Âge du fer

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Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec Âge de fer (mythologie).
Reconstitution d'une maison de l'âge du fer.

L'âge du fer est une période chronologique caractérisée par l'usage de la métallurgie du fer et faisant généralement suite à l'âge du bronze. Cependant, les limites chronologiques de l'âge du fer varient considérablement selon l'aire culturelle et géographique considérée. Ainsi peut-il être considéré comme appartenant à la Préhistoire, à la Protohistoire ou l'Histoire selon les aires géographiques considérées.

L'âge du fer débute vers 1100 av. J.-C. dans le monde méditerranéen, vers 800 à 700 av. J.-C. dans le nord de l'Europe[1] et vers en Afrique.

La métallurgie du fer nécessite une température plus élevée que celle du bronze et donc la connaissance technique d'un four portant à une température de 1 500 °C[2].

Historique[modifier | modifier le code]

L'existence d'un âge du fer est déjà évoquée dans le De natura rerum de Lucrèce, mais comme simple hypothèse philosophique[3].

L'invention de l'expression « âge du fer » est attribuée au chercheur danois C. J. Thomsen[4]. Elle se fonde sur des idées plus anciennes (notamment celles de l’historien Lauritz Schebye Vedel Simonsen, professeur à l'université de Copenhague, qui avait envisagé en 1813 que les outils des peuples antiques scandinaves avaient d’abord été de bois et de pierre avant d’être de cuivre et de fer[5],[6]. Thomsen eut l'intuition, en 1816, de l'emploi successif par l'humanité de la pierre, du bronze et du fer, alors qu'il devait classer les antiquités nationales danoises. Il énonce sa théorie des trois périodes préhistoriques — l’âge de la pierre, l’âge du bronze et l’âge du fer —, en 1836 dans Ledetraad til Nordisk Oldkyndighed (Guide des antiquités nordiques).

Aujourd'hui, il est admis que cette période succède, en Europe et au Proche-Orient, à l'âge du bronze et précède l'entrée des civilisations concernées dans l'histoire. Certaines régions n'ont jamais connu d'âge du fer tout en connaissant très tôt certaines caractéristiques d'un développement social et/ou technique important. C'est le cas par exemple des civilisations précolombiennes qui connurent une métallurgie de l'or et du cuivre jusqu'à la conquête espagnole. L'Afrique, au contraire, n'a pas connu d'âge du bronze, mais directement celui du fer[7] ; la métallurgie du cuivre et du bronze (Ife, Benin…) y est très postérieure.

La notion d'âge du fer ne doit donc pas s'entendre comme une notion chronologique ou comme un stade d'évolution, mais simplement comme l'indice d'une technique qui influença durablement et en profondeur certaines sociétés, en particulier en Europe continentale.

Chronologie de l'âge du fer[modifier | modifier le code]

Proche-Orient, Moyen-Orient, Égypte, Balkans[modifier | modifier le code]

Le fer météorique y a été travaillé dès la fin du IVe millénaire av. J.-C. comme l'attestent des perles de fer de la période prédynastique égyptienne ou un poignard (quelques parcelles de rouille adhérant au manche) découvert en Mésopotamie à Tell Asmar. Mais les premiers fers obtenus par réduction de minerai dans un four remonteraient au IIIe millénaire av. J.-C. en Anatolie. Un des plus anciens objets en fer fondu connu date des environs de et provient d'une tombe royale du Hatti dans le Nord de l'Anatolie[8]. Le Hatti pratiquait déjà un art du bronze très sophistiqué.

Pendant longtemps les archéologues ont estimé que les premiers à utiliser le fer furent les Hittites au IIe millénaire av. J.-C. Puis on a considéré que la métallurgie du fer était née en Syrie du Nord et en Anatolie, sur les piémonts du Taurus dans une région susceptible de fournir du minerai et des forêts (pour le charbon nécessaire à la production du fer)[9]. Cependant les Hittites semblent avoir été les premiers à faire un grand usage du fer dans l'armement[10].

L'« âge du fer » proprement dit commence bien plus tard, il marque la généralisation de la métallurgie du fer qui supplante la métallurgie du bronze pour l'armement et l'outillage. Au Proche-Orient et en Europe balkanique la transition vers l'âge du fer est la plus ancienne au monde et se produit vers 1200-1000 av. J.-C..

Europe centrale et occidentale[modifier | modifier le code]

Chronologie de l'âge du fer en Europe centrale et occidentale[modifier | modifier le code]

Rasoir en bronze, Premier âge du fer, Acy-Romance.

