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« Héritabilité du QI » : différence entre les versions

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L''''héritabilité du QI''' (quotient intellectuel) dans une population donnée est la part de [[Variance (mathématiques)|variance]] du [[QI]] attribuable aux différences génétiques entre individus de cette population divisée par la variance totale du QI dans cette population.
L''''héritabilité du QI''' (quotient intellectuel) dans une population donnée est la part de [[Variance (mathématiques)|variance]] du [[QI]] attribuable aux différences génétiques entre individus de cette population divisée par la variance totale du QI dans cette population.


== Origine du l'utilisation de cette notion ==
Cette notion a été introduite dans le débat public en 1969 par [[Arthur Jensen]], dans un article intitulé ''How Much Can We Boost IQ and Scholastic Achievement?'' publié dans la ''Harvard Educational Review''. Dans ce très célèbre article, Jensen argue que les programmes de ''compensatory education'', destinés aux Etats-Unis à améliorer la réussite scolaire des enfants issus de milieux défavorisés (notamment issus de familles pauvres appartenant à des "minorités ethniques"), ont échoué à produire des effets parce que leur principe est basé sur des prémisses erronées. S'appuyant notamment sur les travaux de Cyril Burt ("The most satisfactory attempt to estimate the separate variance components is the work of Sir Cyril Burt (1955, 1958), based on large samples of many kinships drawn mostly from the school population of London") ainsi que sur une revue publiée par Erlenmeyer-Kimling et Jarvik en 1963 des études familiales et de jumeaux visant à estimer l'[[héritabilité]] des capacités intellectuelles, Jensen conclut que "l'héritabilité de l'intelligence" est en moyenne d'environ 80%. Combinant cette estimation avec d'autres séries de données, il pose ensuite qu'il est évident que les différences de QI observées entre classes socio-économiques anisi que celles observées entre "races" aux Etats-Unis sont au moins en partie causées par des différences génétiques entre ces groupes.
Cette notion a été introduite dans le débat public en 1969 par [[Arthur Jensen]], dans un article intitulé ''How Much Can We Boost IQ and Scholastic Achievement?'' publié dans la ''Harvard Educational Review''. Dans ce très célèbre article, Jensen argue que les programmes de ''compensatory education'', destinés aux Etats-Unis à améliorer la réussite scolaire des enfants issus de milieux défavorisés (notamment issus de familles pauvres appartenant à des "minorités ethniques"), ont échoué à produire des effets parce que leur principe est basé sur des prémisses erronées. S'appuyant notamment sur les travaux de Cyril Burt ("The most satisfactory attempt to estimate the separate variance components is the work of Sir Cyril Burt (1955, 1958), based on large samples of many kinships drawn mostly from the school population of London") ainsi que sur une revue publiée par Erlenmeyer-Kimling et Jarvik en 1963 des études familiales et de jumeaux visant à estimer l'[[héritabilité]] des capacités intellectuelles, Jensen conclut que "l'héritabilité de l'intelligence" est en moyenne d'environ 80%. Combinant cette estimation avec d'autres séries de données, il pose ensuite qu'il est évident que les différences de QI observées entre classes socio-économiques anisi que celles observées entre "races" aux Etats-Unis sont au moins en partie causées par des différences génétiques entre ces groupes.


