Bill Clinton

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bill Clinton (homonymie).
Bill Clinton
Image illustrative de l'article Bill Clinton
Fonctions
42e président des États-Unis
20 janvier 199320 janvier 2001
(8 ans, 0 mois et 0 jour)
Élection 3 novembre 1992
Réélection 5 novembre 1996
Vice-président Al Gore
Prédécesseur George H. W. Bush
Successeur George W. Bush
42e gouverneur de l'Arkansas
11 janvier 198312 décembre 1992
(9 ans, 11 mois et 1 jour)
Prédécesseur Frank D. White
Successeur Jim Guy Tucker
40e gouverneur de l'Arkansas
9 janvier 197919 janvier 1981
(2 ans, 0 mois et 10 jours)
Prédécesseur Joe Purcell
Successeur Frank D. White
Biographie
Nom de naissance William Jefferson Blythe III
Date de naissance 19 août 1946 (68 ans)
Lieu de naissance Hope (Arkansas, États-Unis)
Nationalité Drapeau des États-Unis Américaine
Parti politique Parti démocrate
Conjoint Hillary Rodham Clinton
Enfant(s) Chelsea Clinton Mezvinsky
Diplômé de Université de Georgetown
Université d'Oxford
Université Yale
Profession Juriste
Homme politique
Religion Chrétien évangélique * Southern Baptist Convention

Signature

Bill Clinton
Présidents des États-Unis

William Jefferson Clinton, né William Jefferson Blythe III, plus communément appelé Bill Clinton, né le 19 août 1946 à Hope (Arkansas), est un homme d'État américain. Il fut, de 1993 à 2001, le quarante-deuxième président des États-Unis.

Symbole des Nouveaux démocrates, ouvert à la déréglementation dans les secteurs de l'agriculture et des télécommunications, son mandat est marqué par la plus longue période d'expansion économique en temps de paix de l'histoire moderne américaine[1], par la ratification de l'ALENA (Accord de libre échange nord-américain)[2], par l'intervention de l'armée américaine en Haïti, par les accords d'Oslo, par l'intervention des troupes de l'OTAN dans la guerre du Kosovo, par le premier attentat contre le World Trade Center à New York (1993) et par les attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie. Il est aussi marqué par un certain nombre d'affaires comme le scandale du Whitewater et celui de l'affaire Lewinsky, qui lui vaut d'être l'objet devant le Congrès d'une procédure d'impeachment qui n'aboutit pas.

Sa présidence s'est déroulée avec un Congrès dominé par les Républicains à partir de janvier 1995.

Le 19 mai 2009, il est nommé émissaire spécial de l'ONU pour Haïti par le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

Depuis 1997, il dirige la Fondation Clinton.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le jeune Bill Clinton, en 1950.

Clinton naît à Hope dans l'Arkansas, et s’appelle initialement William Jefferson Blythe III, le même nom que son père, un voyageur de commerce tué dans un accident de voiture trois mois avant sa naissance. Sa mère se remarie avec Roger Clinton et William adoptera ce nom à l’âge de 15 ans. Il grandit dans un milieu difficile puisque son beau-père est joueur, buveur, et bat sa femme.

Bill Clinton est un bon élève, joueur de saxophone. Il pense même devenir musicien professionnel. Alors qu’il est au lycée, il fait partie d'une délégation d’élèves sélectionnés pour leur mérite et invitée à la Maison-Blanche. Il y rencontre le président John Fitzgerald Kennedy et on dit que cet événement est le catalyseur de son envie d’entrer en politique. Pendant sa jeunesse, il était brièvement membre de DeMolay, qui est une organisation de jeunesse maçonnique[3].

Bien qu’originaire d’une famille pauvre, il réussit à obtenir son diplôme de politique internationale à l'université de Georgetown. Parmi ses professeurs figurent Carroll Quigley. Il reçoit une bourse Rhodes qui lui permet d’aller étudier à l’université d'Oxford au Royaume-Uni pendant deux ans, et revient à l'université Yale pour y faire ses études de droit. C’est là qu’il rencontre Hillary Rodham avec qui il se marie en 1975 ; ils auront une fille Chelsea Clinton, née en 1980.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Le président Jimmy Carter et Bill Clinton, en 1978.

Clinton commence par être professeur de droit à l’université d'Arkansas et tente, sans succès, d’être élu à la Chambre des représentants.

