École ménagère et instituts familiaux : un modèle féminin traditionnel

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École ménagères et instituts familiaux : un modèle féminin traditionnel
Auteur Nicole Thivierge
Pays Canada
Genre Thèse de doctorat en histoire
Distinctions Prix Lionel-Groulx 1983
Version originale
Langue francais
Version française
Éditeur Institut québécois de recherche sur la culture
Lieu de parution Québec
Date de parution 1982
Nombre de pages 475

École ménagère et instituts familiaux : une modèle féminin traditionnel est un livre de Nicole Thivierge publié en 1982 et édité par l’Institut québécois de recherche sur la culture relate le parcours de ce type d’enseignement au Québec adressé aux jeunes femmes : l’enseignement ménager-familial. Il remporta le prix Lionel-Groulx, un prix littéraire canadien que décerne, chaque année depuis 1979, l'Institut d'histoire de l'Amérique française en récompense au meilleur ouvrage dont le sujet est l'histoire de l'Amérique française vu d'un point de vue scientifique. Celui-ci est nommé en l'honneur de cet écrivain, historien, professeur d'université, prêtre catholique et religieux très influent dans le parcours du Québec. Ce système fut implanté par les écoles ménagères et les instituts familiaux, présentes entre 1882 et 1970 dans la province, et qui est approfondi dans cet ouvrage de 475 pages. Cette analyse de l’histoire de l'éducation offerte aux filles permet d’inclure la question de la condition féminine, des stéréotypes et des valeurs sociales de la société québécoise. Ce mémoire compte apporter un éclairage nouveau sur ce type d'éducation. En effet, les aspects abordés généralement se limitent à la pensée éducative de l'abbé Albert Tessier ou à un résumé statistique du fonctionnement et de l'évolution de ces institutions. L'étude voulant utiliser le phénomène très bien organisé des écoles ménagères pour en faire ressortir les méthodes d'application et d'encadrement culturel dirigés envers les jeunes femmes. Toute cette démarche servant surtout à les féminiser, à hiérarchiser et mettre dans le cadre naturel. C'est donc la preuve que le Québec fut inclus dans ce courant occidental de développement de l’enseignement ménager. Cette conception renvoie directement à une façon de voir l’éducation des filles alors dirigée par les forces traditionalistes du clergé québécois. Cette idéologie est rappelée avec insistance alors qu'elle est remise en question et que d’autres voix se font désormais entendre.


Présentation de l'auteure[modifier | modifier le code]

Nicole Thivierge, l'auteure de cet ouvrage, a tout d'abord complétée des études supérieures à l'Université Laval qui l'ont menée à des recherches de maîtrise et de doctorat en histoire. Elle a surtout analysé dans ceux-ci la condition sociale des ouvriers de la chaussure du début du XXe siècle ainsi que l'enseignement ménager-familial au Québec, consolidées dans ce livre présenté ici. Elle fut chargée de recherche à l'Institut québécois de recherche sur la culture. Au cours de ce mandat, elle s'est attardée sur le dossier de la formation professionnelle. Également, elle fût professeure d'histoire à l'Université du Québec à Rimouski en plus d'être membre du Groupe de recherche interdisciplinaire en développement de l'est du Québec (GRIDEQ).Grâce à ce livre, en particulier, elle remporta le prix Lionel Groulx de 1983, comme mentionné auparavant.

Éditions[modifier | modifier le code]

C'est initialement le professeur titulaire de sociologie de l'Université Laval Fernand Dumont, qui fut le président fondateur de l’Institut québécois de recherche sur la culture (IQRC). En 1994, l’IQRC devient une branche de l’INRS sous le nom d’INRS-Culture et Société. En 2000, cette partie fusionne avec INRS-Urbanisation pour former le Centre Urbanisation Culture Société. Celui-ci fait partie de l'Institut national de la recherche scientifique. Ce centre contribue aux recherches québécoises dans les domaines des études urbaines, de la culture et des sciences sociales.

