Édition électronique

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

L'édition numérique ou édition électronique est le processus à travers lequel des contenus sont produits, mis en forme et diffusés dans des environnements numériques (en ligne ou non) pour une lecture sur écran (ordinateur, liseuse, tablette, smartphone). Elle comporte trois étapes : la saisie numérique du texte, la mise en page et la publication.

L'édition numérique correspond à un véritable « bouleversement du cadre de contraintes dans lequel les activités éditoriales se déploient[1] », défini par de nouvelles opportunités et de nouvelles contraintes.

Histoire de l'édition numérique[modifier | modifier le code]

L'édition numérique doit être comprise dans une continuité historique qui inclue aussi bien l'histoire de l'édition que, plus largement l'histoire des idées et de leur diffusion[2]. L'idée d'une pensée démocratisée, entre autres, apparaît centrale pour l'histoire de l'édition numérique : tel qu'expliqué dans l'ouvrage Pratiques de l'édition numérique, « étroitement liée à l’histoire des idées, l’évolution de l’édition, voire le métier même de l’éditeur, a historiquement accompagné un certain idéal démocratique qui est encore aujourd’hui le sien, mais dont la préservation s’annonce pourtant comme l’un des enjeux les plus importants pour les années à venir[2]». D'après Marcello Vitali-Rosati et Michael E. Sinatra dans Pratiques de l’édition numérique, traditionnellement, l’édition est basée sur trois instances qui sont aussi ses tâches principales : le choix des contenus, la légitimation de ces contenus et leur diffusion[3]. Ce sont trois fonctions de base, caractérisant aussi bien l'édition papier que l'édition numérique.

Débuts de la numérisation[modifier | modifier le code]

La première initiative de numérisation émane des États-Unis en 1971 et est réalisée par Michael Hart, alors étudiant à l’Université de l’Illinois. Celui-ci lance le Projet Gutenberg[4], un projet universel ayant pour objectif de mettre la littérature à la disposition d'un large public. Le projet se développe lentement, et en 1989, à peine dix textes ont été saisis numériquement, qui plus est par Michael Hart et ses bénévoles au clavier seulement. Cependant, avec l'arrivée du Web en 1991, communément appelée web 1.0, lequel vise à connecter les documents entre eux sous forme de pages statiques, le Projet Gutenberg prend rapidement de l'ampleur. De nombreux bénévoles aident alors à son développement en l'alimentant d’œuvres littéraires classiques tombées dans le domaine public[5].

Ce projet ayant comme principes de base de mettre fin à l'ignorance mais surtout de donner accès à la littérature, non seulement aux professeurs et aux étudiants mais surtout au public en général, marqua les débuts des bibliothèques dites publiques[6]. Le premier livre saisi par Hart en 1991 fut Alice's Adventures in Wonderland paru 1865. Avec l'arrivée du navigateur Mosaic en 1993, le Projet Gutenberg atteingnit son centième livre en 1994 par la parution des œuvres complètes de Shakespeare. Le projet touche alors à trois genres principaux, soit la littérature de divertissement (contes et fables), la littérature dite sérieuse (Bible et grands classiques) et la littérature de références (dictionnaire et encyclopédies). En 2018, le projet aura atteint plus de 57,000 livres électroniques offerts gratuitement, soit pour la lecture en ligne ou pour le téléchargements, dans des formats aussi variés que l'ePub, Kindle, iPad, Android ainsi que plusieurs autres. Bien que la plupart des œuvres disponibles soient de langue anglaise, le projet propose des œuvres dans plus de 40 langues via le Projet Gutenberg propre à chacun des pays concernés. Comme le projet est en open source, des milliers de bénévoles y participent et il est possible d'y contribuer en numérisant des livres libre d'accès ou en les enregistrant en audio. À partir de janvier 2019, plusieurs documents publiés en 1923, qui furent empêchés de passer au domaine public depuis 20 ans à cause du Copyright Term Extension Act de 1998, deviendront disponible en accès libre pour le grand public [7].

Dans les années 1970, le CNRS numérise environ 1 000 ouvrages de divers genres (littéraire principalement, mais aussi philosophique et scientifique), provenant de l'époque médiévale (années 1180) à l'époque actuelle, dans le but de fournir une banque de textes pour la formation d'un grand dictionnaire, le Trésor de la Langue Française. Cette base de textes nommée « Frantext » est d'abord distribuée sur CD sous le nom « Discotext », puis mise sur le web en 1998. Elle est constamment enrichie depuis et compte 5 350 titres en 2018[8].

Vers une numérisation de masse[modifier | modifier le code]

Avec la mise au point en 1974 par Raymond Kurzweil d'un scanner équipé du logiciel Omnifont (qui permet la reconnaissance optique de caractères), la saisie numérique peut se faire beaucoup plus rapidement. Les projets de numérisation sont dès lors plus ambitieux et les bibliothèques numériques se multiplient.

L’ABU ou Association des bibliophiles universels est un projet de bibliothèque publique lancé par le Cnam. Suspendue depuis 2002, elle reproduit une centaine de textes, qui sont toujours disponibles.

En 1992, la Bibliothèque nationale de France lance un vaste programme de numérisation, répondant au vœu du président François Mitterrand qui, dès 1988, souhaite la mise en place d'une bibliothèque d'un genre nouveau. Cette bibliothèque est mise en ligne en 1997 sous le nom de Gallica[9]. En 2018, Gallica offre 626 999 livres en ligne et plusieurs millions de documents, incluant des estampes, des partitions et des manuscrits[10].

En décembre 2004, Google lance Google Livres, qui vise à numériser tous les livres disponibles dans le monde, soit environ 130 millions d'ouvrages, afin de les rendre accessibles en ligne. Dix ans plus tard, 25 000 000 de livres sont en ligne, provenant d'une centaine de pays et rédigés en 400 langues. Il est à noter que les scanners robotisés sont capables de numériser 6 000 ouvrages à l'heure[11].

Europeana est un catalogue européen qui offre des fiches sur des millions d'objets numériques et qui propose des liens aux bibliothèques nationales qui les possèdent[12].

Wikisource vise la constitution d'une bibliothèque numérique multilingue comme complément au projet encyclopédique de Wikipédia. Soutenue par la Wikimedia Foundation, Wikisource propose des textes numérisés et vérifiés par des bénévoles. En novembre 2018, cette base compte 16 698 livres en français[13].

HathiTrust est une bibliothèque numérique mettant en commun le contenu de plusieurs bibliothèques numériques d'universités des États-Unis et d'Europe, ainsi que de Google Livres et d'Internet Archive.

Apparition de l'édition numérique[modifier | modifier le code]

Alors que les premiers projets de numérisation transforment l'information inscrite sur un support physique en une information numérique, l'édition numérique intègre l'ensemble du travail de l'édition (production, mise en page, publication) sur des supports numériques.

