Édition électronique

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L'édition numérique ou édition électronique consiste à éditer des livres, des journaux ou des revues sous format numérique en vue de leur diffusion (en ligne ou sur support physique) et de leur lecture sur écran (liseuse, tablette, etc.). Elle comporte trois étapes : la saisie numérique du texte, la mise en page et la publication.

Développement de l'édition numérique[modifier | modifier le code]

Les débuts de la numérisation[modifier | modifier le code]

La première initiative de numérisation émane aux États-Unis en 1971 à l’initiative de Michael Hart, alors étudiant à l’université de l’Illinois, qui lancera le Projet Gutenberg[1]. Ce projet universel a pour objectif de mettre la littérature à disposition d'un large public. Le projet se développe lentement avec seulement dix textes saisis en 1989, ces derniers étant saisis par Michael Hart lui-même et les bénévoles au clavier. Le projet prend cependant très vite de l'ampleur avec l'arrivée du Web en 1991. Des nombreux bénévoles aident alors au développement du projet en l'alimentant avec des classiques tombés dans le domaine public[2].

Dans les années 1970, le CNRS numérise environ 1 000 ouvrages de divers genres (littéraire principalement, mais aussi philosophique et scientifique), allant de 1180 à l'époque actuelle, afin de fournir une base d'exemples pour un grand dictionnaire, Trésor de la Langue Française. Cette base nommée Frantext est d'abord distribuée sur CD sous le nom Discotext puis mise sur le web en 1998. Elle est constamment enrichie et compte 4 516 titres en 2016[3].

Vers une numérisation de masse[modifier | modifier le code]

Avec la mise au point en 1974 par Kurzweil d'un scanner équipé du logiciel Omnifont qui permet la reconnaissance optique de caractères, la saisie numérique peut se faire beaucoup plus rapidement. Les projets de numérisation se font dès lors plus ambitieux et les bibliothèques numériques se multiplient.

L’ABU ou Association des bibliophiles universels est un projet de bibliothèque publique lancé par le Cnam. Suspendue depuis 2002, elle a reproduit une centaine de textes, qui sont toujours disponibles.

En 1992, la la Bibliothèque nationale de France lance un vaste programme de numérisation, répondant au vœu du président Mitterrand qui, dès 1988, souhaite la mise en place d'une bibliothèque d'un genre nouveau. Cette bibliothèque est mise en ligne en 1997 sous le nom de Gallica[4]. En 2014, Gallica offre 80 255 livres en ligne et plusieurs millions de documents, incluant des estampes et des manuscrits[5].

En décembre 2004, Google lance Google livres, qui vise à numériser tous les livres disponibles dans le monde, soit environ 130 millions d'ouvrages, afin de les rendre accessibles en ligne. Dix ans plus tard, 25 000 000 de livres sont en ligne, provenant d'une centaine de pays et rédigés en 400 langues. Les scanners robotisés sont capables de numériser 6 000 ouvrages à l'heure[6].

Europeana est un catalogue européen, offrant des fiches sur des millions d'objets, avec des liens aux bibliothèques nationales qui les possèdent[7].

Wikisource vise la constitution d'une bibliothèque numérique multilingue comme complément au projet encyclopédique de Wikipédia. Soutenue par la Wikimedia Foundation, Wikisource propose des textes numérisés, vérifiés par des bénévoles. En août 2016, cette base compte 14 587 livres en français[8].

HathiTrust est une bibliothèque numérique mettant en commun le contenu de plusieurs bibliothèques numériques d'universités des États-Unis et d'Europe, ainsi que de Google Livres et d'Internet Archive.

Apparition de l'édition numérique[modifier | modifier le code]

Alors que les premiers projets de numérisation transforment l'information inscrite sur un support physique en une information numérique, l'édition numérique intègre l'ensemble du travail de l'édition (production, mise en page, publication) sur des supports numériques.

