Álvaro Uribe

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Álvaro Uribe
Image illustrative de l'article Álvaro Uribe
Fonctions
39e président de la République de Colombie
Élection
Réélection
Vice-président Francisco Santos Calderón
Prédécesseur Andrés Pastrana Arango
Successeur Juan Manuel Santos
Biographie
Nom de naissance Álvaro Uribe Vélez
Date de naissance (63 ans)
Lieu de naissance Medellín, Antioquia (Colombie)
Nationalité colombienne
Parti politique Parti libéral
Parti de la U
Centre démocratique
Conjoint Lina Moreno
Enfants Tomás Uribe Moreno
Jerónimo Uribe Moreno
Profession Avocat
Religion Catholicisme romain

Signature de Álvaro Uribe

Álvaro Uribe
Présidents de la République de Colombie

Álvaro Uribe Vélez, né le à Medellín (Antioquia), est un homme d'État colombien. Président de la République de 2002 à 2010, ses deux mandats sont notamment marqués par la lutte contre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), des relations difficiles avec le Venezuela et de nombreuses controverses afférentes à ses rapports, et de ceux de ses proches, avec le narcotrafic ou le paramilitarisme.

Biographie[modifier | modifier le code]

Éléments personnels[modifier | modifier le code]

Avocat de profession, Álvaro Uribe a étudié à l'université d'Antioquia, avec des études de spécialisation en administration et en gestion (Special Studies in Administration and Management - CSS) à l'Harvard University Extension School. Il a ensuite fait des études à l'université d'Oxford, où il est nommé Senior Associate Member at the Saint Antony's College en 1998.

Il est marié à Lina Moreno avec laquelle il a deux fils : Tomás et Jerónimo.

Son père, qui servait de prête-nom pour couvrir certaines activités du Cartel de Medellín et entretenait possiblement une milice paramilitaire, a été assassiné par les FARC en 1983 lors de l'assaut de son hacienda[1]. Il se rend immédiatement sur les lieux, dans un hélicoptère de Pablo Escobar [2]. Lui-même survécu à une quinzaine d'attentats[réf. nécessaire], dont un attentat à la voiture piégée lorsqu'il était candidat à la présidence colombienne le qui a fait deux morts et une vingtaine de blessés.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Uribe décide de débuter sa carrière politique avec le Parti libéral et est nommé en octobre 1982 maire de Medellin par Belisario Betancur ( les maires des grandes villes de Colombie n'étaient auparavant pas élus). Cependant, il est destitué de sa fonction en février 1983, cinq mois seulement après sa nomination, pour avoir vraisemblablement participé à une réunion des cadres du Cartel de la ville, avec Pablo Escobar, les frères Ochoa, Carlos Lehder et Gonzalo Gacha [2].

Il est ensuite sénateur, de 1986 à 1994, et gouverneur de la région d'Antioquia de 1995 à 1997. Il entreprend notamment depuis cette dernière fonction de promouvoir et de mettre en œuvre les Convivir ( milices privées assimilables à des paramilitaires ) qui seront néanmoins déclarées anticonstitutionnelles en 1996 et partiellement désarmées, d'autres rejoignant les AUC.

Il se retire du parti en 2001 pour se présenter en candidat indépendant à la présidentielle de 2002. Il est d'ailleurs élu dès le premier tour le 26 mai avec 53 % des voix et 48 % de taux de participation, ce qui tend à montrer que la population est séduite par son langage de fermeté à l'égard des groupes armés illégaux et par sa volonté affirmée de rétablir l'autorité de l'État sur l'ensemble du territoire, à travers une politique de « sécurité démocratique » présentée comme un préalable indispensable à une solution négociée du conflit. Son élection en fait le premier président élu sans étiquette de Colombie[3] .

Son premier gouvernement comprend treize ministères. Il compte six femmes, qui occupent notamment les postes clés de la Défense et des Affaires étrangères.

Uribe prend d'importantes mesures pour mettre en œuvre son programme de « sécurité démocratique ». Il recrute ainsi 30 000 soldats professionnels, et met en place un réseau de surveillance citoyenne d'un million de personnes[4].