Alain Mille, dans l'ouvrage Pratiques de l'édition numérique dirigé par Michael E. Sinatra et Marcello Vitali-Rosati[14], traite, dans le deuxième chapitre intitulé « D'Internet au web », des débuts d'Internet et du Web[15]. Ces éléments seraient à la base même de l'édition numérique puisqu'ils ont « [...] déterminé le plus fort changement dans les modèles de production et de circulation des contenus[15] ». Vitali-Rosati et Sinatra ajoutent également au chapitre 3 - "Histoire des humanités numériques" - « qu'Internet a aussi un effet direct sur les questions d’édition, permettant aux créateurs et aux utilisateurs de dépasser le processus de production traditionnel où un auteur, un éditeur et une maison d’édition, seuls interviennent »[16].

Le monde de l'édition traditionnelle, et plus particulièrement la création d'ouvrages, est tout d'abord transformé par l'arrivée des logiciels de publication assistée par ordinateur (PAO) dans les années 1980, ainsi que par la création de bases de données textuelles pour les annuaires et les encyclopédies.

Dans le même temps, le multimédia se développe, réunissant ainsi les caractéristiques du livre, de l'audiovisuel et de l'informatique. Le cédérom et le DVD font leur apparition, permettant en premier lieu de visualiser sur ordinateur des encyclopédies et des dictionnaires[17].

L'arrivée et la démocratisation d'Internet permettent petit à petit aux éditeurs de mettre directement en ligne leurs ouvrages. Certains sites comme Amazon permettent aux internautes d'acheter des livres numériques. On retrouve aussi par exemple des portails éducatifs (gratuits ou payants), des sites encyclopédiques (comme Wikipédia), ou encore des portails de revue numérique. Au début de cette transformation, le livre en format papier sera tout simplement numérisé, c'est-à-dire qu'une copie numérique en sera faite à l'aide d'un numériseur à balayage (scanner). Il sera ensuite «produit nativement sous un ou plusieurs formats numériques pouvant être lus, en ligne ou après téléchargement, sur divers supports électroniques […] [18]. Le livre numérique fera alors progressivement son apparition et deviendra accessible sur différents supports, tels que la liseuse et les téléphones intelligents.

Le livre numérique a eu et a encore un impact sur les maisons d'édition et leurs modèles économiques (voir la section sur un modèle économique incertain). Elles doivent s'adapter à cette nouvelle réalité, ce qui implique de nombreux changements.

Édition en réseau[modifier | modifier le code]

Basée sur les pratiques de communication liées au Web 2.0, l'édition en réseau permet à une communauté de participer à l'élaboration et à l'amélioration de contenus sur Internet tout en enrichissant la lecture grâce à des pratiques de lecture partagées. Le web 2.0 permet non seulement de relier les documents, mais aussi de relier les personnes entre elles par des réseaux sociaux, autrement dit un web participatif.

De nombreux outils permettent le partage et la création collaborative de contenus. On peut citer l'encyclopédie Wikipédia qui en est l'un des exemples les plus connus, puisqu'elle est éditée, corrigée et améliorée par des milliers de contributeurs. C'est aussi le cas d'Open Street Map.


Production de livres numériques[modifier | modifier le code]

Les blogs et les systèmes de commentaires sont également des pratiques d'édition en réseau permettant de nouvelles possibilités d'interaction entre l'auteur et les lecteurs et peut être une méthode importante d'inspiration, mais surtout de visibilité [19].

Plusieurs logiciels et plateformes existent pour la création d'un livre numérique. Pour la production d'un format PDF, le logiciel de base est sans conteste Adobe Acrobat DC; il s'agit d'un logiciel payant, dont l'utilisation est laborieuse, mais incontournable pour la production d'un PDF de qualité. Il permet en effet de modifier le texte, d'y ajouter des images, du multimédia, de la protection, etc. Il y a également le logiciel Adobe InDesign CC, qui permet principalement la production de formats EPUB3. Depuis 2016, ce logiciel n'est accessible que par abonnement et est également plutôt coûteux. Néanmoins, il s'agit d'un des logiciels les plus puissants qui permet le plus de fonctionnalités au niveau de la production de livre numérique.

En ce qui concerne les logiciels gratuits, les deux principaux sont Calibre (logiciel) et Sigil (logiciel). Calibre offre la possibilité de produire des livres à partir de fichiers Word qui sont ensuite accessibles à l'ensemble des systèmes d'exploitation sur ordinateur, tout en étant simple d'utilisation. Il permet également de chercher et d'accéder à des livres directement avec le logiciel. Pour sa part, Sigil est surtout axé sur la production de livres (il ne permet donc pas la recherche ou la lecture comme Calibre). L'interface n'est pas aussi facile d'utilisation ; néanmoins, pour ce qui est de la production de formats Epub, c'est le logiciel gratuit le plus puissant qui offre le plus de fonctionnalités pour ce format. Ces logiciels gratuits n'accotent pas, côté performance, l'utilisation des logiciels d'Adobe (qui, eux, sont payants).

Au niveau des applications, Book Creator est utilisé principalement à des fins pédagogiques. L'application, abordable, est surtout destinée aux enfants et adolescents (de par son interface et sa facilité d'utilisation), et vise la création de livres numériques simples. Les possibilités d'édition et de fonctionnalités sont toutefois relativement limitées, considérant son public cible.

Plusieurs éditeurs proposent également des solutions qui utilisent l'un ou l'autre de ces logiciels : Aquafadas, Mag+, Twixl Publisher, WoodWing, QuarkXPress etc.

Définition et caractéristiques du « numérique »[modifier | modifier le code]

L'utilisation du terme numérique est d'origine assez récente. Il est né du fait de l'évolution de l'ensemble des pratiques liées au développement des nouvelles technologies, tant informatiques qu'électroniques, en lien avec l'édition et la diffusion de l'information et des communications [20].

Définition[modifier | modifier le code]

Souvent associé à l'immatérialité, le numérique a pourtant une dimension matérielle forte[21]. La principale caractéristique technique du numérique serait sa multiplicité, relativement à la discrétisation et la médiation[22]. De cette multiplicité découleraient ses caractéristiques spécifiques: « sa facilité de circulation, son ouverture, le fait qu'il soit facilement modifiable, réutilisable, qu'il permette des objets multimédias, etc.[22] ».

« La multiplicité caractéristique des objets numériques bouleverse notre rapport aux contenus et aux documents, des dynamiques de leur circulation selon les pays à la possibilité de modification et de copie, en passant par les lois sur les droits d'auteur[22]. »

Culture du numérique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Culture numérique.

Sur le plan sociologique, le numérique est une « véritable culture[23] », voire un « événement culturel[24] ».

