Strasbourg

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Strasbourg

  


La cathédrale Notre-Dame vue du quai des bateliers

Pays
drapeau de la France
     France
Région Alsace (chef-lieu)
Département Bas-Rhin (préfecture)
Arrondissement Strasbourg-Ville
(chef-lieu)
Canton Chef-lieu de 10 cantons
(1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10)
Code Insee 67482
Code postal 67000, 67100, 67200
Maire
Mandat en cours
Roland Ries (PS)
2008-2014
Intercommunalité CUS
Coordonnées
géographiques
48° 35′ 04″ Nord
         7° 44′ 55″ Est
/ 48.584445, 7.748612
Altitudes moyenne : 140 m
minimale : 132 m
maximale : 151 m
Superficie 78,26 km² (7 826 ha)
Population sans
doubles comptes
272 500 hab.
(2007)
Densité 3 374 hab./km²
Aire urbaine 713 393 hab.
Gentilé Strasbourgeois(es)
Site Site officiel
Carte de localisation de Strasbourg

Strasbourg (Strossburi en alsacien, Straßburg en allemand) est une ville située dans le nord-est de la France, sur la rive gauche du Rhin. C'est le chef-lieu de la région Alsace et du département du Bas-Rhin. La ville porte les titres de capitale européenne et de capitale de l'Europe, étant depuis 1949 siège du Conseil de l'Europe, et depuis 1992 siège officiel du Parlement Européen.

Septième ville de France par la population[1], elle est l'un des principaux pôles économiques du nord-est. La ville se distingue par un secteur secondaire très diversifié et un secteur tertiaire essentiellement tourné vers les activités financières, la recherche et le conseil aux entreprises[2]. L'économie strasbourgeoise est également marquée par l'implantation de deux pôles de compétitivité, l'un dédié aux innovations thérapeutiques, l'autre aux véhicules du futur[3].

Ville frontière depuis toujours, Strasbourg est profondément biculturelle. Son histoire, riche et tourmentée, a laissé un patrimoine architectural remarquable. Son centre, situé sur la Grande Île, est entièrement classé patrimoine mondial de l'humanité par l’Unesco depuis 1988 et comprend notamment la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg et le quartier de la Petite France[4].

Strasbourg est également devenue le symbole de la réconciliation franco-allemande et plus généralement de l’Union européenne. La ville s’est progressivement spécialisée dans les fonctions politiques, culturelles, et institutionnelles. Elle est ainsi l’une des seules villes, avec Genève et New York, à être le siège d'organisations internationales sans être capitale d’un pays[5]. Strasbourg est une ville de congrès internationaux, la deuxième de France après Paris[6].

La présence de plusieurs établissements nationaux renommés, comme le théâtre national, la bibliothèque nationale et universitaire et l’opéra national du Rhin en fait un centre culturel important. Strasbourg est aussi une importante ville étudiante. Ses universités sont résolument tournées vers l'international avec plus de 20 % d'étudiants étrangers et plus de 100 nationalités représentées[7].

Sommaire

[modifier] Étymologie

Le premier nom de la ville fut en celte Argentorate, romanisé en Argentoratum. L’étymologie de ce terme est discutée, certains y voyant un lien avec la déesse celte d'argent (Argent-, épithète liée à Argentia), identifiée avec la lune. L’acception la plus courante[8] voudrait que la racine Argento (argent, luisant) désigne un cours d'eau (cf. l’Argens, l’Arques, l'Arc…), en l'occurrence, l'Ill (Ainos en gaulois). Cette hypothèse est renforcée par l’ancien nom de Horbourg (Argentovaria), commune également située sur l’Ill.

Rate désignant une enceinte, une fortification, cette hypothèse affirme donc qu'Argentoratum est l'enceinte sur l'Argenta, in extenso la cité de la rivière, du fleuve. Ce nom était alors en parfaite cohérence avec la perception de ce lieu frontière, situé à proximité du Rhin, partie intégrante du réseau de camps défendant le limes nord de l’empire romain.

Puis, à la suite de son intégration dans l’entité germanique, cette ville n'était plus frontalière, mais au cœur du réseau des cités allemandes. Sa perception n’était dès lors plus sur un axe fluvial et orienté nord-sud, mais routière et sur un axe est-ouest. Strasbourg était en effet au niveau d’un des rares ponts permettant de franchir le Rhin et de ce fait placée sur une route majeure est-ouest. Son nom évolua alors en Straßburg, le bourg sur la route (die Straße), découlant de Stratiburg, évoqué pour la première fois au VIe siècle par saint Grégoire[9].

[modifier] Géographie

[modifier] Situation

Quais de la Krutenau, vus depuis le palais des Rohan (180°)
Quais de la Krutenau, vus depuis le palais des Rohan (180°)

[modifier] Localisation

Position de Strasbourg par rapport aux grandes villes européennes
Position de Strasbourg par rapport aux grandes villes européennes
Strasbourg vue par le satellite SPOT
Strasbourg vue par le satellite SPOT

Excentrée par rapport au reste de la France, dont la plaine d'Alsace représente l'extrême façade nord-est, Strasbourg occupe en revanche une position centrale en Europe occidentale, sur une importante voie de passage nord-sud. Il faut en effet la replacer dans l'entité plus vaste dont elle fait partie intégrante: la vallée du Rhin Supérieur qui, de Bâle à Mayence, forme un couloir naturel.

