Édition électronique

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L'édition numérique ou édition électronique consiste à éditer des livres, des journaux ou des revues sous format numérique en vue de leur diffusion (en ligne ou sur support physique) et de leur lecture sur écran (ordinateur, liseuse, tablette, smartphone). Elle comporte trois étapes : la saisie numérique du texte, la mise en page et la publication.

Développement de l'édition numérique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de l'édition numérique.

Les débuts de la numérisation[modifier | modifier le code]

La première initiative de numérisation émane aux États-Unis en 1971 à l’initiative de Michael Hart, alors étudiant à l’université de l’Illinois, qui lance le Projet Gutenberg[1]. Ce projet universel a pour objectif de mettre la littérature à la disposition d'un large public. Le projet se développe lentement avec seulement dix textes saisis en 1989, ces derniers étant saisis par Michael Hart lui-même et des bénévoles au clavier. Le projet prend cependant très vite de l'ampleur avec l'arrivée du Web en 1991, communément appelée web 1.0, qui vise à connecter les documents entre-eux sous forme de pages statiques. De nombreux bénévoles aident alors au développement du projet en l'alimentant avec des classiques tombés dans le domaine public[2].

Dans les années 1970, le CNRS numérise environ 1 000 ouvrages de divers genres (littéraire principalement, mais aussi philosophique et scientifique), allant de 1180 à l'époque actuelle, afin de fournir une base d'exemples pour un grand dictionnaire, Trésor de la Langue Française. Cette base nommée Frantext est d'abord distribuée sur CD sous le nom Discotext puis mise sur le web en 1998. Elle est constamment enrichie et compte 4 516 titres en 2016[3].

Vers une numérisation de masse[modifier | modifier le code]

Avec la mise au point en 1974 par Raymond Kurzweil d'un scanner équipé du logiciel Omnifont (qui permet la reconnaissance optique de caractères) la saisie numérique peut se faire beaucoup plus rapidement. Les projets de numérisation sont dès lors plus ambitieux et les bibliothèques numériques se multiplient.

L’ABU ou Association des bibliophiles universels est un projet de bibliothèque publique lancé par le Cnam. Suspendue depuis 2002, elle reproduit une centaine de textes, qui sont toujours disponibles.

En 1992, la Bibliothèque nationale de France lance un vaste programme de numérisation, répondant au vœu du président François Mitterrand qui, dès 1988, souhaite la mise en place d'une bibliothèque d'un genre nouveau. Cette bibliothèque est mise en ligne en 1997 sous le nom de Gallica[4]. En 2014, Gallica offre 80 255 livres en ligne et plusieurs millions de documents, incluant des estampes et des manuscrits[5].

En décembre 2004, Google lance Google Livres, qui vise à numériser tous les livres disponibles dans le monde, soit environ 130 millions d'ouvrages, afin de les rendre accessibles en ligne. Dix ans plus tard, 25 000 000 de livres sont en ligne, provenant d'une centaine de pays et rédigés en 400 langues. Il est à noter que les scanners robotisés sont capables de numériser 6 000 ouvrages à l'heure[6].

Europeana est un catalogue européen qui offre des fiches sur des millions d'objets et qui propose des liens aux bibliothèques nationales qui les possèdent[7].

Wikisource vise la constitution d'une bibliothèque numérique multilingue comme complément au projet encyclopédique de Wikipédia. Soutenue par la Wikimedia Foundation, Wikisource propose des textes numérisés et vérifiés par des bénévoles. En août 2016, cette base compte 14 587 livres en français[8].

HathiTrust est une bibliothèque numérique mettant en commun le contenu de plusieurs bibliothèques numériques d'universités des États-Unis et d'Europe, ainsi que de Google Livres et d'Internet Archive.

Apparition de l'édition numérique[modifier | modifier le code]

Alors que les premiers projets de numérisation transforment l'information inscrite sur un support physique en une information numérique, l'édition numérique intègre l'ensemble du travail de l'édition (production, mise en page, publication) sur des supports numériques.