Contexte historiographique[modifier | modifier le code]

L’étude historique détaille donc par une bonne documentation de l’auteure à la fois l’évolution de l’enseignement et celui de la situation des femmes québécoises. Également, on a accordé une grande place dans l’étude aux valeurs et rôles transmis pendant près d’un siècle par cette formation spécifique à ce groupe de population. Les propos dispensés par l’historienne sont précisément pour accorder une attention particulière à l’enjeu féminin de cette période, en lien avec l’éducation. Avant les années 1950, bien peu d’études ont été faites à propos des écoles ménagères et instituts familiaux.  Par la suite, son analyse dans la littérature jusque dans les années 70 fut bonifiée par plusieurs recherches, dont celle-ci. On peut toutefois voir deux camps opposés au sujet de ce type d'éducation féminine: celui des promoteurs et celui des détracteurs. Cela a fait en sorte que depuis ce temps, bien peu d'auteurs s’y sont attardés en-dehors de l'ouvrage majeur dont on s’intéresse dans l’article. En majorité, les publications sont antérieures à la fin du mouvement de l'enseignement ménager-familial à l'école, dans les années 1970, tels que Dans ce sens, c’est pour ces raisons qu’on peut nommer ce livre comme le premier en termes contemporains, écrit après cette période, à établir une histoire du mouvement d'enseignement ménager au Québec et allant de ses débuts en 1882 à son extinction au début des années 1970. Les divergences d'opinions parmi ceux et celles qui font la promotion de l'enseignement ménager sont peu visibles dans l'historiographie sur cette question. S’appuyant essentiellement sur l’étude des instituts familiaux, la plupart des travaux s'entendent pour affirmer que c'est un enseignement plutôt traditionnel dont l'objet est de former des épouses et des mères modèles. Ceux-ci offrent ainsi une réponse conservatrice à une société en pleine mutation, basée sur des valeurs anciennes comme l'ordre social, la famille conventionnelle et la conformité au modèle établi. (p.394) [1] Les auteurs insistent davantage sur les critiques formulées au début des années 50 à propos de l'enseignement ménager. En particulier, les promotrices de l'enseignement féminin classique interviennent telles que Monique Béchard qui écrit la femme est « une épouse, une sœur (...) appelée à compléter l'homme et à collaborer avec lui », souhaitant une meilleure collaboration entre les deux. (p.292) [2] La principale lacune de la production savante dans notre champ de recherche est l'absence d'ouvrages récents sur les instituts familiaux. La presque totalité de la littérature provient des années d'existence du mouvement (1950-1970) ou bien des mois qui ont suivi la fin de ces établissements, souvent que des critiques. On peut citer les ouvrages de Marie-Paule Vinay utilisé à l’Institut familial de Trois-Rivières et ailleurs en ce qui a trait au développement de l'enfant: Nos bébés[3], Nos enfants de cinq à douze ans[4], Nos grands de 12 à 18 ans[5],[5],Caractères et personnalités [6] ainsi que ceux de l’abbé Tessier : Culture générale et enseignement ménager [7] et Les instituts familiaux du Québec[8]. Dans ce contexte, le seul ouvrage pouvant être qualifié de savant est celui de Nicole Thivierge, qui trace un portrait d'ensemble du mouvement d'enseignement ménager des débuts de la période coloniale en Nouvelle-France à la fin des instituts dans les années 70. Des avis divers se partagent en ce qui a trait à cette éducation, même au sein de la gestion parmi le Service de l'enseignement ménager du Département de l'Instruction publique (DIP). Il faut dire que l'École moyenne familiale (EMP) a participé aux débats, ce qui est survolé dans un chapitre pas au-delà des débuts aux années 30, ce qu'il resterait à explorer. (p.322-325) [9] D'autre part, il s'agit d'une des rares en termes de sources à citer un désaccord entre l'Église et l'État, l'image projetée est celle d'un accord entre autorités politiques et cléricale habituellement. Cette tension entre les deux entités est démontrée par un conflit entre Maurice Duplessis, premier ministre du Québec durant ces années et le Cardinal Villeneuve à propos de qui serait à la tête des écoles ménagère. C’est Duplessis qui remporta la bataille en faisant élire l'abbé Tessier. Outre son étude, aucun des livres recensés ne met en relation la progression de ces institutions avec celles en cours dans la société de l'époque en-dehors de ce système dans leur tentatives de moderniser la province. Cela est nécessaire si on souhaite une image plus juste de la proposition en cette matière aux jeunes femmes. Dans ce sens, on peut rattacher à des courants de l’historiographie : l’histoire de l’éducation et l’histoire des femmes. Maélie Richard, en particulier, approfondi sur ce thème dans son mémoire de maîtrise [10] et prend exemple dans son argumentation sur le discours de Nicole Thivierge. Celle-ci explique que bien que l’historiographie ait voulu montrer les luttes des femmes pour une accession à la formation professionnel ou au collège classique, il est aussi important de s’attarder à l’évolution de la conception de la femme au foyer qui conduit au changement. Avec son texte, elle rétablit la situation en portant son attention sur ce phénomène.

