École de Berlin (musique classique)

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Le concert de flûte de Frédéric le Grand à Sans-Souci, par Adolph von Menzel. Le roi de Prusse Frédéric II joue de la flûte au centre, face à Carl Philipp Emanuel Bach, assis au clavecin ; à droite, Franz Benda en costume noir et Johann Joachim Quantz adossé au mur; Carl Heinrich Graun est le quatrième homme en partant de la gauche.

L’École de Berlin (également appelée école de l'Allemagne du nord ou norddeutsche Schule) est l'école de musique classique qui regroupe les musiciens, compositeurs et théoriciens qui, de 1732 à 1786 environ, furent attachés à la cour du roi de Prusse Frédéric II, à Potsdam[1],[2].

Le terme d'école de Berlin fut utilisé dès 1773 par le musicologue anglais Charles Burney, puis par le poète et compositeur allemand Christian Friedrich Daniel Schubart dans les années 1780[3].

Cette école joua, aux côtés de l'École de Mannheim qui lui est contemporaine, un rôle déterminant dans la transition entre la musique baroque et la musique de la période classique.

Mais, contrastant avec ce rôle pionnier, l'école de Berlin fut aussi le dernier bastion de la viole de gambe, avec pas moins de sept compositeurs pour cet instrument[3].

Historique[modifier | modifier le code]

Au XVIIe siècle, Frédéric-Guillaume Ier de Brandebourg, prince-électeur et margrave de Brandebourg consacre ses moyens financiers au redressement du Brandebourg, dévasté par la guerre de Trente Ans : les moyens restreints de l'État ne permettent donc à cette époque qu'une vie culturelle modeste, ce qui se traduit par les effectifs restreints de la chapelle de la Cour, qui ne compte alors que treize musiciens[4].

Son successeur, le prince-électeur Frédéric III de Brandebourg, prend en 1701 la dignité royale sous le titre de « roi en Prusse » et, devenu Frédéric Ier de Prusse, favorise le développement de la vie de Cour[4].

Mais l'essor de la musique à la cour de Berlin est interrompu par l'avènement de son fils Frédéric-Guillaume Ier de Prusse, surnommé « le Roi-Sergent », qui ne donne guère de place aux arts[4].

Tout change cependant avec Frédéric II (roi de 1740 à 1786), très attaché à la poésie et à la musique[4].

Alors qu'il n'est encore que prince héritier, Frédéric constitue un orchestre privé à partir de 1732 à sa résidence de Ruppin avec Johann Gottlieb Graun dès 1732, rejoint par Franz Benda en 1733, Johann Georg Benda en 1734, Carl Heinrich Graun en 1735 puis Christoph Schaffrath et Johann Gottlieb Janitsch en 1736[5],[6],[7].

En 1736, le Kronprinz et ses musiciens déménagent au château de Rheinsberg, vingt kilomètres plus au nord[5],[7]. Carl Philipp Emanuel Bach rejoint l'orchestre du prince en 1738 à Rheinsberg.

En mai 1740, âgé de 28 ans, il monte sur le trône de Prusse sous le nom de Frédéric II et transporte sa cour à Potsdam près de Berlin[7],[8]. Grand joueur de flûte et compositeur lui-même, il s'attache en 1741 les services du grand spécialiste de cet instrument, Johann Joachim Quantz[8] pour agrandir son orchestre et donner ainsi naissance à l'école de Berlin[9]. L'orchestre est complété en 1742 avec l'arrivée de Georg Anton Benda[10],[11].

On notera que les frères Graun, les frères Benda, Schaffrath et Quantz sont tous passés préalablement par Dresde, Franz Benda et Quantz ayant fait partie de la Chapelle de la Cour de Saxe à Dresde[4].

L'école de Berlin est donc contemporaine de l'école de Mannheim qui démarre avec l'arrivée à Manmheim du musicien tchèque Johann Stamitz en 1741 ou 1742. Elle lui est même antérieure de près de 10 ans si on prend en compte les années passées à Ruppin et à Rheinsberg.