«  Le numérique n'est pas seulement une technique de reproduction qui s'oppose à l'analogique, mais il devient une véritable culture, avec des enjeux sociaux, politiques et éthiques fondamentaux et qu'il est urgent d'analyser et de prendre en compte[23]. »

Avec l'avènement du numérique, l'édition connait une transformation d'ensemble[25]. Celui-ci a transformé les modes de production et de diffusion des contenus, de même que les pratiques culturelles:

« Les transformations sont multiples: dématérialisation des supports, disponibilité illimitée des contenus dans le temps et dans l'espace, gestion et mise à jour de l'information pour faciliter le référencement, émergence de nouveaux modèles d'affaires et de nouveaux réseaux de diffusion et de distribution, etc.[26] ».

En particulier, le web a fait disparaître la rareté des contenus. Il y a aujourd'hui surabondance[27]. Parler de l’édition d'un monde grâce au numérique plutôt que d'un contenu devient essentiel.

Production de contenus numériques[modifier | modifier le code]

Depuis la nuit des temps, les outils disponibles ont façonnés la pensée de l'Homme et sa façon de l'exprimer, que ce soit par le biais de hiéroglyphes, tablettes de pierre, papyrus, parchemins, codex et autres. Mais dans tous les cas, le message n'était pas neutre, devant se plier aux exigences du médium utilisé et du mode de diffusion propre à lui. Le média est le message affirmera McLuhan en 1964. De nos jours, les techniques et les outils d'écriture, mais aussi les modes de diffusion des textes conditionnent et façonnent ce que l'on écrit, selon Epron et Vitali-Rosati dans L'édition à l'ère du numérique[28] . De la plume au stylo, de la machine à écrire à l'ordinateur, tous ces outils ont marqué notre rapport à l'écriture. Désormais, il est possible d'écrire plus, plus vite, de se corriger, de réécrire, de se structurer, de conserver et même de partager.

Dès la fin du XXe siècle, des changements marquants sont apparus concernant les outils d'écriture et de diffusion de contenu: la maniabilité optimisée du texte depuis l'arrivée des logiciels de traitement de texte ainsi que le rapport de plus en plus mince entre le manuscrit et sa version finale grâce à des logiciels de type WYSIWYG, participent à rendre la publication accessible à tous, tant dans sa création que dans sa diffusion. Aussi, la multitude des logiciels et des formats disponibles véhiculent une notion qui leur est particulière quant au sens à donner aux mots écrire et publier, soulignant une distinction marquante entre la mise en forme graphique du texte (par les formats RTF), et celles orientés vers la structuration sémantique (les formats XML)[29] , qui pourraient permettre éventuellement l'extraction de données. Et ce, sans compter la multiplicité des contenus disponibles sur le Web permettant de sourcer son document de multiples façons. Dès lors, il nous faudra réfléchir aux différentes formes d'écriture que les outils numériques proposent, pour comprendre comment les choix technologiques reflètent nos conceptions de l'écriture[30].

Formats[modifier | modifier le code]

Pour qu'un texte numérique puisse être partagé et lisible sur écran, il doit être structuré selon des standards, c’est-à-dire les formats[31].

« Les contenus numériques sont, par nature, encodés. Pour pouvoir être partagée, une information doit être structurée selon des standards: les formats. Le choix d'un format a des implications profondes[32]. »

D'un point de vue éditorial, les formats informatiques ne sont pas neutres; ils jouent un rôle central dans la définition des contenus numériques que l'on peut produire, dans leur forme et dans la façon dont ils seront utilisés[33]. En effet, pour Benoit Épron et Marcello Vitali-Rosati, « [c]haque format et chaque logiciel portent [en lui] une idée particulière de ce que signifie "écrire" et "publier"[34] ». Leurs limites techniques, leur degré d'ouverture et leur statut de standard doivent de ce fait être pris en compte par l'éditeur. Pour Viviane Boulétreau et Benoit Habert, le choix d'un format doit aussi prendre en compte la consommation ou la modification du document, sa durée de vie, le public visé, la mode de transmission, l'interopérabilité et la pérennité[35]. À ce propos, il est important de noter que le choix d'un support numérique a des conséquences sur le mode de lecture des utilisateurs, auxquels la théoricienne Alexandra Saemmer s'est intéressée en proposant une rhétorique dans une perspective plus sémiotique que sociologique[36]. Jean-François Tétu a dit de cet ouvrage que « [...] c’est un instrument très riche dans la perspective de pratiques pédagogiques qui visent à faire comprendre le caractère polysémique des messages ou la construction symbolique de la réalité. On peut aussi le lire comme un instrument stimulant d’aide à la création. Et ces deux visées sont indubitablement liées à la naissance même de la rhétorique qui se voit ici renouvelée et redéfinie à la mesure des propriétés de l’hypertexte et de l’animation numériques[37][passage promotionnel] ».

Il existe des formats propriétaires, qui peuvent être ouverts ou opaques, et des formats libres et ouverts. Les spécifications des formats propriétaires sont contrôlés par une entité privée, alors que celles des formats libres sont publiques[35].

Selon Pierrick Messien, dans le monde de l’édition numérique, on dénombre trois formats numériques principaux : le PDF, l’EPUB et le format AZW[38]. On pourrait cependant ajouter à cette liste une série d'autres formats, dont le format HTML et le format texte (seul), pour ne nommer qu'eux. HTML est le format du web et le format texte (seul), un « ensemble de caractères sans indications de mise en forme[39] ». Benoit Épron et Marcello Vitali-Rosati parlent d'un véritable « émiettements[33] » des formats.

Le Portable Document Format (PDF)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Portable Document Format.

Créé en 1993, le Portable Document Format (PDF) est la propriété d'Adobe Systems[35]. PDF est un des formats les plus utilisés dans l’édition numérique[réf. nécessaire], car il présente l’avantage de préserver fidèlement la mise en page des documents, indépendamment de la plateforme de lecture, du système d'exploitation, etc. Avec un tel format, la lecture est suggérée sur un ordinateur à l’aide par exemple du logiciel Adobe Acrobat Reader. Il est toutefois possible de lire un texte au format PDF sur une liseuse, mais la différence des tailles d’écran n’est pas prise en compte. L’expérience de lecture est alors dégradée puisque le texte est de trop grande taille pour un tel outil[38].

L’auteur peut être amené à choisir le format PDF pour son document si :

  • le document doit seulement être affiché;
  • le document doit être imprimé et que la mise en page doit être conservée;
  • le mode de transmission (par exemple site Internet, courriel, clé USB) demande un format léger;
  • le document doit être exploitable sur du long terme[31].

L'Electronic PUBlication (EPUB)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : EPUB (format).