Alain Mille, dans l'ouvrage Pratiques de l'édition numérique dirigé par Michael E. Sinatra et Marcello Vitali-Rosati, traite dans le deuxième chapitre des débuts d'Internet et du web. Ces éléments seraient à la base même de l'édition numérique[9] puisqu'ils ont «déterminé le plus fort changement dans les modèles de production et de circulation des contenus»[9]. Vitali-Rosati et Sinatra ajoute également au chapitre 3 qu'«Internet a aussi un effet direct sur les questions d’édition, permettant aux créateurs et aux utilisateurs de dépasser le processus de production traditionnel (auteur-éditeur-maison d’édition) [10]».

Le monde de l'édition traditionnelle, et plus particulièrement la création d'ouvrage, est tout d'abord transformé par l'arrivée des logiciels de publication assistée par ordinateur (PAO) dans les années 1980, ainsi que par la création des bases de données textuelles pour les annuaires et les encyclopédies.

Dans le même temps, le multimédia se développe, réunissant ainsi les caractéristiques du livre, de l'audiovisuel et de l'informatique. Le cédérom et le DVD font leur apparition, permettant en premier lieu de visualiser sur ordinateur des encyclopédies et des dictionnaires[11].

L'arrivée et la démocratisation d'Internet permet petit à petit aux éditeurs de mettre directement en ligne leurs ouvrages. On retrouve par exemple des portails éducatifs (gratuits ou payants), des sites encyclopédiques, ou encore des portails de revues numériques. Le livre numérique fait alors progressivement son apparition et devient lisible sur différents supports.

La revue numérique Sens Public, créée en 2003 en France par Gérard Wormser et installée à l'Université de Montréal depuis 2012, agit en ce sens de pionnière dans son domaine. Dirigée par Marcello Vitali-Rosati (rédacteur en chef) depuis 2012, la revue de sciences humaines se propose de publier des analyses approfondies sur « les changements des espaces publics dans notre société », et ce dans une perspective transdisciplinaire. Cette approche obéit ainsi aux besoins divers des chercheurs dans un domaine où la « culture numérique émergente appelle une pensée multidisciplinaire » [12].

L'édition en réseau[modifier | modifier le code]

Basée sur les pratiques de communication liées au Web 2.0, l'édition en réseau permet à une communauté de participer à l'élaboration et à l'amélioration de contenus sur Internet tout en enrichissant la lecture grâce à des pratiques de lecture partagées.

De nombreux outils permettent le partage et la création collaborative de contenus. On peut citer l'encyclopédie Wikipédia qui est un des exemples les plus connus puisqu'elle est éditée, corrigée et améliorée par des milliers de contributeurs.

Les blogs et les systèmes de commentaires sont également des pratiques d'édition en réseau permettant de nouvelles possibilités d'interaction entre l'auteur et les lecteurs [13].

La production de livres numériques[modifier | modifier le code]

Plusieurs logiciels et plateformes existent pour la création d'un livre numérique. Pour la production d'un format PDF, le logiciel de base est sans conteste Adobe Acrobat DC; il s'agit d'un logiciel payant (et relativement cher), pas forcément facile d'utilisation, mais incontournable pour la production d'un PDF de qualité[14]. Il permet en effet de modifier le texte, d'y ajouter des images, du multimédia, de la protection, etc. Il y a également le logiciel Adobe InDesign CC, qui permet principalement la production de formats EPUB3. Ce logiciel, depuis 2016, n'est accessible que par abonnement, et est également plutôt coûteux. Néanmoins, il s'agit d'un des logiciels les plus puissants et qui permet le plus de fonctionnalités au niveau de la production de livre numérique[14].