Alain Mille, dans l'ouvrage Pratiques de l'édition numérique dirigé par Michael E. Sinatra et Marcello Vitali-Rosati[9], traite dans le deuxième chapitre - "D'Internet au web" - des débuts d'Internet et du Web[10]. Ces éléments seraient à la base même de l'édition numérique puisqu'ils ont « [...] déterminé le plus fort changement dans les modèles de production et de circulation des contenus[10] ». Vitali-Rosati et Sinatra ajoutent également au chapitre 3 - "Histoire des humanités numériques" - qu'« Internet a aussi un effet direct sur les questions d’édition, permettant aux créateurs et aux utilisateurs de dépasser le processus de production traditionnel (auteur-éditeur-maison d’édition)[11]».

Le monde de l'édition traditionnelle, et plus particulièrement la création d'ouvrage, est tout d'abord transformé par l'arrivée des logiciels de publication assistée par ordinateur (PAO) dans les années 1980, ainsi que par la création de bases de données textuelles pour les annuaires et les encyclopédies.

Dans le même temps, le multimédia se développe, réunissant ainsi les caractéristiques du livre, de l'audiovisuel et de l'informatique. Le cédérom et le DVD font leur apparition, permettant en premier lieu de visualiser sur ordinateur des encyclopédies et des dictionnaires[12].

L'arrivée et la démocratisation d'Internet permettent petit à petit aux éditeurs de mettre directement en ligne leurs ouvrages. Certains sites comme Amazon permettent aux internautes d'acheter des livres numériques. On retrouve aussi par exemple des portails éducatifs (gratuits ou payants), des sites encyclopédiques (comme Wikipédia), ou encore des portails de revue numérique. Le livre numérique fait alors progressivement son apparition et devient lisible sur différents supports, tels que la liseuse et les téléphones intelligents.

Le livre numérique a eu et a encore un impact sur les maisons d'édition et leurs modèles économiques (voir la section sur un modèle économique incertain). Elles doivent s'adapter à cette nouvelle réalité, ce qui implique de nombreux changements.

L'édition en réseau[modifier | modifier le code]

Basée sur les pratiques de communication liées au Web 2.0, l'édition en réseau permet à une communauté de participer à l'élaboration et à l'amélioration de contenus sur Internet tout en enrichissant la lecture grâce à des pratiques de lecture partagées. Le web 2.0 permet non seulement de relier les documents, mais aussi de relier les personnes entre-elles par des réseaux sociaux, autrement dit un web participatif.

De nombreux outils permettent le partage et la création collaborative de contenus. On peut citer l'encyclopédie Wikipédia qui en est l'un des exemples des plus connus, puisqu'elle est éditée, corrigée et améliorée par des milliers de contributeurs.

Les blogs et les systèmes de commentaires sont également des pratiques d'édition en réseau permettant de nouvelles possibilités d'interaction entre l'auteur et les lecteurs et peut être une méthode importante d'inspiration, mais surtout de visibilité [13].

La production de livres numériques[modifier | modifier le code]

Plusieurs logiciels et plateformes existent pour la création d'un livre numérique. Pour la production d'un format PDF, le logiciel de base est sans conteste Adobe Acrobat DC; il s'agit d'un logiciel payant (et relativement cher), dont l'utilisation est laborieuse mais incontournable pour la production d'un PDF de qualité[14]. Il permet en effet de modifier le texte, d'y ajouter des images, du multimédia, de la protection, etc. Il y a également le logiciel Adobe InDesign CC, qui permet principalement la production de formats EPUB3. Depuis 2016, ce logiciel n'est accessible que par abonnement, et est également plutôt coûteux. Néanmoins, il s'agit d'un des logiciels les plus puissants qui permet le plus de fonctionnalités au niveau de la production de livre numérique[14].