L’EPUB est le format standard actuel pour la lecture de livres électroniques sur liseuse (sauf pour Kindle), smartphone et tablette[réf. souhaitée]. Lié à la notion « recomposable », le format EPUB permet au texte de s’adapter à la taille de l’écran de l’outil utilisé et peut ainsi fonctionner sur différents appareils. Pour cela, ce format s’appuie sur les mêmes langages utilisés pour les sites web, à savoir le HTML, le CSS et même des scripts JavaScript[40].

En plus de contenir les éléments typiques d’un document web, l’EPUB permet de retrouver de nombreux éléments propres aux livres tels qu’une page de couverture, une table des matières ou encore un index[41].

Le format EPUB est également interactif de par ses nombreuses fonctionnalités. Il permet ainsi :

  • la recherche en plein texte;
  • l’association d’annotations au contenu du livre électronique;
  • la création de quiz et de pop-ups, la superposition de multimédias et des animations;
  • la configuration des options par le lecteur (police, taille, marge, couleur de fond d’écran);
  • la mise en place d’une navigation dans le livre électronique avec les flèches gauche/droite, une barre de défilement et la possibilité de saisir un numéro de page[41].

Le format EPUB peut être généré avec les logiciels gratuits Sigil[38] ou calibre. Il est porté par l'IDPF, qui est lui-même intégré au W3C depuis 2017.

Les smartphones et tablettes[modifier | modifier le code]

Le smartphone se définit comme un téléphone mobile intelligent doté de fonctionnalités qui s'apparentent à celles d'un ordinateur. La tablette s'apparente quant à elle à un ordinateur portable dépourvu de clavier, mais possédant un écran tactile. Ces deux appareils offrent la possibilité de consulter des livres électroniques par le biais d'applications :

  • iBooks pour les appareils iOS qui donnent accès à la libraire numérique iBooks Store;
  • Bluefire pour les appareils iOS et Android qui donnent accès à Feedbooks, une librairie de livres gratuits dans le domaine public;
  • Kobo, développée par la Fnac, disponible sur iOS et Android[42].

La lecture de livres électroniques sur smartphone augmente, passant de 9 % en 2012 à 14 % en 2015, tandis que le nombre de lecteurs sur tablette diminue, passant de 50 % en 2012 à 32 % en 2015. En effet, les smartphones sont plus grands et offrent une meilleure résolution que les tablettes[43]. La place du smartphone est devenue d'autant plus importante qu'il est aujourd'hui le principal support de lecture dans le monde entier[réf. nécessaire]. Le smartphone représente l'écriture et la lecture numériques, alors qu'il ne s'agit pas de son utilité première, il devient de fait un symbole du passage au tout numérique (et au tout écrit) en cours.

Les liseuses[modifier | modifier le code]

La liseuse est née sous le projet Gutenberg en 1971 grâce à Michel Hart. Elle connaît un essor depuis seulement une dizaine d'années[44].

Cet appareil portable permet d'emporter son livre numérique partout et assure un confort de lecture grâce à une encre électronique dans l'écran, qui permet de ne pas utiliser d'énergie une fois la page affichée. Contrairement à la tablette, la liseuse dispose de fonctions avancées, mais n'est dédiée qu'à la lecture. Il est ainsi possible d'accéder à la table des matières, de surligner des mots, d'effectuer des recherches, d'accéder à un dictionnaire, de traduire, de partager sur Facebook, de modifier la mise en page et de l'adapter selon les déficiences visuelles[45]. La liseuse imite le rendu visuel du papier, ainsi que la sensation tactile de la page, afin d'être à la rencontre parfaite entre qualité et plaisir du papier, et praticité du numérique[style à revoir].

Le format AZW[modifier | modifier le code]

Le format AZW est le format développé par Amazon pour sa liseuse Kindle. Alors que la plupart des autres liseuses acceptent le format EPUB, Amazon détient son propre format pour les livres électroniques, celui-ci étant fermé contrairement au format EPUB qui est ouvert. L’objectif est d’inciter les utilisateurs à acheter des livres numériques sur le site Amazon[38]

Lorsqu’un auteur souhaite soumettre son texte à Amazon, c’est la marque elle-même qui se charge de convertir le fichier en format AZW. Il est néanmoins conseillé que ce fichier soit de format EPUB, car les similarités avec le format AZW permettront un meilleur rendu[38][style à revoir]

Il est toutefois possible de convertir le fichier EPUB en un fichier compatible avec Kindle grâce au logiciel Calibre[38].

Les autres formats[modifier | modifier le code]

D’autres formats existent également, nommons au passage : mobi pour les livres électroniques, les smartphones, les tablettes et les ordinateurs, ou dans le cas des documents numériques interactifs : .FOLIO, . AVE, ou la diffusion sous forme d'application pour les tablettes et les smartphones.

Métadonnées[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Métadonnée.

Dans le contexte de l'édition numérique, on assiste à une évolution du rôle des métadonnées[33]:

Dans ce contexte, le choix, la précision ou la fiabilité des métadonnées constituent non seulement un ensemble décisif pour la logistique de suivi ou de localisation, mais également un élément essentiel du référencement et donc de la visibilité des ouvrages[46].

Principalement associé au Web 3.0, aussi appelé Web sémantique ou Web des données, le balisage des informations a permis aux machines de comprendre les données (par exemple le titre d'un livre, s'il n'est pas balisé en tant que titre, ne pourra pas être reconnu comme tel par l'ordinateur) pour en produire elles-mêmes au moyen de métadonnées. Les métadonnées sont des instructions en code caché décrivant des ressources numériques et permettant à celles-ci d'être repérées par des catalogues et moteurs de recherche (référencement et indentification); elles sont des données sur des données[réf. souhaitée].

Dans un contexte numérique, les métadonnées descriptives sont complexes à mettre en œuvre, puisqu'elles sont destinées à être lues par des machines. Il faut donc utiliser des standards et des schémas d'encodage connus. Le principe des identifiants uniques facilite l'interopérabilité entre les systèmes et entre les fonds ou catalogues. En particulier, le « crosslinking »(liens croisés) permet de naviguer dans un écosystème documentaire (limité toutefois au système d'identification choisi). L'interopérabilité entre les différents écosystèmes reste à toutefois développer.

Le balisage de l'information constitue un enjeu important, car il détermine l'accès à la réalité elle-même. Par exemple, les compagnies qui ont la main sur les recherches géo-localisées détermineront le succès d'un commerce plutôt qu'un autre : elles auront donc la possibilité de transformer l'accès à la réalité[pas clair].

OAI-PMH[modifier | modifier le code]

Le protocole informatique OAI-PMH permet d'échanger les notices de ressources par le biais d'entrepôts en ligne. Les spécifications en sont publiques[47].