Il est élu procureur général de l'Arkansas en 1976 puis gouverneur de l'Arkansas en 1978. À 32 ans, il est alors le plus jeune gouverneur d’un État. Son premier mandat n’est pas facile, car il fait adopter une loi impopulaire créant une vignette sur les automobiles et doit gérer la crise causée par la fuite de prisonniers cubains, immigrés illégaux détenus dans une prison de l’État. Sa femme décide aussi de conserver son nom de jeune fille dans un État plutôt conservateur, alors qu’elle doit remplir le rôle d’hôtesse dans les réceptions officielles. Toutes ces raisons font que Clinton n'est pas réélu en 1980 pour un second mandat de 2 ans et laisse son poste à Frank D. White, un républicain.

Clinton comprend ses erreurs et renoue de bonnes relations avec les entrepreneurs et les politiciens en place. Sa femme porte son nom et adopte une attitude plus traditionnelle, tout en continuant à s’intéresser à la politique au travers de son emploi d'avocat. En 1982, Bill Clinton se présente de nouveau et prend sa revanche sur Frank D. White. Il est ensuite réélu en 1984 et 1988 pour des mandats de 4 ans. Grâce à ses contacts amicaux avec les entrepreneurs, il réussit à amadouer ses critiques. Il a pour priorité l'éducation dont il augmente le budget. Sous sa gouvernance, le chômage baisse et l'Arkansas se développe. Les résultats de l'Arkansas en matière de santé, de réduction de la pauvreté, d'éducation, d'emploi et de développement dépassent la moyenne nationale.

Présidence[modifier | modifier le code]

Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien, Bill Clinton, président des États-Unis et Yasser Arafat, président de l'Autorité palestinienne, le 13 septembre 1993, dans les jardins de la Maison-Blanche, pendant les accords d'Oslo.

Désigné candidat du parti démocrate à l'élection présidentielle de 1992 contre le président républicain sortant, George H. W. Bush, il choisit Al Gore comme colistier, bien que ce dernier soit aussi un politicien issu d’un État du Sud. La campagne électorale est pleine d’attaques personnelles, car Clinton s’est fait réformer pour ne pas accomplir son service militaire, admet avoir fumé de la marijuana mais sans en avoir avalé la fumée, aurait eu plusieurs aventures avec des femmes de son entourage et aurait conclu quelques contrats douteux.

En novembre 1992, il est élu président avec une large majorité des grands électeurs (370 contre 168) mais seulement 43 % des suffrages contre 37,4 % à George Bush. Cette élection est en effet marquée par le score important d'un troisième candidat, l'homme d'affaires conservateur, Ross Perot, qui remporte 19 % des voix et prive Bush de majorité dans de nombreux États de l'Ouest et du Midwest. Bill Clinton est élu en promettant de réformer l'État-providence, de réduire les impôts pour la classe moyenne, de réduire les impôts pour 90 % des petits entrepreneurs[4], de les augmenter pour les 1,2 % des contribuables les plus aisés[5], d'étendre le crédit d'impôt sur les revenus pour les travailleurs pauvres. Son élection marque ainsi l'arrivée au pouvoir des Nouveaux démocrates, un courant centriste du Parti démocrate, prônant des positions sociales et culturelles plutôt conservatrices et des politiques fiscales proche des néo-libéraux, assez éloignées des prises de positions de George McGovern (en 1972) ou de Walter Mondale (en 1984).

La mise en place de son gouvernement est assez chaotique, notamment dû au fait qu'il a nommé nombre de ses collaborateurs plus ou moins au dernier moment et que certains ne se sont pas révélés adapté au poste, comme son Chef de cabinet Mack McLarty, un ami très proche, qui est remplacé un an plus tard. La nomination de l'Attorney General des États-Unis est également difficile, où les deux premiers choix de Clinton, Zoë Baird et Kimba Wood, ont toutes les deux dû renoncer à la nomination pour avoir employé des étrangers en situation irrégulières[6].

Le début de son mandat est marqué par plusieurs lois symboliques comme celle autorisant les salariés des grandes entreprises à s’absenter pour des motifs familiaux ou en cas d’urgence médicale et l'admission des homosexuels dans l’armée, en dépit de longues tergiversations avec le Pentagone[7].

