École hypercritique (islamologie)

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Dans le contexte des études islamiques, l'école hypercritique est un courant de pensée historico-critique qui s'est développé principalement dans les années 1970 au sein de l'exégèse coranique moderne, discipline où elle a opéré un changement de paradigme[1],[2],[3] et utilisant une approche radicalement hypercritique.

Plusieurs noms ont été donnés à cette école : « hypercritique », « révisionniste »[4] et associé à l'idée de "thèses radicale"[5]. Robin précise que ces thèses sont appelées "revisionnistes" en anglais[5] même si un usage français est attesté[4].

Définition commune[modifier | modifier le code]

Jusqu'au début des années 1970[6], les scientifiques islamiques non-musulmans n'acceptant pas la divinité du Coran, acceptaient quand même son histoire d'origine[7] "dans la plupart de ses détails"[8] aussi bien que la fiabilité de tafsir (commentaires sur le Coran)[9], hadith (Paroles ou récits liés à Mahomet) et Sira (biographie de Mahomet). Les chercheurs utilisant les méthodes historico-critiques usent d'une approche critique d'analyse des sources ("source-critical approach") pour traiter cette littérature aussi bien que l'étude de l'archéologie, l'épigraphie, la numismatique et la littérature non-arabe contemporaine[10]. Cette méthodologie fournit "des faits réels" tandis que les témoignages islamiques traditionnels qui datent de 150-200 ans après Mahomet ont été soumis aux préjugés et modifications des auteurs et commentateurs[11][réf. à confirmer]. Les arguments contre la crédibilité des traditions islamiques classiques concernant les sources d’islam ont été synthétisés par Prof. Hans Jansen dans son ouvrage De Historische Mohammed[12] et ont été mis en lumière dès les recherches de Goldziher[13]

Tandis que l'attitude critique est de considérer une tradition comme vraie tant qu'il n'est pas prouvé qu'elle est fausse,le principe de l'école hypercritique est de considérer qu'une source ancienne n'est tenue pour bonne que si on a trouve des raisons valides, des preuves externes pour l'agréer[14].

Naissance de l'école hypercritique[modifier | modifier le code]

Cette école est celle de Leone Caetani (1869-1935)[Note 1], Henri Lammens (1862-1937), Alphonse Mingana (1878-1937), Paul Casanova (1861-1926)[Note 2], Joseph Schacht (1902-1969) et, parmi les contemporains, John Wansbrough. Cette critique radicale sur les origines de l'islam et la généalogie du Coran commence à la fin du XIXe siècle mais elle sort du cercle des érudits[Note 3] avec la parution en 1977 des travaux de John Wansbrough sous le titre de Quranic studies et The Sectarian Milieu[biblio 1] ; sa théorie qu'on nommera plus tard « de l'école déconstructiviste » ou « hypercritique » expose que le Coran est la compilation d'une suite de logia. S'appuyant entre autres sur le fait que le Coran n'est pas à la source du droit musulman jusqu'au IXe siècle, il rejette l'existence d'une vulgate othmanienne et fait du Coran une création d'une communauté musulmane déjà existante[15].

Les travaux de Wansbrough, bien que remis aujourd'hui en cause[16], "a fait progresser les études coraniques de façon substantielle"[17]

École de Sarrebruck[modifier | modifier le code]

École de Sarrebruck
Histoire
Fondation
Cadre
Type
Forme juridique
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Mouvement
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Siège
Pays
Organisation
Fondateur
Site web

Un renouveau de cette école s'observe dans le groupe dit "de Sarrebruck", en Allemagne (Saarbrücker Schule). Depuis les années 1970, Günter Lüling und Gerd-Rüdiger Puin se concentre sur la recherche historico-critique du développement du Coran. Toujours à Sarrebruck, Karl-Heinz Ohlig a développé dans les années 2000 avec Volker Popp et Markus Groß une théorie des premiers temps de l'islam qui n'a pas besoin de Mahomet en tant que personnage historique[réf. nécessaire].