L'interrogation des dépôts utilise le protocole HTTP. Les résultats s'affichent en XML.

Dublin Core[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dublin Core.

Le Dublin Core est un schéma de métadonnées générique qui permet de décrire des ressources numériques ou physiques et d’établir des relations avec d'autres ressources. C'est une norme décrivant des ressources bibliographiques. Il comprend officiellement 15 éléments de description formels (titre, créateur, éditeur), thématiques (sujet, description, langue, etc.) et relatifs à la propriété intellectuelle.

Un modèle économique encore incertain[modifier | modifier le code]

Circle-icons-scissors.svg Cette section est trop longue. Elle pourrait gagner à être raccourcie ou répartie en plusieurs sous-sections.
Il est également possible que sa longueur crée un déséquilibre dans l'article, au point d'en compromettre la neutralité en accordant à un aspect du sujet une importance disproportionnée.

L'édition numérique illustre bien l'un des enjeux essentiels de l'édition électronique, à savoir l'accessibilité d'un texte :

« Le libre accès ne peut réellement exister sans numérisation ni réticulation. Bien sûr, un désir de libre accès se manifeste dès l’imprimé, et l’importance croissante des bibliothèques en constitue l’un des signes [...] Mais la numérisation permet d’obtenir deux résultats essentiels pour le libre accès : on peut produire des copies parfaites à un coût marginal proche de zéro, et la présence des réseaux ouvre la possibilité d’une dissémination à un coût marginal à peu près nul[33]. »

Lors du passage d'un univers analogique à un univers numérique, où la circulation et l'accessibilité se trouvent facilitées (cf. accessibilité du Web), s'opère un changement majeur dans les modes de consultation. Désormais, le web 3.0 se transforme en un web de services, notamment avec l'arrivée du téléphone intelligent, où nous n'avons plus accès à des ressources, mais à des services dont l'accès requiert de nouveaux coûts. Cela peut se traduire en un problème d'accessibilité aux services. Cela vient en partie du mouvement du Logiciel Libre, initié par Richard Stallman, et du principe d'OpenAccess. Chaque mode de diffusion a entraîné dans l'histoire un changement du modèle économique, c'est pourquoi il est important aujourd'hui que les acteurs comprennent l'enjeu du changement du modèle de circulation des contenus. Cela aura des répercussions majeures tout comme l'arrivée de l'imprimerie à caractères mobiles aura influencé le système économique des œuvres appartenant aux mécènes. L'arrivée du numérique a entraîné une forme de dématérialisation des livres, puisqu'il y a conversion du livre papier en livre numérique. Cette dématérialisation de plus en plus importante a demandé une reconfiguration, une réorganisation majeure dans les bibliothèques, mais également chez les maisons d'édition voulant exploiter ce marché :

« Le défi à relever pour l’édition tient donc au changement des pratiques d’information, d’enseignement et de loisir. La diffusion de fichiers numériques contraint en réalité l’édition à repenser toutes ses pratiques, tant le "contenu" des livres tenait compte de leur matérialité, qui déterminait à son tour leur modèle économique[33]

Désormais, on ne parle plus d'un modèle économique, mais de plusieurs, puisque les différents publics et les enjeux sont davantage ciblés. On comprendra facilement qu'une revue scientifique n'assurera pas sa survie de la même façon qu'un magazine à potins qui optera plus facilement pour les publicités.

À ce sujet, Gérard Wormser a identifié trois modèles économiques pour l'édition numérique, en remplacement du copyright (instauré en Grande-Bretagne à partir de 1710) :

  • le modèle de la presse (gratuité financée par la publicité ou fermeture des pages réservées aux abonné(e)s);
  • le modèle de la prescription, de la subvention et des achats publics (lectorat limité et professionnel, nombre limité d'acteurs, participation financière importante des utilisateurs, fortes restrictions à la circulation des contenus);
  • le modèle inscrit dans une mondialisation de fait (traductions, adaptations, nouveaux tirages en format de poche, etc.)[25].

Le numérique a de nombreux avantages. Il permet entre autres :

  • une impression de livres à la demande (print on demand) : ce système commence à être utilisé dans les bibliothèques et chez certains éditeurs tels que Walrus[48]. Cette logique est également développée par Wikipédia;
  • un débouché commercial pour les œuvres en libre accès;
  • un aspect pratique pour la lecture, la conservation et l'annotation.

L'impression à la demande est bien souvent associée à l’auto-édition (cf. Lulu.com ou TheBookEdition.com[49]). En fait, elle correspond aussi à des démarches d'édition professionnelles, qui couvrent des niches de marché ou qui concernent des ouvrages épuisés. Elle est considérée comme une option intéressante pour les éditeurs :

« L'impression à la demande permet donc d'éviter les frais d'un tirage élevé, les coûts d'entreposage et de distribution de masse, et les frais liés aux exemplaires invendus. Les risques financiers de l'édition sont alors réduit à leur plus simple expression[50]

Le travail d'un éditeur électronique reste comparable à celui d'un éditeur traditionnel. Il reçoit les manuscrits, les sélectionne, les retravaille avec les auteurs pour les corrections éventuelles, mais le travail se fait le plus souvent en ligne. Il effectue ensuite les opérations classiques de mise en page, ajoute des illustrations, mais l'impression papier est remplacée par la production de fichiers de différents formats, produisant le livre numérique. Après la publication, il fait connaître l'œuvre, gère les ventes et verse la rémunération à l'auteur.

Économiquement parlant, en France, une autre différence notable réside dans le traitement par l'administration fiscale : l'édition papier bénéficie d'un taux de TVA réduit, tandis que l'édition électronique supporte le taux de TVA standard, au même titre que l'informatique, dont elle est issue. Malgré la naissance de certaines polémiques, cette norme perdure. En effet, le 28 octobre 2010, la proposition de loi déposée par le député de Savoie (UMP) Hervé Gaymard et défendue par le Syndicat national de l'édition (qui souhaitait que les fichiers numériques soient taxés au même titre que le livre papier, c'est-à-dire à 5,5 % plutôt que 19,6 %) a été rejetée par le Sénat. La situation a cependant évolué depuis le 1er décembre 2016 : « [l]a Commission européenne a présenté une proposition de Directive qui permet d’adapter le taux d’imposition des e-books à celui des livres papier[51] ». Finalement, cette proposition a été appuyée par de nombreux acteurs de l'édition comme la Fédération des éditeurs européens (FEE), l'Association des éditeurs belges (ADEB) et la Vlaamse Uitgevers Vereniging (VUV)[51].

Au Québec, certaines initiatives ont cherché à développer et à organiser l'édition numérique :

« Dès 2008, l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) mettait sur pied un comité composé d’éditeurs motivés à prendre le virage numérique. Des rencontres de ce comité est née l’idée de se doter d’un entrepôt numérique commun [...][52]

L'Entrepôt numérique comporte plus de 17 000 titres de plusieurs éditeurs du Québec et du Canada, ce qui comporte de nombreux avantages pour les maisons d'édition.