En ce qui concerne des logiciels gratuits, les deux principaux sont Calibre (logiciel) et Sigil (logiciel). Calibre offre la possibilité de produire des livres à partir de fichiers Word qui sont ensuite accessibles à l'ensemble des systèmes d'exploitation sur ordinateur, tout en étant très simple d'utilisation[14]. Il permet également de chercher et de lire des livres directement avec le logiciel. Pour sa part, Sigil est surtout axé sur la production de livres (il ne permet donc pas la recherche ou la lecture comme Calibre). L'interface n'est pas aussi facile d'utilisation; néanmoins, pour ce qui est de la production de formats Epub, c'est le logiciel gratuit le plus puissant qui offre le plus de fonctionnalités pour ce format[14]. Évidemment, ces logiciels gratuits n'accotent pas, côté performance, l'utilisation des logiciels d'Adobe (qui, eux, sont payants)[14].

Au niveau des applications, Book Creator est utilisé principalement à des fins pédagogiques. L'application très abordable est surtout destinée aux enfants et adolescents (de par son interface et sa facilité d'utilisation), et vise la création de livres numériques simples. Les possibilités d'édition et de fonctionnalités sont toutefois relativement limitées, considérant son public cible[14].

Formats numériques et supports[modifier | modifier le code]

Afin qu'un texte numérique puisse être partagé et lisible sur écran, il doit être structuré selon des standards, c’est-à-dire les formats[15]. Dans le monde de l’édition numérique, on dénombre trois formats numériques principaux : le PDF, l’EPUB et le format AZW[16]. À ce propos, il est important de spécifier que le mode de support numérique entraîne une incidence spécifique sur les modes de lectures des usagers, auquel la théoricienne Alexandra Saemmer a tenté de proposer une rhétorique dans une perspective plus sémiotique que sociologique[17]. Jean-François Tétu dira de cet ouvrage que « [...] c’est un instrument très riche dans la perspective de pratiques pédagogiques qui visent à faire comprendre le caractère polysémique des messages ou la construction symbolique de la réalité. On peut aussi le lire comme un instrument stimulant d’aide à la création. Et ces deux visées sont indubitablement liées à la naissance même de la rhétorique qui se voit ici renouvelée et redéfinie à la mesure des propriétés de l’hypertexte et de l’animation numériques. »[18]. Cependant, bien que les informations soient vivement explicitées pour les discours journalistiques et publicitaires, il reste encore beaucoup de travail à faire pour comprendre l'incidence que le numérique exerce sur les discours littéraires.

Le PDF[modifier | modifier le code]

Le PDF est un des formats les plus utilisés dans l’édition numérique car il présente l’avantage de garder de manière fidèle la mise en page choisie par l’auteur. Avec un tel format, la lecture est suggérée sur un ordinateur à l’aide par exemple du logiciel Adobe Acrobat Reader. Il est toutefois possible de lire un texte au format PDF sur une liseuse mais la différence des tailles d’écrans n’est pas prise en compte. L’expérience de lecture est alors dégradée puisque le texte est de trop grande taille pour un tel outil[16].

L’auteur peut être amené à choisir le format PDF pour son document si :

  • le document doit seulement être affiché,
  • le document doit être imprimé et que la mise en page doit être conservée,
  • le mode de transmission (par exemple site Internet, courriel, clé USB) demande un format léger,
  • le document doit être exploitable sur du long terme[15].

L’EPUB et ses supports[modifier | modifier le code]

Le format EPUB[modifier | modifier le code]

L’EPUB est le format standard actuel pour la lecture de livre électronique sur liseuse (sauf pour Kindle), smartphones et tablettes. Lié à la notion « recomposable », le format EPUB permet au texte de s’adapter à la taille de l’écran de l’outil utilisé et peut ainsi fonctionner sur différents appareils. Pour cela, ce format s’appuie sur les mêmes langages utilisés pour les sites web, à savoir le HTML, le CSS et mêmes des scripts JavaScript[19]

En plus de contenir les éléments typiques d’un document web, l’EPUB permet de retrouver de nombreux éléments propres aux livres tels qu’une page de couverture, une table des matières ou encore un index[20]

Le format EPUB est également interactif de part ses nombreuses fonctionnalités. Il permet ainsi :

  • la recherche en plein texte, 
  • l’association d’annotations au contenu du livre électronique,
  • la création de quiz, de pop-up, la superposition de multimédias et des animations,
  • la configuration des options par le lecteur (polices, tailles, marges, couleur de fond d’écran),
  • la mise en place d’une navigation dans le livre électronique avec les flèches gauche/droite, une barre de défilement et la possibilité de saisir un numéro de page[20].