À la limite de l'Europe atlantique et de l'Europe continentale, elle communique au sud par les vallées de la Saône et du Rhône avec l'Europe méditerranéenne et s'ouvre au nord, au-delà des massifs hercyniens allemands, sur les grandes plaines de l'Europe du nord jusqu'à la vallée de la Ruhr. À vol d'oiseau, Strasbourg se trouve ainsi à égale distance (environ 750 kilomètres) de la Méditerranée, de la Baltique et du littoral atlantique. Elle se situe aussi à égale distance (environ 500 kilomètres) de la mer du Nord et de l'Adriatique.

Strasbourg est distante de 398 kilomètres (distance orthodromique) de Paris[10], de 353 kilomètres de Bruxelles, de 150 kilomètres de Luxembourg, de 181 kilomètres de Francfort-sur-le-Main, 146 kilomètres de Zurich et 108 kilomètres de Stuttgart[11].

La ville est par ailleurs située à 40 kilomètres des Vosges, à 170 kilomètres du Jura et à 400 kilomètres du Mont-Blanc.

[modifier] Communes limitrophes

Oberhausbergen Schiltigheim La Wantzenau
Eckbolsheim N Kehl-am-Rhein (Allemagne)
O    STRASBOURG    E
S
Lingolsheim

Ostwald

Illkirch-Graffenstaden et Eschau
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[modifier] Climat

Icône de détail Article connexe : Climat du Bas-Rhin.
Ville Ensoleillement Pluie Neige Orage Brouillard
Paris 1 797 h/an 642 mm/an 15 j/an 19 j/an 13 j/an
Nice 2 694 h/an 767 mm/an 1 j/an 31 j/an 1 j/an
Nantes 1 956 h/an 789 mm/an 5 j/an 14 j/an 58 j/an
Strasbourg[12] 1 637 h/an 610 mm/an 30 j/an 29 j/an 65 j/an
Moyenne nationale 1 973 h/an 770 mm/an 14 j/an 22 j/an 40 j/an

Le climat qui règne à Strasbourg est de type semi-continental avec d'importantes variations d’amplitude pour les températures. Ainsi, les hivers sont vigoureux avec des précipitations neigeuses assez fréquentes. Les étés sont chauds et étouffants. Située entre deux massifs montagneux (les Vosges et la Forêt-Noire) la ville est peu exposée aux vents. De même, les précipitations sont relativement peu abondantes et irrégulières comparées aux autres régions françaises grâce à la protection naturelle que constituent ces massifs. La ville est souvent sujette à de violents orages au début et à la fin de l’été.

L'absence de vent, les températures élevées en été ainsi que la situation géographique favorisent logiquement l'apparition de pics de pollution[13].

Records des températures mensuelles à Strasbourg[12]

  Janvier Février Mars Avril Mai Juin
Minimale (Année) -23,2°C (1971) -22,3°C (1929) -16,7°C (1965) -5,6°C (1938) -2,4°C (1953) 1,0°C (1923)
Maximale (Année) 17,5°C (1991) 21,1°C (1990) 25,7°C (1989) 29,7°C (1949) 33,3°C (2005) 37,0°C (1947)
  Juillet Août Septembre Octobre Novembre Décembre
Minimale (Année) 4,9°C (1961) 3,2°C (1923) -0,6°C (1952) -7,6°C (1990) -10,8°C (1973) -23,4°C (1938)
Maximale (Année) 37,4°C (1952) 38,5°C (2003) 33,4°C (1947) 29,1°C (1985) 22,1°C (1926) 18,3°C (1965)

Températures et précipitations moyennes[14]

Mois Jan. Fév. Mars Avr Mai Juin Juil. Août Sept. Oct. Nov. Déc.
Températures moyennes (°C) 1,6 2,8 6,7 9,7 14,3 17,3 19,5 19,3 15,5 10,6 5,3 2,8
Précipitations (mm) 30,0 35,0 36,1 42,5 78,2 76,7 66,2 57,9 62,1 52,5 49,8 44,5
Sources des données : Météo France

[modifier] Site

Située à une altitude moyenne de 140 mètres au-dessus du niveau de la mer[15], Strasbourg est caractérisée par un relief relativement plat. Ainsi au centre-ville, on ne perçoit que de très légères ondulations du terrain, culminant notamment à proximité de la cathédrale et à la croisée de la Grand-Rue et de la rue du Fossé-des-Tanneurs, correspondant aux zones d'habitation les plus anciennes, établies à l'origine sur une butte émergeant des marais environnants.

Le quai de la Bruche dans le quartier de la Petite France
Le quai de la Bruche dans le quartier de la Petite France

La ville est construite sur l'Ill ainsi que le long de la rive gauche du Rhin. L'Ill est la colonne vertébrale de la ville, reliée au Rhin par des anciens bras désormais canalisés (le Canal de jonction et différents bassins d'usage portuaire). Plusieurs affluents traversent les différents quartiers de la ville : la Bruche et le Canal de la Bruche à la Montagne Verte et à Koenigshoffen, l'Aar aux Contades et au Wacken, le Rhin Tortu et le Ziegelwasser (anciens bras du Rhin) à la Meinau, au Neuhof et au Neudorf, le Canal de la Marne au Rhin au nord. Ainsi Strasbourg est constituée de plusieurs îles dont l'ellipse insulaire du centre historique, l'île aux Épis, l'île du Rohrshollen et le Port du Rhin.

