Échétos
Dans la mythologie grecque, Échétos (en grec ancien Ἔχετος / Échetos) est un roi réputé comme très cruel.
Étymologie
[modifier | modifier le code]En grec ancien, Échétos se nomme Ἔχετος / Échetos[1]. Ce nom semble dériver du verbe ἔχω / ékhō (« avoir ») et prendre le sens de « possesseur »[2].
D'autres étymologies sont marginalement proposées : Albert Carnoy avance un lien avec un adjectif verbal ἐχετός / ekhetós, qui signifierait « tenir à l'écart »[3],[2], tandis que Hans von Kamptz suggère une forme abrégée de Ἐχέτιµος / Ekhétimos, « honoré »[4],[2].
Mythe
[modifier | modifier le code]Échétos apparait deux fois dans l’Odyssée : Antinoos, un des prétendants de Pénélope, menace respectivement Iros (au chant XVIII) et Ulysse (au chant XXI) de les livrer à Échétos, « fléau des mortels »[5]. Ce roi légendaire et sadique est décrit comme pratiquant l'amputation des membres (ou ἀκρωτηριασμός / akrōtēriasmо́s) : Antinoos menace ainsi Iros de se faire mutiler et dévorer par les chiens le nez, les oreilles et les parties génitales[6].
Les sources postérieures développent d'autres aspects du mythe d'Échétos. Hésychios d'Alexandrie rapporte que sa mère se nomme Φλογία / Phlogía, forme sans doute corrompue[7]. Une scholie à l'Odyssée en fait un tyran sicilien qui commet de nombreuses exactions contre sa population, avant de se faire lapider[8]. Dans le Catalogue des Impies de Lysippe d'Épire (ca), il aurait fait subir un traitement similaire à celui décrit par Antinoos à l'amant de sa fille[9]. Dans la tradition qui suit les Argonautiques d'Apollonios de Rhodes, Échétos serait un roi d'Épire qui aurait aveuglé et enfermé sa fille, nommée Amphissa ou Métopé, jusqu'à ce qu'elle transforme du bronze en farine[5].
Interprétations
[modifier | modifier le code]La description du châtiment qu'infligerait Échétos à Iros dans l'Odyssée trouve un écho au chant XXII : Mélanthios, chevrier d'Ulysse, est mutilé hors du palais d'Ithaque pour avoir fourni des armes aux prétendants et donc avoir trahi son roi[10],[11]. Le rapprochement entre un personnage sanguinaire et le héros du poème peut s'expliquer comme une critique de la sévérité d'Ulysse ou un exemple de justice privée archaïque[12].
Échétos apparait comme la somme de tous les défauts — injustice, cruauté, inhospitalité et impiété — que présentent certains rois de l'Odyssée : il est « le pire des Grecs » et un contre-exemple du modèle princier incarné par Pénélope[13]. Pindare dresse au Ve siècle av. J.-C. un portrait du tyran sicilien Phalaris comparable à celui d'Échétos, célébrant ainsi par opposition son contemporain Hiéron Ier[14].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Gérard Gréco et al., « Ἔχετος », sur Bailly, (consulté le ).
- Pellizer 2013, p. 121.
- ↑ Albert Carnoy, Dictionnaire étymologique de la mythologie gréco-romaine, Louvain et Paris, Éditions Universitas et Librairie orientaliste Paul Geuthner, , 211 p. (lire en ligne), « *Echetos », p. 48.
- ↑ (de) Hans von Kamptz, Homerische Personennamen. Sprachwissenschaftliche und historische Klassifikation, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, , 388 p. (lire en ligne), p. 150.
- Tümpel 1905, col. 1916.
- ↑ Halm-Tisserant 1998, § 32-33.
- ↑ Madalina Dana, « Traditions de fondation dans l'épigraphie de Sinope », Revue des études grecques, vol. 120, no 2, , p. 513, n. 6 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Larran 2011, § 3.
- ↑ Halm-Tisserant 1998, § 32.
- ↑ Halm-Tisserant 1998, § 34-35.
- ↑ Muller 2020, § 3.
- ↑ Halm-Tisserant 1998, § 38-40.
- ↑ Larran 2011, § 2-4.
- ↑ Larran 2011, § 5-8.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Sources antiques
[modifier | modifier le code]- Apollonios de Rhodes, Argonautiques [détail des éditions] [lire en ligne], IV, 1092-1095.
- Hésychios d'Alexandrie, Souda, s.v. Ἔχητος.
- Homère, Odyssée [détail des éditions] [lire en ligne], XVIII, 85-87 et 116 ; XXI, 308.
- Lysippe d'Épire (ca), Catalogue des Impies.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]Dictionnaires
[modifier | modifier le code]- (en) René Bloch, « Echetus », sur Brill's New Pauly Online, (consulté le ).
- Pierre Grimal (préf. Charles Picard), Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, Presses universitaires de France, , 12e éd. (1re éd. 1951), 574 p. (ISBN 2-13-044446-6), « Échétos », p. 132.
- (it) Ezio Pellizer et al., Dizionario Etimologico della Mitologia Greca, , 367 p. (lire en ligne), « Echeto », p. 121.
- (de) August Schultz, « Echetos », dans Wilhelm Heinrich Roscher, Ausführliches Lexikon der griechischen und römischen Mythologie, vol. I-1, Leipzig, Teubner-Verlag, (lire sur Wikisource), col. 1212.
- (de) Karl Tümpel, « Echetos 1 », dans Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft, vol. V-2, Stuttgart, Metzler, (lire sur Wikisource), col. 1916-1917.
Études
[modifier | modifier le code]- Monique Halm-Tisserant, Réalités et imaginaire des supplices en Grèce ancienne, Paris, Les Belles Lettres, , 240 p. (ISBN 978-2-251-32686-3, lire en ligne), chap. I (« Tourments et appareils connus par les sources littéraires »), p. 13-40.
- Francis Larran, Le bruit qui vole. Histoire de la rumeur et de la renommée en Grèce ancienne, Toulouse, Presses universitaires du Midi, , 272 p. (ISBN 978-2-8107-0161-2, lire en ligne), La fabrique des bruits publics, chap. III (« Phalaris ou la renommée qui venait des confins »), p. 165-177.
- Yannick Muller, « L’amputation des extrémités dans les sources grecques », dans Florence Gherchanoc et Stéphanie Wyler, Corps en morceaux. Démembrer et recomposer les corps dans l'Antiquité classique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 180 p. (ISBN 978-2-7535-7923-1, lire en ligne), p. 67-102.