École supérieure d'art et de design de Valenciennes

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École supérieure d'art et de design de Valenciennes
Généralités
Pays Drapeau de la France France
Campus Valenciennes
Coordonnées 50° 20′ 31″ nord, 3° 30′ 22″ est
Adresse 132 Avenue du Faubourg de Cambrai
59300 Valenciennes
Site internet www.esad-valenciennes.frVoir et modifier les données sur Wikidata
Cadre éducatif
Type École territoriale d’art
Directeur Alice Vergara
Formation Arts, Design

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Point carte.svg

L'École supérieure d'art et de design de Valenciennes est une école supérieure d'art française, relevant des collectivités territoriales. C'est une des plus anciennes écoles d'art publiques françaises, elle revendique 22 premiers Prix de Rome entre 1811 et 1968.

Histoire[modifier | modifier le code]

Fondation[modifier | modifier le code]

La création de l'école s'inscrit dans un contexte de vitalité artistique déjà ancien puisqu'une Confrérie de Saint-Luc était établie à Valenciennes depuis 1608, et que de nombreux artistes prestigieux, tel Antoine Watteau, étaient originaires de cette ville que l'on a souvent surnommée «Athènes du Nord».
L'Académie de peinture et de sculpture a été fondée le par le prévôt Pujol de Mortry. Elle est placée sous la protection de l'académie royale de Paris dès 1783[1], mais le lien n'est formellement établi par lettres d'affiliation que le . Du fait de ce cafouillage administratif, l'Académie de peinture et de sculpture a dû ouvrir avec deux ans de retard sur sa classe de dessin[2]. Contrairement au cas de bien d'autres Académies créées à l'époque, le fondateur de celle-ci, Alexandre-Denis Joseph Pujol de Mortry (1737-1816) n'était pas un artiste local mais un notable amateur d'art. Ancien page à la cour du roi de Pologne puis militaire, il est blessé en 1759 et se retire dans sa ville natale, Valenciennes, où il épouse Marie-Louise de Valicourt (1739-1825) en 1763. Il se passionne alors pour la gravure qu'il pratique en réalisant des estampes d'après les œuvres de son ami Louis Watteau, notamment. Franc-maçon, il se montrera fortement impliqué dans la vie publique de Valenciennes puisqu'il en est le dernier prévôt, de 1782 à 1790, et qu'il y a établi, outre l'Académie, une école de mathématiques en 1782 et une école d’architecture en 1789. Il a aussi fait rebâtir le théâtre de la ville en 1784[3]. Pujol de Mortry est le père du peintre Abel de Pujol, qui a donné à l'école son premier Prix de Rome en 1811.
De nombreuses écoles d'art inspirées du modèle parisien ont ouvert à l'époque, mais seules cinq proposaient un enseignement académique complet : Lyon, Dijon, Toulouse, Lille et Valenciennes.

L'ancien bâtiment des académies des beaux-arts, qui jouxte le lycée, lui-même accolé à l'église Saint-Nicolas.

Une école prestigieuses au cœur de la ville[modifier | modifier le code]

L'établissement est transformé en école des beaux-arts à la suite de l’ordonnance royale du . On continuera longtemps à l'appeler «l'Académie», ou plus souvent encore «les Académies de Valenciennes». Tout au long du XIXe siècle, l'école sera un important foyer de l'art académique français. De très nombreux premiers et seconds prix de Rome en sont issus, et il est souvent arrivé que plusieurs artistes valenciennois se retrouvent en concurrence pour l'obtention d'un prix.
Les peintres et les sculpteurs formés à Valenciennes avaient la réputation de réussir le concours d'entrée des Beaux-Arts de Paris sans devoir passer par des ateliers privés, contrairement à la plupart des autres étudiants.
Les étudiants des Académies de Valenciennes constituent alors un réseau particulièrement soudé, formalisé par des associations telles que l'Union valenciennoise à Paris, fondée en 1875[4], l'Association des anciens élèves de l'académie, qui organise chaque année des banquets, et enfin la Société des incas, qui organise des fêtes somptueuses dans la ville, comme celle de juin 1866 qui attirera 100 000 spectateurs.
En 1862-1864, l'école se verra construire un bâtiment immense, les écoles académiques, dessiné par Casimir-Joseph Pétiaux (1807-1883), architecte de la ville de Valenciennes et ancien étudiant de l'école. Depuis leur fondation, les Académies étaient logées dans l'ancien collège jésuite[5].
L'art est au centre des préoccupations de la bourgeoisie locale qui fait un triomphe aux enfants de la ville qui y reviennent titulaires de prix de Rome, en organisant des cortèges mémorables pour saluer leur succès, un peu comme on le voit aujourd'hui avec des sportifs de haut niveau.