La ville est par ailleurs située sur l'une des plus grandes réserves d'eau potable d'Europe (près de 35 milliards de m3)[16].La densité importante de l'hydrographie cumulée à l'affleurement de la nappe phréatique contribue à rendre le secteur très sensible aux inondations. C'est pourquoi la plupart des extensions urbaines de la ville puis de l'agglomération se sont faites au moyen de remblais importants (notamment pour la construction du quartier allemand), accompagnées du comblement ou de la canalisation des multiples bras d'eau, réduisant d'autant les surfaces d'épandage et augmentant la rapidité et le débit des eaux en cas de crue.

Strasbourg est aujourd'hui confrontée à un risque d'inondation important dans certains quartiers (Montagne Verte au sud-ouest et Robertsau au nord) qui pèse sur les projets d'extension urbaine et de densification de l'habitat.

[modifier] Morphologie urbaine

[modifier] Tissu urbain

Le centre historique de Strasbourg, qui occupe la grande île, se caractérise par des rues étroites typiquement médiévales, notamment autour de la cathédrale Notre-Dame et dans le quartier de la Petite France. Au nord, le vaste quartier allemand construit entre 1870 et 1914 s'étend de la gare aux portes de l'Allemagne. Il est irrigué par de larges avenues rectilignes qui débouchent sur des zones moins denses, notamment sur le quartier des XV dont les premières constructions remontent au début du XXe siècle. Le sud-est est occupé par le quartier de la Krutenau, l'un des plus anciens de la ville. Un peu plus à l'est se trouve le quartier de l'esplanade. Construit à partir des années 1960 pour faire face à la poussée démographique, ce quartier est essentiellement composé de grands immeubles (plus de dix étages) ce qui en fait le plus dense de Strasbourg. Au sud, les habitations de densité moyenne prédominent, comme dans le quartier de Neudorf. Les habitations les plus récentes sont réparties dans l'agglomération, mais aussi au sein de la commune, notamment dans les quartiers sud et sud-est de la ville Danube, Rives de l'étoile et Porte de France.

[modifier] Quartiers

Strasbourg est composée de 14 quartiers[17]:

[modifier] Architecture

Facades typiques du quartier allemand
Facades typiques du quartier allemand

L'architecture est une spécificité intéressante de la ville, car elle est profondément biculturelle. Le centre historique regroupe de nombreuses maisons à colombages, notamment dans le quartier de la Petite France, aux abords de l'hôpital civil (quartier du Finkwiller) et de la cathédrale. Ces maisons ont été construites pour la plupart entre le XVIe et le XVIIIe siècle; les plus emblématiques sont la maison Kammerzell et la maison des tanneurs. D'autres courants architecturaux sont représentés par certains bâtiments remarquables: la Renaissance avec la Chambre de Commerce et d'industrie et le Classicisme avec le Palais Rohan et l'Aubette. À partir de l'arrivée de Louis XIV, Strasbourg reprend certains codes architecturaux français, notamment la construction d'hôtels particuliers : la Cour de Honau (actuelle mairie, place Broglie), l'hôtel de Deux-Ponts, le palais episcopal, l'hôtel Klinglin (actuel résidence du préfet).

Le grès rose des Vosges est l'une des pierres les plus utilisées, du fait de sa proximité géographique. On le retrouve donc sur de nombreux monuments, et notamment sur la cathédrale. La couleur de cette pierre est cependant très variable. Ainsi, l'église Saint-Paul utilise un grès pâle, tandis que l'aubette présente une teinte très marquée. Le grès des Vosges est cependant une pierre très friable qui nécessite une attention régulière.

Entre 1870 et 1914, le quartier allemand est construit. Il forme un ensemble homogène à prédominance résidentielle et au style typiquement germanique (wilhelmien). Les architectes allemands reprennent de nombreux codes esthétiques : néo-renaissance pour le palais du Rhin (anciennement le palais d'été de l'empereur), néo-gothique pour la Poste centrale, néo-classique pour le campus universitaire; on note aussi la présence d'immeubles Art nouveau (allée de la Robertsau, avenue Foch, palais des Fêtes entre autres) qui font de Strasbourg l'un des centres de cette architecture (Jugendstil allemand). Strasbourg est aussi la seule ville qui a gardé une trace de l'architecture monumentale allemande du XIXe siècle à travers la place de la République (palais de Rhin, préfecture, hôtel des Impôts, Bibliothèque universitaire et Théâtre national). Les immeubles résidentiels utilisent généralement la pierre de taille (pour le rez-de-chaussée et les ornements) associée à la brique (rouge ou ocre, pour le reste de la façade). Le grès rose est lui aussi couramment utilisé pour certaines parties.

[modifier] Urbanisme

[modifier] Logements

En 2005, la commune de Strasbourg comptait 135 340 logements. Par rapport à 1999, le nombre de logement a augmenté de 1,9% alors que le nombre de ménages a grimpé de 6,8% sur cette même période[18]. Néanmoins, Strasbourg compte plus de 9% de logements vacants[19].