Cet article, de même que des travaux ultérieurs basés sur le même type de raisonnement tels que ceux exposés dans ''The Bell Curve'' (1994), a suscité de très vives critiques au sein de la communauté scientifique<ref name="rose">{{Article |auteur1=Rose SP |titre=Commentary: heritability estimates—long past their sell-by date |périodique=Int J Epidemiol |volume=35 |numéro=3 |date=June 2006 |pmid=16645027 |doi=10.1093/ije/dyl064 |lire en ligne=http://ije.oxfordjournals.org/content/35/3/525.long |pages=525–7 }}</ref>{{,}}<ref name="devlin">{{Article |auteur1=Devlin |prénom1=B. |auteur2=Daniels |prénom2=Michael |auteur3=Roeder |prénom3=Kathryn |titre=The heritability of IQ |périodique=Nature |volume=388 |numéro=6641 |année=1997 |pmid=9242404 |doi=10.1038/41319 |pages=468–71 }}</ref>. Outre que la validité des estimations d'héritabilité du QI utilisées a été remise en cause, il a notamment été souligné que cette information ne permettait de tirer aucune conclusion quant aux causes de différences observables entre deux populations différentes et vivant dans des environnement différents.
Cet article, de même que des travaux ultérieurs basés sur le même type de raisonnement tels que ceux exposés dans ''The Bell Curve'' (1994), a suscité de très vives critiques au sein de la communauté scientifique<ref name="rose">{{Article |auteur1=Rose SP |titre=Commentary: heritability estimates—long past their sell-by date |périodique=Int J Epidemiol |volume=35 |numéro=3 |date=June 2006 |pmid=16645027 |doi=10.1093/ije/dyl064 |lire en ligne=http://ije.oxfordjournals.org/content/35/3/525.long |pages=525–7 }}</ref>{{,}}<ref name="devlin">{{Article |auteur1=Devlin |prénom1=B. |auteur2=Daniels |prénom2=Michael |auteur3=Roeder |prénom3=Kathryn |titre=The heritability of IQ |périodique=Nature |volume=388 |numéro=6641 |année=1997 |pmid=9242404 |doi=10.1038/41319 |pages=468–71 }}</ref>. Outre que la validité des estimations d'héritabilité du QI utilisées a été remise en cause, il a notamment été souligné que cette information ne permettait de tirer aucune conclusion quant aux causes de différences observables entre deux populations différentes et vivant dans des environnement différents.


== Approches génomiques ==
Les recherches plus récentes basées sur des approches génomiques ont échoué à mettre en évidence des facteurs génétiques ayant un effet substantiel sur les mesures d'[[intelligence]] (QI, réussite scolaire,facteur g...) se situant dans la plage normale, seule la prise en compte de plusieurs milliers de variants génétiques permettant de reconstituer, via un modèle statistique ad hoc, une part de variance substantielle attribuable au génotype<ref name="Davies2011">{{Article |auteur1=Davies |prénom1=G. |auteur2=Tenesa |prénom2=A. |auteur3=Payton |prénom3=A. |auteur4=Yang |prénom4=J. |titre=Genome-wide association studies establish that human intelligence is highly heritable and polygenic |périodique=Molecular Psychiatry |volume=16 |numéro=10 |année=2011 |pmid=21826061 |pmcid=3182557 |doi=10.1038/mp.2011.85 |lire en ligne= |pages=996–1005 }}</ref>. Toutefois, pour le QI comme pour les autres traits humains ayant fait l'objet de ce type d'approche, la part de variance expliquée à l'aide d'un de ces modèles statistiques bâti sur un échantillon donné chute drastiquement lorsque le modèle est appliqué à un autre échantillon, et l'héritabilité "génomique" ainsi calculée est nettement inférieure à l'héritabilité estimée par les méthodes classiques (études familiales et de de jumeaux), écart ayant donné lieu à l'expression {{Citation|héritabilité manquante}}<ref>{{lien web|titre=Missing compared to what? Revisiting heritability, genes and culture|auteur1=Marcus W. Feldman|auteur2=Sohini Ramachandran|périodique=Philophical Transactions Royal Society B.|site=royalsocietypublishing.org/|doi=10.1098/rstb.2017.0064|url=https://royalsocietypublishing.org/doi/pdf/10.1098/rstb.2017.0064|année=2017}}</ref>.
Les recherches plus récentes basées sur des approches génomiques ont échoué à mettre en évidence des facteurs génétiques ayant un effet substantiel sur les mesures d'[[intelligence]] se situant dans la plage normale (QI, réussite scolaire,facteur g...), seule la prise en compte de plusieurs milliers de variants génétiques permettant de reconstituer, via un modèle statistique ad hoc, une part de variance substantielle attribuable au génotype<ref name="Davies2011">{{Article |auteur1=Davies |prénom1=G. |auteur2=Tenesa |prénom2=A. |auteur3=Payton |prénom3=A. |auteur4=Yang |prénom4=J. |titre=Genome-wide association studies establish that human intelligence is highly heritable and polygenic |périodique=Molecular Psychiatry |volume=16 |numéro=10 |année=2011 |pmid=21826061 |pmcid=3182557 |doi=10.1038/mp.2011.85 |lire en ligne= |pages=996–1005 }}</ref>. Toutefois, pour le QI comme pour les autres traits humains ayant fait l'objet de ce type d'approche, la part de variance expliquée à l'aide d'un de ces modèles statistiques bâti sur un échantillon donné chute drastiquement lorsque le modèle est appliqué à un autre échantillon, et l'héritabilité "génomique" ainsi calculée est nettement inférieure à l'héritabilité estimée par les méthodes classiques (études familiales et de de jumeaux), écart ayant donné lieu à l'expression {{Citation|héritabilité manquante}}<ref>{{lien web|titre=Missing compared to what? Revisiting heritability, genes and culture|auteur1=Marcus W. Feldman|auteur2=Sohini Ramachandran|périodique=Philophical Transactions Royal Society B.|site=royalsocietypublishing.org/|doi=10.1098/rstb.2017.0064|url=https://royalsocietypublishing.org/doi/pdf/10.1098/rstb.2017.0064|année=2017}}</ref>.

