École de Crozant

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L'école de Crozant désigne de façon informelle une succession de colonies d'artistes pratiquant la peinture de paysage et qui s'étaient établis autour du village de Crozant, situé à la limite nord du département de la Creuse, d'où son nom. Elle est composée d'une pléiade de peintres qui, à partir des années 1850-1860, travaillèrent sur les rives des deux Creuses (Grande Creuse et Petite Creuse), de la Sédelle et de la Gargilesse à proximité des communes de Crozant et de Fresselines.

Ces colonies de peintres se font plus rares à partir des années 1920, après que la vallée a été noyée sous les eaux d'un barrage. C'est une école « sans maître », qui n'est rien d'autre qu'une commode appellation, imaginée ultérieurement, pour désigner tous ceux qui ont trouvé l'inspiration dans ces vallées creusoises. Durant près d'un siècle, près de 500 peintres fréquentèrent ces lieux[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Naissance d'une école du paysage[modifier | modifier le code]

Cottage at East Bergholt, paysage de John Constable, peint dans les années 1820.

Au début du XIXe siècle, les critères artistiques s'étaient fixés autour de la tradition néoclassique, dans la suite du peintre Jacques-Louis David. En marge de cet académisme, le romantisme formalisé par Géricault, Bonington et Delacroix prenait de l'ampleur. En 1824, tandis que le Salon de Paris exposait quelques-unes des œuvres de John Constable, déjà Camille Corot trouvait en la forêt de Fontainebleau, à Barbizon, un lieu d'inspiration dans sa quête de nature. Une nouvelle génération de peintres abandonne peu à peu le formalisme académique et puise son inspiration dans la campagne : ils produisent des toiles souvent rurales, s'éloignant des scènes et drames mythologiques, du maniérisme, du bucolisme féérique, et surtout, ils quittent l'atelier pour le plein air, privilégient la peinture d'après nature, directement et face aux éléments. Peu avant la révolution de 1848, des peintres comme Gustave Courbet et Millet (avec Le Semeur (1850) ou Les Glaneuses (1857) étendent leurs visions aux personnages ruraux, peignant la paysannerie, les travaux des champs, le terroir, une évocation de la vie simple, sans mise en scène dramatique ni démonstration. Sur le plan littéraire, les influences de Jean-Jacques Rousseau et surtout de Georges Sand sont déterminantes.

L'origine de Crozant[modifier | modifier le code]

Le village de Fresselines est située à une cinquantaine de kilomètres de Nohant la résidence de George Sand (1804-1876). Celle-ci, accompagnée d'hôtes prestigieux, appréciait les promenades dans les vallées creusoises autour de Fresselines et de Crozant. Elle évoquera Crozant ou Fresselines dans plusieurs de ses romans : Lettres d'un voyageur[2], Le péché de Monsieur Antoine[3], Jeanne[4]. George Sand se voit offrir en 1857 par son compagnon Alexandre Manceau une petite maison à Gargilesse-Dampierre à une dizaine de kilomètres de Crozant. Elle y passera de nombreux séjours.

La renommée de Crozant et de ses environs attirent alors de nombreux artistes peintres.

Une école sans maître[modifier | modifier le code]

Le terme d'« école de Crozant » a été forgé dès 1864, mais c'est un terme générique, aucun maître n'ayant jamais enseigné dans les vallées creusoises. De même, il faut attendre 1891 pour voir le terme d'« école de Barbizon » apparaître. Ce genre d'appellation sert donc à qualifier une successions de colonies de peintres venues s'installer à Crozant entre les années 1860 et jusqu'au milieu du XXe siècle.

Les artistes ayant séjourné dans la vallée de Crozant[modifier | modifier le code]

Paysage avec du bétail au Limousin (1837) de Jules Dupré.
Soirée d'octobre, les bords de la Creuse (1864) par Gustave Eugène Castan.
La Petite Creuse (1889) de Claude Monet.
Paysage de neige à Crozant (1895), d'Armand Guillaumin.

Peintres[modifier | modifier le code]

Dès le début des années 1850, Jules Dupré (1811-1889) et Georges de Lafage-Laujol (1830-1858) y posent leurs chevalets. Armand Guillaumin (1841-1927), qui a eu la chance de gagner le gros lot de la Loterie nationale (1891), est désormais débarrassé de tout souci matériel et peut se consacrer entièrement à la peinture. En 1893, après avoir exploré le Limousin dont la Creuse, il choisit Crozant comme résidence de prédilection. Non loin de l'église de Crozant, se trouve son buste en bronze. Claude Monet, au cours d'un séjour à Fresselines de mars à mai 1889, réalise une série sur le site du confluent des deux Creuses. Il produit 23 toiles dans la vallée[5].

Autres peintres par génération[modifier | modifier le code]

Écrivain et poète[modifier | modifier le code]

Rollinat en 1900.

Le poète Maurice Rollinat (1846-1903), filleul littéraire de George Sand, se retira à Fresselines en 1883 pour y continuer son œuvre. Il s'y entoure d'amis avec lesquels il partagera les dernières années de sa vie. Maurice Leblanc visita Rollinat, qu'il avait connu à Paris[8]. Les Névroses, publié chez Charpentier en 1883, annoncé dès 1882, ce recueil est le plus célèbre de Rollinat, en 1886, il publiera l'Abîme, puis Paysages et Paysans ainsi qu'un recueil en prose En errant[9]. Claude Monet partagea la table de Rollinat, à Fresselines en 1889. À sa mort en 1903, Auguste Rodin offre à la commune de Fresselines un bas-relief sculpté intitulé « La Muse et son Poète ». Cette sculpture est exposée sur le mur de l'église du village.

Le barrage[modifier | modifier le code]

En 1926, une autre histoire commence pour les bords de Creuse, qui sont noyés par un barrage pour cause de production d'électricité, sous les eaux de la plus grande retenue d'Europe à l'époque, le barrage d'Éguzon[10]. Le nouveau pôle d'attraction touristique est désormais le Lac de Chambon du nom d'un village de la commune d'Éguzon-Chantôme, riveraine du nouveau lac. Si les gorges profondes perdent alors une partie de leur caractère sauvage qui plaisait tant aux peintres, on y gagne une zone touristique à la « plage de Fougères ».

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Chantal Georgel (dir.), La Forêt de Fontainebleau, un atelier grandeur nature, catalogue de l'exposition du Musée d'Orsay (6 mars au 13 mai 2007), éd. RMN, 2007, 242 p. (ISBN 978-2711852888)
  • Christophe Rameix, L'école de Crozant, les peintres de la Creuse et de Gargilesse ,1850-1950, 196 p., éditions Lucien Sauny, 1991 ; réédité en 2002, 200 p. (ISBN 2911551877)
  • Christophe Rameix, Les maîtres de la Creuse, catalogue de l'exposition « Chefs-d'œuvre de l'école de Crozant-Gargilesse,1830-1930 », 95 p., éditions des Amis des peintres de Crozant, 1997
  • Christophe Rameix, Detroy : œuvres majeures, catalogue de l'exposition « Léon Detroy (1859-1955) », éditions des Amis des peintres de Crozant, 2000
  • Catherine Wachs Genest, Christophe Rameix, La Creuse de Guillaumin, catalogue de l'exposition « Guillaumin, 2007 », 47 p., musée d'art et d'archéologie de Guéret, Guéret, 2007

Articles connexes[modifier | modifier le code]