En ce qui concerne des logiciels gratuits, les deux principaux sont Calibre (logiciel) et Sigil (logiciel). Calibre offre la possibilité de produire des livres à partir de fichiers Word qui sont ensuite accessibles à l'ensemble des systèmes d'exploitation sur ordinateur, et est également très simple d'utilisation[14]. Il permet également de chercher et de lire les livres directement avec le logiciel. Sigil, pour sa part, est surtout axé sur la production de livres (il ne permet donc pas la recherche ou la lecture comme Calibre). L'interface n'est pas aussi facile d'utilisation; néanmoins, pour ce qui est de la production de formats Epub, c'est le logiciel gratuit le plus puissant qui offre le plus de fonctionnalités pour ce format[14]. Évidemment, ces logiciels gratuits n'accotent pas, côté performance, l'utilisation des logiciels d'Adobe (qui, eux, sont payants)[14].

Au niveau des applications, Book Creator est utilisé principalement à des fins pédagogiques. L'application très abordable est surtout destinée aux enfants et adolescents (de par son interface et sa facilité d'utilisation), et vise la création de livres numériques simples. Les possibilités d'édition et de fonctionnalités sont toutefois relativement limitées, considérant son public cible[14].

Mise en page et supports[modifier | modifier le code]

Les livres en édition numérique peuvent être réalisés sous différents protocoles. Le protocole PDF, lisible par Acrobat, reproduit l'apparence de la page imprimée : il n'est donc pas possible de lire sur un smartphone un document mis en forme pour du papier au format A4. Les documents réalisés sur traitement de texte (RTF, doc, txt, etc.) sont un peu plus flexibles, mais manquent de la souplesse nécessaire pour maintenir une mise en page sophistiquée d'un support à un autre. Le protocole EPUB, dérivé du HTML5, est capable de reproduire dans une certaine mesure les fonctionnalités du livre, tout en pouvant être lu sur n'importe quel support : ordinateur, tablette, smartphone et liseuse. Le format EPUB est aujourd'hui un standard reconnu par la plupart des liseuses, y compris le Kindle d'Amazon[15].

La TEI offre une gamme beaucoup plus étendue de mises en forme et est susceptible de répondre aux besoins les plus exigeants.

Le papier électronique ou liseuse[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Papier électronique et Liseuse.

La « liseuse » (« bouquineur » ou « reader ») est une tablette électronique qui permet d'afficher un texte sous format numérique. Le papier électronique imite l’apparence d’une feuille imprimée et ne nécessite pas de rétro-éclairage.

Electronic paper (Side view of Electrophoretic display).PNG

Avec sa Kindle DX, Amazon propose une technologie sans scintillement, qui ne nécessite pas de rétro-éclairage. Seul le changement de statut à l’écran requiert de l'énergie. Produisant peu de lumière, la Kindle Dx est ainsi moins fatigante pour les yeux. Mais, malgré ces nombreux avantages, cette liseuse présente certains inconvénients. La Kindle Dx (comme beaucoup de ses concurrents) ne possède pas d'écran couleur. Ce dernier se compose uniquement de plusieurs niveaux gris. La liseuse ne possède pas d’écran tactile ni de connexion Internet. Le changement d’une page à l’autre demeure relativement lent. Peu interactive, elle présente un menu extrêmement simple. Les copier-coller, les annotations, les signets et les soulignements ne sont guère commodes sur ce modèle.

Amazon Kindle 4

La Cybook Opus se décline en une dizaine de couleurs. De forme arrondie, la liseuse française possède dès son achat une bibliothèque de soixante-quatre ouvrages. Malgré de nombreux avantages, Cybook Opus présente de nombreux aspects décevants. La liseuse ne possède pas d’écran tactile ni de connexion internet. Peu interactive, elle présente un menu extrêmement simple. Les copier-coller, les annotations et les soulignements ne sont pas envisageables sur ce modèle.

Malgré des innovations constantes, la liseuse est un dispositif aux ressources limitées. Elle n’a qu’une seule utilité : permettre la lecture de livres numériques.