Au début de son mandat, Clinton adopte un mode de gouvernement très personnel ; alors que ses prédécesseurs déléguaient leur autorité et travaillaient par la voie hiérarchique, Clinton s’appuie sur un nombre de confidents restreints, dont sa femme Hillary. C’est elle qui prépare un projet de loi sur la sécurité sociale et l’assurance maladie, permettant à tous les Américains une couverture maladie. Mais le projet est bloqué par le Congrès à majorité démocrate en partie en raison de sa complexité et de son aspect institutionnel[8]. L’une des conséquences de cette politique est néanmoins le renversement de majorité dans les 2 chambres du Congrès lors des élections de mi-mandats en novembre 1994.

Les disputes entre le président et le Congrès, désormais à majorité républicaine, à partir de janvier 1995, se traduisent par des retards dans le vote du budget et le gouvernement se trouve dans l’obligation de fermer tous les ministères pendant plusieurs jours. En effet, Clinton refuse de céder aux Républicains sur le budget et ces derniers finiront par adopter le budget proposé par Clinton.

En 1996, Clinton réussit toutefois à se faire réélire, bien que la majorité républicaine du Congrès soit renforcée. Ce dernier l’obligera à adopter un budget en équilibre pour la première fois depuis 1969, du temps du président Nixon. De plus, il fait voter une loi interdisant la vente d'armes d'assaut. Il augmente le nombre de policiers afin d'assurer la sécurité et crée un service civil volontaire. De plus, il fait voter la loi sur les congés parentaux permettant aux salariés de prendre des congés pour la naissance d'un enfant ou la mort d'un proche. Il engage une lutte contre la drogue et la criminalité, et prend de plus de nombreuses mesures en faveur de l'environnement et crée de nombreuses réserves naturelles.

Cabinet du président Clinton[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Administration Clinton.

Politique extérieure[modifier | modifier le code]

Bill Clinton et Jean-Paul II à Denver le 12 août 1993.
Bill Clinton au Parlement britannique à Londres, le 29 novembre 1995.

Clinton fait intervenir les forces armées des États-Unis à plusieurs reprises et en même temps réduit drastiquement le budget de la Défense et les effectifs. Depuis fin 1992, des troupes américaines sont engagées en Somalie dans le cadre de l'opération Restore Hope et tentent de ramener la stabilité dans le pays ; une opération visant à arrêter un chef de guerre local s'opposant aux actions de l'ONU tourne mal les 3 et 4 octobre 1993 et 18 soldats américains sont tués. Face à de violentes critiques à propos de ces morts, Clinton décida de retirer tous les militaires américains du pays.

L'armée intervient aussi à Haïti pour aider le président Jean-Bertrand Aristide, victime d’un coup d’État.

Les troupes américaines participent aussi aux missions de l'OTAN dans les guerres de Yougoslavie et de maintien de la paix au Kosovo. C'est sous l'impulsion de Clinton que l'OTAN organisera des frappes aériennes, dites Bombardements humanitaires, sur la Serbie pour empêcher le "nettoyage ethnique" des musulmans bosniaques. Il fera reculer le président serbe Milosevic et sera à l'origine du plan de paix dans les Balkans. Il est à l'origine de l'armement illégal des forces paramilitaires croate et bosno-musulmane, en compagnie de François Léotard, lors de l'éclatement de l'ex Yougoslavie protégé par son armée régulière, la JNA. En 1995, lors de l'attaque croate sur la région de Krajina (à majorité Serbe) protégé par l'ONU, l'armée américaine apportera son aide logistique et stratégique lors de cette opération baptisé "Oluja" (Tempête comme Tempête de désert) qui fera des milliers de civils morts et provoquera le plus grand exode (250 000 personnes expulsés) humain depuis 1945. Il avouera dans son auto-biographie qu'il fut pendant cette guerre "supporter" de la Croatie. Après ses mandats présidentiels, il inaugure le 20 septembre 2003, le Mémorial de Potocari-Srebrenica, où repose des victimes du massacre de Srebrenica[9]. Enfin, plusieurs raids sont effectués sur l’Irak en punition des violations des sanctions imposées par l’ONU après la Guerre du Golfe.

Clinton sera particulièrement fier des accords d'Oslo entre les Israéliens et les Palestiniens. Toutefois malgré toute sa volonté il ne parviendra pas à faire accepter à Yasser Arafat et à Yitzhak Rabin un plan de paix qui aurait pu mettre fin au conflit.

Il admettra qu’il n’aura pas réussi à empêcher les massacres du Rwanda. C’est aussi pendant ses mandats que des terroristes liés au mouvement Al-Qaida tenteront de détruire le World Trade Center à New York, détruiront les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie et réussiront à endommager l'USS Cole en escale au Yémen.