Les élections parlementaires (Chambre des Représentants et Sénat) du 12 mars 2006 donnent à la coalition favorable au Président Álvaro Uribe une majorité absolue au Sénat (61 sièges sur 102) ainsi qu'à la Chambre des Représentants (91 sièges sur 166). Le premier tour de l'élection présidentielle, qui a lieu le et qui est marqué par un taux de participation de l'ordre de 44 %, voit sa réélection avec 62,2 % des voix, face au candidat du Pôle Démocratique Alternatif (PDA - gauche), Carlos Gaviria qui obtient 22 % des voix, et au candidat officiel du parti libéral, Horacio Serpa qui obtient près de 12 % des voix[5]. Il est ainsi devenu le premier Président colombien depuis un siècle à être réélu pour un second mandat ( jusqu'à sa révision en 2004 la constitution colombienne n'accordait l'exercice que d'une seul mandat présidentiel ), ainsi que le Président le mieux élu de l'histoire de son pays.

Ces élections ont mis en lumière l'affaiblissement des deux partis « historiques » du bipartisme colombien. En 2002 comme en 2006 le Parti conservateur n'a d'ailleurs pas présenté de candidats, préfèrent se situer dans le sillage du président sortant ; le Parti libéral, représenté pour la troisième fois par Horacio Serpa, est quant à lui apparu comme l'un des grands perdants de l'élection présidentielle de 2006[4].

Lutte contre la culture de la coca[modifier | modifier le code]

Dès son arrivée au pouvoir, Uribe s'associe avec les États-Unis dans leur guerre contre le terrorisme, et il poursuit le « plan Colombie » contre le trafic de stupéfiants. Ce plan prévoit notamment l'aspersion par voie aérienne d'herbicide (glyphosate) pour détruire les champs de coca.

Uribe poursuit par ailleurs la politique, engagée par son prédécesseur, d'éradication des plantations de coca. L'objectif est de mettre en difficulté, à travers la lutte contre le trafic de stupéfiants, les FARC qui sont entre autres parties prenantes de ce trafic. Cependant, en aspergeant de glyphosate les champs de paysans contrevenants, Uribe s'est attiré les critiques de délégués de l'Union européenne, d'organisation de défense de l'environnement ainsi que des représentants des populations indigènes. Les aspersions de glyphosate ont également provoqué des tensions avec l'Équateur, car les aspersions dans les zones frontalières pouvaient provoquer des effets sur les cultures en territoire équatorien.

Politique de sécurité intérieure[modifier | modifier le code]

Durant le premier mandat du président Uribe, 1 400 paramilitaires (AUC, des paramilitaires d'extrême droite) sont tués[réf. nécessaire]. En conséquence Uribe, dans le cadre du programme Justicia y Paz, a proposé une quasi-amnistie des forces d'autodéfenses unies de Colombie, et obtient que 30 000[6] des membres de ces milices déposent les armes, ce qui pose le problème de leur réinsertion tandis que 3 000 autres sont en prison[7]. Les déserteurs des FARC peuvent profiter également de cette loi[8].

Uribe tient une ligne dure contre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, organisation armée de gauche), refusant le dialogue et préférant miser sur une solution exclusivement militaire pour achever le conflit.

Álvaro Uribe a fait reculer l'insécurité[réf. nécessaire]. Près de 500 otages ont été libérés par des opérations de police en deux ans[9], et le nombre d'homicides est passé de 28 700 à 18 000 de 2002 à 2005[10]. Les FARC ont progressivement été réduites et repoussées. En outre, plusieurs de ses chefs ont été tués par l'armée en 2008 et de nombreux militants ont déserté. Cette politique semble toutefois s’essouffler passé 2008, où les attaques se font plus nombreuses. Après le retrait d'Uribe en 2010, le gouvernement colombien, mené par l'ex-ministre Juan manuel Santos, reconnait que les guérilleros ne sont plus sur la défensive et réévalue leur nombre à la hausse.

Le , il lance l'Opération Jaque qui permet la libération de plusieurs otages des FARC dont Ingrid Betancourt. C'est pour lui une victoire personnelle à plus d'un titre car il parvient à faire libérer la célèbre otage, et ceci tout en restant jusqu'au bout sur sa position de refus de toute négociation avec l'organisation rebelle.

Manifestation des indigènes[modifier | modifier le code]

Le , 45 000 indigènes colombiens se rassemblent pour manifester contre la politique d'Uribe. Ce dernier les condamne, car ils ne coopèrent pas avec le gouvernement. Ceux-ci se sentent en fait pris entre les feux croisés des AUC, du FARC et de l'armée gouvernementale. Une vidéo diffusée sur CNN a montré des militaires visant les manifestants avec des tirs de fusil. Uribe, qui a d'abord nié ces faits, doit finalement les admettre face à l'évidence de la chaîne américaine[11].

