Édouard Levé

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Édouard Levé
Image dans Infobox.
Édouard Levé en 2002
Naissance
Décès
(à 42 ans)
Paris (France)
Nationalité
Activité
Écrivain, peintre, plasticien et photographe
Distinctions
Lauréat de la Villa Médicis Hors-les-Murs (2004)
Œuvres principales
  • Autoportrait, P.O.L., 2002
  • Séries photographiques Reconstitutions, 1998-2003

Édouard Levé, né le à Neuilly-sur-Seine et mort le à Paris, est un artiste et écrivain français.

Plasticien, son esprit est hanté, selon ses dires, par la question du « double ». Analyste de lui-même, il a toute sa vie donné l’impression de vouloir se confronter directement à ses obsessions au moyen de « Reconstitutions ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Édouard Levé, naît à Neuilly-sur-Seine le . Il est le second enfant de Gérard et de Thérèse Levé.

En 1968, à l'âge de 3 ans, il intègre l'établissement privé catholique parisien Stanislas. Encouragé par ses parents, il poursuit son cursus scolaire à l'École supérieure des sciences économiques et commerciales de Paris (ESSEC).

De 1979 à 1980 il réside à Hong Kong où dans le cadre de son service militaire, il participe à une coopération bilatérale comme attaché culturel auprès du consulat français.

Autodidacte, il expose pour la première fois en 1992 dans la galerie de son oncle à Paris[1].

Écrivain, Édouard Levé travaille une écriture sobre, dégagée du pathos, dans des livres livrés sans « mode d'emploi ». Le lecteur doit reconstituer une continuité à partir de phrases courtes où l'influence de Georges Perec est revendiquée[2].

Il publie plusieurs ouvrages aux éditions P.O.L., dont Œuvres, qui décrit 533 œuvres d’art dont il a eu l’idée, mais qu’il n’a pas réalisées, et Autoportrait qui le présente en 1 600 phrases sans solution de continuité.

Son dernier manuscrit, Suicide, qui évoque de manière romancée le suicide d'un ami d'enfance survenu vingt ans auparavant, est déposé chez son éditeur dix jours avant qu'il se donne la mort.

Détaché de son travail d'écriture, il expérimente autant la peinture, dont il dit avoir brûlé toutes ses toiles[1], que la photographie. Au travers de séries, Édouard Levé photographie un réel qu'il enregistre, plutôt que d’aller à la recherche d’un réel pré-existant.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Couverture de Suicide d'Édouard Levé, Folio, 2009

Romans[modifier | modifier le code]

  • Œuvres, P.O.L., coll. « #formatpoche », 2002.
  • Autoportrait, P.O.L., 2002 ; rééd. P.O.L., coll. « #formatpoche », 2005.
  • Journal, P.O.L., 2004.
  • Suicide, P.O.L., 2008 ; rééd. Gallimard, coll. Folio, 2009.

Livres d'art[modifier | modifier le code]

Séries photographiques[modifier | modifier le code]

Série photographique, Reconstitutions - Rêve n°3, Édouard Levé, 1998, fonds Alexandre Levé
Série photographique, Reconstitutions - Pornographie, Édouard Levé, 2002, fonds Alexandre Levé
  • 1996-1998 : Homonymes (Des homonymes d'artistes et d'écrivains trouvés dans l'annuaire sont photographiés.)
  • 1998 : Reconstitutions - Rêves Reconstitués (Des mises en scène font rejouer aux modèles des moments qu’ils n’ont vécu que virtuellement dans le sommeil du photographe. Ils deviennent ainsi les doubles d’eux-mêmes, acteurs de leurs propres rôles.)
  • 20002002 : Angoisse (Dans la prolongation du travail photographique autour du « nom », il s'agit, à l'échelle d'un village cette fois, de confronter ce que nous voyons à ce que signale son nom.)
  • 20012002 : Reconstitutions - Actualités (Des images publiées dans la presse généraliste ou spécialisée, qui constituent une sorte d’inconscient collectif, sont neutralisées et retranscrites.)
  • 2002 : Reconstitutions - Pornographie (Tout comme les postures stéréotypées, les images démultipliées perdent leur sens premier et suscitent l’indifférence. Édouard Levé joue avec les scènes de nudité et de pornographie, elles ne provoquent plus le désir, n’inspirent plus la vie mais le vide.)
  • 2003 : Reconstitutions - Rugby (Les archétypes sont explorés. Pour Levé, la presse montre ce qui est nouveau, mais le montre sans nouveauté. L’imagerie du rugby n’a pas évolué depuis trente ans. Celle du photo-reportage à peine plus.)
  • 2003 : Reconstitutions - Quotidien (La conception des mises en scène est similaire tout au long des prises de vue. Le plan frontal, les visages inexpressifs et les tenues neutres, unies, permettent aux spectateurs de projeter leur propre sentiment de familiarité, aussi dérangeant que réconfortant, dans une « inquiétante étrangeté » du quotidien.)
  • 2003 : Transfert (Réalisée dans le cadre d’une résidence d’artistes, Édouard Levé choisi d’investir le musée des Beaux arts de Tours en reconstituant sous forme de photographies les scènes de tableaux historiques.)
  • 2006 : Amérique (Réalisée lors d'un voyage aux États-Unis, Levé photographie des « villes homonymes » et interroge la notion du « double » dans des mises en scènes méditatives.)
  • 2006 : Fictions (Sur fond noir et sol noir, des personnages habillés de noir se livrent à des actions collectives dont le sens nous échappe. Saugrenues, poétiques ou inquiétantes comme dans un rêve, les scènes ne semblent pas étonner ceux qui les interprètent, ils gardent, quelle que soit la situation, un sérieux de cérémonie.)