Pendant sa présidence il entretiendra d'excellentes relations avec le président Jacques Chirac ; ce dernier apportera son soutien à Clinton lors de l'affaire Lewinsky. Les deux présidents resteront amis à partir de ce moment-là et s'entendront politiquement dans plusieurs domaines, ce qui explique en partie les relations tendues entre Jacques Chirac et les conservateurs américains dont le successeur de Clinton, George W. Bush.

Clinton et l’économie américaine[modifier | modifier le code]

Aidé par l'engouement des années 1990 pour la technologie, Bill Clinton est resté pour les américains le président qui a créé 22,5 millions d'emplois en huit ans (1992-2000), dont 20,6 millions dans le secteur privé, record depuis inégalé, qui a largement éclipsé les 14,7 millions d'emplois[10] créés par Ronald Reagan sur la même durée (1980-1988)[11]. Le taux de chômage des noirs a en particulier été divisé par deux, passant de 14,2 % à 7,3 % en huit ans[11], grâce à 116 mois consécutifs de croissance[11].

En arrivant au pouvoir, il trouve le pays dans une situation économique très dégradée dans plusieurs domaines : le chômage et la pauvreté ont augmenté, contribuant aux six jours d'Émeutes de 1992 à Los Angeles, qui causent 55 morts. Surtout les déficits publics atteignent des sommets, à 400 milliards de dollars[12].

Conformément au pacte passé avec le président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan[13], Clinton équilibre le budget, afin de faire diminuer les taux d'intérêts à long terme, puis dégage des excédents importants lors de ses deux dernières années à la présidence. Il est aidé en cela par l'imposition des plus-values générées par la très forte hausse de Wall Street, la plus forte de l'histoire des bourses de valeurs après celle de la Bourse japonaise au cours de la décennie précédente. La forte croissance a contribué aux excédents budgétaires, bien plus que le mix de hausses des impôts et de baisse des dépenses de Clinton.

Son prédécesseur Georges Bush avait réussi à contrôler le taux d'inflation, ce qui lui a facilité aussi la tâche. Pendant la double mandature Clinton, les États-Unis bénéficient d’une économie en expansion à un rythme moyen de 4 % par an, comparé au taux moyen de 2,8 % pendant les douze années précédentes[11].

Soucieux de ne pas multiplier les conflits avec le congrès républicain, il ne met pas son veto au Gramm-Leach-Bliley Act Financial Services Modernization Act de 1999, qui abolit une partie du Glass-Steagall Act de 1933, même si 44 des 45 sénateurs démocrates ont voté contre la version initiale et qu'une partie significative d'entre eux a voté aussi contre sa version finale. Le texte permet la création du conglomérat financier Citigroup.

En quittant la présidence, Clinton laisse une économie en bien meilleur état qu'à son arrivée. Il a réussi à :

  • créer plus de 22 millions d’emplois[12] ;
  • sept millions d'Américains ne vivent plus dans la pauvreté[12] ;
  • ramener le taux d'inflation à son plus bas niveau depuis les années 1960[12] ;
  • permettre à un nombre record d’Américains d’être propriétaires de leur maison ;
  • abaisser le chômage au taux le plus bas depuis 30 ans[12] ;
  • augmenter les salaires à tous les niveaux ;
  • rembourser 360 milliards USD de la dette nationale ;
  • convertir un déficit budgétaire record en un surplus budgétaire record[12] ;
  • ramener les dépenses fédérales à leur plus bas niveau depuis 30 ans ;
  • augmenter le taux maximum d'imposition de 31 % à 39,6 %.
  • diminuer les impôts pour les entreprises et la classe moyenne ;
  • permettre à un nombre record d’Américains de posséder des actions boursières.

Le 22 août 1996, à la fin de son premier mandat, il signe le Personal Responsibility and Work Opportunity Act (« loi sur la responsabilité individuelle et le travail »). Selon le sociologue Loïc Wacquant, cette loi « instaure le dispositif social le plus régressif promulgué par un gouvernement démocratique au XXe siècle »[14].

Clinton et l’opinion publique[modifier | modifier le code]

Bill Clinton, durant son discours à la Nation devant le Congrès américain, en compagnie du vice-président des États-Unis, Al Gore et du président de la Chambre des Représentants, Newt Gingrich, en 1997.