Le format EPUB peut être généré avec le logiciel gratuit Sigil[16]

Les smartphones et tablettes[modifier | modifier le code]

Le smartphone se définit comme un téléphone mobile intelligent doté de fonctionnalités qui s'apparente à un ordinateur. La tablette s'apparente quant à elle à un ordinateur portable dépourvu de clavier mais possédant un écran tactile. Ces deux appareils offrent la possibilité de consulter des livres électroniques par le biais d'applications :

  • IBooks pour les appareils iOs qui donne accès à la libraire numérique IBookStore,
  • Bluefire pour les appareils iOs et Android qui donne accès à Feedbooks, une librairie de livres gratuits dans le domaine public,
  • Kobo, développée par la Fnac, disponible sur iOs et Android[21].

La lecture de livres électroniques sur smartphones augmente, passant de 9% en 2012 à 14% en 2015, tandis que le nombre de lecteurs sur tablette diminue, passant de 50% en 2012 à 32% en 2015. En effet, les smartphones sont plus grands et de meilleure résolution[22].

La liseuse[modifier | modifier le code]

La liseuse, appelé aussi e-book, est née sous le projet Gutenberg en 1971 grâce à Michel Hart mais connaît un essor depuis seulement une dizaine d'années[23].

Cet appareil portable permet d'emporter son livre numérique partout et assure un confort de lecture grâce à une encre électronique dans l'écran. Contrairement à une tablette, la liseuse possède des fonctions avancées mais n'est cependant dédiée qu'à l'activité de lecture. Il est ainsi possible d'accéder à la table des matières, de surligner des mots, d'effectuer des recherches, d'accéder à un dictionnaire, de traduire, de partager sur Facebook, de modifier la mise en page et de l'adapter selon les déficiences visuelles[24].

Le format AZW[modifier | modifier le code]

Le format AZW est le format développer par Amazon spécifiquement pour sa marque de liseuse Kindle. Alors que la plupart des autres liseuses acceptent le format EPUB, Amazon détient son propre format pour les livres électroniques, celui-ci étant fermé contrairement au format EPUB qui est ouvert. L’objectif est d’inciter les lecteurs à acheter leur livre numérique sur leur site Amazon[16]

Lorsqu’un auteur souhaite soumettre son texte à Amazon, c’est la marque elle-même qui se charge de convertir le fichier en format AZW. Il est néanmoins conseillé que ce fichier soit de format EPUB car les similarités avec le format AZW permettront un meilleur rendu[16]

Il est toutefois possible de convertir le fichier EPUB en un fichier compatible avec Kindle grâce au logiciel Calibre[16]

Métadonnées[modifier | modifier le code]

Associée principalement au web 3.0, appelé aussi web sémantique ou web de données, le balisage des informations a permis aux machines de comprendre les données pour ensuite pouvoir en produire elles-mêmes au moyen de métadonnées. Les métadonnées sont des instructions en code caché décrivant des ressources numériques et permettant à celles-ci d'être repérées par des catalogues et moteurs de recherche. La difficulté de décrire sans aucune ambiguïté des documents complexes est grande. Pour ce qui est des documents papiers, la seule manière de concevoir la structure est la convention graphique. Or, celle des documents numériques est beaucoup plus complexe, puisque les métadonnées sont destinées à être interprétées par des machines qui ne peuvent interpréter l'information en dehors du contexte, ce qui implique d'utiliser des standards et des schémas d'encodage connus. Le principe des identifiants uniques facilite l'interopérabilité entre les systèmes et entre les fonds ou catalogues. Par exemple, on sera capable de chercher quel article cite tel autre article. Ce type de fonctionnalités dites de « Crosslinking » (liens croisés) permet de naviguer dans un écosystème documentaire (limité toutefois au système d'identification choisi). Un travail sur l'interopérabilité entre ces systèmes reste à développer. Le balisage de l'information constitue un enjeu important, car il détermine un accès privilégié à la réalité elle-même. Par exemple, les compagnies qui ont la main sur les recherches géo-localisées déterminera le succès d'un commerce plutôt qu'un autre, elles auront donc la possibilité de transformer l'accès à la réalité.