Rapports avec le Venezuela[modifier | modifier le code]

Álvaro Uribe est une personnalité politique de droite fermement pro-américaine, alors que le président du Venezuela voisin, Hugo Chávez, mène une politique économique orientée à gauche et attaque verbalement l’interventionnisme militaire des États-Unis. L’antinomie de leurs politiques respectives entrainent de vives frictions diplomatiques entre les deux pays tout au long de la première décennie du vingt-et-unième siècle. Le gouvernement colombien accuse régulièrement les autorités vénézuéliennes de permettre l'action des rebelles colombiens, pour cause d'affinités idéologiques avec des mouvements insurgés bolivariens, alors que le gouvernement vénézuélien accuse Uribe et son gouvernement d’œuvrer à la déstabilisation du Venezuela en favorisant les activités des paramilitaires à la frontière et en offrant un appui à l'opposition anti-gouvernementale, notamment en recevant certains de ses leaders ou en permettant à certains acteurs du coup d’État de 2002 de vivre en Colombie malgré les enquêtes portées à leur encontre par la justice vénézuélienne.

Des mouvements et des opérations militaires sont menés près de la partie nord de la frontière vénézuélienne en 2004. Une centaine de paramilitaires colombiens présumés, dont certains auraient été recrutés contre leur gré, sont arrêtés au Venezuela et accusés de monter un coup d'État. Sur les cent Colombiens arrêtés, vingt-sept sont condamnés par la justice du Venezuela[12].

En 2008, un bombardement opéré par l’armée colombienne du territoire équatorien pour détruire un campement de la guérilla, sans que les autorités équatoriennes n'en aient été préalablement averti, entraine une sérieuse crise diplomatique. L’Équateur dénonce une violation de sa souveraineté territoriale par la Colombie, tandis que le Venezuela dénonce également les agissements du gouvernement Uribe à l'encontre des pays frontaliers. Par la suite, les deux présidents se sont rencontrés et se sont officiellement réconciliés.

Mais en juillet 2010, quelques jours avant le départ de la présidence d'Álvaro Uribe et l'investiture de Juan Manuel Santos, éclate une crise diplomatique entre la Colombie et le Venezuela. Hugo Chávez rompt en effet toutes relations avec la Colombie, après la présentation auprès de l'Organisation des États américains de documents (images satellites, coordonnées GPS, photos) qui visent à prouver la présence « active » de 1 500 guérilleros sur le sol vénézuélien, ce qui est réfuté avec vigueur par Caracas. Estimant Álvaro Uribe « capable de n’importe quoi », Hugo Chávez ordonne le déploiement de forces armées le long de leur frontière commune pour prévenir une éventuelle attaque aérienne. Le président colombien conteste ces accusations et déclare : « La Colombie a eu recours aux voies du droit international et va continuer à faire appel à ces mécanismes pour que soient adoptés des instruments contraignant le gouvernement vénézuélien à remplir l'obligation de ne pas donner refuge à des terroristes colombiens »[13],[14].

Popularité[modifier | modifier le code]

Álvaro Uribe, en 2008.

En Colombie, la gestion présidentielle d'Álvaro Uribe jouit d'une large approbation populaire. Selon la revue de presse colombienne « Semana », et le principal journal colombien « El Tiempo », en janvier 2008, Uribe a battu le record d'acceptation populaire en Colombie avec 80 % [15],[16]. Et selon l'organisation canadienne Gallup, chargée de l'enquête, 81 % des Colombiens interrogés approuvent la gestion du président Uribe.

De même, le journal français le Monde indique que pour l'immense majorité de ses compatriotes, il est « le meilleur président que la Colombie ait jamais eu »[17]. Pour l'année 2003, il avait déjà atteint une popularité de 70 % selon la revue de presse Latin Reporters[18].

La forte popularité du président Uribe est due à plusieurs raisons : les réussites en matière économique, de programmes sociaux et de sécurité. Au cours de ses mandats l'économie colombienne s'est développée au rythme de 4,3% de croissance annuelle moyenne, estime la Banque mondiale, ce qui est néanmoins inférieur à la moyenne latino-américaine qui s'établissait à 5,5 %[19].