« Grâce à l’Entrepôt numérique, l’éditeur peut mettre ses livres en format numérique à la disposition de libraires ou d’autres types de revendeurs  et de bibliothèques tant à des fins de commercialisation qu’à des fins de promotion[52]. »

Comme pour l'édition imprimée, la relation entre l'auteur et l'éditeur est régie par un contrat signé par les deux parties, définissant les droits et les obligations de chacun, leur rémunération et l'engagement de l'éditeur à diffuser l'œuvre. Contrairement au livre imprimé, l'œuvre numérique n'est cependant jamais « épuisée »; l'épuisement des stocks dans l'édition conventionnelle peut conduire à l'extinction du contrat, sauf si l'éditeur n'entreprend pas de réimpression dans un délai fixé. La durée du contrat en édition numérique (obligatoirement limitée, pour respecter la loi sur le droit d'auteur) est donc définie en fonction d'autres critères. Puisque le livre électronique connaît de nombreuses variantes, cela complexifie la question des droits d'auteur et des contrats d'édition qui peuvent avoir de multiples possibilités[53]. Le modèle conçu pour le papier ne peut pas rester sans changement avec l'arrivée d'un nouveau paradigme technique. Ainsi, la question du droit d'auteur (copyright américain et européen) devra être reconsidérée autant que celle de l'accès. Plusieurs initiatives tentent de faire la promotion de logiciels libres afin de permettre aux utilisateurs de ne payer que pour ce dont ils ont besoin. Parmi ces chercheurs, Jean-Claude Guédon remarque que le « système d'information est entre les mains d'un petit groupe d'individus qui détiennent les instruments de communication[54]».

Les modèles économiques de l'édition électronique restent à inventer. On distingue la vente à l'unité (Amazon, Barnes & Nobles aux États-Unis) et l'abonnement à des bouquets (Safari d'O'Reilly).

Dans ce domaine, la question du prix du livre numérique se pose (ainsi que celle du piratage). En effet, un prix inférieur peut provoquer une décote par rapport à l'édition papier, ce qui peut pousser les maisons d'édition à développer des offres plus attrayantes pour les acheteurs.

Le numérique rend possible de nombreuses modalités commerciales[55], au nombre desquels :

  • Modèle Premium : fait de ne donner accès qu'à une partie des contenus gratuitement, et en faisant payer l'autre partie (système choisi par beaucoup de quotidiens, comme Le Monde ou Libération) ;
  • Modèle ad sense : vente d'une partie de la page à de la publicité portant sur le sujet du site, le coût dépend de la popularité de la recherche de mots-clés (à la base du modèle économique de Google, AdSense fait tourner près de 60 % de l'économie numérique du monde) ;
  • Modèle freemium : contenu gratuit et services payants. Le modèle associe une offre gratuite, en libre accès, et une offre « Premium », haut de gamme, en accès payant, l'offre gratuite devenant par le fait même une publicité pour l'offre payante (Cléo par exemple, tout y est accessible gratuitement, mais pour obtenir le PDF, il est nécessaire de payer) ;
  • Les DRM qui tendent à limiter l'accès au fichier (temps de consultation, nombre de copies, etc.) à long terme. Ce modèle est fait pour se briser, parce qu'il essaie de rendre difficile l'accès dans un format censé le faciliter (système choisi par de nombreuses bibliothèques en ligne) ;
  • La Barrière Mobile : c'est une variante de l'offre Prémium, elle fait payer l'accès dans les premières temps de la publication, puis le rend gratuit par la suite, ce qui cause des problèmes pour la recherche (c'est le cas d'Érudit ou de CAIRN) ;
  • Modèle de la longue traîne, où on dispose d'un catalogue immense en payant pour un service de simplicité plutôt que pour l'œuvre elle-même et où il est possible de payer pour avoir la possibilité de sélection (contenu en moins) ou pour enlever la publicité;
  • L'abonnement à des livres numériques de différents éditeurs proposé par diverses plateformes en France et à l'étranger comme 24Symbols (en Espagne), YouScribe (en France), Amazon Unlimited (dans plusieurs pays d'Europe et aux États-Unis).

L'édition électronique facilite aussi le démarrage de petites maisons d'édition indépendantes. En distribuant leurs premières publications exclusivement sous un format numérique (sous différentes licences telles que Creative Commons), ces maisons peuvent s'assurer une renommée. Celle-ci leur assure ensuite, grâce à des dons ou des souscriptions, les moyens de développer une production papier. Certaines maisons d'édition associatives procèdent de la sorte et n'éditent que des livres électroniques, comme c'est le cas de Walrus.

Le régime de la licence permet à l'auteur de décider de donner à son œuvre une licence d’utilisation bordée par des conditions. La première licence est la GNU, à l’initiative de Richard Stallman, et la seconde, la GPL, qui s’applique essentiellement aux logiciels en se basant sur un système de Copyleft (voir Licence publique générale GNU). Cette dernière licence prend en compte le droit des utilisateurs sur un programme informatique. Différentes licences peuvent s’appliquer aux œuvres textuelles, telles que la licence Creative Commons, adoptée par Wikipédia en 2009. Cette licence « à la carte » permet de définir des contraintes concernant la paternité de l’œuvre, ses modifications, son utilisation commerciale, etc. La formule la plus ouverte est la CC-by (attribution) et la plus fermée, la CC-by-nc-md (attribution, pas d'utilisation commerciale, pas de modification). Pour outrepasser une licence Creative Commons, un contrat avec l’auteur est nécessaire. Ce régime ne s’oppose donc pas à celui du contrat et de l'exploitation commerciale; il lui est, au contraire, complémentaire.

Le marché du livre numérique, sans surpasser celui du livre papier, a connu depuis les dernières années une croissance importante :

« [D]’après l’Association of American Publishers, la part du marché des livres numériques (aux États-Unis) est passée d’environ 1 % en 2008 à presque 23 % quatre ans plus tard[33]

Défis de l'édition numérique[modifier | modifier le code]

Dans Pratiques de l'édition numérique, Michaël E. Sinatra et Marcello Vitali-Rosati indiquent qu'un des défis de l'édition numérique consiste à considérer le lien qui unit étroitement la technique et la culture, de manière à « mettre en place de bonnes pratiques qui influenceront le développement culturel[56] ».

