Écriture gothique

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L’écriture gothique est une forme de l’alphabet latin apparue à la fin du Moyen Âge. Il ne faut pas confondre cette manière d’écrire l’alphabet latin avec l’alphabet gotique.

Cette écriture est parfois appelée « lettre noire » (black letter ou blackletter en anglais). Les Allemands, quant à eux, parlent d’écriture « brisée » (gebrochene Schrift), car les arrondis sont brisés, évoquant les arcs de l’architecture gothique.

Les caractères gothiques et les caractères dits « latins » ont longtemps été en concurrence, notamment en Allemagne, où le débat (appelé querelle Antiqua-Fraktur) occupa tout le XIXe siècle et la première moitié du XXe. L’écriture gothique n’est plus guère utilisée aujourd’hui qu’à des fins ornementales ou publicitaires, notamment dans des enseignes, ainsi que dans les manchettes et logos de certains quotidiens, surtout de langues anglaise et allemande[1]. On n’y utilise jamais uniquement les lettres capitales, contrairement à ce qui est le cas avec d’autres écritures.

Histoire[modifier | modifier le code]

Folio 56r du Bestiaire d’Aberdeen, un exemple d’écriture gothique du XIIe siècle.
  • milieu du XIIe siècle : apparition de la gothique textura.
  • XIIIe siècle :
    • la gothique textura devient l’écriture de l’Europe occidentale
    • parallèlement se développe la rotunda dans le sud de l’Europe et la bastarda dans le nord de la France et aux Pays-Bas.
Page d’un psautier du XIVe siècle (Vulgate Ps 93:16-21), exemple-type de textus prescissus.
  • XVe siècle : la textura est le premier type de caractères utilisé dans l’imprimerie (édition de la Bible).
  • milieu XVe siècle : l’écriture humanistique se développe en Italie. Ces caractères supplantent rapidement en Europe (excepté en Allemagne) les caractères gothiques pour l’imprimerie.
  • fin XVe siècle : création et diffusion de la gothique| schwabacher (Allemagne) sous l’influence des écritures humanistiques.
Page d’une Bible de 1497, imprimée à Strasbourg par J. R. Grueninger.

Abandon officiel de l'écriture gothique en Allemagne[modifier | modifier le code]

En 1941, Adolf Hitler décrète l’abandon du gothique au profit de l’écriture latine, appelée Antiqua par simplification pour la typographie, et Normalschrift pour l’écriture cursive enseignée dans les écoles. Le 3 janvier, Martin Bormann signe une circulaire contenant les dispositions suivantes :

Il est faux de regarder ce qu’on appelle écriture gothique comme une écriture allemande ou de la qualifier de telle. En réalité, ce qu’on appelle écriture gothique se compose des caractères d’imprimerie juifs de Schwabach[2]. Exactement comme ils ont mis la main par la suite sur les journaux, les Juifs résidant en Allemagne ont mis la main sur les entreprises d’imprimerie dès l’apparition de cette technique et c’est ainsi que se sont introduits massivement en Allemagne les caractères d’imprimerie juifs de Schwabach. Dès aujourd’hui, le Führer a décidé dans un entretien avec le Reichsleiter Amann et Monsieur Adolphe Müller, propriétaire d’imprimerie, que ce sont les caractères latins qui doivent à l’avenir être qualifiés d’écriture normale. Tout ce qui sera imprimé devra se conformer peu à peu à cette écriture normale. Dès que cette mesure aura pu être appliquée aux livres scolaires, seule l’écriture normale sera enseignée dans les écoles de village et les écoles primaires. Désormais on cessera d’utiliser les caractères d’imprimerie juifs de Schwabach dans les administrations. Les actes de nomination des fonctionnaires, les panneaux routiers, etc. ne seront plus écrits à l’avenir qu’en écriture normale.[3]

Typologie[modifier | modifier le code]

L’écriture gothique est une déformation de la minuscule caroline. Le tracé des lettres, d’arrondi devient anguleux. Les raisons historiques de ces déformations restent inconnues.

  • Primitive
  • Textura, appelée littera textura ou littera formata – lettre de forme – ou black letter. C’est l’écriture du Moyen Âge par excellence :
  • Rotunda, partiellement aux formes arrondies.
  • Bastarda, moins anguleuse et moins austère que la textura.
  • Schwabacher, variante de la Bastarda. Elle est plus lisible que la Textura.
  • Fraktur, issue de la Schwabacher. Elle est à l’origine de caractères d’imprimerie longtemps utilisés dans les pays de langue germanique. Fraktur a servi à désigner toutes les gothiques allemandes, par opposition à l’Antiqua, ensemble des écritures « latines ».
  • Kurrentschrift ou Kurrent : écriture cursive dérivée du gothique. Penchée, anguleuse, serrée.
  • Sütterlin : écriture cursive dérivée de la Kurrentschrift. Plus droite et aérée.

Adaptations typographiques[modifier | modifier le code]

La gothique est une minuscule manuscrite qui utilise de nombreuses abréviations et ligatures. Les majuscules sont peu individualisées, à l’exception des initiales qui sont dessinées, ornementées et coloriées selon une typologie variable, onciales, capitales lombardesetc. Les premiers caractères typographiques créés reprennent les écritures gothiques en usage. Les polices vont évoluer selon leur logique propre avec le temps. On va créer des capitales et des caractères particuliers pour disposer de polices complètes, qui auront peu à voir avec les écritures manuscrites d’origine. C’est particulièrement vrai pour les créations des XIXe et XXe siècles qui cherchent délibérément un retour plus ou moins « historiciste » aux formes médiévales. En Allemagne, la tradition de la gothique s’est maintenue à peu près constamment et les créations modernes introduisent des innovations formelles.

Galerie[modifier | modifier le code]

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Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le seul usage du gothique dans un contexte administratif en France est le fait de l’administration forestière qui utilise toujours, pour marquer les arbres à couper, des marteaux ayant comme empreinte les lettres AF (Administration Française) en capitales gothiques selon un modèle fixé en 1831 (Magalie Bonnet, Marteaux forestiers et empreintes, instruments et traces de la gestion d’un patrimoine, dans le carnet de recherches Labo des archives des Archives nationales).
  2. En réalité, il n’y avait dans la ville de Schwabach ni imprimeurs, ni fondeurs de caractères, juifs ou pas.
  3. Voir ici la reproduction de l’original allemand conservé aux Archives fédérales de Coblence (Signatur NS 6/334).

Voir également[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]