OAI-PMH[modifier | modifier le code]

L'OAI-PMH permet d'échanger les notices de ressources par le biais d'entrepôts en ligne. Les spécifications en sont publiques[25].

L'interrogation des dépôts utilise le protocole HTTP. Les résultats s'affichent en XML.

Dublin Core[modifier | modifier le code]

Le format Dublin Core est une norme décrivant des ressources bibliographiques. Il comprend officiellement 15 éléments de description formels (titre, créateur, éditeur), thématiques (sujet, description, langue…) et relatifs à la propriété intellectuelle.

Un modèle économique encore incertain[modifier | modifier le code]

L'édition numérique illustre bien l'un des enjeux essentiels de l'édition électronique, à savoir l'accessibilité d'un texte : « Le libre accès ne peut réellement exister sans numérisation ni réticulation. Bien sûr, un désir de libre accès se manifeste dès l’imprimé, et l’importance croissante des bibliothèques en constitue l’un des signes [...] Mais la numérisation permet d’obtenir deux résultats essentiels pour le libre accès : on peut produire des copies parfaites à un coût marginal proche de zéro, et la présence des réseaux ouvre la possibilité d’une dissémination à un coût marginal à peu près nul [...] »[26]. Lors du passage d'un univers analogique à un univers numérique, où la circulation et l'accessibilité se trouvent facilitées (cf. accessibilité du Web), s'opère un changement majeur dans les modes de consultation. Désormais, le web 3.0 se transforme en un web de services, notamment avec l'arrivée du téléphone intelligent, où nous n'avons plus accès à des ressources, mais à des services. Cela peut poser une problématique majeure quand l'accès à des services impose un capital économique qui restreint l'accès aux ressources.

Chaque mode de diffusion a entraîné dans l'histoire un changement du modèle économique, c'est pourquoi il est important aujourd'hui que les acteurs comprennent l'enjeu du changement du modèle de circulation. Elles auront des répercussions majeures tout comme l'arrivée de l'imprimerie à caractères mobiles aura influencé le système économique des œuvres appartenant aux mécènes. L'arrivée du numérique a entraîné une forme de dématérialisation des livres, puisqu'il y a conversion du livre papier en livre numérique. Cette dématérialisation de plus en plus importante a demandé une reconfiguration, une réorganisation majeure dans les bibliothèques, mais également chez les maisons d'édition voulant exploiter ce marché : « Le défi à relever pour l’édition tient donc au changement des pratiques d’information, d’enseignement et de loisir. La diffusion de fichiers numériques contraint en réalité l’édition à repenser toutes ses pratiques, tant le "contenu" des livres tenait compte de leur matérialité, qui déterminait à son tour leur modèle économique [...] »[26]. Désormais, on ne parle plus d'un modèle économique, mais de plusieurs, puisque les publics et les enjeux sont plus ciblés et différents. On comprendra facilement qu'une revue scientifique n'assurera pas sa survie de la même façon qu'un magazine à potin qui optera plus facilement pour les publicités.

Le numérique a de nombreux avantages, il permet entre autres :

  • une impression de livres à la demande (print on demand) : ce système commence à être utilisé dans les bibliothèques et chez certains éditeurs tel que Walrus[27]. Cette logique est également développée par Wikipédia;
  • un débouché commercial pour les œuvres en libre accès;
  • un aspect pratique pour la lecture, la conservation et l'annotation.