Le fait que deux millions de Colombiens aient manifesté contre la violence en février 2008[20] est un atout important pour Uribe, le premier président à s'être vraiment attaqué aux FARC. Le premier aussi à avoir mis hors d'état de nuire une large partie des para-militaires d'extrême-droite, y compris dans les rangs de son parti et de l'État[21].

Cependant, s'agissant de la popularité d'Álvaro Uribe, ses opposants mettent en doute la fiabilité des sondages réalisés sur la question. En effet, la famille du vice-président Francisco Santos et du ministre de l'intérieur Juan Manuel Santos est l'actionnaire principal du journal El Tiempo qui publie les enquêtes de popularité [22]. Ces dernières ne sont d'ailleurs réalisées qu'auprès des habitants des plus grandes villes et ne comprennent donc pas l'opinion des populations rurales, les plus affectées par la guerre et la pauvreté. Le journaliste Maurice Lemoine, ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, s'étonne également que la popularité du président ne se retrouve pas dans les urnes, où le taux d'abstention évolue entre 50 et 80% du corps électoral[23].

Controverses[modifier | modifier le code]

Relations avec le commerce de drogue[modifier | modifier le code]

Dans un document officiel, classé « sans vérification finale », datant de 1991 et rendu par la Defense Intelligence Agency (DIA), Alvaro Uribe figure en page dix du numéro 82 sur une liste des plus importants trafiquants de drogue recensés en Colombie. Uribe y est décrit comme collaborateur du cartel de Medellin, et ami intime de Pablo Escobar ; il aurait également aidé le cartel en ce qui concerne les lois sur l'extradition[24]. Dans la même liste apparaissent également Pablo Escobar, Carlos Castano, le chanteur colombien Carlos Vives et d'autres personnalités colombiennes[25]. Álvaro Uribe ne s'est jamais exprimé en défaveur de ces lois mais a fait reculer le vote de ladite loi après les élections nationales de 1990, et s'est « attaqué à toutes les formes du traité d'extradition ». La publication de ce document a entraîné une intense controverse et des explications du département d'État américain qui a rejeté l'information au motif que le document a été établi « sans vérification finale exigée »[26]. L'information a été qualifiée comme incomplète et comportant des erreurs, par des organismes d'État des États-Unis, tant actuels que de 1991[27],[28]. Le rapport a néanmoins été jugé suffisamment fiable pour être utilisé lors de procès contre des narcotrafiquants qui y étaient mentionnés[29],[1].

Le 20 février 2007, Clarín, quotidien argentin, a publié un article de Pablo Biffi, intitulé « les liens d'Uribe »[30]. Le journaliste y cite comme source certains moyens de communication pour suggérer d'éventuelles relations illégales, dans le passé, entre Alvaro Uribe, le cartel de Medellin et les paramilitaires[31].

L’accusation concernait notamment des permis accordés par Uribe ( environ 200 ) – lorsqu’il était directeur de l’aéronautique colombienne - à des avions du narcotrafiquant Pablo Escobar. L'ambassade de Colombie en Argentine a indiqué qu'Uribe avait déjà répondu aux mêmes accusations depuis le 19 février 2002, dans une entrevue accordée au journal colombien El Espectador. Il avait alors clarifié[31] :

« Lorsque j’étais directeur de l'Aéronautique colombienne, aucune démarche ne pouvait être traitée sans que celle-ci ne satisfasse deux conditions : le certificat de stupéfiants établi par le Ministère de la Justice colombienne et l'approbation de la Brigade de la Juridiction. En outre, toute autorisation d'opération aérienne requérait une audition publique (...) Il est très facile de se rendre aux archives pour voir quelles autorisations ont été accordées durant cette période, et d'établir la liste des irrégulières. »

— Álvaro Uribe, Communiqué de presse samedi 24 février 2007, [31]

Álvaro Uribe a en effet rencontré Pablo Escobar, à une époque où, en Colombie, ce type de rencontre avec les dirigeants politiques de son département était chose courante[31]. De très nombreux politiciens colombiens recevaient effectivement un financement des cartels de drogue, ce qui produira notamment le scandale du « Procès 8000 » en 1996. Cependant, alors que ce dernier concernait le Cartel de Cali, Uribe aurait lui été affilié au Cartel de Medellín.