« Les humanités numériques nous enseignent que les choix techniques qui sont à la base de la structuration des contenus ne sont pas neutres et qu'ils témoignent et promeuvent des idées et des valeurs particulières. Pratiquer l'édition numérique signifie prendre en compte ce lien étroit entre la technique et la culture[57]. »

Dans le même ouvrage, Gérard Wormser suggère que le défi de l'édition numérique tient au changement des pratiques d'information, d'enseignement et de loisir:

« La diffusion de fichiers numériques contraint en réalité l'édition à repenser toutes ses pratiques, tant le « contenu » des livres tenait compte de leur matérialité, qui déterminait à son tour leur modèle économique. Une partie substantielle des profits récurrents disparaissent avec l'essor des sites portails, des moteurs de recherche et des communautés en ligne[58]. »

L'enjeu de la pérennité soulève autrement de nombreuses inquiétudes concernant la démagnétisation des supports. La mauvaise fiabilité des stockages et l’évolution rapide des formats (apparition des formats propriétaires) posent de réels problèmes de conservation physique des fichiers.

Cette dernière comprend deux logiques : le back-up et l’archivage sur le long terme.

  • OAIS (Open Archival Information system) : il s’agit d’un système de gestion de documents numériques utilisé uniquement par les professionnels.
  • LOCKSS : il est utilisé pour les structures plus petites comme les bibliothèques. Celles-ci peuvent mettre leurs données au sein d’un réseau et copier le fichier autant de fois qu’il y a d’utilisateurs.
  • CLOCKSS : il ressemble à LOCKSS, mais permet un contrôle plus grand sur le réseau des acteurs.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Françoise Benhamou, L'Économie de la culture, Paris, La Découverte, coll. « Repères, 192 », (réimpr. 4e éd.), 4e éd., 125 p. (ISBN 978-2-7071-3943-6 et 2-7071-3943-2)
  • Marin Dacos, Pierre Mounier, L'Édition électronique, Paris, La Découverte, coll. « Repères, 549 », , 128 p. (ISBN 978-2-7071-5729-4)
  • Hubert Guillaud, Alain Pierrot, Bob Stein, Nova Spivack, Joël Faucilhon, Milad Doueihi, Philippe Aigrain, Robert Darnton, Tim O'Reilly, Andrew Savikas, Fabrice Epelboin, André Gunthert, Pierre Mounier, Janet Stemwedel, Antoine Blanchard et Jean Sarzana. Sous la direction de Marin Dacos, Read/Write Book. Le livre inscriptible, Marseille, Cléo, coll. « Edition électronique », (réimpr. 1re éd.), 2e éd., 198 p. (ISBN 978-2-9536419-0-5)
  • Benoit Épron et Marcello Vitali-Rosati, L'édition à l'ère numérique, Paris, La Découverte, coll. « Repères », (ISBN 978-2-7071-9935-5)
  • Octavio Kulesz, L’édition numérique dans les pays en développement, Alliance internationale des éditeurs indépendants, , 167 p. (ISBN 978-2-9519747-5-3)
  • Marie Lebert, Les Mutations du livre à l'heure de l'internet, Montréal, Net des études françaises, , 224 p.
  • Bruno Patino, Le Devenir numérique de l'édition : du livre objet au livre droit, Paris, La Documentation française, , 89 p. (ISBN 978-2-11-007349-5)
  • Lucien Polastron, La grande numérisation, Paris, Denoël, , 198 p.
  • Bernard Poulet, La Fin des journaux et l'avenir de l'information, Paris, Editions Gallimard, coll. « Le Débat », , 217 p., poche (ISBN 978-2-07-012272-1)
  • Lorenzo Soccavo, Les mutations du livre et de la lecture, Uppr Éditions, 2014, 40 p., (ISBN 978-2-37168-015-9)
  • Lise Vieira, L'Édition électronique, de l'imprimé au numérique, évolutions et stratégies, Saint-Etienne, Presses universitaires de Bordeaux, coll. « Labyrinthes », , 188 p. (ISBN 978-2-86781-342-9 et 2867813425)
  • Marcello Vitali-Rosati et Michael E. Sinatra (dir.), Pratiques de l’édition numérique, collection « Parcours numériques », Les Presses de l’Université de Montréal, Montréal, 2014, 219 p., RIS, BibTeX, (ISBN 978-2-7606-3202-8) (Lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Benoit Épron et Marcello Vitali-Rosati, L'édition à l'ère numérique, Paris, La Découverte, , p. 50
  2. a et b Patrick Poirier et Pascal Genêt, , dans , Presses de l’Université de Montréal (ISBN 9782760632028), p. 15–29
  3. Jean-Philippe Magué, « Les protocoles d'Internet et du web », sur http://www.parcoursnumeriques-pum.ca, (consulté le 5 décembre 2018)
  4. Marie Lebert, Les mutations du livre à l'heure de l'internet, Net des études françaises, Montréal, 2007
  5. Marin Dacos et Pierre Mounier, « III. L'édition au défi du numérique », Repères,‎ , p. 49–65 (ISSN 0993-7625, lire en ligne)
  6. « Dossiers du NEF - Le Projet Gutenberg, de 1971 à 2005 », sur études-françaises.net (consulté le 5 décembre 2018)
  7. Gutenberg
  8. Historique de Frantext
  9. Historique de Gallica.
  10. Gallica, Bibliothèque nationale de France, « Gallica en chiffres | Gallica », sur gallica.bnf.fr (consulté le 4 octobre 2018)
  11. (en) The New York Times, Google Books: A Complex and Controversial Experiment.
  12. Europeana>
  13. Wikisource:Statistiques.
  14. Marcello Vitali-Rosati et Michael E. Sinatra, Pratiques de l'édition numérique, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, coll. « Parcours Numériques », , 224 p. (ISBN 978-2-7606-3202-8, lire en ligne)
  15. a et b Alain Mille, « D'Internet au web », Pratiques de l'édition numérique, sur parcoursnumeriques-pum.ca, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, (ISBN 978-2-7606-3202-8, consulté le 10 avril 2017), p. 7-11
  16. Marcello Vitali-Rosati et Michael E. Sinatra, « Histoire des humanités numériques », Pratiques de l'édition numérique, sur parcoursnumeriques-pum.ca, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, (ISBN 978-2-7606-3202-8, consulté le 10 avril 2017), p. 49-60
  17. « 5. L'édition numérique et le livre numérique », sur mediadix.u-paris10.fr (consulté le 3 février 2017)
  18. Jean-Pierre Accart, Clotilde Vaissaire-Agard, Les 500 mots métiers: bibliothèques, archives, documentation, musées: traduits en anglais et allemand. Bois-Guillaume: Éditions KLOG, p. 86-87, 2016, (ISBN 9791092272116)
  19. Marin Dacos et Pierre Mounier, « V. L'édition en réseau », Repères,‎ , p. 88–107 (ISSN 0993-7625, lire en ligne)
  20. Marcello Vitali-Rosati, Pratiques de l'édition numérique, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, (ISBN 978-2-7606-3203-5), « Pour une définition du « numérique» », p. 64