Selon le recensement complet de 1999 la ville compte 87,9% de résidences principales contre seulement 0,4% de résidences secondaires[20]. Les logements individuels représentent 6,6% du parc immobilier, ce qui est très faible comparé à des villes comme Bordeaux (26,9%) ou Nantes (23,4%) mais supérieur à Lyon (3,3%). La ville se caractérise aussi par l'importance des logements anciens puisque 35,5% d'entre-eux ont été construits avant 1949. En revanche, les logements construits après 1990 ne représentent que 8,9% du parc. Enfin, les logements strasbourgeois sont essentiellement de grande taille avec 38,3% de 4 pièces et plus.

Entre 1999 et 2005, la part des propriétaires a légèrement augmenté en passant de 24% à 26%, mais reste relativement faible. La part des locataires s’établit à 71%.

Les logements sociaux représentent environ 22% des logements. Parmi les 30 507 logements sociaux que compte la ville, 3,4% d’entre-eux sont vacants. Ces logements sont essentiellement des 3 pièces (37,6%) et des 4 pièces (31,0%). On dénombre en revanche, peu de petits appartements (studios et 1 pièce)[21].

[modifier] Projets

La construction du nouveau quartier, Danube
La construction du nouveau quartier, Danube

Le développement de la ville s'appuie sur plusieurs projets, notamment:

  • Viaropa:

Lancé en 2001, ce vaste projet d'aménagement urbain est présenté par la municipalité comme un « trait d'union entre tous les quartiers qui ouvre la ville sur un environnement naturel exceptionnel : l'eau, les canaux, le Rhin »[22]. Concrètement, Viaropa se décline en un ensemble de programmes de réhabilitation et de constructions nouvelles s'articulant le long d'un axe est-ouest (d'Eckbolsheim aux rives du Rhin).

Le projet Viaropa comprend le Zénith situé à Eckbolsheim (achevé en janvier 2008), la gare centrale rénovée et son nouveau parvis (achevés en novembre 2007), la rénovation de la place Kléber et de l'Aubette (achèvement des travaux courant 2008), le Centre Rivétoile et l'archipel culturel autour du bassin d'Austerlitz, incluant notamment la Cité de la musique et de la danse (achevée en 2006) et la Grande bibliothèque-médiathèque (achèvement courant 2008), le complexe tertiaire Starlette (achèvement courant 2009) et enfin le projet Porte de France sur les berges du Rhin (début des travaux en 2008) comprenant notamment des logements, commerces, restaurants ainsi qu'une tour d'environ 70 mètres.

  • Urban II:

Ce projet vise à réhabiliter et à désenclaver les quartiers sensibles selon plusieurs axes: développement économique et culturel, renforcement du dispositif d'insertion socio-professionnelle, rénovation des habitations et des espaces verts.

[modifier] Espaces verts

Le nord-est et le sud-est de la commune sont couverts de vastes forêts : la forêt de la Robertsau (493 hectares) et la forêt du Neuhof (797 hectares)[23]. Elles sont les vestiges de l'ancienne luxuriante forêt rhénane qui occupait tout le lit majeur du Rhin, fleuve tumultueux et sauvage jusqu'au XIXe siècle. Cette forêt présentait une vitalité et une richesse en espèces remarquables, abritant une avifaune très diversifiée. Si l'endiguement et les aménagements successifs du fleuve l'ont fortement réduite, elle conserve son caractère de zone humide, abrite la réserve naturelle du Rohrschollen, et demeure un terrain d'élection pour la LPO. En outre, le programme « Rhin Vivant » dans le cadre du projet LIFE Nature conservation et restauration des habitats naturels de la bande rhénane a été lancé avec l’objectif de restaurer les écosystèmes rhénans.

Le Pavillon Joséphine (vue arrière) dans le parc de l'Orangerie
Le Pavillon Joséphine (vue arrière) dans le parc de l'Orangerie

Par ailleurs, la ville compte 324 hectares de parcs et de jardins[23] dont le plus réputé est le parc de l'Orangerie composé à l'anglaise. Situé face au Palais de l'Europe, il comporte des attractions telles qu'un zoo, une mini-ferme et un élevage de cigognes et s'agrémente d'un lac avec une cascade romantique ainsi que d'un pavillon construit en 1804 en l'honneur de l'impératrice Joséphine. Il couvre une superficie de 26 hectares. Le jardin botanique possède quant à lui des origines très anciennes. Initialement créé en 1619 puis transformé en cimetière en 1870 après le siège de la ville par les Allemands, le jardin actuel a été inauguré en 1884 pour les étudiants de la faculté de médecine et de pharmacie. Il regroupe 6 000 espèces réparties sur une petite surface de 3,5 hectares[24].

Très original puisque situé sur les vestiges de la citadelle de Vauban construite en 1681, le parc de la Citadelle s'étend sur 12,5 hectares. Plus conventionnel, le parc des Contades créé au XVIIIe siècle par le maréchal de Contadesest d'abord une promenade arborée extérieure à la ville. Aujourd'hui, il fait partie intégrante du quartier allemand et couvre 7,9 hectares. Le jardin des deux rives, est quant à lui un parc transfrontalier aménagé de part et d'autre du Rhin. Sa superficie de 55 hectares en fait le plus grand de la ville. Les deux rives du Rhin sont reliées par la passerelle piétonne Mimram.