Plan et structure[modifier | modifier le code]

L'ouvrage de 12 chapitres et structuré en trois parties couvre la large période de 1882 à 1970 durant laquelle a perduré ses établissements. Plusieurs thèmes sont mis à l’avant-plan : l’héritage laissé, la création du modèle, les autres types de formations en cours à cette époque, la formation ménagère en tant que tel, ses valeurs et termine par la transition vers l’éducation professionnel qui l’a remplacé graduellement jusqu’à son abolition. De plus, des sigles, abréviations, cartes, tableaux, graphiques, annexes et index complètent la présentation  en début et en fin. Cela se détaille comme suit:

Tables des matières

  • Avant-propos
  • Table des matières
  • Table des sigles et des abréviations
  • Table des cartes, des graphiques et des tableaux
  • Table des annexes
  • Introduction
  • Première partie. Les pionniers (1882-1937)

-Chapitre 1. L'héritage culturel

Nature féminine et fonction sociale-Sur l'éducation des filles-Les travaux manuels féminins

-Chapitre 2. L'école ménagère de Roberval : une expérience isolée

La fondation-La fin de l'isolement-Une formation ménagère agricole-Les effectifs-Les cercles de fermières

-Chapitre 3. Saint-Pascal : le modèle des écoles ménagères-agricoles (1905-1937)

Les premiers pas-Le rayonnement de l'école de Saint-Pascal-La formation professionnelle

-Chapitre 4. Une école laïque et urbaine : Les Écoles Ménagères Provinciales

Des <<Women's Club>> à la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste-Les Écoles Ménagères Provinciales : création et organisation-L'implantation-Une formation professionnelle

-Chapitre 5. L'enseignement ménager à l'échelle provinciale (1910-1937)

L'implantation du mouvement-Réforme scolaire et uniformisation de l'enseignement ménager-Les écoles ménagères

  • Deuxième partie. Une culture féminine et familiale (1937-1960)

-Chapitre 6. La famille en crise

Évolution de la famille canadienne-française-Le mouvement familial-La femme : perte et salut de la famille

-Chapitre 7. De l'enseignement ménager à l'enseignement familial

La réorganisation-L'enseignement pratique-Les conditions du succès

Chapitre 8. L'institut familial : un noviciat à la vie familiale

Une pédagogie de la <<féminisation>>-Le climat familial-Une éducation sociale-Le contenu de l'enseignement ménager familial

-Chapitre 9. Une éducation <<féminisante>> contestée

Historique du débat et forces en présence-La nature féminine-La vocation maternelle-La femme dans le mariage : infériorisation et domestication

-Chapitre 10. Portée et pertinence de l'enseignement

Les effectifs des écoles moyennes et des instituts familiaux-La pertinence de l'enseignement

  • Troisième partie. Vers une formation professionnelle (1960-1970)

-Chapitre 11. Les nouvelles valeurs

Une famille à définir-Les réformes scolaires-Où l'apprentissage de la <<féminité>> devient anachronique