L'impression à la demande est bien souvent associée à l’autoédition (cf. Lulu.com). En fait, elle correspond aussi à des démarches d'édition très professionnelles, qui couvrent des niches de marché ou qui concernent des ouvrages épuisés. Elle est une option intéressante pour les éditeurs : « L'impression à la demande permet donc d'éviter les frais d'un tirage élevé, les coûts d'entreposage et de distribution de masse, et les frais liés aux exemplaires invendus. Les risques financiers de l'édition sont alors réduit à leur plus simple expression [...] »[28].

Le travail d'un éditeur électronique reste comparable à celui d'un éditeur traditionnel. Il reçoit les manuscrits, les sélectionne, les retravaille avec les auteurs pour les corrections éventuelles, mais le travail se fait le plus souvent en ligne. Il effectue ensuite les opérations classiques de mise en page, ajoute des illustrations, mais l'impression papier est remplacée par la production de fichiers de différents formats, produisant le livre numérique. Après la publication, il devra faire connaître l'œuvre, gérer les ventes et verser la rémunération à l'auteur.

Économiquement parlant, en France, une autre différence notable réside dans le traitement par l'administration fiscale : l'édition traditionnelle bénéficie d'un taux de TVA réduit, tandis que l'édition électronique supporte le taux de TVA standard, au même titre que l'informatique, dont elle est issue. Malgré la naissance de certaines polémiques, cette norme a perduré. En effet, le 28 octobre 2010, la proposition de loi déposée par le député de Savoie (UMP) Hervé Gaymard et défendue par le Syndicat national de l'édition (qui souhaitait que les fichiers numériques soient taxés au même niveau que le livre papier) fut rejetée par le Sénat. Celui-ci refusa l'abaissement de la TVA sur le livre numérique de 19,6 % à 5,5 %. Par contre, les choses bougèrent à partir du 1er décembre 2016 : « [...] la Commission européenne a présenté une proposition de Directive qui permet d’adapter le taux d’imposition des ebooks à celui des livres papier [...] »[29]. Finalement, cette proposition fut appuyée par de nombreux acteurs de l'édition comme la FEE, l'ADEB et la VUV[29].

Au Québec, certaines initiatives ont eu lieu pour développer et organiser l'édition numérique : « Dès 2008, l’Association nationale des éditeurs de livre (ANEL) mettait sur pied un comité composé d’éditeurs motivés à prendre le virage numérique. Des rencontres de ce comité est née l’idée de se doter d’un entrepôt numérique commun [...] »[30]. L'Entrepôt numérique comporte plus de 17 000 titres de plusieurs éditeurs du Québec et du Canada. Cette idée a de nombreux avantages pour les maisons d'édition : « Grâce à l’Entrepôt numérique, l’éditeur peut mettre ses livres en format numérique à la disposition de libraires ou d’autres types de revendeurs  et de bibliothèques tant à des fins de commercialisation qu’à des fins de promotion [...] »[30].

Comme pour l'édition traditionnelle, la relation entre l'auteur et l'éditeur est régie par un contrat signé par les deux parties, définissant les droits et les obligations de chacun, leur rémunération et l'engagement de l'éditeur à diffuser l'œuvre. Une différence cependant : contrairement à un livre imprimé, l'œuvre numérique n'est jamais « épuisée » alors que dans l' édition traditionnelle, l'épuisement du stock peut conduire à l'extinction du contrat, sauf si l'éditeur n'entreprend pas de réimpression dans un délai fixé. La durée du contrat (obligatoirement limitée, pour respecter la loi sur le droit d'auteur) doit donc être définie par d'autres critères. Puisque le livre électronique connaît de nombreuses variantes, cela complexifie la question des droits d'auteur et des contrats d'édition qui peuvent avoir de multiples possibilités[31]. Le modèle conçu pour le papier ne peut pas rester sans changement avec l'arrivée d'un nouveau paradigme technique. Ainsi, la question du droit d'auteur (copyright américain et européen) devra être reconsidérée autant que celle de l'accès. Plusieurs initiatives de penseurs tentent de faire la promotion de logiciels libres afin de permettre aux consommateurs de ne payer que pour ce qu'ils ont besoin. Parmi ces chercheurs, Jean-Claude Guédon nous fait une remarque judicieuse : le « [...] système d'information [qui] est entre les mains d'un petit groupe d'individus qui détiennent les instruments de communication [...] »[32].