Situé à la Robertsau, aux abords de la forêt, le parc du château de Pourtalès est un espace de 24 hectares qui abrite notamment une galerie de sculptures contemporaines Une grande partie des berges est également aménagée, notamment dans le centre, à la Montagne Verte, à la Robertsau et à la Meinau.

Strasbourg a été récompensée par deux fleurs Image:Ville fleurie.svg Image:Ville fleurie.svg au palmarès 2007 du concours des villes et villages fleuris[25].

[modifier] Histoire

Icône de détail Article détaillé : Histoire de Strasbourg.

[modifier] Héraldique

Blason de Strasbourg
Blason de Strasbourg

Les armes de Strasbourg sont le résultat d'une inversion des couleurs du blason de l'évêque de Strasbourg (bande de gueule sur argent) à l'issue de la révolte des bourgeois de la ville au Moyen Âge qui ont pris leur indépendance face à la tutelle de l'évêque. Celui-ci conserva néanmoins son pouvoir sur la campagne environnante. Le même phénomène s'est observé à Bâle, expliquant ainsi l'actuelle inversion des couleurs des blasons des cantons de Bâle-Ville et Bâle-Campagne.

Cependant le blasonnement est apparemment sujet à discussion. Outre l'interprétation graphique ci-contre, on rencontre au moins deux blasonnements différents :

D'argent à la bande de gueules (le champ diapré). (Grand Larousse encyclopédique en 10 volumes)
D'azur, à une Notre-Dame de carnation assise sur un trône d'or et sous un pavillon de même, tenant de la main dextre un sceptre d'or, et sur le bras sénestre l'enfant Jésus : auprès de la Vierge est un écusson d'argent, chargé d'une bande de gueules. (Malte-Brun, La France illustrée, 1884)

Le Musée historique de Strasbourg ainsi que d'autres bâtiments historiques conservent des exemples sur pierre ou sur vitraux du blason historique de Strasbourg, dont l'emploi remonte au XIIIe siècle. Il sert officiellement, pour la première fois, de décor sur une charte municipale de 1399, où est venue se joindre, en 1919, la Légion d’honneur. Si les ornements extérieurs font appel à l'ancienne condition de ville libre du Saint-Empire romain germanique, le champ diapré n'est qu'un élément décoratif[26]. Les Grandes Armes de Strasbourg ont servi de décoration à des fins officielles, comme pour les medailles de l'Exposition de la ville[27], timbres postaux et documents offciels jusque dans les années 1980, quand la corporation municipale décida de faire usage d'un logo.

[modifier] Préhistoire et antiquité

Fontaine de Janus, réalisée par Tomi Ungerer pour les 2000 ans de la ville en 1988
Fontaine de Janus, réalisée par Tomi Ungerer pour les 2000 ans de la ville en 1988

Les premières traces d’occupation humaine sur Strasbourg et ses alentours remontent à –600 000 [28] et de nombreux objets du Néolithique, de l’âge de Bronze et de Fer ont été retrouvés lors de fouilles archéologiques. Mais c’est aux environs de 1300 av. J.-C. que date l’installation durable de peuples protoceltes. Vers la fin du IIIe siècle av. J.-C. le site est devenu une bourgade celte du nom d’Argentorate, dotée d’un sanctuaire et d’un marché. Grâce à d’importants travaux d’assèchement, les maisons sur pilotis cèdent leur place à des habitations bâties sur la terre ferme[29]. Les romains arrivent en Alsace en 58 av. J.-C. et s’installent sur le site de Strasbourg En 12 av. J.-C. La ville devient un camp militaire fortifié positionné sur le limes du Rhin faisant partie des forts de Drusus. Au fil du temps, la ville va prendre de l’importance. Promue au rang de colonie militaire, Argentorate est déjà un carrefour commercial important et aux alentours de l’an 20 la population est estimée à près de 10 000 habitants, armée romaine incluse[30]. La ville reste néanmoins essentiellement militaire et donc totalement dépendante de cette activité. Au cours des IIe et IIIe siècles, avec l’agrandissement de l’Empire romain, Argentoratum va servir de base de repli pour les troupes romaines installées en Germanie. Mais en 260, les légions quittent la Germanie et Strasbourg redevient une ville frontière[31].

En 355, la ville est saccagée par les Alamans. Julien l'Apostat reconquiert la ville en 357, court répit avant une nouvelle poussée expansionniste des Germains. En effet, dès le retrait des troupes romaines, en 406, les Germains envahissent la Gaule. Puis en 451, la ville est complètement détruite par Attila[32].

[modifier] Moyen Âge

Une ville épiscopale en développement

Elle est restaurée sous le nom de Strateburgum en 496 par les Francs qui favorisent le développement de la ville, après la conversion de Clovis au christianisme. En effet, Argentorate est l’une des rares villes de la région à être le siège d'un évêque, véritable gouverneur de l’époque[33]. En cette période de paix, la ville se développe à nouveau. Dès le VIe siècle, sous l’impulsion de l’évêque Arbogast de Strasbourg, une première cathédrale et un couvent sont édifiés[34].