L'âge du fer débute aux environs de 800 av. J.-C. et correspond globalement à l'apparition d'une nouvelle élite masculine inhumée sous des tumuli avec de grandes épées en fer[11]. Il a été subdivisé en deux périodes, nommées d'après deux sites :

  • le Hallstatt ou « premier âge du fer » ;
  • La Tène ou « second âge du fer ».

Durant ce millénaire, et surtout les sept derniers siècles, des villes sont nées, des États se sont créés, des périodes de développement et de déclin se sont succédé, les marchandises et les techniques ont circulé dans toute l'Europe.

Les complexes techno-économiques en Europe[modifier | modifier le code]

Reconstitution d'un toit de chaume dans le Hampshire, une technique répandue à l'âge du fer.

À défaut de connaissances étendues sur les ensembles culturels et politiques de l'âge du fer, la culture matérielle des civilisations européennes de cette période permet de dessiner de grands ensembles géographiques à l'intérieur desquels le matériel des fouilles présente une remarquable homogénéité, tant en termes de technique qu'au niveau des décors.

Ces ensembles ou « complexes techno-économiques » persistent durant les deux âges du fer, « se dilatant et se contractant au gré des circonstances »[12],[13] :

Asie[modifier | modifier le code]

C'est au cours du Ier millénaire av. J.-C. que le travail du fer apparaît, en Inde, en Chine, puis au Japon où les armes de fer ne deviennent courantes qu'au IIe siècle[7].

L’âge du fer en Mongolie ne commence qu’au IIIe siècle. Les objets de fer trouvés dans les tombes à dalles montrent que l’expansion de la ferronnerie s’est faite progressivement vers le sud du lac Baïkal. Il s’ensuit l’émergence d’une aristocratie de la steppe, même si certaines formes collectives de l’exercice du pouvoir subsistent parallèlement, comme l’assemblée des chefs de clan.

Amérique[modifier | modifier le code]

Les Amérindiens n'ont jamais développé de métallurgie du fer, bien qu'ils aient pratiqué la métallurgie d'autres métaux plus de 1 000 ans avant l'arrivée des Espagnols, notamment en Amérique du Sud et en Amérique Centrale.

En revanche les Inuits du Groenland ont commencé à exploiter le fer météorique et le fer tellurique vers l'an 1000, en le martelant à froid pour fabriquer de petits objets comme des pointes de flèche[14].

Afrique[modifier | modifier le code]

Article connexe : Expansion bantoue.
Schéma d'introduction ou d'invention de métallurgie du fer en Afrique. En vert, les chemins d'introduction du fer selon la thèse diffusionniste.

L'émergence du travail du fer en Afrique fait l'objet de deux thèses opposées. La thèse diffusionniste considère que le travail du fer est apparu dans l'Anatolie ancienne avant d'atteindre le nord du continent, grâce aux Carthaginois, vers -750 et de se diffuser, via l'Égypte et la Nubie, dans l'Afrique subsaharienne, franchissant le hiatus du désert aux alentours de -500[15]. À l'opposé, la thèse autochtone postule que le travail du fer a été inventé beaucoup plus précocement en Afrique subsaharienne, dans divers foyers indépendants[16],[17].

Selon la thèse autochtone, qui tend à s'imposer[18], les traces les plus anciennes de métallurgie du fer remontent, pour le continent africain, au IIIe millénaire av. J.-C.[19],[20] Les points d'opposition à cette dernière théorie concernent principalement la validité des datations au carbone 14 [21],[17].

Afrique méditerranéenne[modifier | modifier le code]

L'utilisation de fer météorique est attestée en Égypte dès le IVe millénaire av. J.-C.[22],[23]. Pour ce qui est de la métallurgie du fer proprement dite, on obtient des datations autour du IIIe millénaire av. J.-C. en Égypte (Gizeh, -2565/-2440, Abydos, -2345/-2181) avec une diffusion progressive vers le Sud[16]. Certaines théories exposent une première diffusion des techniques de métallurgie du fer le long du Nil vers l'Afrique subsaharienne via la Nubie (Napata et Méroé, respectivement au VIIIe siècle av. J.-C. et au vie siècle av. J.-C.[24])

À Carthage (Tunisie), le travail du fer remonte au VIe siècle av. J.-C. et certaines théories postulent une diffusion vers l'Afrique occidentale à partir de ce point, au IIIe siècle av. J.-C.[24] Ces théories de diffusion vers l'Afrique subsaharienne à partir du Proche-Orient ou de l'Afrique du Nord font cependant débat[24].

Afrique subsaharienne[modifier | modifier le code]

Article connexe : Urewe.