-Chapitre 12. Résistance et agonie

Une période d'adaptation-Les remous de la Commission Parent-Des politiques néfastes

  • Conclusion
  • Annexes
  • Bibliographie
  • Index

Description du contenu[modifier | modifier le code]

L'ouvrage synthétise de manière générale l'ensemble de la période où ses établissements ont eu cours dans la province. Depuis la fondation des premières institutions d’enseignement au XVIIe siècle, il existe au Québec une éducation différenciée pour les filles et les garçons. Dans les couvents et les orphelinats, à l’intérieur de la formation générale qui leur est dispensée, les jeunes filles sont initiées aux travaux de leur sexe et de leur classe que l’on présente au chapitre 1. (p.45) [11]  Au travers de la première partie, on suit les débuts de ce mouvement. Tout d’abord, on commence par celui de Roberval par les ursulines en 1882, celle de Saint-Pascal de Kamouraska par la Congrégation Notre-Dame (CND) en 1905 dans les chapitres 2 et 3 pour en venir, en dernier lieu, dans le chapitre 4 à l’École ménagère provinciale (EMP), seule école ménagère laïque du Québec, est fondée à Montréal par des femmes de la bourgeoisie associées à la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste (FNSJB) s’implantant en 1906 dans la province comme prouvé dans le chapitre 5. La présentation est consacrée à l’École ménagère provinciale, à son développement en tant qu’institution et les aspects novateurs de cette initiative féminine. Par l’esprit dans lequel elle a été créée, qui valorise l’enseignement ménager pour les domestiques et pour les femmes de la classe ouvrière, tout en luttant à la fois pour l’instauration d’un système d’enseignement supérieur pour les filles de leur milieu. Il apparaît une stratégie de faire ressortir la complémentarité entre les deux modèles, utilisée couramment, que déploient les promotrices du courant féminisme à la défense de l’éducation supérieure et par le fait même de l’enseignement ménager. Selon l’auteur, cette complémentarité serait strictement basée sur l’appartenance de classe. (p.120) [12] Ensuite, dès 1909, elles deviennent toutes des écoles ménagères remettant des brevets d'enseignement et s'inspirant du modèle européen. En ce sens Nicole Thivierge (1982) écrit : « Les dames patronnesses de la Société obtiennent à Montréal, en , une charte du Gouvernement sous la raison sociale « Les Écoles ménagères provinciales ». Elles acquièrent ainsi le droit de délivrer des brevets d’enseignement ménager ». (p.124) [13] Ainsi, par cette étude, on vise à utiliser le parcours des écoles ménagères pour en faire ressortir les mécanismes et les contenus de cet encadrement culturel ayant pour but de féminiser les jeunes filles, élaboré ici dans la deuxième partie. La description des cours ménagers dans les classes féminines des écoles primaires rend l’ouvrage essentiel pour bien comprendre le processus derrière cette formation, ne pas briser le modèle de la famille actuelle, vu dans le chapitre 6. L'auteure pose des questions en ce qui a trait au rôle de cette initiative, favorisant la réaffirmation des rôles traditionnels chez les femmes. Des mécanismes précis étaient mis en place pour y arriver entraînant des contestations dans les années 60 causé par cette transition abordée en chapitre 7. Ce sont ces comportements et attitudes que l'on enseignait aux étudiantes qui restreignaient les possibilités de s'adapter au nouveau mode de vie. Le mince espace qu'on laisse à la modernité n'inclus toujours pas le travail salarié pour ce groupe, que ce soit dans les secteurs féminisés ou autres malheureusement et cela est loin de faire l’unanimité comme on peut le constater en chapitre 8-9. L'abbé Tessier, grand responsable de ces écoles féminines n'accorde aucune ouverture à l'emploi des femmes, même dans l'enseignement primaire. L’idéologie de ce prêtre, aussi cinéaste, se transmet dans les nombreux films documentaires qu’il réalise et produit sur la réalité de la vie quotidienne en région dont dans Artisanat familial tourné entre 1939-1942. Par ses plus de soixante-dix films touchant la nature, l'histoire, la religion, Trois-Rivières, l'éducation, et la culture, il développe le cinéma au Québec et dans le Canada. Il n’oublie pas les femmes présentes à travers le film de 1942, Femmes dépareillées (c'est-à-dire uniques et sans pareilles), suite de Écoles ménagères régionales portant sur le programme offert. L'expression « femmes dépareillées » est reprise dans de nombreux manuels et passe même dans le langage populaire.  Plus tard, au moment où de plus en plus de jeunes filles s'inscrivent afin d'être formées dans ces endroits, elles ne peuvent être assurées en retour d'une place sur le marché du travail à leur diplômation, selon l’avertissement de l’Abbé aux religieuses. Elles luttent malgré tout pour pouvoir accéder à une carrière et cela remet en cause l’utilité de ces établissements questionné dans le chapitre 10. L'école normale est la principale concurrente puisque le diplôme des finissantes est reconnu en dehors de la province, tels que dans les maritimes en Nouvelle-Écosse. La perception de l'Église et l'importance de la maternité dans la vie des femmes se traduit alors dans le milieu de l'éducation québécois également où jusqu’en 1925, c’est environ cinq élèves normaliennes par année qui sont dans