Ainsi, par exemple, sur un échantillon de 1.1 million de personnes d'ascendance génétique européenne, Lee et al. 2018<ref>{{Article |langue=en |auteur1= |prénom1=James J. |nom1=Lee |prénom2=Robbee |nom2=Wedow |prénom3=Aysu |nom3=Okbay |prénom4=Edward |nom4=Kong |titre=Gene discovery and polygenic prediction from a 1.1-million-person GWAS of educational attainment |périodique=Nature genetics |volume=50 |numéro=8 |date=2018-8 |issn= |pmid= |pmcid= |doi=10.1038/s41588-018-0147-3 |lire en ligne=https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6393768/ |consulté le= |pages=1112–1121 }}</ref> ont identifié 1271 variants génétiques montrant une corrélation avec EduYears, un indice de réussite scolaire. Le score polygénique bâti en utilisant ces 1271 variants a permis de rendre compte de seulement 3,2 % de la variance d'EduYears en moyenne dans deux cohortes d'Etats-uniens d'origine européenne (un peu moins de 4% dans l'une, environ 2,5% dans l'autre), et un autre score bâti cette fois en utilisant environ 250 000 variants a permis de rendre compte de seulement 12,7% de la variance dans une cohorte et 10,6% dans l'autre. De plus, ce score a selon les auteurs perdu 85 % de son pouvoir prédictif lorsqu'il a été appliqué à un échantillon de personnes afro-américaines. Les auteurs soulignent en outre que l'effet propre des variants génétiques est probablement surestimé en raison d'une "corrélation entre le niveau d'éducation et un environnement éducatif propice à la réussite scolaire".


== Références ==
== Références ==

Version du 3 décembre 2019 à 18:40

L'héritabilité du QI (quotient intellectuel) dans une population donnée est la part de variance du QI attribuable aux différences génétiques entre individus de cette population divisée par la variance totale du QI dans cette population.

Origine du l'utilisation de cette notion

Cette notion a été introduite dans le débat public en 1969 par Arthur Jensen, dans un article intitulé How Much Can We Boost IQ and Scholastic Achievement? publié dans la Harvard Educational Review. Dans ce très célèbre article, Jensen argue que les programmes de compensatory education, destinés aux Etats-Unis à améliorer la réussite scolaire des enfants issus de milieux défavorisés (notamment issus de familles pauvres appartenant à des "minorités ethniques"), ont échoué à produire des effets parce que leur principe est basé sur des prémisses erronées. S'appuyant notamment sur les travaux de Cyril Burt ("The most satisfactory attempt to estimate the separate variance components is the work of Sir Cyril Burt (1955, 1958), based on large samples of many kinships drawn mostly from the school population of London") ainsi que sur une revue publiée par Erlenmeyer-Kimling et Jarvik en 1963 des études familiales et de jumeaux visant à estimer l'héritabilité des capacités intellectuelles, Jensen conclut que "l'héritabilité de l'intelligence" est en moyenne d'environ 80%. Combinant cette estimation avec d'autres séries de données, il pose ensuite qu'il est évident que les différences de QI observées entre classes socio-économiques anisi que celles observées entre "races" aux Etats-Unis sont au moins en partie causées par des différences génétiques entre ces groupes.