Évolutions de l'école[modifier | modifier le code]

Pendant deux siècles les étudiants qui ont fréquenté l'école y ont appris les techniques traditionnelles de l'art (peinture, sculpture, anatomie), puis celles-ci ont été progressivement complétées par des pratiques telles que l'architecture (1813), la musique (1836), l'ornement (1840), l'art décoratif (1873), la lithographie (1887) et la gravure (1911). Un cours pour jeunes filles sera ouvert en 1880, avec pour projet de développer une main d'œuvre féminine qualifiée pour des domaines industriels tels que le textile, l'ameublement, la décoration, etc. C'est dans le même esprit que le dessin industriel sera introduit dans l'école en 1883. Cette réforme avait été exigée par l'État qui était alors soucieux de voir les ouvriers être mieux formés au dessin. Cette orientation technique fut très mal accueillie et provoqua la démission de cinq membres de la commission de pilotage de l'école[6], constituée de conseillers municipaux et d'industriels de la région, qui voyaient la nouvelle direction prise par l'école d'un très mauvais œil, alors même que ses anciens élèves accumulaient les Prix de Rome. Comparée aux académies voisines, comme celle de Douai, l'école de Valenciennes avait la réputation, malgré l'origine populaire de ses élèves, d'entretenir un certain élitisme et de disposer d'un budget bien plus confortable, permettant notamment de proposer des salaires presque aussi attractifs que ceux de Paris à ses professeurs. D'autres paramètres entraient sans doute en ligne de compte dans la mauvaise volonté des enseignants à appliquer la réforme, comme leur manque de connaissance des domaines nouveaux qu'ils étaient censés enseigner, ou l'augmentation des frais d'éclairage entraînée par l'accueil en fin de journée d'étudiants-travailleurs, alors même que les finances municipales n'étaient pas au mieux et que la subvention de l'État n'était pas augmentée en conséquence des besoins. L'État abandonnera finalement ses exigences au cours de la première décennie du XXe siècle.

L'école aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Elle s'est progressivement ouverte à des pratiques contemporaines telles que la photographie, la vidéo ou l'infographie. À partir de 2005, l'école ouvre une option Design d'espace, suite logique de son Diplôme national d'arts et techniques «design d'espace» créé en 1993. La même année, l'établissement prend le nom d'École supérieure d’art et de design.
L'école devient un Établissement public de coopération culturelle en 2011.

En 2005, l'école a connu un autre bouleversement, puisqu'elle a quitté son imposant bâtiment historique, situé en centre-ville et désormais dédié au seul conservatoire de musique, pour l'ancien bâtiment des services centraux d'Usinor-Sacilor, aux limites de la commune de Trith-Saint-Léger. Le projet a été mené par l'architecte Louis Paillard[7]. Les inconvénients liés à la situation du lieu sont compensés par une superficie importante : « Coincés entre deux voies de chemin de fer et surplombés par l'autoroute, les bâtiments postés à l'entrée de l'immense site industriel de Valdunes, aujourd'hui encore utilisé pour la fabrication d'essieux, compensent leur situation par une superficie généreuse de 7.000 m2 pour un établissement destiné à une centaine d'étudiants, des cours d'adultes et d'enfants. »[7]. La fresque de Lucien Jonas qui rendait hommage à l'aventure industrielle des bâtiments a été conservée à son emplacement originel [8].
Selon Jean-Louis Borloo, à l'époque président de Valenciennes-Métropole, et Patrick Roussiès, délégué à la culture, ces nouvelles installation sont un investissement pour l'avenir autant qu'un hommage au passé : « C'est à la fois un signe d'espoir, un hommage à une tradition glorieuse, une foi forcenée en l'avenir et un symbole »[8]

La ville est le financeur majoritaire de l'école, puisqu'elle lui apporte 60 % de ses recettes (900 000 € sur 1 500 000 € au total). En 2016, le maire de la ville, Laurent Degallaix, a annoncé son intention de se désengager totalement du budget de l'école dès 2018, rendant l'avenir de l'établissement pour le moins incertain[9].