le cours régulier de neuf mois. Le problème est que, malgré le nombre limité d’élèves, la gratuité de ce cours accapare à l’inverse beaucoup des ressources précaires. Les coûts sont aussi élevés pour les étudiantes normaliennes de l’EMP pour le cours régulier en plus de leur peu de qualifications pour enseigner, renoncent à un an de salaire d’institutrice, sans savoir si elles seront considérées spécialisées par leur commission scolaire à leur retour. C’est pour ses raisons que les cours «abrégés» ou les cours «de vacances» sont en plus grande quantité priorisés et accueille environ 25 jeunes institutrices laïques ou des religieuses par année. (p.134-139) [14] Au sujet des critiques sociales approfondis durant la troisième et dernière partie, quelques éléments permettent de réfléchir sur l'importance des contestations de l'enseignement ménager, fondement de l’enseignement féminin. La commission Tremblay sur les problèmes constitutionnels qui a lieu entre 1953 à 1956 est un exemple. Beaucoup de questions reviennent lors de la Commission Parent des années 60 finalisant une réforme majeure du système scolaire. En effet Nicole Thivierge écrit : « en 1956, le Gouvernement entreprend de nouvelles réformes scolaires qui conduisent à la création du cours secondaire public (cinq années, qui comprennent l’ancien complémentaire et le primaire supérieur). » (p.218) [15] Autant le gouvernement que le Comité catholique souhaite un programme uniforme dans les établissements privés et publics se tournant vers une formation professionnel, expliqué dans le chapitre 10. La menace provient de l’obligation des matières du secondaire dans le cursus des instituts familiaux et touche à cet effet aux bases de l’enseignement familial. Étant donné que l’on consacre une place dans l’analyse aux tentatives de modernisation chez les Filles de Jésus, par exemple, on veut montrer que tout cela produit de nouvelles idées sociales et une adaptation du programme face aux détracteurs. Les femmes dans congrégation religieuse, arrivée en 1902 à Trois-Rivières, avaient à l’origine comme mission d’enseigner aux jeunes de la région et de prodiguer des soins aux malades. Les changements sociaux rapides ne sont pas tout à fait reflétés dans le programme des instituts familiaux, s'étant modifié beaucoup plus lentement. Dans l'ensemble, il ressort que bien peu de jeunes filles, à qui était adressée cette formation, ont choisi ce lieu pour leurs études. Cependant, malgré les nombreux mouvements de critiques envers l'éducation ménagère, ce type d'enseignement était central dans la scolarisation des jeunes filles. En effet, dans les conditions de la Révolution tranquille, le côté obsolète des instituts prend le dessus sur les bénéfices antérieurs de ce programme et laisse la nouvelle pédagogie entrer dans les écoles du Québec. C'est beaucoup par le contenu des manuels scolaires que passe l'intégration de pratiques plus actuelles, principalement par les sujets abordés. Par exemple, dans les années 40 on s’intéresse à l'agriculture, la religion et les tâches ménagères pratiques alors que rendu aux années 50, 10 ans plus tard, on oublie de plus en plus la cuisine, le lavage et la couture. Rendu à ce moment, on se concentre davantage sur le développement et la pédagogie de l'enfant auquel on accorde une meilleure attention, des valeurs récentes dans la société selon le chapitre 11. La psychologie et la puériculture sont d’autres aspects récemment abordés, qui prennent de l'importance. L'horaire de ces jeunes étudiantes est désormais rempli différemment puisqu'il y a un partage des tâches et le nombre de familles nombreuses diminue, évoqué dans les manuels justement. Le décalage est de plus en plus grand entre l'idéal des dirigeants de ce programme : la famille et la femme au foyer et le désir dans la population de le faire disparaître. Il peut être interprété comme un des effets attribués aux réalités sociales des années 1970. C'est une réponse probable aux mouvements critiques et aux débats sociaux sur ce sujet mêlé au Rapport Parent sur l'éducation instaurant une offre éducative à l'inverse de celle-ci. À ce moment, il est trop tard pour tenir les femmes à l'écart de la vie moderne qui appelle au travail et aux connaissances scientifiques et techniques. C'est l'abbé Marquis qui le premier accepte que les femmes puissent choisir d'aller à l'extérieur du foyer, et ce peu importe la situation du mari et du couple. Désormais, on ne peut plus relancer l'enseignement familial et les dirigeants remplacent le terme de nature féminine pour parler de complémentarité des rôles et même parfois d'égalité relative. C'est ce que l’auteure nomme la féminité de renoncement. (p.203) [16] À partir de la fin des années 1930, s’amorce une période difficile pour l’École ménagère provinciale qui, bien qu’indépendante, a bien besoin des subventions de l’État pour maintenir ses activités qui mène à sa fin qui est développé lors du douzième chapitre. Tenant à conserver l’aspect professionnel de leurs cours et refusant d’offrir un «enseignement exclusivement familial (p.224) [17] Au final, ce qui ressort est l’influence grande de l’idéologie agriculturiste, au départ, dans l’enseignement ménager aux années 40, la tendance se déplace vers des «valeurs» dites féminines : de «ménager», l’enseignement devient «familial».

