Écriture numérique

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L'écriture numérique est la forme de production de textes qui prend en compte les spécificités numériques des dispositifs utilisés (informatique, internet, tablettes), que ce soit les contraintes techniques qu'ils imposent, ou les possibilités qu'ils offrent via, notamment, la création de liens hypertextes, le recours à des fonctions comme le copier-coller, la recherche plein texte, etc.

On distingue l'écriture numérique en tant que production de textes encodés de façon binaire, des écritures numériques qui désignent par extension les formes d'expression culturelles ou artistiques qui se réclament de la culture numérique.

Définition[modifier | modifier le code]

De même que l'écriture peut être définie comme une inscription intentionnelle de signes sur un support[1], l'écriture numérique désigne l'inscription intentionnelle de signes sur un support numérique. Elle est caractérisée par ces trois éléments :

  • produite avec un dispositif numérique d'écriture composé typiquement d'un ordinateur et d'un logiciel d'écriture,
  • produit des inscriptions numériques, c'est-à-dire du code binaire,
  • les signes produits sont destinés à être interprétés par des humains via un dispositif numérique de lecture composé typiquement d'un ordinateur et d'un logiciel de lecture et d'interaction.

Ainsi les caractéristiques de l'écriture numérique rejoignent les propriétés du support numérique :

  • manipulabilité : le numérique permet d'appliquer des règles de manipulation automatique sur le contenu,
  • abstraction : le numérique permet d'élaborer des modèles formels permettant d'abstraire le contenu,
  • adressabilité : le numérique permet d'indexer et d'adresser le contenu,
  • universalité : le numérique encode tous les contenus sans frontière formelle,
  • clonabilité : le numérique permet de produire de multiples instances identiques d'un contenu.[2]

Pour faire simple, l'écriture numérique est ainsi indissociable de son milieu de production, c'est à dire le numérique. Il s'agit d'une production de texte qui « prend en compte dès sa conception les spécificités du support, des outils et des formats utilisés; que ce soit les contraintes techniques qu’ils imposent, ou les possibilités qu’ils offrent via, notamment, la création de liens hypertextes et le recours à des actes techniques tels que les actions de copier-coller. [3]»

Littératie numérique[modifier | modifier le code]

Ces principes du numérique impliquent une littératie particulière qui est un des enjeux de l'éducation aujourd'hui. La littératie numérique serait une vaste capacité de participer à une société qui utilise la technologie des communications numériques dans les milieux de travail, au gouvernement, en éducation, dans les domaines culturels, dans les espaces civiques, dans les foyers et dans les loisirs[4]. On la retrouve particulièrement en milieu scolaire[5] mais aussi dans le milieu académique[6] , où on s'emploie à l'enseigner notamment par le biais d'un apprentissage de l'écriture numérique, qui mobilise des compétences complexes et inédites à l'école. Par rapport à l'apprentissage de l'écriture traditionnelle, il s'agit surtout d'apprendre comment les différents espaces d'écriture affectent le sens, le lectorat et la lisibilité du texte.

On dit que « utiliser, comprendre et créer »[4] constituent les 3 compétences clés en littératie numérique:

  • Utiliser renvoie aux connaissances techniques permettant d’utiliser facilement l’ordinateur ou l’Internet. Ce sont les savoir-faire essentiels. 
  • Comprendre, c’est acquérir un ensemble de compétences pour analyser, évaluer et utiliser à bon escient l’information disponible sur le web.
  • Créer, c’est savoir produire des contenus et les communiquer efficacement en utilisant divers outils et médias numériques.

Ouvertures permises par l'écriture numérique[modifier | modifier le code]

Le numérique a rendu possible de nouvelles formes d'expression dans différentes domaines artistiques : littérature, cinéma, audiovisuel, musique, création sonore, création graphique, etc. Ces nouvelles formes, en particulier lorsqu'elles mobilisent la production d'un discours ou d'une narration, relèvent de l'écriture numérique dans la mesure où ses auteurs cherchent à exploiter les propriétés du numérique pour imaginer ces nouvelles formes artistiques. Les œuvres numériques ont la particularité de jouer tant sur les nouvelles modalités de l'écriture, que sur celles de la lecture ou de la réception. La création en août 2011[7] d'un département Nouvelles Écritures à France Télévisions, consacré entièrement à ces nouvelles formes d'expression, témoigne d'un mouvement d'institutionnalisation croissante de ces formes.

L'écriture numérique vient également poser la question de ce qui distingue les textes publiés, par exemple, sur les réseaux sociaux, d'une autre forme de littérature. L'accès facile à la diffusion de ce type d'écriture remet en question ce que la société considère comme littéraire ; il est de plus en plus mis de l'avant que les formes courtes et brèves, associées aux publications des réseaux sociaux (comme Twitter ou Facebook) pourraient être associés à des haïkus japonais ou des proverbes français[8]. On en vient même à parler de Twitterature. La frontière entre littérature et non-littérature devient ainsi de plus en plus poreuse face à l'écriture numérique.

