Éco-anxiété

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L’éco-anxiété (ou écoanxiété) est un néologisme qui désigne l'ensemble des émotions liées au sentiment de fatalité vis-à-vis du changement climatique. Ces émotions sont principalement la peur, la tristesse et la colère. La principale cause de cette anxiété est l'inaction ou l'insuffisance des actions prises en faveur du climat, par les gouvernements et les populations.

Définitions[modifier | modifier le code]

De manière générale, l'éco-anxiété est l'expression de fortes émotions face à la dégradation de l'état de la planète, de la pollution au réchauffement climatique. Ces émotions sont aussi bien de l'angoisse, que de la frustration, de la colère, de l'impuissance et de la culpabilité[1]. Parmi ces craintes, des idées comme la mort et la fin du monde sont prépondérantes[2].

Statut de maladie[modifier | modifier le code]

L'éco-anxiété n'est pas reconnu comme une maladie, contrairement au trouble anxieux. Elle ne figure pas dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l'Association Américaine de Psychiatrie (American Psychological Association (APA)). Ainsi, elle n'est pas un diagnostic psychiatrique officiel ni un syndrome[3]. Cependant, l'APA décrit l'éco-anxiété comme une peur chronique d'une ou de catastrophes environnementales[4].

Différence avec la solastalgie[modifier | modifier le code]

La différence principale entre l'éco-anxiété et la solastalgie est le ressenti de la détresse écologique dans la durée. Le premier se ressent par anticipation à un évènement catastrophique environnemental; tandis que le terme de Glenn Albrecht se vit dans l'immédiat[5].

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1970, l'historien américain Theodore Roszak théorise l'éco-anxiété comme une peur par anticipation d'un évènement catastrophique environnementale.

Le terme d'éco-anxiété apparait dans les années 1990 par le biais de plusieurs spécialistes de l'environnement, comme la médecin-chercheuse Véronique Lapaige qui en propose une définition en 1996[6].

Dans les années 2000, l'idée d'une tristesse climatique est consolidée avec le terme de solastalgie par le chercheur australien Glenn Albrecht. La médiatisation de sa théorie augmente la conscience des effets du réchauffement climatique sur l'état de santé psychologique des individus, ce qui mène à la médiatisation sur terme voisin d'éco-anxiété.

En France, le mot est vulgarisé dans les médias lors de la période de canicule de 2019[7].

Causes[modifier | modifier le code]

Les causes de l'éco-anxiété sont principalement liées à l'état de la planète, entre la pollution des ressources naturelles, la diminution des populations animales et le réchauffement climatique. C'est cependant l'inaction ou les projets jugés inutiles des structures gouvernantes qui pousse les individus vers ce mal être[8].

Cela est intimement lié à la surinformation des individus, notamment avec internet facile d'accès. C'est parce que les pratique des usages de ce moyen de communication est très utilisé par les jeunes (14-25 ans) qu'ils sont les principales victimes de l'éco-anxiété[6].

Il est aussi mis en avant que le choix des mots dans les discours écologiques encourage l'éco-anxiété, comme les terme d'effondrement et d'extinction[2].

Les éco-anxieux[modifier | modifier le code]

Les éco-anxieux sont principalement des personnes sensibles aux problèmes liés au réchauffement de la planète.

Si les éco-anxieux ne représentaient auparavant qu'une minorité de personnes, ce n'est plus le cas maintenant. Selon l'étude de 2021, Young People's Voices on Climate Anxiety, Government Betrayal and Moral Injury : A Global Phenomenon dans la revue The Lancet Planetary Health, sur 10 000 jeunes entre 16 et 25 ans étudiés dans dix pays différents, 84 % se disent « inquiets » de l'état de la planète tandis 59 % se disent "très inquiets"[3],[8]. La moitié des personnes questionnées déclarent se sentir anxieux, tristes et en colère concernant la crise climatiques.

Eco-anxiété et les actions[modifier | modifier le code]

Si l'éco-anxiété est vu comme un problème, il est aussi un moteur d'action[6]. Cet état provoque un effet de responsabilité de l'individu face au réchauffement climatique. Ainsi, les actions vont du débat sur la pertinence de faire des enfants dans un cadre de surpopulation de la planète ou encore de changements dans les méthodes de consommations[9]. Parce qu'elle n'est pas irrationnelle et n'est pas provoquée par un évènement traumatisant comme un accident ou un viol, l'éco-anxiété ne peut pas être soignée par la thérapie[6],[1]; si bien qu'elle motive les éco-anxieux à trouver des solutions concrètes[10]. L'exemple le plus célèbre est la grève scolaire pour le climat de Greta Thunberg[2].