Réception critique et universitaire[modifier | modifier le code]

Les propos de l’auteure d’Écoles ménagères et instituts familiaux : un modèle ont été fondamentaux pour de nombreuses études et utilisés régulièrement en référence comme c’est le cas dans le mémoire de Maélie Richard, mentionné plus haut, intitulé Les instituts familiaux de Trois-Rivières et de Cap-de-la-Madeleine : traditions et innovations, présenté à l’Université du Québec à Trois-Rivières[10]. Celle-ci va dans le même sens que Nicole Thivierge, en attribuant, du moins en partie, la responsabilité du changement de nom des écoles ménagères en 1950 aux connaissances insuffisantes des programmes, des réserves et des préjugés de la population sur l'enseignement ménager. Ensuite, elle revient sur des points de contestations apparus dans les débats ayant été défini auparavant par cette ouvrage. D’une autre part, il y a aussi le mémoire de Catherine Charron, La question du travail domestique au début du XXe siècle au Québec : Un enjeu à la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, 1900-1927[18], qui appuie ces idées et va dans le même sens dans son argumentation. Donc, on peut voir que cette synthèse s'avère très bénéfique dans les travaux concernant ce phénomène scolaire et sa pertinence durant le XXe siècle au Québec. L’auteure Marilyne Brisebois dans L’enseignement ménager au Québec : entre « mystique » féminine et professionnalisation, 1930-1960 [19] explore l’enseignement ménager au cœur du XXe siècle québécois, en particulier la tension et la manière de l’envisager. On se retrouve soit entre un enseignement professionnel ou un enseignement pour la formation des mères et épouses canadiennes-françaises. On fait un portrait de cet enseignement ménager et de celles qui y travaillent tout en analysant les relations difficiles entre le Département de l’instruction publique et l’École ménagère provinciale démontrant les diverses façons de considérer l’éducation et le travail féminin dans les années d’après-guerre. Caroline Durand retrace par le biais de son livre Nourrir la machine humaine: Nutrition et alimentation au Québec, 1860-1945 [20] les origines de la nutrition. Ces discours ont contribué à la modernisation du Québec marquée par l’industrialisation, l’urbanisation, deux guerres mondiales et une crise économique majeure. Elle analyse les politiques, les écrits et les images diffusés par les médecins, les infirmières, les nutritionnistes, les religieuses, les enseignantes et les fonctionnaires impliqués dans la formation d’enseignement ménager. Elle montre l’évolution des habitudes alimentaires. L'historien Michel Gauvreau montre dans son ouvrage Les origines catholiques de la Révolution tranquille [21] qu'une partie des changements sociopolitiques de la Révolution Tranquille survenus au cours des années 1960 sont imputables à l'action de mouvements catholiques. Ce sont les acteurs d'une véritable transformation culturelle de la société redéfinissant le rôle de la religion, des femmes, de la famille et des individus dans la société, dont avec l’enseignement ménager. Selon lui, ce courant qui a fait irruption est surtout politique détruisant les vieilles structures dominées par l’Église conservatrice sans malgré tout briser l’association de l’Action catholique avec la religion et l’Église qui reste présente. Dernière source intéressante à ajouter : Claudie Solar dans son compte rendu [22] du livre de Nicole Mosconi, Genre et éducation des filles[23], elle fait le rapprochement entre les deux ouvrages concernant le premier chapitre qui permet d’établir des parallèles avec l’enseignement ménager au Québec. Au final, peu de comptes rendus ont été produits au sujet de ce mémoire mais il a par-dessus tout permis à d’autres historiens travaillant sur ce thème d’utiliser cette ressource dans leurs propres travaux. Toutefois, il ne faut pas oublié les deux ayant été publiés.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Nicole Thivierge, Écoles ménagères et instituts familiaux : un modèle féminin traditionnel, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 4e trimestre, , 475 pages p., p. 394, Chapitre 12 : Résistance et agonie
