on ne sait quand par l'abbaye de Sauxillanges — sont devenues propriété personnelle des Évêques de Clermont. Lors de la division de l'évêché d'Auvergne, Cheylade intègre le diocèse comme toutes les autres paroisses de l'archiprêtré. Elle en dépend jusqu'à la Révolution française, tandis que la terre de Valrus, vendue par un des évêques en 1592, passe de main en main jusqu'à être saisie comme bien national[5].

Durant la Révolution, l'église de Cheylade a été peut-être dégradée, en tout cas sûrement fermée quelques années[15], d'autant que son curé semble s'être rétracté après son serment à la Constitution civile du clergé[16]. Suite à un décret de 1791, les quatre cloches ont été emportées à Murat pour y être fondues, et le beffroi n'en reçoit trois nouvelles que vers 1830. En 1790, la création des département français a entraîné le rattachement de la paroisse à l'évêché de Saint-Flour (paroisse Saint-Luc du Nord-Cantal), dont elle ne sortira plus[15].

Édifice actuel[modifier | modifier le code]

Aspect extérieur[modifier | modifier le code]

Hormis la sacristie, l'aspect extérieur de Saint-Léger est à peu près celui qui a résulté de la restauration du XVIIe siècle[17].

Aujourd'hui excentrée par rapport au village balcon de Cheylade, l'église surplombe la vallée[18] et présente comme beaucoup d'églises d'Auvergne une silhouette trapue[19]. Son clocher-porche à huit baies, coiffé d'une flèche basse à quatre pans, la domine de peu[7]. Elle est entièrement construite en rhyolite, pierre volcanique dont la couleur varie du gris au beige rosé, tandis que les toits bien pentus sont couverts de lauzes en phonolite, roche magmatique au son presque cristallin[5].

La sacristie moderne, hémicycle accolé extérieurement au mur plat du chevet, prolonge celui-ci en lui donnant « la forme des chevets romans classiques[1] » ; l'appentis qui la jouxte indique peut-être l'emplacement de l'ancienne[14]. En haut des absidioles sont encore visibles des modillons de facture assez grossière, qu'ils soient nervurés, torsadés ou sculptés de têtes d'homme et d'animaux[20]. Le porche à deux travées voûtées en ogives, toujours bordé de ses bancs en pierre, donne accès à l'église par un portail dont l'archivolte comporte cinq voussures sobres, la dernière en accolade, sous une statuette de la Vierge[7].

Architecture intérieure[modifier | modifier le code]

Presque inchangé depuis le XVIIe siècle et abstraction faite de ses voûtes décorées, l'intérieur du bâtiment est d'une simplicité rustique[5].

Spacieuse dans son ensemble, la nef reçoit peu de lumière des étroites ouvertures latérales et son sol est gris, le plancher ayant été remplacé au XXe siècle par un dallage provenant du réfectoire du grand séminaire de Saint-Flour. L'arc triomphal du chœur, légèrement brisé comme les voûtes, s'appuie sur deux colonnes à chapiteaux ornés de feuilles d'acanthe. Celles-ci se retrouvent sur le chapiteau droit de l'arc du fond de l'abside[6], tandis que le gauche offre une composition assez rare à l'intérieur d'une église et dite des sirènes poissons[21],[d].

Quelques éléments de l'église primitive réemployés au XIIe siècle se distinguent également[4]. Il s'agit de deux colonnes encastrées dans des piliers, de colonnettes disposées dans le chœur et l'abside[6], et de certains chapiteaux du chœur d'époque carolingienne[1]— parmi les plus anciens du département[20] : les arcatures reliant le chœur aux absidioles reposent ainsi sur de petites colonnes dont certains fûts ont été refaits en trachyte, et dont les chapiteaux à entrelacs sont surmontés à l'occasion de cordelettes horizontales[20].

La fausse tour sud contient l'escalier qui mène à la tribune et au clocher, la partie basse de son opposée abrite les fonts baptismaux[13] en trachyte. Les décors de leur portes en bois, figurant saint Léger et saint Jean Baptiste, ont été réalisés par un sculpteur de Saint-Flour en 1884 et ne sont pas classés. À l'entrée, le bénitier de pierre du XVe siècle est sobrement sculpté[22].


Les peintures de la voûte[modifier | modifier le code]

Plafond de l'église.