L'éco-féminisme[modifier | modifier le code]

Les émotions fortes liées à la dégradation de la planète ont encouragé les mouvements anti-nucléaires des éco-féministes des années 1980[11]. L'éco-féminisme et l'éco-anxiété sont mis en liens selon trois éléments: la facilité qu'ont les femmes a exprimer leurs émotions (leur anxiété), l'idée de la femme créatrice de vie; qui est par conséquent proche de la planète "mère-nature" (ensemble qui rapproche aussi l'image de la sorcière[12]). Pour les femmes engagées dans les mouvement d'éco-féminisme, la tristesse n'est pas synonyme d'impuissance. Ainsi, l'écrivaine et sorcière auto-proclamée Starhawk raconte l'impact qu'ont eu les émotions, bonnes comme mauvaises, sur les actions écologiques des femmes notamment en 1981[13].

L'éco-anxiété dans la culture[modifier | modifier le code]

Les engagements liés à l'éco-anxiété se manifestent aussi dans la culture.

Aurélie Valognes avoua en 2019 avoir écrit son roman La Cerise sur le gâteau suite à une crise d'angoisse écologique qu'elle avait eue, et partage cette peur dans la prise de conscience de ses personnages[2].

En juin 2022, les dessinateurs Olivier Pog et Séverine Lefebvre signent ensemble la bande dessinée L'ami colocataire, sur le thème de l'éco-anxiété.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Laure Noualhat, Comment rester écolo sans finir dépressif, Paris, Editions Tana, (ISBN 979-10-301-0320-5)
  2. a b c et d Pascale Krémer et Audrey Garric, « Eco-anxiété, dépression verte ou « solastalgie » : les Français gagnés par l’angoisse climatique », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  3. a et b INSERM (Salle de presse) et Laelia Benoit (Pédopsychiatre et chercheuse INSERM), « L’éco-anxiété, une maladie mentale, vraiment ? », sur Salle de presse | Inserm, (consulté le )
  4. (en) American Psychological Association, Climate for Health et EcoAmerica, « Mental health and our changing climate: impacts, implications, and guidance » Accès libre, sur www.apa.org, (consulté le )
  5. Pauline Petit, « Solastalgie, éco-anxiété... Les émotions de la crise écologique », sur France Culture, (consulté le )
  6. a b c et d Taïna Cluzeau, « L'éco-anxiété, le nouveau mal du siècle », sur National Geographic, (consulté le )
  7. Béline Dolat, Seham Boutata et François Caunac, « L’éco-anxiété, crise existentielle ou pathologie de l’époque ? », sur France Culture, (consulté le )
  8. a et b Reporterre, « Écoanxiété : ces jeunes racontent le mal qui les ronge », sur Reporterre, le quotidien de l'écologie, (consulté le )
  9. Richard Schiffman, « Les jeunes générations peuvent-elles surmonter leur éco-anxiété ? », sur National Geographic, (consulté le )
  10. Alice Raybaud, « De jeunes ingénieurs et leur « éco-anxiété » : « Ne pas agir, c’est être dans une maison en feu et dire que tout va bien » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  11. Benedikte Zitouni (trad. Hélène Windish), « Contre la destruction de la planète : l’écoféminisme dans les années 1980 en Grande-Bretagne et aux États-Unis », Travail, Genre et Sociétés,‎ , p. 49 à 69 (lire en ligne)
  12. Mona Chollet, Sorcière : La puissance invaincue des femmes, Paris, Zones, , 231 p. (ISBN 978-2-35522-122-4), p. 188-193
  13. Reporterre, « Écoanxiété, quand les émotions deviennent énergie collective », sur Reporterre, le quotidien de l'écologie, (consulté le )

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Allard, L., Monnin, A., & Tasset, C., « Est-il trop tard pour l’effondrement ? », Multitudes, (3), 2019, 53-67 (résumé).
  • Desbiolles, A., L'éco-anxiété, vivre sereinement dans un monde abimé, Fayard.
  • Marks, E. & Hickman C., Young People's Voices on Climate Anxiety, Government Betrayal and Moral Injury : A Global Phenomenon, The Lancet, 2021.
  • Noualhat, L., Comment rester écolo sans finir dépressif, Éditions Tana, 2020.
  • (en) McMichael A.J & Lindgren E (2011) Climate change: present and future risks to health, and necessary responses. Journal of Internal Medicine, 270: 401–413.

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Liens externes[modifier | modifier le code]