  2. Nicole Thivierge, Écoles ménagères et instituts familiaux : un modèle féminin traditionnel,, Québec, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 4e trimestre, , 475 p., p. 292, Chapitre 9 : Une éducation féminisante contestée.
  3. Marie-Paule Vinay, Nos bébés, Québec, Éditions du Bien Public,
  4. Marie-Paule Vinay, Nos enfants de cinq à douze ans, Québec, Éditions du Bien Public,
  5. Marie-Paule Vinay, Nos grands de 12 à 18 ans, Québec, Éditions du Pélican, 1961, c1959
  6. Marie-Paule Vinay, Caractères et personnalités, Québec, Éditions du Pélican, , 217 p.
  7. Albert Tessier, Culture générale et enseignement ménager, Montréal, Centre de psychologie et de pédagogie, , 32 p.
  8. Albert Tessier, Les instituts familiaux du Québec, Québec, Département de l'Instruction publique, Service de l'Éducation familiale,, , 100 p.
  9. Nicole Thivierge, Écoles Ménagères et instituts familiaux : un modèle féminin traditionnel, Québec, Institut québécoise de recherche sur la culture, 4e trimestre, , 475 p., p. 322-325, Chapitre 10 : Portée et pertinence de l’enseignement
  10. a et b Maélie Richard, « Les instituts familiaux de Trois-Rivières et de Cap-de-la-Madeleine : traditions et innovations », Mémoire, Université du Québec à Trois-Rivières,‎ , p. 109 pages. (lire en ligne)
  11. Nicole Thivierge, Écoles Ménagères et instituts familiaux : un modèle féminin traditionnel, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 4e trimestre, , 475 p., p. 45, Chapitre 1 : L’héritage culturel
  12. Nicole Thivierge, Écoles ménagères et instituts familiaux : un modèle féminin traditionnel,, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 4e trimestre, , 475 p., p. 120, Chapitre 4 : Une école laïque et urbaine : Les Écoles ménagères provinciales
  13. Nicole Thivierge, Écoles Ménagères et instituts familiaux : un modèle féminin traditionnel, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 4e trimestre, , 475 p., p. 124, Chapitre 4 : Une école laïque et urbaine : Les Écoles ménagères Provinciales
  14. Nicole Thivierge, Écoles ménagères et instituts familiaux : un modèle féminin traditionnel,, Québec, Institut québécoise de recherche sur la culture, 4e trimestre, , 475 p., p. 134-139, Chapitre 4 : Une école laïque et urbaine : Les Écoles ménagères provinciales
  15. Nicole Thivierge, Écoles Ménagères et instituts familiaux : un modèle féminin traditionnel, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 4e trimestre, , 475 p., p. 218. Chapitre 7 : De l’enseignement ménager à l’enseignement familial
  16. Nicole Thivierge, Écoles Ménagères et instituts familiaux : un modèle féminin traditionnel, Québec, Institut québécoise de recherche sur la culture, 4e trimestre, , 475 p., p. 203, Chapitre 6 : La famille en crise
  17. Nicole Thivierge, Écoles ménagères et instituts familiaux : un modèle féminin traditionnel,, Québec, Institut québécoise de recherche sur la culture, 4e trimestre, , 475 p., p. 224, Chapitre 7 : De l’enseignement ménager à l’enseignement familial
  18. Catherine Charron, « La question du travail domestique au début du XXe siècle au Québec : Un enjeu à la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, 1900-1927 », Mémoire, Université Laval,‎ , p. 137 pages. (lire en ligne)
  19. Marilyne Brisebois, « « L’enseignement ménager au Québec : entre «mystique» féminine et professionnalisation, 1930-1960 » », Érudit,Recherches féministes, vol. 30, no 2,‎ , p. 17–37 (lire en ligne)
  20. Caroline Durand, Nourrir la machine humaine: Nutrition et alimentation au Québec, 1860-1945, Montréal, McGill University Press, , 301 p.
  21. Michel Gauvreau, Les origines catholiques de la Révolution tranquille, Montréal, Fides, , 465 p.
  22. Claudie Solar, « Nicole Mosconi, Genre et éducation des filles. Des clartés de tout, Paris, L’Harmattan, 2017, 206 p », Érudit,Recherches féministes, volume 31, numéro 1,‎ , p. 316–321. (lire en ligne)
  23. Nicole Mosconi, Genre et éducation des filles. Des clartés de tout., Paris, L’Harmattan, , 206 p.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Pour aller plus loin[modifier | modifier le code]