Cet article, de même que des travaux ultérieurs basés sur le même type de raisonnement tels que ceux exposés dans The Bell Curve (1994), a suscité de très vives critiques au sein de la communauté scientifique[1],[2]. Outre que la validité des estimations d'héritabilité du QI utilisées a été remise en cause, il a notamment été souligné que cette information ne permettait de tirer aucune conclusion quant aux causes de différences observables entre deux populations différentes et vivant dans des environnement différents.

Approches génomiques

Les recherches plus récentes basées sur des approches génomiques ont échoué à mettre en évidence des facteurs génétiques ayant un effet substantiel sur les mesures d'intelligence se situant dans la plage normale (QI, réussite scolaire,facteur g...), seule la prise en compte de plusieurs milliers de variants génétiques permettant de reconstituer, via un modèle statistique ad hoc, une part de variance substantielle attribuable au génotype[3]. Toutefois, pour le QI comme pour les autres traits humains ayant fait l'objet de ce type d'approche, la part de variance expliquée à l'aide d'un de ces modèles statistiques bâti sur un échantillon donné chute drastiquement lorsque le modèle est appliqué à un autre échantillon, et l'héritabilité "génomique" ainsi calculée est nettement inférieure à l'héritabilité estimée par les méthodes classiques (études familiales et de de jumeaux), écart ayant donné lieu à l'expression « héritabilité manquante »[4].

Ainsi, par exemple, sur un échantillon de 1.1 million de personnes d'ascendance génétique européenne, Lee et al. 2018[5] ont identifié 1271 variants génétiques montrant une corrélation avec EduYears, un indice de réussite scolaire. Le score polygénique bâti en utilisant ces 1271 variants a permis de rendre compte de seulement 3,2 % de la variance d'EduYears en moyenne dans deux cohortes d'Etats-uniens d'origine européenne (un peu moins de 4% dans l'une, environ 2,5% dans l'autre), et un autre score bâti cette fois en utilisant environ 250 000 variants a permis de rendre compte de seulement 12,7% de la variance dans une cohorte et 10,6% dans l'autre. De plus, ce score a selon les auteurs perdu 85 % de son pouvoir prédictif lorsqu'il a été appliqué à un échantillon de personnes afro-américaines. Les auteurs soulignent en outre que l'effet propre des variants génétiques est probablement surestimé en raison d'une "corrélation entre le niveau d'éducation et un environnement éducatif propice à la réussite scolaire".

Références

  1. Rose SP, « Commentary: heritability estimates—long past their sell-by date », Int J Epidemiol, vol. 35, no 3,‎ , p. 525–7 (PMID 16645027, DOI 10.1093/ije/dyl064, lire en ligne)
  2. Devlin, Daniels et Roeder, « The heritability of IQ », Nature, vol. 388, no 6641,‎ , p. 468–71 (PMID 9242404, DOI 10.1038/41319)
  3. Davies, Tenesa, Payton et Yang, « Genome-wide association studies establish that human intelligence is highly heritable and polygenic », Molecular Psychiatry, vol. 16, no 10,‎ , p. 996–1005 (PMID 21826061, PMCID 3182557, DOI 10.1038/mp.2011.85)
  4. Marcus W. Feldman et Sohini Ramachandran, « Missing compared to what? Revisiting heritability, genes and culture », sur royalsocietypublishing.org/, Philophical Transactions Royal Society B., (DOI 10.1098/rstb.2017.0064)
  5. (en) James J. Lee, Robbee Wedow, Aysu Okbay et Edward Kong, « Gene discovery and polygenic prediction from a 1.1-million-person GWAS of educational attainment », Nature genetics, vol. 50, no 8,‎ , p. 1112–1121 (DOI 10.1038/s41588-018-0147-3, lire en ligne)