École Sudbury

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Les écoles Sudbury sont des écoles qui vont en général de la maternelle jusqu'à la fin du secondaire, et où les élèves sont eux-mêmes responsables de leurs apprentissages. Elles sont régies par un principe de démocratie directe: les jeunes et les adultes y sont égaux. Les élèves décident individuellement de ce qu’ils font de leur temps et ils ont tendance à apprendre de manière informelle en menant leur vie, plutôt que par le biais de cours. Il n'y a aucun programme éducatif prédéterminé, de programme d'études normatif ou d'instruction standardisée. C’est une forme d'éducation démocratique.

Bien qu'il n'y ait aucune réelle définition de l’école Sudbury[1] la culture qui y est sous-jacente a été décrite avec des mots tels que liberté, confiance, respect, responsabilité et démocratie.

Le nom « Sudbury » vient d’une école, la Sudbury Valley School, créée en 1968 à Framingham, à côté de Sudbury dans le Massachusetts. Aujourd'hui il existe plus de 60 écoles Sudbury dans le monde [2]. Certaines ont repris « Sudbury » dans leur nom, mais pas toutes. Ces écoles fonctionnent comme des entités indépendantes et ne sont formellement associées en aucune[3].

Les écoles Sudbury sont basées sur des croyances telles que 1) les enfants maîtrisent déjà les comportements nécessaires à l'âge adulte et 2) avoir des droits démocratiques dès l’enfance est la meilleure manière de se préparer à vivre en démocratie.

Les écoles Sudbury sont définies tant par leur philosophie globale que par leurs méthodologies spécifiques. Un membre du personnel de la Cedarwood Sudbury School a écrit qu’une école alternative publique du voisinage avait des règles qui ressemblaient à la philosophie de Cedarwood, mais que leur école était complètement différente en pratique."[4]

Croyances sous-jacentes[modifier | modifier le code]

Les écoles Sudbury sont basées sur[5] :

  1. La croyance éducative selon laquelle les enfants ont déjà (et donc il n’est pas nécessaire de leur enseigner) les principales compétences nécessaires à leur vie d’adulte, telles que la créativité, l'imagination, la vigilance, la curiosité, la considération, la responsabilité et le jugement. Ce dont manquent les jeunes est de l'expérience, et ils peuvent en acquérir si les adultes les guident de façon ouverte.
  1. La croyance sociopolitique selon laquelle avoir de réels droits démocratiques pendant l'enfance est la meilleure façon de devenir un adulte capable de vivre en démocratie.

"Les principes fondamentaux de l'école sont simples : tous les gens sont curieux par nature; l'apprentissage le plus efficace, le plus profond et le plus durable a lieu au départ et est poursuivi par l'apprenant; chaque personne est créative, si on la laisse développer ses talents uniques; le mélange des âges parmi les élèves fait grandir tous les membres du groupe; et la liberté est essentielle pour le développement de la responsabilité personnelle."[6]

Les croyances sous-jacentes au modèle Subdury sont très similaires à celles de l'École du 3e Type, théorisée et développée par Bernard Collot en France.

Organisation démocratique[modifier | modifier le code]

L’école démocratique. Tous les aspects de la direction d’une École Sudbury sont décidés en Conseil d'école hebdomadaire[7]. Le Conseil adopte, amende et abroge le règlement intérieur, gère le budget de l'école et vote l'embauche et le licenciement du personnel. Chaque personne présente – cela inclut tous les élèves et le personnel - a un vote égal et la plupart des décisions sont votées à la majorité simple[3],[8].

Les règles de l’école sont normalement compilées dans son règlement intérieur, qui est mis à jour au fil du temps. Il y a habituellement un ensemble de procédures à suivre pour traiter les plaintes, et la plupart des écoles suivent des directives qui respectent l’idée d’un processus de loi. Il y a des règles exigeant une enquête, une audition, un procès, et qui permettent de faire appel[9], suivant dans l’ensemble la philosophie selon laquelle les élèves font face aux conséquences de leur propre comportement[10].

Apprentissage[modifier | modifier le code]

La philosophie pédagogique de Sudbury peut être récapitulée ainsi : l'apprentissage est un résultat naturel de toute activité humaine[11]. L’apprentissage prend sa source et sa motivation à l’intérieur de soi[12].

Il y a de nombreuses façons d'apprendre. L’apprentissage est actif, il ne nous est pas donné[13]; la présence et les conseils d'un professeur ne sont pas nécessaires.

Le libre échange des idées, la conversation ouverte et les interactions entre les gens permettent d’accéder à de nombreux domaines de connaissances qui peuvent être pertinents et intéressants pour les élèves. Le mélange des âges : Les élèves plus âgés apprennent des plus jeunes et inversement. Les grands servent de modèles, positifs ou négatifs, aux plus jeunes. L’omniprésence du jeu a conduit à une observation récurrente des gens qui visitent une école Sudbury pour la première fois : les élèves ont l’air d’être en « récréation » en permanence[11],[14],[15].

On donne aux élèves, de manière implicite et explicite, la responsabilité de leur éducation : la seule personne qui conçoit ce qu’un élève va apprendre est l’élève lui-même, sauf quand un élève demande un enseignement particulier ou organise une formation. Les écoles Sudbury ne comparent pas et ne classent pas les élèves. L’école n’exige aucun contrôle, aucune évaluation ou bulletin de notes.