Musiciens[modifier | modifier le code]

La chapelle royale (Königliche Kapelle) de Frédéric II regroupe une quinzaine de musiciens, compositeurs et théoriciens de la musique allemands[1],[2],[4],[12],[13],[14],[15] :

Elle intègre également trois musiciens tchèques, trois frères provenant de Bohême, une région considérée au XVIIIe siècle comme le « conservatoire de l'Europe »[21],[22],[23],[24]:

Carl Philipp Emanuel Bach se séparera de l'école berlinoise à la mort de son parrain Telemann (1767) pour poursuivre son chemin propre[27],[28].

Le roi musicien et son professeur de flûte[modifier | modifier le code]

Comme il a été dit plus haut, le roi Frédéric II était lui-même un flûtiste et un compositeur[12] auquel on doit des symphonies et des concertos pour flûte.

Son professeur de flûte était son musicien de chambre et compositeur de cour Johann Joachim Quantz[4] qui lui donnait des leçons à Dresde depuis 1728 et qu'il avait fait venir à Berlin en 1741[16],[29],[8].

Quantz, qui avait été l'élève du français Pierre-Gabriel Buffardin[30] écrivit pour le roi environ trois cents concertos et deux cents partitions de musique de chambre pour flûte[16],[29],[8].

Quantz était le seul autorisé à féliciter le monarque à haute voix de ses prouesses musicales, et il percevait un salaire de 2.000 thalers, considérablement plus élevé que celui de Carl Philipp Emanuel Bach, qui ne percevait que 300 thalers[8] par an, soit moins encore que ses anciens élèves Nichelmann et Agricola qui étaient payés le double[5].

Style[modifier | modifier le code]

L'école de Berlin a contribué à construire le style classique après l'école préclassique de Vienne et aux côtés de l'École de Mannheim, même si un goût prononcé pour le contrepoint apparente encore certaines œuvres de Quantz, des frères Graun et de Benda à la musique baroque[27].

Elle possède un style mi-galant, mi-sentimental[30] mais, selon Günter Birkner et Félix Raugel, « à Berlin, l'élément galant, si présent dans les écoles classiques de Vienne et de Mannheim, s'exprime moins qu'une certaine tendance sentimentale, qui au cours des années s'accentue de telle façon qu'elle aboutira finalement au "style sentimental", mettant l'accent sur le mouvement lent des oeuvres »[27].

Genres musicaux[modifier | modifier le code]

Genre orchestral[modifier | modifier le code]

Le genre orchestral est représenté à Berlin par de nombreux sous-genres[1] :

  • les symphonies de Carl Philipp Emanuel Bach et de Frédéric II (symphonie Il Rè pastore) ;
  • les concertos et sonates pour clavier de Carl Philipp Emanuel Bach, Carl Friedrich Christian Fasch, Johann Philipp Kirnberger, Carl Heinrich Graun et Georg Benda ;
  • les concertos pour violon de Johann Gottlieb Graun et Franz Benda ;
  • les concertos et sonates pour flûte de Johann Joaquim Quantz, Frédéric II et Franz Benda.

Opéra[modifier | modifier le code]

Dans le domaine lyrique, Carl Heinrich Graun a composé 33 opéras, dont certains sur des livrets du roi[1].

Viole de gambe[modifier | modifier le code]

Par ailleurs, l'école de Berlin fut (en dehors de Karl Friedrich Abel) le dernier bastion de la viole de gambe avec pas moins de 47 œuvres pour cet instrument produites par sept compositeurs : Johann Gottlieb Graun, Carl Heinrich Graun, Johann Gottlieb Janitsch, Franz Benda, Christoph Schaffrath, Carl Philipp Emanuel Bach et Ludwig Christian Hesse[3].

Lied[modifier | modifier le code]

La première école de Lieder de Berlin[modifier | modifier le code]

Le genre musical du lied était bien représenté à Berlin, où Carl Philipp Emanuel Bach, Christoph Nichelman, Johann Friedrich Agricola, Johann Philipp Kirnberger et Christian Gottfried Krause s'illustrèrent au sein de ce que l'on appelle en allemand la Erste Berliner Liederschule[1],[31],[32].

Les compositeurs de la première école de Lieder de Berlin privilégiaient une mélodie simple et naturelle (sangbar) et un style populaire (volkstümlich)[12],[31].

La seconde école de Lieder de Berlin[modifier | modifier le code]

Une seconde école de Lieder de Berlin regroupera plus tard les musiciens Johann Abraham Peter Schulz (1747-1800), élève de Kirnberger, Johann Friedrich Reichardt (1752-1814), beau-fils de Franz Benda, et Carl Friedrich Zelter (1758-1832), élève de Fasch[2],[12],[33],[34].

