Écriture gothique

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 Ne doit pas être confondu avec Alphabet gotique.
Folio 56r du Bestiaire d’Aberdeen, un exemple d’écriture gothique du XIIe siècle.
Psautier du XIVe siècle (Vulgate Ps 93:16-21), exemple-type de textus prescissus dérivé de la textura.
Page d’une Bible de 1497, imprimée à Strasbourg par J. R. Grueninger.
Page de la Somme théologique (1477) rédigée dans une gothique Rotunda, dite aussi « lettre de somme ».

L’écriture gothique est une forme de l’alphabet latin apparue à la fin du Moyen Âge. Il ne faut pas confondre cette manière d’écrire l’alphabet latin avec l’alphabet gotique.

Cette écriture est parfois appelée « lettre noire » (black letter ou blackletter en anglais). Les Allemands, quant à eux, parlent d’écriture « brisée » (gebrochene Schrift), car les arrondis sont brisés, évoquant les arcs de l’architecture gothique.

Les caractères gothiques ont longtemps été en concurrence avec les caractères dits « latins » ou « romains », notamment en Allemagne, où le débat (appelé querelle Antiqua-Fraktur) occupa tout le XIXe siècle et la première moitié du XXe. L’écriture gothique — qu'un spécialiste de la lecture[Qui ?] a qualifiée de « détestable »[1] — n’est plus guère utilisée aujourd’hui qu’à des fins ornementales ou publicitaires, notamment dans des enseignes, ainsi que dans les manchettes et logos de certains quotidiens, surtout de langues anglaise et allemande[2]. On n’y utilise jamais uniquement les lettres capitales, contrairement aux autres écritures.

Évolution[modifier | modifier le code]

Typologie[modifier | modifier le code]

L’écriture gothique est une déformation de la minuscule caroline, selon un mouvement qui a commencé dans l'Europe septentrionale, plus précisément dans le royaume anglo-normand[4]. Le tracé des lettres, d’arrondi devient anguleux. Les raisons historiques de ces déformations ne sont pas parfaitement connues. L'apparition de la plume d'oie au VIIe siècle et sa généralisation aurait aussi joué un rôle selon Émile Javal : « c'est la forme carrée du bec de plume qui a donné naissance à l'écriture gothique »[5], ainsi que la tendance à lier les lettres afin d'écrire plus rapidement et ainsi répondre à la demande croissante de textes. Selon Charles Higounet, la recherche d'une nouvelle esthétique aurait aussi joué : « La coïncidence entre la brisure de l'écriture et la généralisation de l'arc brisé en architecture est trop frappante pour avoir été entièrement fortuite[6]. »

Claude Mediavilla distingue les principaux types suivants :

  • gothique Primitive : employée de 1070 jusqu'au début du XIIIe siècle
  • gothique Textura, appelée littera textura ou littera formata – lettre de forme – ou black letter. C’est l’écriture du Moyen Âge par excellence, en usage du XIIIe siècle au XVe siècle.
  • gothique Rotunda, employée au XIVe siècle et au XVe siècle. Arrondie, cette écriture « est le type même de la lettre de somme; elle servit en effet à transcrire la Somme de saint Thomas d'Aquin, d'où cette appellation[7]. »
  • gothique Cursive, XIVe siècle : écriture cursive dérivée du gothique. Penchée, anguleuse, serrée.
  • gothique Bâtarde ou Schwabacher XVe siècle
  • gothique Fraktur, apparue au XVIe siècle et dérivée de la Schwabacher. Elle est à l’origine de caractères d’imprimerie longtemps utilisés dans les pays de langue germanique. Fraktur a servi à désigner toutes les gothiques allemandes, par opposition à l’Antiqua, ensemble des écritures « latines ».
  • lettre de civilité, employée au XVIe siècle.

Adaptations typographiques[modifier | modifier le code]

La gothique est une minuscule manuscrite qui utilise de nombreuses abréviations et ligatures. Les majuscules sont peu individualisées, à l’exception des initiales qui sont dessinées, ornementées et coloriées selon une typologie variable, onciales, capitales lombardesetc. Les premiers caractères typographiques créés reprennent les écritures gothiques en usage. Les polices vont évoluer selon leur logique propre avec le temps. On va créer des capitales et des caractères particuliers pour disposer de polices complètes, qui auront peu à voir avec les écritures manuscrites d’origine. C’est particulièrement vrai pour les créations des XIXe et XXe siècles qui cherchent délibérément un retour plus ou moins « historiciste » aux formes médiévales. En Allemagne, la tradition de la gothique s’est maintenue à peu près constamment et les créations modernes introduisent des innovations formelles.

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Javal 1905, p. 12.
  2. Le seul usage du gothique dans un contexte administratif en France est le fait de l’administration forestière qui utilise toujours, pour marquer les arbres à couper, des marteaux ayant comme empreinte les lettres AF (Administration Française) en capitales gothiques selon un modèle fixé en 1831 (Magalie Bonnet, Marteaux forestiers et empreintes, instruments et traces de la gestion d’un patrimoine, dans le carnet de recherches Labo des archives des Archives nationales).
  3. « Il est faux de regarder ce qu’on appelle écriture gothique comme une écriture allemande ou de la qualifier de telle. En réalité, ce qu’on appelle écriture gothique se compose des caractères d’imprimerie juifs de Schwabach [En réalité, il n’y avait dans la ville de Schwabach ni imprimeurs, ni fondeurs de caractères, juifs ou pas]. Exactement comme ils ont mis la main par la suite sur les journaux, les Juifs résidant en Allemagne ont mis la main sur les entreprises d’imprimerie dès l’apparition de cette technique et c’est ainsi que se sont introduits massivement en Allemagne les caractères d’imprimerie juifs de Schwabach. Dès aujourd’hui, le Führer a décidé dans un entretien avec le Reichsleiter Amann et Monsieur Adolphe Müller, propriétaire d’imprimerie, que ce sont les caractères latins qui doivent à l’avenir être qualifiés d’écriture normale. Tout ce qui sera imprimé devra se conformer peu à peu à cette écriture normale. Dès que cette mesure aura pu être appliquée aux livres scolaires, seule l’écriture normale sera enseignée dans les écoles de village et les écoles primaires. Désormais on cessera d’utiliser les caractères d’imprimerie juifs de Schwabach dans les administrations. Les actes de nomination des fonctionnaires, les panneaux routiers, etc. ne seront plus écrits à l’avenir qu’en écriture normale. » Voir ici la reproduction de l’original allemand conservé aux Archives fédérales de Coblence (Signatur NS 6/334).
  4. Mediavilla 1993, p. 153.
  5. Javal 1905, p. 14.
  6. Mediavilla 1993, p. 156.
  7. Mediavilla 1993, p. 173.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Mediavilla, Calligraphie : Du signe calligraphié à la peinture abstraite, Paris, Imprimerie nationale, .
  • Émile Javal, Physiologie de la lecture et de l'écriture, Paris, Félix Alcan, (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]