Cette école est dirigée par Karl-Heinz Ohlig[17].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Leone Caetani
  2. Paul Casanova
  3. Pour la période précédente, on regardera avec attention la série des articles intitulés « Un texte et une histoire énigmatiques »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) par Mohammad Ali Amir-Moezzi tirés à part de sa préface au Dictionnaire du Coran, Éditions Robert Laffont, Collection « Bouquins », Paris, 2007.
  1. John Wansbrough, Quranic Studies : Sources and Methods of Scriptural Interpretation, Londres, Oxford University Press, 1977 : The Sectarian Milieu: Content and Composition of Islamic Salvation History, Londres, Oxford University Press, 1978.

Références[modifier | modifier le code]

  1. François de Blois, Islam in its Arabian Context, S. 615, in: The Qur'an in Context, edited by Angelika Neuwirth etc., 2010
  2. Alexander Stille: Scholars Are Quietly Offering New Theories of the Koran, New York Times 02 March 2002
  3. Toby Lester: What Is the Koran? in: The Atlantic issue January 1999
  4. a et b Meir Michael Bar-Asher et Mohammed Ali Amir-Moezzi, Les Juifs dans le Coran, Albin Michel, , 288 p. (ISBN 978-2-226-43344-2, lire en ligne)
  5. a et b Robin J., « L’Arabie préislamique » dans Le Coran des Historiens, t.1, Editions du Cerf, 2019, p. 59.
  6. « Recent Scholarship », Journal of American History, vol. 95, no 2,‎ , p. 633–633 (ISSN 0021-8723, DOI 10.1093/jahist/95.2.633, lire en ligne, consulté le )
  7. S. Okutucu, U.N. Karakulak, B. Evranos et F. Jam, « PP-166 SCIMITAR SYNDROME: TURKISH SWORD-LIKE SHADOW ON CHEST RADIOGRAPHY », International Journal of Cardiology, vol. 155,‎ , S152 (ISSN 0167-5273, DOI 10.1016/s0167-5273(12)70369-8, lire en ligne, consulté le )
  8. Jonathan Donner, « Shrinking Fourth World? Mobiles, Development, and Inclusion », dans Handbook of Mobile Communication Studies, The MIT Press, (ISBN 978-0-262-11312-0, lire en ligne), p. 29–42
  9. Patricia Crone, Meccan Trade and the Rise of Islam, Gorgias Press, (ISBN 978-1-4632-0993-3, lire en ligne)
  10. « Books Received », Journal of Islamic Studies, vol. 14, no 3,‎ , p. 415–420 (ISSN 0955-2340 et 1471-6917, DOI 10.1093/jis/14.3.415, lire en ligne, consulté le )
  11. « BOOKS RECEIVED », Journal of Islamic Studies, vol. 11, no 3,‎ , p. 410–419 (ISSN 0955-2340 et 1471-6917, DOI 10.1093/jis/11.3.410, lire en ligne, consulté le )
  12. « De historische Mohammed », sur www.goodreads.com (consulté le )
  13. Shoemaker St. J., « Les vies de Muhammad », dans Le Coran des historiens, t.1, 2019, p. 207-214..
  14. Mohamed-Ali Amir Moezzi, Dictionnaire du Coran, Collection Bouquins, Robert Laffon
  15. Claude Gilliot, Origines et fixation du texte coranique,
  16. Gilliot, Claude, Origines et fixation du texte coranique (OCLC 784156219, lire en ligne)
  17. a et b Jan M. F. Van Reeth, « Le Coran silencieux et le Coran parlant : nouvelles perspectives sur les origines de l’islam. Notes critiques », Revue de l’histoire des religions, no 3,‎ , p. 385–402 (ISSN 0035-1423, DOI 10.4000/rhr.8125, lire en ligne, consulté le )

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]