Les Ponts couverts du XIIIe siècle
Les Ponts couverts du XIIIe siècle

Sous l’ère mérovingienne, Strasbourg devient ville royale mais reste de taille très modeste. Au VIIIe siècle, la ville compte 1 500 habitants. Les activités sont essentiellement agricoles mais on exporte déjà du vin, du blé et du bois de chêne vers l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Angleterre et la Scandinavie. En 842, la ville accueille Charles le Chauve et Louis le Germanique qui s’allient contre leur frère Lothaire pour le partage de l’Empire légué par leur grand-père Charlemagne et prononcent les Serments de Strasbourg, le plus ancien texte rédigé en langue romane (ancêtre du français, entre autres) et en langue tudesque (ancêtre de l’allemand)[35]. En 843, le traité de Verdun attribue Strasbourg à Lothaire. Mais peu après sa mort, en 870, la ville revient à la Louis le Germanique. En 962, Otton le Grand fonde le Saint Empire Romain Germanique et Strasbourg va connaître une période d’expansion : au cours du XIIe siècle une nouvelle enceinte fortifiée et un hôpital voient le jour tandis que la construction de l'actuelle cathédrale débute[36]. En seulement deux siècles, la ville passe de 3 000 à 10 000 habitants et devient l’une des plus grandes villes du Saint-Empire.

L'enceinte fortifiée est agrandie aux XIIe et XIIIe siècles et le système défensif des Ponts Couverts est édifié. Les quatre tours actuelles faisaient partie des remparts (qui comptaient 80 tours) et étaient reliées par des ponts couverts d'une toiture en bois, disparue au XVIIIe siècle. Elles abritaient les corps de garde mais servaient aussi de prison. En 1201, Philippe de Souabe élève Strasbourg au rang de ville libre. Peu après, en 1220, naît le conseil municipal. Il est alors chargé de fonctions jusque-là attribuées au clergé, notamment l’administration et la justice. La bourgeoisie acquiert une autonomie remarquable vis-à-vis du pouvoir épiscopal. Mais en 1260, Walter de Geroldseck est élu évêque de Strasbourg et exige qu’on lui restitue les pleins pouvoirs. Très vite, une guerre éclate entre les strasbourgeois et l’armée épiscopale. En 1262, le prélat est vaincu à la bataille de Hausbergen, par les troupes strasbourgeoises, bien aidées par Rodolphe Ier du Saint-Empire[37].

Strasbourg tombe alors entre les mains des plus grandes familles nobles de Strasbourg dont les rivalités incessantes, ainsi que leur mépris des bourgeois, finissent par agacer et en 1332 une guerre civile éclate. Le pouvoir revient alors à la classe marchande. Au milieu du XIVe siècle, la peste envahit toute l’Europe et atteint Strasbourg. Comme dans de nombreuses villes, les juifs sont accusés d’avoir empoisonné les puits. Le 13 février 1349 près de 2 000 juifs sont brûlés vifs à l’endroit de l’actuelle rue brûlée[38],[39].

Strasbourg, ville libre impériale

La ville en 1493
La ville en 1493

Affranchie du pouvoir épiscopal, Strasbourg est proclamée ville libre impériale par Charles IV. En cette période de trouble politique, la cité va cependant accroître sa notoriété et de nombreux édifices vont voir le jour. Le commerce fluvial se développe sous l'égide de la corporation des bateliers, chargée de taxer les marchandises[40]. À la fin du XIVe siècle, un nouvel agrandissement de la ville est entrepris. Toute la cité se transforme en un véritable chantier d'églises et de couvents, fondés par des moines ou des familles nobles. De cet ensemble demeure le cloître de l'église Sainte-Madeleine et celui de Saint-Pierre-le-Jeune. En 1439, après quatre siècles de construction, la flèche de la cathédrale Notre-Dame est achevée. Elle est alors le monument le plus haut de la chrétienté et symbolise la puissance de la ville. Cinq ans plus tard, en 1444, Strasbourg compte 26 000 habitants - dont 10 000 réfugiés de la guerre de Cent Ans qui vivent extra-muros[41] - et peut soulever, à tout moment, une armée de 4 500 hommes[38]. Son enceinte fortifiée et son impressionnant dispositif d’artillerie en font une place fortifiée de tout premier plan. La ville est à son apogée[42].

S’ensuit au début du XVe siècle une période de conflits qui oppose les bourgeois strasbourgeois gouvernant la ville, à la noblesse alsacienne. Ville bancaire par excellence, Strasbourg est en effet une ville riche qui suscite la convoitise. La vie intellectuelle est marquée au XVe siècle par la révolution de l'imprimerie. Né à Mayence et installé à Strasbourg depuis 1434, Johannes Gensfleisch, dit Johannes Gutenberg conçoit l’imprimerie à caractères mobiles. On note cependant que Gutenberg est retourné à Mayence entre 1444 et 1448 ce qui fait qu’on ignore exactement où a été finalisée cette invention majeure. Toujours est-t-il que Strasbourg devient très vite un des grands centres de l'imprimerie, puisque dès la fin du XVe siècle la ville compte une dizaine d’ateliers d’imprimerie, notamment la prestigieuse officine des Grüninger. De fait, Strasbourg va attirer nombre d’intellectuels et d’artistes. Sculpteurs, architectes, orfèvres, peintres, horlogers, la ville excelle dans de nombreux domaines[43].

