Écho (mythologie)

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Écho et Narcisse par Nicolas Poussin (v. 1630).

Dans la mythologie grecque, Écho (du grec Ἠχώ, "bruit répercuté", "rumeur qui se répand") était une oréade, une nymphe des montagnes, qui vivait sur le mont Cithèron. Pour avoir aidé Zeus à tromper la jalousie d'Hera sa femme, elle encourut la colère de celle-ci et fut condamnée à ne plus pouvoir parler, sauf pour répéter les derniers mots qu'elle avait entendus.

Tombée amoureuse de Narcisse et incapable de lui faire part de ses sentiments, elle mourut de chagrin.

Mythe[modifier | modifier le code]

Les Métamorphoses d'Ovide[modifier | modifier le code]

Ovide dans ses Métamorphoses décrit en détail la jalousie de Junon (Hera) sans cesse trompée par son époux Jupiter (Zeus). Plusieurs fois sur le point de le prendre en faute, elle est distraite par Écho, qui l'entraîne dans d'interminables conversations. Quand elle comprend le rôle joué par Écho, Junon dans sa colère condamne la nymphe trop bavarde à perdre la parole : il lui sera seulement possible de répéter les derniers mots qu'elle vient d'entendre.

Quelque temps plus tard, Écho aperçoit un jeune homme, Narcisse, tandis qu'il chasse le daim avec ses compagnons. Elle tombe aussitôt amoureuse de lui, et entreprend de le suivre à distance. La beauté du jeune homme est telle que l'amour d'Écho grandit chaque fois qu'elle le regarde. De tout son coeur elle voudrait lui parler et lui avouer son amour, mais la terrible punition infligée par Junon l'en empêche. La partie de chasse se poursuit longtemps, et Narcisse est séparé de ses compagnons. Il appelle à l'aide : « y a-t-il quelqu'un ici ? » Et il entend la nymphe répéter ses paroles. Etonné, il répond : « viens vers moi », et la même voix lui répond les mêmes mots, mais personne ne sort de la forêt pour le rejoindre. Craignant que celui qui lui parle n'ait eu peur de lui, Narcisse lui crie : « viens vers moi, rejoignons-nous ! ». Écho, croyant qu'il partage son amour, répéte en extase ses derniers mots : «rejoignons-nous » ; en même temps, elle court vers lui pour l'enlacer – mais Narcisse, consterné, la repousse brutalement : « plutôt mourir que de te laisser toucher mon corps ! ». Humiliée, méprisée, la pauvre Écho se retire en pleurant – et en murmurant les derniers mots de son aimé : « toucher mon corps ».

Écho ne ressent pas de colère, au contraire elle aime encore plus le beau Narcisse. Elle continue à le suivre de loin, sans se montrer. Elle l'observe tandis qu'il se penche sur l'eau immobile, fasciné par la perfection de ses propres traits. Et quand, après s'être contemplé une dernière fois, il meurt en disant :  « ô merveilleux jeune homme, je t'ai aimé en vain, adieu ! », elle répète après lui « Adieu ! ». Une fois Narcisse mort, consumé par un amour impossible, Écho le veille en pleurant.

Bientôt Écho est prise à son tour d'une langueur fatale. Sa beauté se fane, sa peau se dessèche et ses os se changent en cendres. Aujourd'hui, sa voix est tout ce qu'il reste de la pauvre nymphe Écho.

Daphnis et Chloé[modifier | modifier le code]

La pastorale Daphnis et Chloé fut écrite au IIe siècle de notre ère par le Grec Longus. Les deux amoureux regardent les navires passer sur la rivière. Chloé n'a jamais entendu d'écho, et elle est surprise d'entendre le chant d'un pêcheur résonner dans la vallée. Daphnis lui promet de lui raconter l'histoire de la nymphe Écho en échange de dix baisers. La version de Daphnis différe considérablement de celle d'Ovide. Écho, fille d'une nymphe et d'un homme, n'est pas une nymphe mais une mortelle. Ses demi-sœurs les nymphes lui enseignent la danse, et les muses lui apprennent le chant ainsi que la musique. Mais le dieu Pan est jaloux de ses dons musicaux et il convoite sa virginité, qu'Écho a juré de conserver. Pris de colère, il frappe de folie (« pan-ique ») les laboureurs, qui se jettent sur Écho, la déchirent et la démembrent ainsi que des bêtes sauvages avant d'éparpiller les morceaux de son corps encore chantant à travers la terre.

Emue par le sort de la malheureuse nymphe, Gaïa cacha sur elle ses restes, afin que sa musique ne meure pas, et quand les muses l'ordonnent, le corps d'Écho se remet à chanter, reproduisant à la perfection n'importe quel bruit terrestre. A en croire Daphnis, il arrive que le dieu Pan lui-même entende résonner les airs de sa flûte ; alors, à travers les montagnes, il recherche cet imitateur secret qui toujours se dérobe à lui.

Autres sources[modifier | modifier le code]

On retrouve dans les hymnes homériques et orphiques le dieu Pan parcourant les montagnes à la recherche de la voix secrète d'Écho, et dans la plupart des sources Écho refuse de se donner à Pan. Toutefois, L'âne d'or d'Apulée nous montre Pan tenant la déesse dans ses bras et lui apprenant des chants. De même, la Souda, encyclopédie grecque de la fin du Xe siècle affirme qu'Écho et Pan conçurent ensemble un enfant, Lynx. D'autres fragments évoquent un deuxième enfant, Iambe.

On rencontre Écho avec Narcisse dans le théâtre du Siècle d'or espagnol (Calderón, Eco y Narciso ; Sor Juana Ines de la Cruz, El Divino Narciso). Le dialogue avec l'écho devient à la Renaissance un véritable genre poétique, illustré dans les pastorales dramatiques, dans la poésie lyrique, dans l'opéra. Les poètes (Pétrarque, Villon ("Écho parlant quand bruit on mène, dessus rivière ou sur étang", La ballade des dames du temps jadis, v. 5-7), Ronsard, Du Bellay, Hugo, Pouchkine…) utilisent volontiers la figure de la nymphe Écho ou le phénomène de l'écho pour désigner la voix et l'activité poétiques.

Galerie[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Elbridge Colby, The Echo-Device in the Literature, New York Public Library, 1920.
  • (en) John Hollander, The Figure of Echo. A Mode of allusion in Milton and after, University of Columbia Press, 1981.
  • (en) Joseph Lœwenstein, Responsive readings: versions of Echo in pastoral, epic, and the Jonsonian masque, Yale University Press, 1984.
  • Véronique Gély-Ghedira, La Nostalgie du moi : Écho dans la littérature européenne, Presses Universitaires de France, 2000.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

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