  21. Marcello Vitali-Rosati, Pratiques de l'édition numérique, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, (ISBN 978-2-7606-3203-5), « Pour une définition du « numérique » »
  22. a b et c Marcello Vitali-Rosati, Pratiques de l'édition numérique, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, (ISBN 978-2-7606-3203-5), « Pour une définition du « numérique » », p. 74-75
  23. a et b Marcello Vitali-Rosati, Pratiques de l'édition numérique, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, (ISBN 978-2-7606-3203-5), « Pour une définition du « numérique » », p. 69
  24. Milad Doueihi, La grande conversion numérique, Seuil,
  25. a et b Gérard Wormser, Pratiques de l'édition numérique, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, (ISBN 978-2-7606-3203-5), « Les modèles économiques de l'édition numérique »
  26. Patrick Poirier, Pratiques de l'édition numérique, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, (ISBN 978-2-7606-3203-5), « La fonction éditoriale et ses défis », p. 28-29
  27. Michaël E. Sinatra, Pratiques de l'édition numérique, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, (ISBN 978-2-7606-3203-5), « Introduction »
  28. Benoit Épron et Marcello Vitali-Rosati, L'édition à l'ère numérique, Paris, La Découverte, , p. 35
  29. Benoit Épron et Marcello Vitali-Rosati, L'édition à l'ère numérique, Paris, La Découverte, , p. 37
  30. Benoit Épron et Marcello Vitali-Rosati, L'édition à l'ère numérique, Paris, La Découverte, , p. 38
  31. a et b Vivane Boulétreau et Benoît Habert, « Les formats », Pratiques de l'édition numérique, sur parcoursnumeriques-pum.ca, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, (ISBN 978-2-7606-3202-8, consulté le 10 avril 2017), p. 145-159
  32. Viviane Boulétreau et Benoit Habert, Pratiques de l'édition numérique, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, , « Les formats », p. 145
  33. a b c d e et f Marcello Vitali-Rosati, « Pour une définition du « numérique » », Pratiques de l'édition numérique, sur parcoursnumeriques-pum.ca, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, (ISBN 978-2-7606-3202-8, consulté le 17 février 2017), p. 63-75
  34. Benoit Épron et Marcello Vitali-Rosati, L'édition à l'ère numérique, Paris, La Découverte, , p. 7
  35. a b et c Viviane Boulétreau et Benoit Habert, Pratiques de l'édition numérique, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, , « Les formats »
  36. Alexandra Saemmer, Rhétorique du texte numérique : figures de la lecture, anticipations de pratiques, Villeurbanne, Presses de l’Enssib, coll. Papiers, 2015.
  37. Jean-François Tétu, « Alexandra Saemmer, Rhétorique du texte numérique : figures de la lecture, anticipations de pratiques », Questions de communication [En ligne], 28 | 2015, mis en ligne le 31 décembre 2015, consulté le 27 avril 2017. URL : http://questionsdecommunication.revues.org/10289
  38. a b c d e et f Pierrick MESSIEN, « Les formats du livre numérique », sur Le Souffle Numérique, (consulté le 10 avril 2017)
  39. Viviane Boulétreau et Benoit Habert, Pratiques de l'édition numérique, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, , « Les formats », p. 155
  40. « LE FORMAT EPUB | CERTAM - AVH », sur www.certam-avh.com (consulté le 10 avril 2017)
  41. a et b Fabrice Marcoux, « Le livrel et le format ePub », Pratiques de l'édition numérique, sur parcoursnumeriques-pum.ca, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, (ISBN 978-2-7606-3202-8, consulté le 10 avril 2017), p. 177-189
  42. « Comment lire un livre sur une tablette ? », sur CommentCaMarche (consulté le 10 avril 2017)
  43. « L'avenir du livre numérique est sur smartphone, pas sur tablette », Slate.fr,‎ (lire en ligne)
  44. « livre numérique - définition et historique », sur alexandre-frantelle.com (consulté le 10 avril 2017)
  45. « NetPublic » Qu’est-ce qu’une liseuse ? », sur www.netpublic.fr (consulté le 10 avril 2017)
  46. Benoit Épron et Marcello Vitali-Rosati, L'édition à l'ère numérique, Paris, La Découverte, , p. 55
  47. Le document de référence est disponible sur Openarchives.org : The Open Archives Initiative Protocol for Metadata Harvesting, http://www.openarchives.org/OAI/openarchivesprotocol.html
  48. https://www.walrus-books.com/
  49. « Auto-édition de livres en ligne - TheBookEdition », sur www.thebookedition.com (consulté le 23 mars 2018)
  50. « Définition de l'impression à la demande - Print-on-demand - Petit dictionnaire de l'édition électronique / Fondation littéraire Fleur de Lys », sur manuscritdepot.com (consulté le 17 février 2017)
  51. a et b « La TVA réduite pour le numérique, enfin ! | Lettres Numériques » (consulté le 17 février 2017)
  52. a et b Motion In Design, « ANEL – L’Entrepôt numérique », sur anel.qc.ca (consulté le 17 février 2017)
  53. « Droits d'auteur et livre numérique », sur manuscritdepot.com, 2003-2004 (consulté le 19 février 2017)
  54. Réginald Harvey, « Jean-Claude Guédon - Le virtuel est devenu la réalité : Le monde est à un véritable tournant de son histoire », Le Devoir,‎ (lire en ligne)
  55. Benoit Épron et Marcello Vitali-Rosati, L'édition à l'ère numérique, Paris, La Découverte,
  56. Michaël E. Sinatra et Marcello Vitali-Rosati, Pratiques de l'édition numérique, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, (ISBN 978-2-7606-3203-5), « Histoire des humanités numériques », p. 60
  57. Michaël E. Sinatra et Marcello Vitali-Rosati, Pratiques de l'édition numérique, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, (ISBN 978-2-7606-3203-5), « Histoire des humanités numériques », p. 58-59
  58. Gérard Wormser, Pratiques de l'édition numérique, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, (ISBN 978-2-7606-3203-5), « Les modèles économiques de l'édition numérique », p. 100

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Le livre numérique[modifier | modifier le code]

Formats de livres numériques EPUB - PDF - PRC/MOBI
Liseuses Kindle DX - Sony Reader - Iliad - Digital Reader 1000 - Cybook Gen3 - Cybook Opus - Nook - Amazon Kindle
Technologies et normes Papier électronique - Unicode - Open Publication Structure
Portails de revues Persée (portail) - Cairn.info - Érudit (édition) - OpenEdition Journals
Bibliothèques numériques et projets de numérisation Google Livres - Gallica - Europeana - Projet Gutenberg - Association des bibliophiles universels