Uribe a également fait référence aux accusations selon lesquelles lui-même et son père, Alberto Uribe Sierra, étaient proches de la famille Ochoa – groupe de narcotrafiquants du Cartel de Medellin - et qui affirmaient que son extradition avait été demandée par le gouvernement américain, comme il est rapporté dans les Cavaliers de la Cocaïne, de Fabio Castillo. Sur ce point, Uribe a déclaré qu'il avait demandé aux autorités judiciaires compétentes de Colombie d’étudier et d'effectuer toutes les recherches possibles sur les dénonciations que contient ce livre. Il a souligné que les recherches effectuées par la justice colombienne sur son activité politique et sur sa vie privée ont abouti à la conclusion qu'il y était toujours transparent[31].

En ce qui concerne la relation avec les Ochoa, Uribe a dit que :

« Ce qui nous unissait n'était pas le trafic de drogue mais les chevaux. Quand j'étais enfant, la passion équestre était un motif de fierté dans le département d’Antioquia. Elle n’avait aucune des connotations qu'elle a postérieurement acquises. Mon père et Fabio Ochoa étaient amis et rivaux à cette époque. Mes frères et moi-même prenions part à des foires équines en concourant contre ses fils durant les années 60 et 70. C'était un monde sain, fait de propriétés, de « tiple », d'eau-de-vie fine et de poésie. Ensuite, par des circonstances connues, chaque famille a pris des chemins différents. Malgré cela, et bien que mon père ait été assassiné par les FARC, il y a déjà 19 ans, la légende de l'amitié entre mon père et monsieur Fabio Ochoa est restée dans l'air. »

— Alvaro Uribe en février 2002, [31]

En 2002, alors que se produisait la campagne présidentielle, Fernando Garavito Pardo, journaliste du quotidien El Espectador, réalise une enquête redécoupée en cinq partie concernant les accointances supposées entre le candidat Uribe et les milieux paramilitaires et narco-trafiquants. Dès la diffusion de la première enquête, le journaliste est ciblé par des menaces de morts et est contraint de quitter la Colombie. Les enquêtes suivantes ne seront pas diffusées [1].

La parapolitique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Scandale de la parapolitique.
Álvaro Uribe le 22 mars 2004, lors d'une rencontre avec Donald Rumsfeld.

Lors de l’élection présidentielle de 2002, Álvaro Uribe aurait bénéficié de l'aide des paramilitaires, qui auraient intimidé la population afin de le faire élire[32]. Il était également considéré par Carlos Castano comme étant «  l'homme le plus proche de notre philosophie » des candidats à la présidence[33].

Depuis 2006, le « scandale de la parapolitique » éclabousse le président, le gouvernement, et une grande partie de la classe politique libérale et conservatrice. La ministre des Affaires étrangères, Maria Consuelo Araújo, a été contrainte de démissionner en février, suite aux révélations accusant son père et son frère d'être en liaison avec les paramilitaires. Le directeur du Département Administratif de Sécurité (DAS, la principale agence de renseignements colombienne), Jorge Noguera, un fidèle d'Alvaro Uribe, a été arrêté pour les mêmes raisons. 63 congressistes ont été identifiés par la Cour suprême de justice dans le scandale de la parapolitique, dont 32 sont aujourd'hui en détention[34].

En avril 2008, l'ancien sénateur Mario Uribe Escobar, cousin germain du président Uribe, qui a dû démissionner en 2007 de son poste de sénateur en raison de ses liens avec les paramilitaires[35], est détenu à la prison de Bogota[34]. Mario Uribe est le cofondateur du parti Colombia Democratica d'Uribe, dont la totalité des élus au Parlement sont aujourd'hui emprisonnés[36].

Álvaro Uribe a révélé, le 23 avril 2008, à la radio privée Caracol, qu'une enquête avait été ouverte contre lui dans le cadre de l’investigation sur le massacre d’Aro de 1997 au cours duquel 15 paysans accusés d’aider les guérilleros des FARC avaient été tués par les paramilitaires avec l’aide de l’armée colombienne[34]. Les autorités locales, dont Alvaro Uribe qui occupait à l'époque le poste de gouverneur régional, avaient été alertées de l’imminence du massacre et sont accusées d'avoir abandonné la population aux paramilitaires. Uribe aurait par la suite tenté d’empêcher le déroulement de l’enquête[37].

