Ægyptiaca

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Ægyptiaca
Auteur Manéthon
Pays Égypte antique
Genre Histoire
Version originale
Langue Grec ancien
Lieu de parution Égypte

Ægyptiaca (ou Histoire de l'Égypte) est l'histoire de l'Égypte antique, en trois volumes, écrite en grec par le prêtre égyptien Manéthon, à la demande de Ptolémée Ier, au début du IIIe siècle avant notre ère[1].

L’histoire du livre Ægyptiaca[modifier | modifier le code]

Dans ce document, Manéthon divise l'histoire en trente dynasties de souverains d'Égypte, division toujours utilisée depuis par les égyptologues qui ont cependant défini une dynastie 0 ainsi qu'une XXXIe dynastie.

Ce document, disparu, n'est connu que par des citations fragmentaires et souvent déformées par des historiens successifs :

  • Sextus Julius Africanus écrivit un ouvrage en cinq volumes Chronographiai, rassemblant la chronologie égyptienne, la mythologie grecque et l'histoire juive, ne cherchant qu'à cautionner la chronologie chrétienne en ne conservant que l'ossature de l'œuvre de Manéthon ;
  • Flavius Josèphe ne s'intéresse qu'à ce qui a trait aux Hébreux et au peuple juif[2].
  • Eusèbe de Césarée a lui aussi constitué une autre liste inspirée de Manéthon dont deux versions nous sont parvenues, l'une par le moine Georges le Syncelle, dit Syncellus, à qui on doit également la liste d'Africanus, l'autre, dite version arménienne, directement du livre d'Eusebius.

L’histoire selon Manéthon à l’aune de l’histoire comme discipline scientifique actuelle[modifier | modifier le code]

Pour la rédaction de son œuvre, Manéthon, en tant que prêtre, avait accès aux listes royales des bibliothèques des temples et aux fonds documentaire de bibliothèques, dont celui de la grande bibliothèque d'Alexandrie. C’est à lui que l'on doit notamment la division en trente dynasties des souverains d'Égypte. Cependant, son histoire de l'Égypte antique, Ægyptiaca, est sujette à caution : on sait depuis l'analyse de François de Bovet[3], dès 1835, qu'elle est truffée d’erreurs[4] et d’affabulations[5].

La pensée historiographique (c'est-à-dire la manière d'écrire l'histoire) d’un historien tel que Manéthon est, en effet, radicalement différente de la méthodologie historique qui, au XXe siècle, a acquis une dimension scientifique incontestée. L’évaluation des sources n’est pas une préoccupation chez Manéthon : il utilise des dynasties recomposées pour cautionner une vision cyclique du monde[6] ou à des fins de propagande[7] et, de plus, il utilise des traditions populaires sans les soumettre à un examen critique[8].

Les historiens de l’école méthodique distinguent ainsi quatre types de critique :

  • La critique externe porte sur les caractères matériels du document tels son papier, son encre, son écriture, les sceaux qui l'accompagnent. Les historiens actuels peuvent s'appuyer sur des technologies très sophistiquées.
  • La critique interne repose sur la cohérence du texte. Or, dans Ægyptiaca, plusieurs décomptes ne s'accordent pas entre eux.
  • La critique de provenance touche l'origine de la source. Or, dans Ægyptiaca, des traditions populaires sont reprises comme des faits réels.
  • La critique de portée s'intéresse aux destinataires du texte. Or, dans Ægyptiaca, la rédaction est en plusieurs endroits biaisée à des fins de propagande (vision du pouvoir royal) ou pour satisfaire la vision cyclique du temps (celle qu'ont les Égyptiens).

Aux sources narratives, qui rendent compte directement de ce qui s'est passé, il convient d’ajouter l’ensemble des sources documentaires, dont le but premier n'était pas de renseigner sur l'histoire. Un historien actuel s'appuie, en particulier, sur les sources documentaires constituées par le contenu des fouilles : pour ce faire, il utilise toutes les données de l'archéologie (voir l'article détaillé données archéologiques sur l'Exode et Moïse).

Manéthon et le récit biblique[modifier | modifier le code]

Les écrits de Manéthon en rapport avec le récit biblique nous sont principalement connus par Flavius Josèphe, qui ne s'intéresse qu'à ce qui a trait aux Hébreux et au peuple juif[9],[10].

Manéthon raconte l'invasion puis le départ de l'Égypte d'une population d'Asiatiques, les Hyksôs, ce qui est attesté par l'archéologie. Lorsque la Bible fut traduite en grec, la Septante, les historiens grecs comparèrent cette version de l'histoire avec leur propre version. Pour eux, l'analyse fut sans appel : ce peuple hébreu est inconnu dans leurs documents, il a donc toujours été au plus très petit, il est donc impossible que ce peuple ait lutté victorieusement contre une Égypte alors à son apogée. Seul Flavius Josèphe, Juif convaincu, essaie de défendre l'histoire biblique dans son livre Contre Apion, en invoquant des sources extra-bibliques. Ce texte a parfois été interprété comme une association des Hyksôs aux Hébreux, assimilation depuis largement démonétisée[11].