Il est souvent considéré que, contrairement à d'autres régions comme l'Europe et le Moyen-Orient, l'âge du fer en Afrique subsaharienne ne fait pas suite à un âge du bronze. Dans beaucoup d'endroits, la technologie du fer fait directement suite à l'usage de la pierre. Des découvertes, à Egaro près de Termit au Niger oriental[25] et à Ôbui, en République centrafricaine[26] laissent penser que le travail du fer a commencé en ces endroits dès le iiie millénaire av. J.-C. ; ces découvertes sont cependant l'objet de controverses[27]. Les datations les plus anciennes dans le Sahel vont jusqu'à -2900/-2300[16]. Plus au Sud, dans le contexte de la culture Nok (actuel Nigeria), le fer remonte à -925/±70. On trouve du fer encore plus ancien plus au Sud (Cameroun), avec des datations autour du IIe millénaire av. J.-C.[16]

Dans la région des Grands Lacs, la métallurgie du fer est attestée dès le IIe millénaire av. J.-C., avec des datations au Burundi et en Tanzanie[notes 1].

La généralisation du travail du fer s'étage de 500 av. J.-C. jusqu'à 500 ap. J.-C. environ[29],[30],[31],[32]. Il a été considéré que l'expansion Bantoue avait apporté le fer dans la partie de l'Afrique au sud de l'équateur, mais l'archéologie semble montrer que bien que maîtrisant l'agriculture, les peuples proto-bantous n'utilisent le fer qu'à partir de -500[33],[34].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. BuHaya -1740/-770[28], Mubuga -1230/-1210[24],[28], Kuturuka -1470/-1030[24], Rwiyange -1230/-905[28], Kabacusi -865[28].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Édouard Fourdrignier, « L'âge du fer : Halstatt - Le Marnien - La Tène », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 1, no 6,‎ , p. 207-215 (lire en ligne)
  2. « Âge du fer en Europe », sur universalis.fr
  3. Nathalie Richard, Inventer la préhistoire. Les débuts de l'archéologie en France, Vuibert,‎ .
  4. (da) C. J. Thomsen, Ledetraad til Nordisk Oldkyndighed [« Guide des antiquités nordiques »],‎ .
  5. (en) B. G. Trigger, A History of Archaeological Thought, Cambridge University Press,‎ (présentation en ligne), p. 75.
  6. (en) C. K. Maisels, The Near East: archaeology in the 'Cradle of civilization', Londres, Routledge,‎ (présentation en ligne), p. 20.
  7. a et b Michel Mourre, Dictionnaire encyclopédique d'histoire, Bordas (ISBN 2-04-006513-X), p. 1757.
  8. (en) Richard Cowen, « The Age of Iron, Chapitre 5 », sur mygeologypage.ucdavis.edu.
  9. Jean-Claude Margueron et Luc Pfirsch, Le Proche-Orient et l'Égypte antique, Paris, Hachette Supérieur.
  10. Si l'armée hittite utilisait surtout des armes de bronze, elle fut la première à employer le fer pour la guerre ; cf. Jacques Freu et Michel Mazoyer, L'apogée du nouvel Empire hittite, Paris, L'Harmattan,‎ .
  11. Patrice Brun et Pascal Ruby, L'âge du Fer en France : premières villes, premiers états celtiques, Paris, La Découverte,‎
  12. Patrice Brun, Princes et princesses de la Celtique. Le premier âge du fer en Europe, 850-450 av. J.-C., Arles, Errance,‎ .
  13. Marcel Otte, Mireille David-Elbiali, Christiane Éluère et Jean-Pierre Mohen, La protohistoire, Bruxelles, De Boeck Université (réimpr. 2008) (1re éd. 2002) (ISBN 978-2-8041-5923-8), p. 186.
  14. (en) Vagn Fabritius Buchwald, Iron and steel in ancient times, Det Kongelige Danske Videnskabernes Selskab,‎ .
  15. Pringle 2009, p. 1.
  16. a, b, c et d UNESCO 1999, p. 11.
  17. a et b Pringle 2009, p. 2.
  18. (en) S. B. Alpern, « Did they or didn’t they invent it? Iron in sub-Saharan Africa », History in Africa, no 32,‎ , p. 41-94 (présentation en ligne)

    Africa south of the Sahara, it now seems, was home to a separate and independent invention of iron metallurgy … To sum up the available evidence, iron technology across much of sub-Saharan Africa has an African origin dating to before 1000 BCE.