Enseignements dispensés[modifier | modifier le code]

L'école propose deux options à ses étudiants : Art et Design. Chacun de ces cursus est sanctionné par un diplôme de premier cycle (Bac+3 : Diplôme national d'arts plastiques) et un diplôme de second cycle (Bac+5 : Diplôme national supérieur d'expression plastique, ayant grade de master[10]). Comme toutes les écoles supérieures d'art publiques territoriales, ses programmes sont placés sous la tutelle du Ministère de la Culture[11] et sous le contrôle du Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur, qui procède à des évaluations régulières.

Anciens professeurs[modifier | modifier le code]

Le juge désigné pour le concours de recrutement des premiers professeurs est Louis Watteau, neveu d'Antoine Watteau, qui participera également au recrutement des premiers élèves de l'Académie. Les deux premiers professeurs désignés sont Jacques-François Momal (1754-1832), pour la peinture, et Jean-Baptiste-Antoine Cadet de Beaupré (1758-1823), pour la sculpture.

La section d'architecture fut mise en place par Aubert Parent (1753-1835), son premier successeur, dès 1833, fut Jean-Baptiste Bernard (1801-1856). Casimir-Joseph Pétiaux (1807-1893) lui succède de 1856 à 1866. Émile Dusart (1827-1900) est professeur d'architecture de 1866 à 1896, son fils Paul Dusart (1865-1933) le remplace jusqu'en 1914.[12] A partir de 1921, Henri Armbruster devient professeur d'architecte.

Anciens étudiants[modifier | modifier le code]


Références[modifier | modifier le code]

  1. Desfontaines de Preux, Précis historique et statistique sur la ville de Valenciennes, , p. 11
  2. Agnès Lahalle, Les écoles de dessin au xviiie siècle: Entre arts libéraux et arts mécaniques, Rennes, Presses universitaires de Rennes,
  3. Gaëtane Maës, « L’Académie de peinture et de sculpture de Valenciennes : les hommes et leurs réseaux », Les papiers d’ACA-RES, Actes des journées d’étude, 8-9 décembre 2016, Paris, Centre allemand d’histoire de l’art,‎ (lire en ligne)
  4. Union artistique, littéraire et scientifique valencionnoise à Paris, créée en 1875 et reconnue d'utilité publique en 1897. Son premier président est Louis Auvray.
  5. Petr Opelik, Le tracé des idées - Casimir-Joseph Pétiaux (1807-1883), Valenciennes, éditions de l'Aquarium agnostique, coll. « collection patrimoniale », , 30 p.
  6. Catherine Dollé, « L'enseignement du dessin sous la Troisième République : introduction du dessin industriel à Valenciennes », Livraisions d'histoire de l'architecture, no 2,‎ , p. 117-130 (lire en ligne)
  7. a et b « Une fabrique des Beaux-Arts à Valenciennes », sur lesechos.fr, (consulté le 20 août 2017)
  8. a et b Jean-Louis Borloo et Patrick Roussiès, « Investir dans une école des Beaux-Arts », dans Luciana Ravanel, Dialog : École supérieure des Beaux-Arts de Valenciennes par Louis Paillard, Archives d'architecture moderne, (ISBN 2-87143-166-3)
  9. Odile Senellart, « Valenciennes : l'école d'art et de design menacée de fermeture », sur FranceBleu.fr,
  10. « ECOLES NATIONALES SUPERIEURES D'ART - ECOLES REGIONALES ET MUNICIPALES D'ART - ECOLES D'ART PRIVEES RECONNUES PAR L'ETAT | Legifrance », sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le 20 août 2017)
  11. « Journal officiel du 20 janvier 2016 »
  12. « LES ARCHITECTES ÉLÈVES DE L'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS, Écoles académiques du Nord, Page 126 »
  13. Le magasin pittoresque, vol. 57, t. 7, Paris, , p. 274
  14. Anne Martin-Langlet, Georges Forest (1881-1932): un pionnier de l'architecture industrielle dans les régions septentrionales (Thèse de doctorat en Histoire de l'art), Université de Lille 3,
  15. Adolphe Martin, Notice historique sur Henri Lemaire, statuaire valenciennois, Valenciennes,
  16. « Patrick Vernet, «l’âme de la gravure»: plus qu’un Denaisien, un grand artiste s’en est allé », La Voix du Nord,‎ (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Alaux, Opinion de M. Picot, membre de l'Institut et de M. Allaux, peintre d'histoire,sur la direction des études dans les classes de dessin à l'Académie de Valenciennes, Valenciennes, , 7 p.
  • L'Académie de peinture et de sculpture à Valenciennes au XVIIIe siècle, Valenciennes, Société des Amis du Musée de Valenciennes, , 242 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]