[modifier] Époque moderne

Berceau de l'humanisme et bastion de la Réforme

Vitrail du XVIe siècle
Vitrail du XVIe siècle

Le développement de l'imprimerie favorise le courant humaniste qui fait jour à Strasbourg et qui va préparer l'avènement de la Réforme protestante. Car l’Humanisme et la Réforme sont les faits marquants de l'époque et Strasbourg est une des premières villes qui appelle au changement. Dès 1519, les thèses de Martin Luther sont affichées aux portes de la cathédrale et les dirigeants de la ville, notamment Jacques Sturm, sont favorables à ce changement. La ville adopte la Réforme en 1525 et devient protestante en 1532 avec l’adhésion à la Confession d'Augsbourg. Strasbourg est alors l’un des principaux bastion de la Réforme protestante, ce qui va largement contribuer à son rayonnement.

Plan de la ville en 1572
Plan de la ville en 1572

La ville devient une terre d’accueil pour les huguenots, ces protestants chassés de France pour leur croyance. Parmi eux, on retiendra notamment Jean Calvin qui s’installera plus tard à Genève. Cependant, en devenant ville protestante, Strasbourg ne sera pas autorisée à créer sa propre université. La ville propose déjà de nombreux enseignements, notamment en médecine et en théologie depuis 1538 grâce au gymnase de Jean Sturm, mais ceux-ci ne donnent pas lieu à un grade universitaire reconnu[44].

Une période de conflits

Dans les années 1530, l’empereur Charles Quint, catholique, entre en guerre contre les princes protestants et leurs alliés et les vainc en 1547 à la bataille de Muehlberg. Strasbourg va alors conclure plusieurs alliances, notamment avec Zurich. Mais en 1592, après d’interminables délibérations, la cathédrale est partagée en deux avec l’élection de deux évêques : un catholique et un protestant. Commence alors la longue et ridicule guerre des évêques qui va plonger la ville dans d’importantes difficultés financières. Ce conflit qui durera jusqu’en 1604 se soldera par la victoire des catholiques et Charles de Lorraine deviendra le seul et unique évêque de la ville. Dans toute l’Europe, la tension monte entre les protestants et les catholiques et en 1618, la guerre de Trente Ans éclate. Strasbourg, à l’abri dans ses fortifications modernisées par Daniel Specklin, n’intervient pas dans le conflit[45].

À l’issue de la guerre en 1648, par les traités de Westphalie, l’Alsace est rattachée à la France, mais Strasbourg demeure ville libre impériale. Épargnée par la guerre, la ville est néanmoins isolée, financièrement affaiblie, et n’a rien à attendre de l’Empire germanique vaincu. Le 28 septembre 1681, la ville est assiégée par une armée de 30 000 hommes sous le commandement de Louis XIV et deux jours plus tard, après de rapides négociations, Strasbourg accepte la reddition[46].

La Maison Kammerzell, de type Renaissance rhénane
La Maison Kammerzell, de type Renaissance rhénane

Strasbourg, une ville du royaume de France

Un accord est passé entre Louis XIV et Strasbourg visant à préserver les libertés essentielles de la cité, sur les plans politique, administratif et religieux. Par contre, elle est privée de son artillerie et de ses milices et doit accepter l'installation d'une troupe de garnison. De surcroît, un prêteur royal doit veiller à ce qu’aucune décision ne soit préjudiciable aux intérêts du roi.

Si la ville a changé de nationalité, elle reste une ville frontière et un point de passage important pour rejoindre l’empire germanique. De fait, Louis XV séjournera à Strasbourg durant la guerre de succession d’Autriche. La société aristocratique se développe et de nombreux hôtels particuliers voient le jour. Si l’allemand reste la langue courante, Strasbourg accueille de nombreux immigrants : entre 1681 et 1697, la ville passe de 22 000 à 26 500 habitants. Par ailleurs, Strasbourg abrite environ 6 000 soldats français, basés pour la plupart à la citadelle de Vauban dont les travaux ont débuté dès 1682[47].

Au niveau religieux, la ville prend un tournant important. En 1704, un prince de la famille Rohan devient évêque de la ville. La famille conservera le pouvoir épiscopal jusqu’en 1790 et fera construire le fameux palais des Rohan de Strasbourg, situé tout près de la cathédrale, sur les rives de l’Ill. Durant toute cette période, le catholicisme va se développer même si les protestants restent majoritaires[48].

En berne depuis l’annexion de Strasbourg à la France, l’université de Strasbourg retrouve peu à peu sa superbe et entre 1721 et 1755 la ville va accueillir plus de 4 000 étudiants. L’université est déjà tournée vers l’international : les étudiants étrangers viennent généralement d’Allemagne, de Scandinavie ou des Pays-Bas mais aussi de Grande-Bretagne et de Russie. Certains d’entre eux sont devenus célèbres, comme Goethe qui y fit des études de droit. Le rayonnement universitaire de Strasbourg est important et certains enseignements comme le droit et la médecine sont très réputés[49].

Un chant pour l'armée du Rhin

Mise à sac de l’hôtel de ville de Strasbourg, le 20 juillet 1789
Mise à sac de l’hôtel de ville de Strasbourg, le 20 juillet 1789

Lorsque le 14 juillet 1789 la Bastille tombe aux mains des révolutionnaires, la population strasbourgeoise se soulève. Le 21 juillet, l’hôtel de ville est saccagé. Le calme revient très vite jusqu’en 1792, date à laquelle la France entre en guerre contre la Prusse et l’Autriche. Le 26 avril, le jeune Rouget de l’Isle compose à la demande du maire de Strasbourg, Un chant pour l’armée du Rhin sans se douter qu’il deviendra un symbole de la Révolution française en devenant la Marseillaise[50].