    « L'Afrique au sud du Sahara, semble-t-il désormais, est le foyer d'une invention distincte et indépendante de la métallurgie du fer... Pour résumer les données disponibles, la technologie du fer de la majeure partie de l'Afrique subsaharienne a une origine africaine datant d'avant  »

  19. Paris et al. 1992, p. 58.
  20. (en) Jane Humphris (éd.) et Thilo Rehren (éd.), The world of iron, Archetype publications,‎ (ISBN 9781904982975, présentation en ligne), p. 4
  21. (en) D. J. Killick, « What do we know about african iron working? », Journal of African Archaeology, vol. 2, no 1,‎ , p. 97-112 (lire en ligne)
  22. (en) Thilo Rehren, Tamás Belgya, Albert Jambon, György Káli, Zsolt Kasztovszky, Zoltán Kis, Imre Kovács, Boglárka Maróti, Marcos Martinón-Torres, Gianluca Miniaci, Vincent C. Pigott, Miljana Radivojević, László Rosta, László Szentmiklósi et Zoltán Szőkefalvi-Nagy, « 5,000 years old Egyptian iron beads made from hammered meteoritic iron », Journal of Archaeological Science, vol. 40, no 12,‎ , p. 4785–4792 (DOI 10.1016/j.jas.2013.06.002)
  23. Erwan Lecomte, « Des bijoux d’Égypte ancienne venus de l'espace ! », Sciences et Avenir,‎ (lire en ligne)
  24. a, b, c, d et e UNESCO 1999, p. 9.
  25. François Paris, Alain Person, Gérard Quéchon et Jean-François Saliège, « Les débuts de la métallurgie au Niger septentrional », Journal des africanistes, vol. 62, no 2 « Mémoire de sable »,‎ , p. 55-68 (lire en ligne)
  26. Étienne Zangato, Les ateliers d'Ôboui : Premières communautés métallurgistes dans le nord-est du Centrafrique, Éditions Recherche sur les Civilisations (ERC),‎ (ISBN 9782865383160) « Les datations [des forges] montrent qu'elles ont fonctionné durant une période allant de 2343-2058 av. J.C. à 2312-1900 av. J.-C. »
  27. (en) Heather Pringle, « Seeking Africa's First Iron Men », Science, vol. 323, no 5911,‎ , p. 200-202 (DOI 10.1126/science.323.5911.200, lire en ligne [PDF])
  28. a, b, c et d Bisson et Vogel 2000, p. 15.
  29. Raymond Lanfranchi et Dominique Schwartz, Paysages quaternaires de l'Afrique centrale atlantique, IRD Éditions,‎ , 535 p. (lire en ligne) « L'âge du fer ancien est désormais attesté dès c. 235O B.P. [~ 400 av. J.-C.] dans les savanes du Moyen et du Haut-Ogooué et en forêt près d'Oyem au Gabon. Par la suite, autour de 2150 B.P. [~ 200 av. J.-C.] le fer est fondu un peu partout dans la région. » -- recension par Bernard-Olivier Clist (Université de Gand).
  30. (en) Patrick K. O'brien (general ed.), Philip's Atlas of World History, concise edition, Philip's,‎ , 3e éd. (ISBN 9780540088676), p. 23
  31. Marie-Claude Van Grunderbeek, Émile Roche et Hugues Doutrelepont, « L'Âge du Fer Ancien au Rwanda et au Burundi », Journal des africanistes, vol. 52, no 1,‎ , p. 5-58 (p. 17) (DOI 10.3406/jafr.1982.2122).
  32. Dominique Schwartz, Hubert de Foresta, Roger Dechamps et Raymond Lafranchi, « Découverte d'un premier site de l'âge du fer ancien (2110 B.P.) dans le Mayombe congolais. Implications paléobotaniques et pédologiques », C. R. Acad. Sci., Paris, série II, t. 310,‎ , p. 1293-12198 (p. 1295) (lire en ligne)
  33. Patrick Mouguiama-Daouda, « Langue et histoire des Bantu », dans Contribution de la linguistique à l’histoire des peuples du Gabon. La méthode comparative et son application au bantu, Paris, CNRS Éditions,‎ (ISBN 9782271078209, lire en ligne)
  34. Jan Vansina, « Le phénomène bantou et les savants », Revue française d'histoire d'outre-mer, vol. 65, no 241,‎ , p. 543-551 (DOI 10.3406/outre.1978.2151, lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Paris, Alain Person, Gérard Quéchon et Jean-François Saliège, « Les débuts de la métallurgie au Niger septentrional », Journal des africanistes, vol. 62, no 2 « Mémoire de sable »,‎ , p. 55-68 (lire en ligne)
  • « Les routes du fer en Afrique », UNESCO,‎
  • (en) Michael S. Bisson et Joseph O. Vogel, Ancient African Metallurgy : The Sociocultural Context, Rowman & Littlefield,‎ , 294 p. (ISBN 9780742502611, présentation en ligne)
  • (en) Heather Pringle, « Seeking Africa's First Iron Men », Science, vol. 323, no 5911,‎ , p. 200-202 (DOI 10.1126/science.323.5911.200, lire en ligne [PDF])

Articles connexes[modifier | modifier le code]