L'égyptologue Frédéric Servajean critique, néanmoins, l'association de l'Exode et des Hyksôs que font les commentateurs de Manéthon : « Voilà pourquoi, dans les fragments manéthoniens rapportés par Flavius Josèphe, les XVIIIe et XIXe dynasties sont traitées ensemble : l'épisode des Pasteurs/Hyksôs (XVIIIe dynastie) et l'épisode d'Orsaseph/Moïse (XIXe dynastie) sont mis en relation parce que les premiers sont les ancêtres des seconds [...] Si l'on examine maintenant les autres fragments manéthonniens où il est question de Moïse, on se rend compte que celui-ci n'est pas nécessairement mis en relation avec la XVIIIe dynastie égyptienne[12]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fragment dans Felix Jacoby, Die Fragmente der griechischen Historiker, Berlin-Leyde, 1923-1958, p. 609.
  2. Guerre des Juifs, Livre VII, Chapitre X : Les sicaires en Égypte ; destruction du temple d'Onias, Antiquités judaïques : voir ci-après Manéthon et le récit biblique.
  3. François de Bovet, livre accessible en ligne : Des dynasties égyptiennes (1835)
  4. François de Bovet, dans « Les dynasties égyptiennes » (1835), écrit p.75 : « Ces résultats sont fautifs, puisqu’ils ne s’accordent pas, indiquent des erreurs dans les nombres partiels des trente dynasties, qui en effet ne rendent pas la somme totale qu’ils devraient produire; et il n’est aucun moyen de découvrir où sont les erreurs et de les corriger. »
  5. François de Bovet, op. cit, écrit p.79 : « Que résulterait-il de ce vain appareil d’exactitude chronologique, par rapport aux chronologies mêmes? Elles n’en seraient pas moins intrinsèquement vicieuses et insoutenables: loin de trouver un appui dans les faits qu’on y aurait attachés, elles se tourneraient en preuves contre ces faits, et suffiraient pour les rendre très légitimement suspects, et plus encore que suspects. »
  6. François de Bovet, op. cit, écrit p.76 : « On peut croire que cet Historien, suivant ici, comme dans tout le reste, le même plan que la Chronique, commun vraisemblablement à toutes celles qui couraient alors parmi les Égyptiens, avait formé son système de chronologie sur un nombre déterminé de cycles complets, dont la révolution s’achevait à la dernière année de sa dernière dynastie. […] La période caniculaire se prêtait à tous ces arrangements […] et quelle que fût cette époque, au bout de 1461 années vagues, on avait un cycle et l’on en recommençait un autre, jusqu’à ce qu’on eût atteint le terme qu’on s’était fixé. » Il ajoute, p.79 : « Les événements de l’Histoire marchent-ils dans l’ordre des mouvements célestes? Ces chronologies sont fausses: dès lors, qu’importerait que Manéthon et la Chronique eussent artistement rangé sur les colonnes de quelques cycles cyniques, et d’années en années, si l’on veut, des dynasties, des rois, des faits même relatifs à chaque dynastie ou à chaque règne? Que résulterait-il de ce vain appareil d’exactitude chronologique, par rapport aux chronologies mêmes? »
  7. François de Bovet, op. cit, écrit p.78 « Manethon allonge, autant qu’il l’a cru permis, les temps qui appartenaient proprement aux habitants de l’Égypte, et flattaient davantage la vanité nationale. »
  8. François de Bovet, op. cit, écrit p.78 « Mais l’une et l’autre partie de cette chronologie, fondues dans un même système, et en portant également le caractère, se montrent également comme l’ouvrage de l’esprit, comme de pures inventions. Ce n’est, à cet égard, que la différence entre des fables mythologiques et une histoire fabuleuse. »
  9. Guerre des Juifs, Livre VII, Chapitre X : Les sicaires en Égypte ; destruction du temple d'Onias
  10. Antiquités judaïques :
    Livre II, Chapitre IX :
    1. Oppression des Israélites par les Égyptiens.
    7. Moïse enfant et le Pharaon ;
    Livre II, Chapitre XIII :
    1. Retour de Moïse en Égypte
    2. Moïse devant le nouveau Pharaon
    3. Miracle des bâtons-dragons
    4. Obstination du Pharaon ;
    et surtout le Livre XII.
  11. cf. par ex. Jacques Mouriquand, Ancien Testament : quelles vérités historiques ? Les bouleversements de la recherche actuelle, éd. Labor et Fides, 2008, p. 170-172, 117-118.
  12. F. Servajean, Merenptah et la fin de la XIXe dynastie, p. 162-163.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fragments in Felix Jacoby, Die Fragmente der griechischen Historiker, Berlin-Leyde, 1923-1958. no 609, 610.
  • Richard Laqueur, Manethon, 1928. In Paulys Real-Encyclopädie der classischen Altertumswissenschaft, édité par August Friedrich von Pauly, Georg Wissowa, et Wilhelm Kroll. Vol. 14 sur 24 vols. Stuttgart: Alfred Druckenmüller Verlag. 1060–1106. (ISBN 3-476-01018-X).
  • (en) Gerald P. Verbrugghe et John M. Wickersham, Berossos and Manetho, Introduced and Translated, University of Michigan Press, 1996.
  • (en) John Dillery, The First Egyptian Narrative History : Manetho and Greek Historiography, ZPE, 127, 1999, p. 113-116
  • Pseudo-Manéthon, Apotelesmaticorum libri VI, éd. A. Koechly, Leipzig, 1858.

Articles connexes[modifier | modifier le code]