Bien que très postérieurs à la construction de l'édifice, les 1360 caissons des voûtes — 560 pour la nef centrale, 400 pour chacun des collatéraux[11] — sont peints dans des couleurs qui s'harmonisent avec celle de la pierre, et s'intègrent d'autant mieux à l'église que leur facture naïve est proche de l'imagerie médiévale. Pascale Bulit-Werner, spécialiste des peintures de la fin du Moyen-Âge[e], les répertorie et tente de les décrypter par rapport à la symbolique chrétienne[23].

Détails des caissons.

Représentations animales[modifier | modifier le code]

Le bestiaire de Cheylade, tel ceux du Moyen-Âge et s'inspirant aussi semble-t-il de l'art héraldique, mêle animaux réels et créatures imaginaires[23].

Les animaux terrestres sont ceux de la vie quotidienne rurale : chien, poules, âne, cheval, porc, vache, bélier, cerf, loup, renard… Les uns représentent des vertus positives comme la fidélité et la loyauté (chien), la force et la fécondité (bélier), le renouveau naturel et spirituel (cerf), d'autres au contraire des vices, saleté et goinfrerie (porc), ruse perverse (renard), vanité (cheval) ; à moins qu'ils ne soient ambivalents comme l'âne, symbole de lâcheté aussi bien que de patience et d'humilité (Jésus monte toujours un âne)[24]. Quant au serpent, c'est bien sûr l'image du diable tentateur niché au cœur de l'homme[25].

Les oiseaux s'avèrent nombreux et variés, souvent d'une couleur bleue aux connotations célestes. Si le cygne implique dans l'art des blasons la beauté et la pureté, d'autres oiseaux ont une valeur précise dans le symbolisme chrétien, ne serait-ce que parce que leurs ailes sont dans la Bible « le symbole constant de la spiritualisation des êtres qui en sont pourvus[26] ». La colombe symbolise la paix et l'Esprit-Saint et le pélican renvoie au sacrifice du Christ, tandis que le paon, qui peut incarner l'orgueil, évoque la résurrection et l'éternité, et que l'aigle s'élevant avant de fondre sur sa proie rappelle au chrétien qu'il lui faut prendre de la hauteur pour terrasser le péché[27].

Quant au poisson, symbole universel de fécondité, c'est l'image du chrétien qui a reçu l'eau du baptême[28].

Les voûtes de Cheylade offrent en outre quelques animaux exotiques et/ou fantastiques : le lion, très présent en héraldique et ici stylisé de profil voire pourvu d'une queue de dragon, peut évoquer « aussi bien la force créatrice que, dans les Psaumes, l'orgueil ou le diable[25] ». Apparaissent également un cheval ailé tel Pégase[24], le basilic, volontiers associé à la luxure ou à la vanité, ou encore la Méduse suggérant les dangers de l'inconnu, [25].

Motifs végétaux[modifier | modifier le code]

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Motifs secondaires[modifier | modifier le code]

Essai d'interprétation[modifier | modifier le code]

Le mobilier[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ou encore « Chastelada » : maison forte[1].
  2. Les reliques du saint ont en effet traversé la Haute-Auvergne quand elles ont été transférées de Noirmoutier à Ébreuil[1].
  3. « Fin des travaux : 1743 ».
  4. Une sirène, dotée d'une seule queue, tient peut-être un filet à poissons, ou bien une harpe symbolisant son rôle tentateur ; un autre personnage indéfini remonte ses longues jambes dans la position habituelle des sirènes bi-caudales[20].
  5. Sa thèse de 1996, soutenue en musicologie à l'Université Paris-Sorbonne, porte sur la représentation des anges musiciens dans l'iconographie du XVe siècle.[1]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Louis Baritou, Cheylade : Une communauté rurale en Haute-Auvergne à travers les âges, Aurillac, , 175 p., 24 cm (ASIN B0014LCXIG)
  • Pierre Moulier, Églises romanes de Haute-Auvergne : Région de Saint-Flour, vol. III, Nonette, Créer, , 192 p., 24 cm (ISBN 978-2-909797-69-4), p. 168-170. 
  • Michel Maronne (dir.) et al., Association Valrhue, Église Saint-Léger, Cheylade, Nonette (Puy-de-Dôme), Créer, , 48 p., 22 cm, ill. en noir et en coul. (ISBN 2-84819-035-3). 
    • Michel Maronne et Antoine de Rochemonteix, « Le monument et son histoire », dans Église Saint-Léger, Cheylade, op. cit., p. 4-28. 
    • Pascale Bulit-Werner et Gérard Bulit, « La décoration de la voûte », dans Église Saint-Léger, Cheylade, op. cit., p. 29-40. 

Annexes[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]