Lecture[modifier | modifier le code]

La lecture est traitée de la même manière que les autres sujets : les élèves apprennent à lire quand ils le choisissent, ou simplement en vivant leur vie.

"Seuls quelques enfants cherchent à obtenir de l’aide quand ils décident d'apprendre. Chaque enfant semble avoir sa propre méthode. Certains apprennent en écoutant des lectures, qu’ils vont mémoriser, et finalement lire par eux-mêmes. D'autres apprennent à partir des boîtes de céréales, de règles du jeu ou des panneaux qu’ils voient dans la rue. Certains apprennent tout seuls le son des lettres, d'autres des syllabes, d'autres encore des mots entiers. À vrai dire, la plupart du temps nous ne savons pas comment ils procèdent et ils nous le disent rarement."[16]

Sudbury Valley School revendique que tous ses élèves ont appris à lire. Alors qu’ils apprennent à lire à des âges divers, il semble qu’il n'y ait aucun inconvénient à un apprentissage tardif de la lecture : Personne, en rencontrant leurs élèves les plus âgés, ne pourrait deviner à quel âge ils ont appris à lire[16],[17].

Comparaison avec des modèles apparentés[modifier | modifier le code]

Le modèle diffère à certains égards d'autres types d'écoles démocratiques et d’écoles libres, mais il y a beaucoup de ressemblances :

  • Peu d'emphase sur les leçons : il n'y a pas de programme d'études ou d’ensemble de cours exigés. À la place c’est l’intérêt de l’apprenant qui conduit les choses, avec des élèves qui étudient ce qu’ils ont envie d’étudier[3]. Il n'y a généralement pas de salles de classe, seulement des pièces où les gens choisissent de se rassembler[18].
  • Le mélange des âges : les élèves ne sont pas séparés par tranches d'âge d'aucune sorte et ils ont la possibilité de se mélanger librement, en interagissant avec des plus jeunes et des plus âgés qu'eux; ce décloisonnement des âges est un outil puissant pour l’apprentissage et le développement quel que soit l’âge[19].
  • Démocratie autonome : l’implication des parents est limitée ou inexistante dans l’administration de l’école; les écoles Sudbury sont administrées par le Conseil où les élèves et le personnel participent exclusivement et également. De telles réunions sont aussi la seule autorité qui embauche et licencie du personnel, contrairement à la plupart des autres écoles[20].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. The 202 Collection, Sudbury Valley School Press, p. 5-14
  2. Sudbury Valley School web page
  3. a, b et c Arthur K. Ellis, Exemplars of curriculum theory, Eye on Education, (ISBN 1-930556-70-5).
  4. The 2002 Collection, Sudbury Valley School Press, p. 5
  5. The Birth of a New Paradigm for Education by Dan Greenberg in The Sudbury Valley School Experience, 3 rd ed.
  6. Mimsy Sadofsky et Daniel Greenberg, The Kingdom of Childhood: Growing Up at Sudbury Valley School, The Sudbury Valley School Press, (ISBN 978-1-888947-02-1, lire en ligne).
  7. « Students revel in free-for-all », Telegram & Gazette, Worcester, Massachusetts,‎
  8. Claudia Rowe, « In Woodstock, a nonschool with nonteachers.(Hudson Valley Sudbury School, Woodstock, New York) », The New York Times,‎
  9. Jay Feldman, « The Moral Behavior of Children and Adolescents at a Democratic School », Seattle,
  10. Hara Estroff Marano, A Nation of Wimps: The High Cost of Invasive Parenting, Random House, (ISBN 0-7679-2403-7), p. 237.
  11. a et b Lois Holzman, Schools for Growth: Radical Alternatives To Current Education Models, United Kingdom, Lawrence Erlbaum Associates, (ISBN 0-8058-2357-3), p. 97–99.
  12. Daniel Schugurensky, « Self-governed, Sudbury Valley School begins in Massachusetts in History of Education: Selected Moments of the 20th Century », Ontario Institute for Studies in Education, University of Toronto, (consulté le 31 août 2009)
  13. Greenberg, D. (1987) The Sudbury Valley School Experience Back to Basics.
  14. Peter Gray, « Why We Should Stop Segregating Children by Age: Part I--The Value of Play in the Zone of Proximal Development », Psychology Today, (consulté le 25 octobre 2009)
  15. Gee, James Paul (2003).
  16. a et b Daniel Greenberg, Free at Last: The Sudbury Valley School Press, The Sudbury Valley School Press, (ISBN 978-1-888947-00-7, lire en ligne).
  17. John Taylor Gatto (2000-2003) The Underground History of American Education - A Schoolteacher's Intimate Investigation Into The Problem Of Modern Schooling, Chapter Three - Eyeless In Gaza, The Sudbury Valley School.
  18. Mary Peramas, « The Sudbury School and Influences of Psychoanalytic Theory on Student-Controlled Education », Essays in Education, vol. 19,‎ , p. 119(15)
  19. Peter Gray, « Nature's Powerful Tutors; The Educative Functions of Free Play », The National Honor Society in Psychology (consulté le 25 juillet 2009)
  20. Steven J. Gross, Promises Kept, United States, Association for Supervision and Curriculum Development, (ISBN 0-87120-973-X), p. 140.