Les modèles économiques de l'édition électronique restent largement à inventer. On distingue la vente à l'unité (Amazon) et l'abonnement à des bouquets (Safari d'O'Reilly).

Dans ce domaine, la question du prix du livre numérique se pose (et du piratage). En effet, le prix inférieur peut provoquer une décote par rapport à l'édition papier, ce qui peut demander aux maisons d'édition de développer des offres plus attrayantes pour les acheteurs.

Quelques exemples de modèles économiques :

  • modèle ad sense: vente d'une partie de la page à de la publicité portant sur le sujet du site, le coût dépend de la popularité de la recherche de mots-clés (à la base du modèle économique de Google);
  • modèle freemium : associe une offre gratuite, en libre accès, et une offre « Premium », haut de gamme, en accès payant, l'offre gratuite devenant par le fait même une publicité pour l'offre payante;
  • les DRM qui tendent à limiter l'accès au fichier (temps de consultation, nombre de copies, etc.) à long terme il est fait pour se briser parce qu'il essaie de rendre difficile l'accès dans un format censé le rendre plus facile;
  • la Barrière Mobile: fait payer l'accès dans les premières années, puis le rend gratuit par la suite (cause problème pour la recherche);
  • modèle de la longue traîne, où on dispose d'un catalogue immense en payant pour un service de simplicité plutôt que pour l'oeuvre elle-même et où il est possible de payer pour avoir la possibilité de sélection (contenu en moins) ou pour enlever la publicité;
  • l'abonnement à des livres numériques de différents éditeurs proposées par diverses plateformes en France et à l'étranger comme 24Symbols (en Espagne), YouScribe (en France), Amazon Unlimited (dans plusieurs pays d'Europe et aux États-Unis).

L'édition électronique permet aussi à de petites maisons d'éditions indépendantes d'exister dans les premiers temps de leur création. En distribuant leurs premières publications exclusivement dans un format numérique, sous différentes licences telles que Creative Commons, ces maisons peuvent s'assurer une renommée. Celle-ci leur assure ensuite par dons ou souscriptions, les moyens de développer une production papier. Certaines maisons d'édition associatives procèdent de la sorte et n'éditent que des livres électroniques telles que la maison d'édition Walrus.

Le régime de la licence permet à l'auteur de décider de donner à son œuvre une licence d’utilisation bordée par des conditions. La première licence est la GNU, à l’initiative de Richard Stallman, et la seconde la GPL, qui s’applique essentiellement aux logiciels et se base sur un système de Copyleft (voir Licence publique générale GNU). Différentes licences peuvent s’appliquer aux œuvres textuelles, telles que la licence Creative Commons, adoptée par Wikipédia depuis 2009. Cette licence « à la carte » permet de définir des contraintes sur la paternité de l’œuvre, ses modifications, son utilisation commerciale, etc. La formule la plus ouverte est la CC-by, et la plus fermée, la CC-by-nc-md. Si quelqu’un souhaite outrepasser une licence Creative Commons, il lui faut établir un contrat avec l’auteur. Ce régime ne s’oppose donc pas à celui du contrat et d’une exploitation commerciale. Il lui est, au contraire, complémentaire.

Le marché du livre numérique, sans surpasser celui du livre papier, a connu depuis les dernières années une croissance importante : « [...] d’après l’Association of American Publishers, la part du marché des livres numériques (aux États-Unis) est passée d’environ 1 % en 2008 à presque 23 % quatre ans plus tard [...] »[26]. Cette croissance et la normalisation de ce marché montrent bien l'importance de s'y intéresser et de considérer tous les enjeux présents.