L'ordinateur de Jorge 40, chef du Bloc nord des AUC, le groupe paramilitaire d'extrême-droite, découvert dans le cadre du scandale de la parapolitique, a révélé l'existence de fraudes électorales commises au profit d'Uribe en 2002 et en 2006[38].

Selon des déclarations de Rafael García, ancien chef du service informatique du DAS (le service de renseignements colombien), Jorge Noguera, l'ancien chef du DAS aujourd'hui sous les verrous, aurait, début 2006, remis une liste comportant le nom de 24 dirigeants syndicaeux au Bloc Nord des AUC, dirigé par Jorge 40[39]. Plusieurs des personnes figurant sur la liste ont été tuées, menacées ou soumises à un processus judiciaire arbitraire[39].

En février 2016, son frère, Santiago Uribe, fait l'objet de poursuites judiciaires suivies d'une arrestation par la police pour sa collaboration présumée avec le groupe paramilitaire Los Doce Apostoles ( Les douze apôtres ) qui se livrait à des assassinats de délinquants et de sympathisants de la guérilla[40].

Divers[modifier | modifier le code]

L'ancien président de la Colombie a été nommé professeur à l'Université de Georgetown aux États-Unis d'Amérique. Suite aux protestations des jésuites, d'intellectuels – Américains et Latinos – et d'étudiants, l'Université de Georgetown a décidé de ne pas continuer avec la collaboration de Monsieur Uribe Velez. En 2010, Álvaro Uribe a été nommé professeur des Universités à l'École nationale d'ingénieurs de Metz (ENIM). Suite aux protestations de parlementaires européens, de syndicats et d'étudiants, cette collaboration a également pris fin.

Après son départ du pouvoir, les deux responsables successifs de la sécurité de la Casa de Narino ( demeure des présidents colombiens en exercice) en fonction durant ses mandats, sont inquiétés par la justice. L'un, le général Mauricio Santoyo, est extradé vers les États-Unis où il est condamné à 12 ans de prison pour trafic de drogue, et le second, le général Flavio Buitrago, est arrêté sur des accusations de blanchiments d'argent et de liens avec le narcotrafic[41].