Expositions individuelles[modifier | modifier le code]

  • 2008 : Édouard Levé (1965-2007), galerie Loevenbruck, Paris, France.
  • 2007 : Édouard Levé, musée Géo-Charles, Lyon, France.
    • Édouard Levé, les Abattoirs, Toulouse, France.
    • Photographie d’Édouard Levé, Forum du Blanc-Mesnil, Le Blanc-Mesnil, France.
  • 2006 : Édouard Levé, centre d’art contemporain d’Orléans, France.
    • Amérique, galerie Léo Scheer, Paris, France.
    • Pornographie, La Cartonnerie, Reims, France.
    • Fictions, galerie Loevenbruck, Paris, France.
    • Fictions, galerie Librairie Florence Loewy, Paris, France.
  • 2004 : Transferts, Musée des Beaux-Arts, Tours, France.
  • 2003 : Reconstitutions, galerie Loevenbruck, Paris, France.
  • 2002 : Angoisse, chapelle des Pénitents Bleus, Narbonne, France.
  • 2001 : Angoisse, galerie la Périphérie, Malakoff, France.
  • 2000 : Série des rêves reconstitués, Immanence, Paris, France.

Résonance de son travail[modifier | modifier le code]

  • Dans son roman L'Anomalie, prix Goncourt 2020, Hervé Le Tellier rend hommage à Édouard Levé à travers le personnage de Victor Miesel[3].
  • En 2019, Bruno Gibert publie Forçats où il décrit son amitié avec Édouard Levé[4].
  • Erik Vigneault évoque dans son roman Tout savoir sur Juliette paru en , la remise du manuscrit de Suicide aux éditions P.O.L. et le décès de l'auteur.
  • Du au , Emmanuel Vaslin a proposé chaque semaine de partager sur Twitter des fragments autobiographiques en écho à une page d’Autoportrait. Il a publié ainsi une invitation à écrire, composée d’un court texte de présentation du dispositif d’écriture, du mot-dièse « #àMainLevé », d’une image et de la copie d’une page du texte d’Édouard Levé. Ces réponses, ces récits liés les uns aux autres par la force de l’écriture numérique finissent par former un large autoportrait collectif, dans une dialectique entre l’individuel et l’universel.
  • Le 17 décembre 2015, La Grande Sophie recommande Autoportrait dans l'émission spéciale La Grande Librairie sur France5.
  • Le 1er avril 2015, Mathieu Amalric lit des extraits d'Autoportrait à l'invitation du festival Hors Limites, à Saint-Ouen à la bibliothèque Persépolis.
  • La dernière phrase du livre Autoportrait a inspiré le titre Le plus beau jour, sur l'album 22 ans de la chanteuse Lucrèce Sassella en 2015.
  • Forêt Noire de Valérie Mréjen (P.O.L., 2012) s'ouvre sur le suicide d'Édouard Levé. Son court métrage French Courvoisier (2009), où huit personnes évoquent le souvenir d’un ami suicidé, se termine par la lecture d'un extrait d'Autoportrait.
  • Dans le recueil de nouvelles L'Homme qui tua Roland Barthes aux éditions Gallimard, publié en 2010, Thomas Clerc consacre une nouvelle à Édouard Levé, qui fut son ami[5].
  • Autoportrait d’Édouard Levé a été adapté par Anne Gardes pour un projet étudiant web-multimédia intitulé Autoportrait(s) et a remporté le Grand Prix ETPA 2010.
  • Gérard Gavarry publie en 2009 le livre Expérience d'Edward Lee, Versailles, aux éditions P.O.L., qui a pour point de départ la série de photographies Amérique d'Édouard Levé.
  • Emmanuel Carrère inaugure, pour les derniers rendez-vous de l’année 2008, le cycle Aimer la littérature à la Villa Médicis avec la lecture des extraits d'Autoportrait.
  • Au festival Correspondances de Manosque en 2008, une lecture des textes d’Édouard Levé a été faite en son hommage par Éric Laurrent, Hervé Le Tellier et Valérie Mréjen.
  • L'un des chapitres du roman Assez parlé d'amour d'Hervé Le Tellier rend hommage à Édouard Levé, où il est présenté sous le nom de Hugues Léger, et à son œuvre intitulée Autoportrait.
  • La mort et l'œuvre d'Édouard Levé sont mentionnées dans le roman Photo-Photo de Marie Nimier.
  • La chanson Prescience du 5ème album du groupe de musique expérimentale "The body" fait référence à son œuvre par la lecture en anglais d'un passage de Suicide.
  • La plupart des ouvrages d’Édouard Levé sont traduits en anglais, en espagnol, en turque et japonais.

Annexes[modifier | modifier le code]

Essais, mémoires et articles[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Édouard Levé, Autoportrait, P.O.L. 2002 ; rééd. P.O.L., coll. « #formatpoche », 2005.
  2. « Adolescent, je croyais que La Vie mode d'emploi m'aiderait à vivre.. », in Autoportrait, première phrase, 2005.
  3. https://www.liberation.fr/livres/2021/01/01/goncourt-de-la-fusee-editoriale_1810141/
  4. Bruno Gibert, Forçats, Paris/61-Lonrai, L'Olivier, 152 p. (ISBN 978-2-8236-1420-6, lire en ligne)
  5. « L'homme qui tua Roland Barthes et autres nouvelles - L'arbalète/Gallimard - GALLIMARD - Site Gallimard », sur www.gallimard.fr (consulté le )

Liens externes[modifier | modifier le code]