Les smartphones et tablettes[modifier | modifier le code]

Un smartphone est un téléphone « intelligent » mobile disposant des fonctions d’un assistant électronique : agenda, navigation web, messagerie et depuis peu lecteur d’e-books et d'un accès à Internet via un réseau de téléphonie mobile. Ces applications diverses sont développées par le fabricant, l’opérateur ou un éditeur de logiciel. Certains de ces logiciels ou applications, tel iBooks, Stanza, Androïd, Aldiko, Kindle, YouScribe, permettent de rapatrier des titres sur son smartphone et de constituer sa propre bibliothèque. Ces derniers, gratuits, sont des concurrents directs des liseuses.

En Afrique subsaharienne et dans le monde arabe, le taux de pénétration de la téléphonie mobile est nettement supérieur à celui d'Internet : respectivement 41 % contre 9,6 % dans le sud de l'Afrique, et 79,6 % contre 24,9 % au Maghreb et au Moyen-Orient[16], ce qui rend ce support nettement plus intéressant à exploiter qu'un ordinateur. Le service AirPac, lancé par l'université d'Afrique du Sud en 2009, propose à tous les utilisateurs de sa bibliothèque un accès à tout le catalogue ainsi que la possibilité de réserver les ouvrages par le biais de leur téléphone portable. Depuis 2007, plus de 100 000[17] livres électroniques ont été distribués rien qu'en Afrique du Sud. L'utilisation des téléphones portables permet, dans des pays où l'édition et la distribution de livres ne sont pas aussi développées qu'en Occident, de proposer aux utilisateurs des livres qu'ils ne pourraient pas se procurer en librairies.

L'iPad, sorti en 2010, apparaît alors comme une véritable nouveauté. Il s’agit d’une tablette à écran tactile, possédant presque toutes les applications d’un iPhone. Des applications spécialisées, tel iBooks et Kindle, permettent de lire des livres de façon très confortable, avec possibilités d'annotation et de mise en relief.

L'impression à la demande[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Impression à la demande.

Le format PDF convient parfaitement à ce support car il reproduit intégralement la mise en page originale.

L'expansion de l'impression à la demande est une révolution dans le monde de l'édition. On le voit notamment avec le cas de l'Amérique du Sud. Aujourd'hui la plupart des capitales disposent de points d'impression POD (Print On Demand). Nous pouvons citer par exemple Bandeirantes et Singular au Brésil, Bibliografika, Docuprint et Dorrego en Argentine ou encore Publidisa au Mexique. En 2010, l'utilisation de la POD par les éditeurs a augmenté de 12 %, passant de 20 à 32 %[18].

Métadonnées[modifier | modifier le code]

Les métadonnées sont des instructions en code caché décrivant des ressources numériques et permettant à celles-ci d'être repérées par des catalogues et moteurs de recherche. La difficulté de décrire sans aucune ambiguïté des documents complexes est grande. Les métadonnées sont destinées à être interprétées par des machines, ce qui implique d'utiliser des standards et des schémas d'encodage connus. Le principe des identifiants uniques facilite l'interopérabilité entre les systèmes et entre les fonds ou catalogues. Par exemple on sera capable de chercher quel article cite tel autre article. Ce type de fonctionnalités dites de Crosslinking (liens croisés) permet de naviguer dans un écosystème documentaire - limité toutefois au système d'identification choisi. Un travail sur l'interopérabilité entre ces systèmes reste à développer.

OAI-PMH[modifier | modifier le code]

L'OAI-PMH permet d'échanger les notices de ressources par le biais d'entrepôts en ligne. Les spécifications en sont publiques[19].

L'interrogation des dépôts utilise le protocole HTTP. Les résultats s'affichent en XML.

Dublin Core[modifier | modifier le code]

Le format Dublin Core est une norme décrivant des ressources bibliographiques. Il comprend officiellement 15 éléments de description formels (titre, créateur, éditeur), thématiques (sujet, description, langue…) et relatifs à la propriété intellectuelle.