Des syndicalistes de mines d'or à Ségovia accusent l'ancien président du vol de leurs mines. Les origines de l'affaire remontent en 1979, où les propriétaires des mines, les actionnaires américains et britanniques de la multinationale Frontino Gold Mines, décident de se retirer de Colombie et cèdent les mines aux travailleurs en lieu et place d'années de salaires impayées. Mais le gouvernement colombien, censé communiquer la nouvelle aux employés de ces mines ( qui n'avaient aucunement été consultés par la Frontino ), maintient le document relatif à la transaction secret. Durant les années qui suivent elles seront administrées par différents gérants locaux, dont le paramilitaire « Le macaque (es) ». Néanmoins, des syndicalistes parviennent en 2000 à retrouver le document et entament une procédure judiciaire pour le faire reconnaitre par L’État. Ils se trouvent alors confrontés au président Alvaro Uribe qui fait casser toutes les décisions de justice favorables aux travailleurs, extrade Macaco vers les États-Unis, place les mines sous contrôle de l’État, et s'entoure sur ce dossier d'une équipe de quatre conseillers dont trois sont d'anciens proches du paramilitaire. Finalement, les mines sont vendues à une multinationale nouvellement crée, dont on retrouve parmi sa direction Mario Pacheco, ancien directeur de campagne d'Uribe; Hernán Martínez (es), auparavant ministre des mines d'Uribe; ainsi que María Consuelo Araújo, qui était ministre de la Culture sous Uribe [42]' [43]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (fr) Hernando Calvo Ospina, « Les relents narco-paramilitaire du président Uribe », RISAL,‎ (consulté le 13 janvier 2008)
  2. a et b Maurice Lemoine, Sur les eaux noires du fleuve, Éditions Don Quichotte,‎ , 475 p.
  3. « Colombie: Alvaro Uribe élu président au 1er tour pour sa fermeté avec la guérilla », sur www.latinreporters.com (consulté le 16 mai 2016)
  4. a et b (fr) Présentation de la Colombie : Polotique intérieure
  5. Uribe réélu président de la Colombie, la-Croix. com
  6. Éric Lair. Le conflit armé colombien à la croisée des chemins. Géopolitique n° 96, octobre 2006, p 73-79
  7. (fr) Colombie la main tendue aux paramilitaires, Le Nouvel Observateur, jeudi 24 janvier 2008
  8. (fr) EL PAÍS • Karina : « Les FARC sont décimées », 20 mai 2008
  9. Sébastien Deurdilly, Peut-on sauver Ingrid Betancourt ? , C'est dans l'air du 22 mai 2007.
  10. Éric Lair. Géopolitique, p 73
  11. youtube.com
  12. (es) Tribunal venezolano condena a tres militares y a 27 colombianos
  13. « La Colombie nie vouloir attaquer le Venezuela », site de LCI-TF1, 31 juillet 2010.
  14. « Chavez déploie des troupes à la frontière avec la Colombie », Le Figaro, 1er août 2010.
  15. Revue Semana Janvier 01 2008
  16. Journal El Tiempo, janvier 24 2008
  17. Le Monde 16 mars 2008
  18. (français) latinreporters.com 11 août 2003
  19. Journal El Pais (Espagne)
  20. France inter > blogs
  21. Colombie - paramilitaires : cousin du président Uribe arrêté ; ex-sénateur, il présida le Parlement
  22. Page principal Journal El Tiempo
  23. « Rosalux | M. Lemoine - Colombie : paramilitaires et militaires aux trousses de la population », sur www.rosa-lux.fr (consulté le 7 mai 2016)
  24. (en+es) U. S. Listed Colombian President Uribe Among « Important Colombian Narco-Traffickers » in 1991, National Security Archive.
  25. (en inglés) The New York Times : Reporte estadounidense del '91 llama a líder colombiano aliado de narcotraficantes
  26. El Mundo
  27. Presidencia de la Republica (SNE) : Documento de 1991 es desconfiable, insignificante y sin fundamento : Estados Unidos
  28. Presidencia de la Republica (SNE) : 'Uribe tiene un record formidable en su fuerte oposicion contra el narcoterrorismo
  29. « U.S. Listed Colombian President Uribe Among "Important Colombian Narco-Traffickers" in 1991 », sur nsarchive.gwu.edu (consulté le 14 mai 2016)
  30. Clarin: Colombia: planteo por una nota de Clarín sobre Uribe
  31. a, b, c, d, e et f Ambassade de la Colombie en Argentine : Communiqué de presse Samedi 24 février 2007
  32. COLOMBIE. Informer, faire campagne et exercer ses fonctions sans crainte : les droits des journalistes, des candidats aux élections et des élus, Amnesty International, 2006
  33. « RISAL.info - Colombie : avec Uribe, vers la guerre intégrale ? », sur risal.collectifs.net (consulté le 16 mai 2016)
  34. a, b et c Alexandra Matine, Colombie : Alvaro Uribe impliqué dans un massacre de paysans par une enquête officielle, Paris Match, 24 avril 2008
  35. Uribe ally quits Colombia Senate, BBC, 5 octobre 2007 (en)
  36. Pascale Mariani et Roméo Langlois, Le scandale des paramilitaires colombiens éclabousse Uribe, Le Figaro, 24 avril 2008 (fr)
  37. (fr) « Colombie: enquête requise sur l’ex-président Uribe pour un massacre par des paramilitaires en 1997 », sur 45eNord.ca,‎ (consulté le 15 mai 2016)
  38. Laurence Mazure, Dans l’inhumanité du conflit colombien - Le scandale de la « parapolitique » éclabousse le président Alvaro Uribe, Le Monde diplomatique, mai 2007 (fr) (traductions en anglais et portugais)
  39. a et b Colombie. L'état de droit ébranlé par les paramilitaires infiltrés au sein des institutions d'État, Amnesty International, Déclaration publique; Index AI : AMR 23/048/2006 (Public); Bulletin n° : 306; ÉFAI, 29 novembre 2006 (fr) (traductions disponibles)
  40. « Por el caso 'Los Doce Apóstoles' capturan a Santiago Uribe », sur www.semana.com (consulté le 6 avril 2016)
  41. « Alvaro Uribe talonné par la justice », sur Courrier international,‎ (consulté le 2 mai 2016)
  42. « "Por Todo El Oro de Colombia" - Roméo Langlois & Pascale Mariani (2012) completo! », sur Vimeo (consulté le 15 mai 2016)
  43. Colombie Info, « " Filmer les FARC, Roméo Langlois raconte " - Emission @rrêt sur images du 8 juin 2012 »,‎ (consulté le 15 mai 2016)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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