La pérennité, enjeu essentiel de la numérisation[modifier | modifier le code]

Cet enjeu soulève de nombreuses inquiétudes concernant la démagnétisation des supports. La mauvaise fiabilité des stockages et l’évolution rapide des formats (apparition des formats propriétaires) posent de réels problèmes de conservation physique des fichiers. Cette dernière comprend deux logiques : le back-up et l’archivage sur le long terme.

  • OAIS (Open Archival Information system) : il s’agit d’un système de gestion de documents numériques utilisé uniquement par les professionnels.
  • LOCKSS : il est utilisé pour les structures plus petites comme les bibliothèques. Celles-ci peuvent mettre leurs données au sein d’un réseau et copier le fichier autant de fois qu’il y a d’utilisateurs.
  • CLOCKSS : il ressemble à LOCKSS, mais permet un contrôle plus grand sur le réseau des acteurs.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Françoise Benhamou, L'Économie de la culture, Paris, La Découverte, coll. « Repères, 192 », (réimpr. 4e éd.), 4e éd., 125 p. (ISBN 978-2-7071-3943-6 et 2-7071-3943-2)
  • Marin Dacos, Pierre Mounier, L'Édition électronique, Paris, La Découverte, coll. « Repères, 549 », , 128 p. (ISBN 978-2-7071-5729-4)
  • Hubert Guillaud, Alain Pierrot, Bob Stein, Nova Spivack, Joël Faucilhon, Milad Doueihi, Philippe Aigrain, Robert Darnton, Tim O'Reilly, Andrew Savikas, Fabrice Epelboin, André Gunthert, Pierre Mounier, Janet Stemwedel, Antoine Blanchard et Jean Sarzana. Sous la direction de Marin Dacos, Read/Write Book. Le livre inscriptible, Marseille, Cléo, coll. « Edition électronique », (réimpr. 1re éd.), 2e éd., 198 p. (ISBN 978-2-9536419-0-5)
  • Octavio Kulesz, L’édition numérique dans les pays en développement, Alliance internationale des éditeurs indépendants, , 167 p. (ISBN 978-2-9519747-5-3)
  • Marie Lebert, Les Mutations du livre à l'heure de l'internet, Montréal, Net des études françaises, , 224 p.
  • Bruno Patino, Le Devenir numérique de l'édition : du livre objet au livre droit, Paris, La Documentation française, , 89 p. (ISBN 978-2-11-007349-5)
  • Lucien Polastron, La grande numérisation, Paris, Denoël, , 198 p.
  • Bernard Poulet, La Fin des journaux et l'avenir de l'information, Paris, Editions Gallimard, coll. « Le Débat », , 217 p., poche (ISBN 978-2-07-012272-1)
  • Lorenzo Soccavo, Les mutations du livre et de la lecture, Uppr Éditions, 2014, 40 p., (ISBN 978-2-37168-015-9)
  • Lise Vieira, L'Édition électronique, de l'imprimé au numérique, évolutions et stratégies, Saint-Etienne, Presses universitaires de Bordeaux, coll. « Labyrinthes », , 188 p. (ISBN 978-2-86781-342-9 et 2867813425)
  • Marcello Vitali-Rosati et Michael E. Sinatra (dir.), Pratiques de l’édition numérique, collection « Parcours numériques », Les Presses de l’Université de Montréal, Montréal, 2014, 219 p., RIS, BibTeX, (ISBN 978-2-7606-3202-8) (Lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marie Lebert, Les mutations du livre à l'heure de l'internet, Net des études françaises, Montréal, 2007
  2. Marin Dacos et Pierre Mounier, « III. L'édition au défi du numérique », Repères,‎ , p. 49–65 (ISSN 0993-7625, lire en ligne)
  3. Historique de Frantext
  4. Historique de Gallica.
  5. Lettre du COEPIA, p. 5.
  6. (en) The New York Times, Google Books: A Complex and Controversial Experiment.
  7. Europeana>
  8. Wikisource:Statistiques.
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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