- Lafontaine, Danielle. Thivierge, Nicole. (1997). Les Femmes actrices de changement et le devenir des espaces urbains et ruraux régionaux au Québec. Repéré à https://www.erudit.org/fr/revues/rf/1997-v10-n2-rf1656/057940ar.pdf

- Mathieu, Jocelyn. (2003). L'Éducation familiale et la valorisation du quotidien des femmes au XXe siècle. Repéré à https://www.erudit.org/fr/revues/cdd/2003-n57-cdd5007928/1008105ar.pdf

- Reed, Judit. (2005). Brève histoire du féminisme. Repéré à http://www.relais-femmes.qc.ca/FADAFEM/pdf/histoirefem.pdf

- Roy, Paul-Émile. (2001). Les Québécois et leur héritage religieux. Repéré à https://www.erudit.org/fr/revues/mensaf/2001-v2-n1-mensaf01345/1024456ar.pdf

Lien externe (extrait vidéo)[modifier | modifier le code]

- BAnQ Québec. Sujets : Centres d'enseignement ménager, « Les écoles ménagères provinciales ». Maurice Proulx. (1938): http://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2280063

Publications de Nicole Thivierge[modifier | modifier le code]

- Nicole Thivierge, GRIDEQ : https://www.uqar.ca/uqar/recherche/unites_de_recherche/grideq/publications/publications-nicole-thivierge.pdf