Un modèle économique encore incertain[modifier | modifier le code]

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L'édition numérique illustre bien l'un des enjeux essentiels de l'édition électronique, à savoir l'accessibilité d'un texte: « Le libre accès ne peut réellement exister sans numérisation ni réticulation. Bien sûr, un désir de libre accès se manifeste dès l’imprimé, et l’importance croissante des bibliothèques en constitue l’un des signes [...] Mais la numérisation permet d’obtenir deux résultats essentiels pour le libre accès : on peut produire des copies parfaites à un coût marginal proche de zéro, et la présence des réseaux ouvre la possibilité d’une dissémination à un coût marginal à peu près nul[20]». C'est en effet le plus révolutionnaire des enjeux de l'édition électronique. Il y a passage d'un univers analogique à un univers numérique où la circulation et l'accessibilité se trouvent être facilitées. C'est donc une véritable révolution de la consultation grâce à l'accessibilité du web.

L'arrivée du numérique a entraîné une forme de dématérialisation des livres, puisqu'il y a conversion du livre papier en livre numérique. Cette dématérialisation de plus en plus importante a demandé une reconfiguration, une réorganisation majeure dans les bibliothèques, mais également chez les maisons d'édition voulant exploiter ce marché: « Le défi à relever pour l’édition tient donc au changement des pratiques d’information, d’enseignement et de loisir. La diffusion de fichiers numériques contraint en réalité l’édition à repenser toutes ses pratiques, tant le « contenu » des livres tenait compte de leur matérialité, qui déterminait à son tour leur modèle économique[21]».

Le numérique a de nombreux avantages, il permet entre autre :

  • Une impression de livres à la demande (print on demand) : ce système commence à être utilisé dans les bibliothèques et chez certains éditeurs tel que Walrus[22]. Cette logique est également développée par Wikipédia.
  • Une débouché commerciale pour les œuvres en libre accès.
  • Un aspect pratique pour la lecture, la conservation et l'annotation.

L'impression à la demande est bien souvent associée à l’autoédition (cf. Lulu.com). En fait, elle correspond aussi à des démarches d'édition très professionnelles, qui couvrent des niches de marché ou qui concernent des ouvrages épuisés. Elle est une option intéressante pour les éditeurs: « L'impression à la demande permet donc d'éviter les frais d'un tirage élevé, les coûts d'entreposage et de distribution de masse, et les frais liés aux exemplaires invendus. Les risques financiers de l'édition sont alors réduit à leur plus simple expression [23]».

Le travail d'un éditeur électronique reste comparable à celui d'un éditeur traditionnel. Il reçoit des manuscrits. Il les sélectionne, il les retravaille avec les auteurs pour les corrections éventuelles, mais le travail se fait le plus souvent en ligne. Il effectue ensuite les opérations classiques de mise en page, ajoute des illustrations, mais l'impression papier est remplacée par la production de fichiers de différents formats, produisant le livre numérique. Après la publication, il devra faire connaître l'œuvre, gérer les ventes, verser la rémunération à l'auteur.

Économiquement parlant, en France, une autre différence notable réside dans leur différence de traitement par l'administration fiscale : l'édition traditionnelle bénéficie d'un taux de TVA réduit, tandis que l'édition électronique supporte le taux de TVA standard, au même titre que l'informatique, dont elle est issue. Malgré la naissance de certaines polémiques, cette norme a perduré. En effet, le 28 octobre 2010, la proposition de loi déposée par le député de Savoie (UMP) Hervé Gaymard et défendue par le Syndicat national de l'édition qui souhaitait que les fichiers numériques soient taxés au même niveau que le livre papier fut rejetée par le Sénat. Celui-ci refuse l'abaissement de la TVA sur le livre numérique de 19,6 % à 5,5 %. Par contre, les choses bougent à partir du 1er décembre 2016: « la Commission européenne a présenté une proposition de Directive qui permet d’adapter le taux d’imposition des ebooks à celui des livres papier[24] ». Cette proposition a été appuyée par de nombreux acteurs de l'édition comme la FEE, l'ADEB et la VUV[24].