Contrairement aux compositeurs de la première école de Lieder de Berlin, partisans d'un style populaire (volkstümlich), ceux de la deuxième école optent pour une poésie plus élaborée, en particulier celle de Goethe[12],[31].

Théorie musicale[modifier | modifier le code]

Enfin, l'école de Berlin est riche en théoriciens de la musique : Carl Philipp Emanuel Bach, Nichelmann, Kirnberger, Agricola et Marpurg, tous élèves directs ou indirects de Johann Sebastian Bach[1],[35].

Discographie[modifier | modifier le code]

En dehors des nombreux enregistrements consacrés au répertoire de Carl Philipp Emanuel Bach, on retiendra les enregistrements suivants :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Encyclopédie Larousse : école de Berlin
  2. a, b et c (en) Don Michael Randel, The Harvard Concise Dictionary of Music and Musicians, Harvard University Press, 1999, p. 67.
  3. a, b et c (en) Michael O'Loghlin, Frederick the Great and his Musicians: The Viola da Gamba Music of the Berlin School, Ashgate Publishing, 2008, p. 1.
  4. a, b, c, d, e, f et g Günter Birkner et Félix Raugel, La Musique - Les Hommes, les instruments, les œuvres - Chapitre II : La musique dans les pays germaniques, Librairie Larousse, 1965, p. 307-308
  5. a, b et c (en) Tim Blanning, Frederick the Great: King of Prussia, Random House, 2016.
  6. Bertil van Boer, op. cit., p. 241 et 292
  7. a, b et c (en) Michael O'Loghlin, op. cit., p. 146.
  8. a, b, c, d et e Marc Vignal, « Prusse et flûte », Musikzen,
  9. RTBF Musiq'3 : La musique à la Cour de Frédéric II
  10. a et b Bertil van Boer, op. cit., p. 70-71
  11. a et b Marc Vignal, « Benda Georg - (1722-1795) », Encyclopædia Universalis
  12. a, b, c, d et e Nathalie Coronvaux, « Le lied germanique [II] », Pointculture.be,
  13. Édouard Bailly, « Christoph Schaffrath Musik « Unter Den Linden » », ResMusica,
  14. Notice du CD Sonate da camera de Johann Gottlieb Janitsch par Christopher Palameta et l'ensemble Notturna, 2008
  15. (en) Bertil van Boer, Historical Dictionary of Music of the Classical Period, Scarecrow Press, 2012.
  16. a, b et c Marc Vignal, « Quantz Johann Joachim - (1697-1773) », Encyclopædia Universalis
  17. Bertil van Boer, op. cit., p. 240
  18. Marc Vignal, « Graun Carl Heinrich », Encyclopædia Universalis
  19. Bertil van Boer, op. cit., p. 25
  20. Bertil van Boer, op. cit., p. 188
  21. Choeur du Hainaut
  22. David Alon, « Le XVIIIème siècle tchèque ou le provincialisme relatif », Radio Praha,
  23. Présidence tchèque de l'Union Européenne - eu2009.cz
  24. Geo.fr
  25. Bertil van Boer, op. cit., p. 69
  26. Bertil van Boer, op. cit., p. 71-72
  27. a, b et c Günter Birkner et Félix Raugel, op. cit., p. 314
  28. Bertil van Boer, op. cit., p. 50
  29. a et b Jean-Marc Warszawski, « Quantz Johann Joachim 1697 - 1773 », Musicologie.org, 1995-2002
  30. a et b François Lazarevitch, « Les Flûtistes du Roi de Prusse », Les Musiciens de Saint-Julien,
  31. a, b et c (en) Don Michael Randel, The Harvard Dictionary of Music, Belknap Press of Harvard University Press, 2003, p. 463.
  32. Bertil van Boer, op. cit., p. 75
  33. (en) John Michael Cooper et Randy Kinnett, Historical Dictionary of Romantic Music, Scarecrow Press, 2013, p. 553.
  34. (en) Richard Taruskin, « The lied grows up », Oxford History of Western Music
  35. (en) Michael Marissen, Bach Perspectives, Volume 3, éditeur Michael Marissen, p. 23.

Articles connexes[modifier | modifier le code]