Dans cette optique, ce type d'écriture a également permis l'émergence d'une littérature numérique, qui compte aujourd'hui de nombreux sous-genres comme la poésie numérique (générative), le texte interactif (hypertexte, fictions interactives...), et la génération automatique de textes. Elle se distingue de la littérature homothétique, qui se contente d'encoder des ouvrages destinés à l'édition papier dans un format numérique (pdf, epub, mobi)[3].

Dispositifs d'écriture numérique[modifier | modifier le code]

Toute forme d'écriture est fortement conditionnée par son dispositif d'écriture. Le dispositif ne doit pas être confondu avec son support qui ne contient que l'inscription matérielle des signes. Le dispositif inclus le support, mais aussi tous les aspects opérationnels de l'acte d'écriture. Dans le cas de l'écriture numérique, le dispositif d'écriture est le système technique numérique par lequel les signes sont produits, encodés numériquement et stockés. Il combine un ordinateur au sens large et un logiciel d'écriture. Il existe plusieurs types de logiciel d'écriture selon des visées applicatives différentes.

Éditeur de texte brut[modifier | modifier le code]

Un éditeur de texte brut permet la création de texte, mais uniquement de texte. La majorité du temps, que ce soit sur une plateforme internet ou même sur un logiciel comme Microsoft Word, le texte est encodé d'une façon ou d'une autre (c'est ce qui permet de changer la police, les caractères, les paragraphes, de déterminer ce qui est un titre, un corps de texte, etc.). Le texte brut permet d'aligner des caractères qui seront encodés au strict minimum, se limitant souvent à seulement traduire la suite de 0 et de 1 (texte lisible par l'ordinateur) en texte lisible par l'humain.

Traitement de texte WYSIWYG[modifier | modifier le code]

Le principe des systèmes WYSIWYG (« What you see is what you get », c'est-à-dire « ee que vous voyez est ce que vous obtenez ») est de créer un document textuel tout en composant le rendu visuel du document. Le principe est donc de simuler la fonction graphique de l'écriture qui est la fonction traditionnelle de l'écriture analogique (sur support sur papier par exemple). Les logiciels comme Microsoft Word ou Libre Office offrent ce type de traitement de texte. Le principal avantage est de montrer directement sur l'écran ce à quoi le texte ressemblera une fois imprimé.

Éditeur de texte WYSIWYM[modifier | modifier le code]

Le principe des systèmes WYSIWYM (« What you see is what you mean », c'est-à-dire « ce que vous voyez est ce que vous voulez dire ») est d'associer explicitement au texte affiché des intentions auctoriales et sémantiques sous forme de code. Il se détache de la forme finale, car l'acte d'écriture intègre de manière intentionnelle une forme de programmation. L'utilisation d'un éditeur WYSIDYM permet une adaptation à tout type de support final: puisque les titres, les corps de texte, les types de propos sont encodés comme tels, peu importe la plateforme ou le logiciel qui ouvrira le document, le texte conservera ses propriétés. Si un titre est simplement écrit en gros caractères (convention d'un titre), il se peut que lors du transfert à un autre format (par exemple, lors du passage d'un fichier .doc à un fichier .html pour être mis en ligne), ce même titre perde ses gros caractères et ne se différencie plus du reste du texte. Au contraire, si au lieu d'écrire le titre de cette manière il est juste encodé comme un titre, peut importe son format d'ouverture, le titre restera un titre et sera toujours à part du corps de texte.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Crozat, Stéphane, « De l’écriture qui veut imprimer à l’écriture qui veut programmer », sur bbf.enssib.fr (consulté le 25 octobre 2016)
  2. Crozat, S., Bachimont, B., Cailleau, I., Bouchardon, S., Gaillard, L. (2011). « Éléments pour une théorie opérationnelle de l’écriture numérique », Document numérique, vol. 14/3-2011, Paris : Hermès Lavoisier, 9-33. (Scopus – Francis)
  3. a et b « Écriture numérique », sur Blog des humanités numériques, (consulté le 15 mars 2017)
  4. a et b « Qu'est-ce que la littératie numérique ? - Prim à bord », sur eduscol.education.fr (consulté le 18 février 2017)
  5. « Savoirs CDI: L'écriture numérique », sur www.reseau-canope.fr (consulté le 27 octobre 2016)
  6. « PRECIP | PRatiques d’ÉCriture Interactive en Picardie », sur precip.fr (consulté le 27 octobre 2016)
  7. Olivier Dumons, « Quand le numérique bouscule la narration », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  8. « Twittérature, la littérature sur Twitter : un état des lieux », sur Stéphane Bataillon : poésie invincible et écritures numériques, (consulté le 15 mars 2017)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Exemples de sites de création[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]