Au Québec, certaines initiatives ont eu lieu pour développer et organiser l'édition numérique: « Dès 2008, l’Association nationale des éditeurs de livre (ANEL) mettait sur pied un comité composé d’éditeurs motivés à prendre le virage numérique. Des rencontres de ce comité est née l’idée de se doter d’un entrepôt numérique commun[25] ». L'Entrepôt numérique comporte plus de 17 000 titres de plusieurs éditeurs du Québec et du Canada. Cette idée a de nombreux avantages pour les maisons d'édition: « Grâce à l’Entrepôt numérique, l’éditeur peut mettre ses livres en format numérique à la disposition de libraires ou d’autres types de revendeurs  et de bibliothèques tant à des fins de commercialisation qu’à des fins de promotion[25] ».

Comme pour l'édition traditionnelle, la relation entre l'auteur et l'éditeur est régie par un contrat signé par les deux parties, définissant les droits et les obligations de chacun, leur rémunération et l'engagement de l'éditeur à diffuser l'œuvre. Une différence cependant : contrairement à un livre imprimé, l'œuvre numérique n'est jamais « épuisée » alors que dans l' édition traditionnelle, l'épuisement du stock peut conduire à l'extinction du contrat, sauf si l'éditeur n'entreprend pas de réimpression dans un délai fixé. La durée du contrat (obligatoirement limitée, pour respecter la loi sur le droit d'auteur) doit donc être définie par d'autres critères. Puisque le livre électronique connaît de nombreuses variantes, cela complexifie la question des droits d'auteur et des contrats d'édition qui peuvent avoir de multiples possibilités [26].

Les modèles économiques de l'édition électronique restent largement à inventer. On distingue la vente à l'unité (Amazon) et l'abonnement à des bouquets (Safari d'O'Reilly).

Dans ce domaine, la question du prix du livre numérique se pose. En effet, le prix inférieur peut provoquer une décote par rapport à l'édition papier, ce qui peut demander aux maisons d'édition de développer des offres plus attrayantes pour les acheteurs. [C'est-à-dire ?]

Quelques exemples de modèles économiques:

  • Modèle freemium : associe une offre gratuite, en libre accès, et une offre « Premium », haut de gamme, en accès payant.
  • Modèle de la longue traîne, où on dispose d'un catalogue immense.
  • L'abonnement à des livres numériques de différents éditeurs proposé par différentes plateforme en France et à l'étranger comme 24Symbols (en Espagne), YouScribe (en France), Amazon Unlimited dans plusieurs pays d'Europe et aux États-Unis.

L'édition électronique permet aussi à de petites maisons d'éditions indépendantes d'exister dans les premiers temps de leur création. En distribuant leurs premières publications exclusivement dans un format numérique, sous différentes licences telles que Creative Commons, ces maisons peuvent s'assurer une renommée. Celle-ci leur assure ensuite par dons ou souscriptions, les moyens de développer une production papier. Certaines maisons d'édition associatives procèdent de la sorte et n'éditent que des livres électroniques telle que la maison d'édition Walrus.

Le régime de la licence permet à l'auteur de décider de donner à son œuvre une licence d’utilisation bordée par des conditions. La première licence est la GNU, à l’initiative de Richard Stallman, et la seconde la GPL (qui s’applique essentiellement aux logiciels, et se base sur un système de Copyleft - voir Licence publique générale GNU). Différentes licences peuvent s’appliquer aux œuvres textuelles, telle que la licence Creative Commons, adoptée par Wikipédia depuis 2009. Cette licence « à la carte » permet de définir des contraintes sur la paternité de l’œuvre, ses modifications, son utilisation commerciale, etc. La formule la plus ouverte est la CC-by et la plus fermée la CC-by-nc-md. Si quelqu’un souhaite outrepasser une licence Creative Commons, il lui faut établir un contrat avec l’auteur. Ce régime ne s’oppose donc pas à celui du contrat et d’une exploitation commerciale. Il lui est, au contraire, complémentaire.