En 1797, l’armée française prend plusieurs villes allemandes, notamment Kehl et Offenbourg. Strasbourg est hors de danger, mais la révolution a profondément désorganisé la ville. Deux ans plus tard, Napoléon Bonaparte prend le pouvoir et plusieurs institutions voient le jour : la préfecture, la bourse de commerce en 1801, la chambre de commerce en 1802. Un nouveau pont sur le Rhin est construit et les routes sont rénovées. Autant d’évolutions qui vont favoriser les activités commerciales de la ville. Strasbourg redevient un carrefour commercial important ; on vend notamment du tabac, du vin, du coton et des épices[51].

[modifier] Époque contemporaine

La révolution industrielle

À la fin du XVIIIe siècle, la ville est engoncée dans ses murailles, et d’importants travaux débutent au début du XIXe siècle. Nous sommes alors aux portes de la révolution industrielle. De nouveaux canaux vont être construits, reliant la Marne et le Rhône au Rhin. La ligne de chemin de fer reliant Paris à Strasbourg est inaugurée en 1847, et le télégraphe électrique cinq ans plus tard. Néanmoins, la ville reste essentiellement tournée vers le commerce et la finance, contrairement à Mulhouse dont l’industrie connaît un véritable essor[52]. À partir de 1853, le français devient la seule et unique langue d’enseignement, mais l’allemand et l’alsacien restent les langues les plus utilisées au quotidien[53].

Strasbourg, capitale du reichsland d'Alsace-Lorraine

Carte de Straßburg en 1888
Carte de Straßburg en 1888

La ville est prospère, mais en juillet 1870, une nouvelle guerre éclate. Dès le mois d’août, les Prussiens, sous le commandement du général August von Werder, envahissent l’Alsace et assiègent Strasbourg. La ville est mal préparée et son enceinte fortifiée du XVIIe siècle siècle n’est pas adaptée aux tirs de l’artillerie moderne[54].

Le 28 septembre 1870, après plus d’un mois de bombardements, Strasbourg capitule. L’Alsace-Lorraine est à nouveau rattachée à l’Allemagne, par le traité de Francfort, et devient capitale du Reichsland d’Alsace-Lorraine[55]. Les Strasbourgeois sortent traumatisés de cette guerre, et le rattachement de la ville à l’Allemagne est très mal vu[56].

Mais Strasbourg retrouve rapidement la prospérité, grâce notamment à la volonté du gouvernement qui souhaite faire de la ville une vitrine du savoir-faire allemand. Un vaste plan d’urbanisation est mis en place. Celui-ci s’organise selon deux axes, l’avenue de la paix et l’avenue des Vosges, prolongée par l’avenue de la Forêt-Noire. La place impériale (aujourd’hui place de la République) constitue alors le nouveau centre névralgique de la ville, regroupant l’hôtel des postes, le palais impérial, la bibliothèque universitaire et, un peu plus loin, le palais universitaire. Une nouvelle gare est édifiée, ainsi que plusieurs églises, notamment l’église Saint-Paul. La ville s’agrandit considérablement et se modernise jusqu’à la Première Guerre mondiale[57].

À partir de 1870, l’industrie va ainsi connaître un développement rapide, principalement dans les secteurs alimentaire (brasseries, conserverie) et mécanique. Ces nouvelles activités sont bien relayées par un réseau de tramway étendu (électrifié en 1894) et le nouveau port autonome, construit hors de la ville. Parallèlement, les activités bancaires s’intensifient, notamment depuis la création de la banque mutualiste du Crédit Mutuel[58]. Entre 1871 et 1914, la ville va gagner près de 100 000 habitants et la vie culturelle se développe. La première guerre mondiale va cependant mettre un terme à cette prospérité. Contrairement au conflit de 1870, Strasbourg est bien préparée à la guerre.

La place Kléber, vers 1900
La place Kléber, vers 1900

Une période trouble

Dès le début du conflit, les manifestations francophones sont interdites. Rudolf Schwander, maire de la ville, va cependant œuvrer de sorte à ce que la population ne soit pas touchée par la faim et à l’issue de la guerre, Strasbourg sort relativement indemne. Par le traité de Versailles, l'Alsace-Moselle est rendue à la France. Le changement de nationalité se fait sinon dans la violence, du moins dans la brutalité : les Allemands sont expulsés de la ville et certains monuments impériaux sont détruits, notamment la statue de Guillaume 1er. Le bilan démographique est plus lourd. Aux Allemands chassés de la ville ou partis de leur plein gré s’ajoutent 3 000 Strasbourgeois morts au combat sous l’uniforme allemand. Durant les années 1930, la croissance démographique va reprendre avec l’arrivée de juifs d’Europe centrale qui fuient la montée rapide de l’antisémitisme[59].

La ville retrouve une certaine prospérité et le trafic fluvial augmente considérablement malgré une conjoncture économique peu favorable, due à la crise des années 1930. Le port autonome ainsi que le réseau de chemin de fer vont favoriser le développement de l’industrie et en 1932, une nouvelle bourse de commerce est édifiée