Le marché du livre numérique, sans surpasser celui du livre papier, a connu depuis les dernières années une croissance importante: « d’après l’Association of American Publishers réf1, la part du marché des livres numériques (aux États-Unis) est passée d’environ 1 % en 2008 à presque 23 % quatre ans plus tard [27]». Cette croissance et la normalisation de ce marché montre bien l'importance de s'y intéresser et de considérer tous les enjeux présents.

La pérennité, enjeu essentiel de la numérisation[modifier | modifier le code]

Cet enjeu soulève de nombreuses inquiétudes concernant la démagnétisation des supports. La mauvaise fiabilité des stockages et l’évolution rapide des formats (apparition des formats propriétaires) posent de réels problèmes de conservation physique des fichiers. Cette dernière comprend deux logiques : le back-up et l’archivage sur le long terme.

  • OAIS : (Open Archival Information system) il s’agit d’un système de gestion de documents numériques utilisé uniquement par les professionnels.
  • LOCKSS : utilisé pour les structures plus petites comme les bibliothèques. Celles-ci peuvent mettre leurs données au sein d’un réseau et copier le fichier autant de fois qu’il y a d’utilisateurs.
  • CLOCKSS : ressemble à LOCKSS mais permet un contrôle plus grand sur le réseau des acteurs.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Françoise Benhamou, L'Économie de la culture, Paris, La Découverte, coll. « Repères, 192 », (réimpr. 4e éd.), 4e éd., 125 p. (ISBN 978-2-7071-3943-6 et 2-7071-3943-2)
  • Marin Dacos, Pierre Mounier, L'Édition électronique, Paris, La Découverte, coll. « Repères, 549 », , 128 p. (ISBN 978-2-7071-5729-4)
  • Hubert Guillaud, Alain Pierrot, Bob Stein, Nova Spivack, Joël Faucilhon, Milad Doueihi, Philippe Aigrain, Robert Darnton, Tim O'Reilly, Andrew Savikas, Fabrice Epelboin, André Gunthert, Pierre Mounier, Janet Stemwedel, Antoine Blanchard et Jean Sarzana. Sous la direction de Marin Dacos, Read/Write Book. Le livre inscriptible, Marseille, Cléo, coll. « Edition électronique », (réimpr. 1re éd.), 2e éd., 198 p. (ISBN 978-2-9536419-0-5)
  • Octavio Kulesz, L’édition numérique dans les pays en développement, Alliance internationale des éditeurs indépendants, , 167 p. (ISBN 978-2-9519747-5-3)
  • Marie Lebert, Les Mutations du livre à l'heure de l'internet, Montréal, Net des études françaises,
  • Bruno Patino, Le Devenir numérique de l'édition : du livre objet au livre droit, Paris, La Documentation française, , 89 p. (ISBN 978-2-11-007349-5)
  • Lucien Polastron, La grande numérisation, Paris, Denoël, , 198 p.
  • Bernard Poulet, La Fin des journaux et l'avenir de l'information, Paris, Editions Gallimard, coll. « Le Débat », , 217 p., poche (ISBN 978-2-07-012272-1)
  • Lorenzo Soccavo, Les mutations du livre et de la lecture, Uppr Éditions, 2014, 40 p., (ISBN 978-2-37168-015-9)
  • Michaël Sinatra et Marcello Vitali-Rosati, Pratiques de l'édition numérique, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, coll. « Parcours numériques », , 219 p., poche
  • Lise Vieira, L'Édition électronique, de l'imprimé au numérique, évolutions et stratégies, Saint-Etienne, Presses universitaires de Bordeaux, coll. « Labyrinthes », , 188 p. (ISBN 978-2-86781-342-9 et 2867813425)
  • Vitali-Rosati Marcello, E. Sinatra Michael (2014). Pratiques de l’édition numérique, collection « Parcours numériques », Les Presses de l’Université de Montréal, Montréal, 219 p.,  (http://www.parcoursnumeriques-pum.ca/pratiques), RIS, BibTeX, (ISBN 978-2-7606-3202-8)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marie Lebert, Les mutations du livre à l'heure de l'internet, Net des études françaises, Montréal, 2007
  2. Marin Dacos et Pierre Mounier, « III. L'édition au défi du numérique », Repères,‎ , p. 49–65 (ISSN 0993-7625, lire en ligne)
  3. Historique de Frantext
  4. Historique de Gallica.
  5. Lettre du COEPIA, p. 5.
  6. (en) The New York Times, Google Books: A Complex and Controversial Experiment.
  7. Europeana>
  8. Wikisource:Statistiques.
  9. a et b Marcoux, Fabrice, « Le livrel et le format ePub », sur parcoursnumeriques-pum.ca,‎ (consulté le 19 février 2017)
  10. Marcoux, Fabrice, « Le livrel et le format ePub », sur parcoursnumeriques-pum.ca,‎ (consulté le 19 février 2017)
  11. « 5. L'édition numérique et le livre numérique », sur mediadix.u-paris10.fr (consulté le 3 février 2017)
  12. « Qui sommes-nous?: Présentation », sur sens-public.org (consulté le 13 février 2017)
  13. Marin Dacos et Pierre Mounier, « V. L'édition en réseau », Repères,‎ , p. 88–107 (ISSN 0993-7625, lire en ligne)
  14. a, b, c, d, e et f Sharon Hackett et François Dallaire, Étude sur l’avenir du livre numérique et des ressources documentaires en ligne en formation à distance au Canada francophone, Canada, Réseau d’enseignement francophone à distance du Canada, , 125 p. (lire en ligne), p.54
  15. (en) Best format for Kindle.
  16. Chiffres de 2010, voir http://www.itu.int/en/pages/default.aspx
  17. http://www.newswiretoday.com/news/47193/
  18. Perception sobre el clima empresarial editorial y tendencias a corto plazo - Boletin 9, CERCLALC, octobre 2010, p. 8.
  19. Le document de référence est disponible sur Openarchives.org : The Open Archives Initiative Protocol for Metadata Harvesting, http://www.openarchives.org/OAI/openarchivesprotocol.html
  20. Vitali-Rosati, Marcello, « Pour une définition du « numérique » », sur parcoursnumeriques-pum.ca,‎ (consulté le 17 février 2017)
  21. Vitali-Rosati, Marcello, « Pour une définition du « numérique » », sur parcoursnumeriques-pum.ca,‎ (consulté le 17 février 2017)
  22. https://www.walrus-books.com/
  23. « Définition de l'impression à la demande - Print-on-demand - Petit dictionnaire de l'édition électronique / Fondation littéraire Fleur de Lys », sur manuscritdepot.com (consulté le 17 février 2017)
  24. a et b « La TVA réduite pour le numérique, enfin ! | Lettres Numériques » (consulté le 17 février 2017)
  25. a et b Motion In Design, « ANEL – L’Entrepôt numérique », sur anel.qc.ca (consulté le 17 février 2017)
  26. « Droits d'auteur et livre numérique », sur manuscritdepot.com,‎ 2003-2004 (consulté le 19 février 2017)
  27. Vitali-Rosati, Marcello, « Pour une définition du « numérique » », sur parcoursnumeriques-pum.ca,‎ (consulté le 17 février 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Le livre numérique[modifier | modifier le code]

Formats de livres numériques EPUB - PDF - PRC/MOBI
Liseuses Kindle DX - Sony Reader - Iliad - Digital Reader 1000 - Cybook Gen3 - Cybook Opus - Nook - Amazon Kindle
Technologies et normes Papier électronique - Unicode - Open Publication Structure
Portails de revues Persée (portail) - Cairn.info - Érudit (édition) - Revues.org
Bibliothèques numériques et projets de numérisation Google livres - Gallica - Europeana - Projet Gutenberg - Association des bibliophiles universels