Premier président appartenant à la génération de l’après-guerre, Clinton apparaît comme différent de ses prédécesseurs. Il se conduit comme un homme du commun. Le fait qu’il soit souvent client de la chaîne de restauration rapide McDonald's le rend sympathique auprès des couches populaires. Ses options politiques se traduisent par des phrases courtes semblables à des couplets de chansons à la mode et ses détracteurs l’appellent « le président MTV ». Il réussit toutefois à faire voter un grand nombre d’électeurs de la jeune génération, dont beaucoup lui donnent leur voix. Il est aussi très populaire auprès des Afro-Américains qui le considèrent comme l’un d’entre eux : « Sa mère l’a élevé seule, il est né pauvre dans une famille ouvrière, il joue du saxophone et il adore les sandwiches du McDo ». Ils s'amusent souvent à dire qu'il est « le plus noir des présidents » ou encore « plus noir que Barack Obama ».

Sa femme Hillary Clinton joue un grand rôle dans son gouvernement et est vivement critiquée. Beaucoup de gens considèrent le couple comme des partenaires politiques et certains pensent même que c’est Hillary qui « porte la culotte »[15].

La bonne société, conservatrice, a du mal à accepter les frasques de Clinton dans les années 1960, l’ère hippie. Clinton avait réussi à ne pas être appelé sous les drapeaux en allant étudier à l’étranger pendant la Guerre du Viêt Nam et, s’il a admis avoir essayé la marijuana, il affirme « ne pas avoir avalé la fumée »[16] Une partie des blancs du sud considèrent aussi que Clinton les a trahis, car s’il appartient à la classe populaire, il a fait des études dans les meilleures universités et a adopté des idées proches de l'anti-conformisme. Il n’est pas conforme au modèle traditionnel des politiciens du sud même si, au même moment, d’autres conservateurs tels que Newt Gingrich, président de la Chambre des représentants, ont à faire face à des accusations similaires à celles de Clinton.

Pourtant, le nouveau président se place résolument à droite des démocrates sur les sujets de société, en s'affirmant favorable à la peine de mort, à l’interdiction de laisser les adolescents traîner dans la rue, aux uniformes dans les écoles. Il intensifie aussi la lutte contre la drogue et annonce au début de 1994, un an après sa prise de fonctions, le recrutement de 100 000 policiers supplémentaires[17]. On parle alors de Nouveau Démocrate. Ainsi lors du discours de l'État de l'Union de 1994, le président Clinton se prononce en faveur de la prière à l'école. Il en résulte qu'au cours des années 1990, le parti démocrate s'éloigne, dans sa majorité, des quelques représentants de l'aile gauche du parti, comme Ted Kennedy et Howard Dean. Hillary Clinton se recentre aussi politiquement depuis 2004, la gauche américaine étant alors plutôt incarnée par le parti de Ralph Nader.

Dès le début de la campagne électorale de 1992, des rumeurs courent sur les liaisons extraconjugales de Clinton. L’une de ses anciennes collaboratrices, Paula Jones, l’accuse de harcèlement sexuel et d’autres aventures sont rendues publiques, en particulier lorsque l’enregistrement d’une conversation téléphonique entre Monica Lewinsky et Paula Jones révèle que la première affirme avoir pratiqué des fellations alors qu’elle était stagiaire à la Maison-Blanche.

Accusations, scandales et tentative de destitution[modifier | modifier le code]

Dès le début de sa présidence, Clinton fait face à de nombreuses attaques personnelles de la part de ses adversaires politiques. Il sera ainsi victime d'un véritable acharnement de la droite conservatrice et de l'extrême droite. On l’accuse d’avoir bénéficié de donations illégales pendant sa campagne électorale, en particulier en provenance de la République populaire de Chine. On ressort des dossiers sur des contrats douteux qu’il aurait passés pendant ses mandats de gouverneur en Arkansas. L’une de ses anciennes collaboratrices, Paula Jones, l’accuse de harcèlement sexuel. Ces accusations sont tellement nombreuses que ses partisans sont persuadés qu’il s’agit d’une conspiration nationale menée par les républicains à des fins purement politiques. C'est lors des interrogatoires lors de ce procès, qui va jusqu'à la Cour suprême en mai 1997, que Clinton fait ses déclarations concernant Monica Lewinsky, une stagiaire de la Maison-Blanche, avec qui il nie avoir eu quelque relation que ce soit, ce qui lui vaudra l'accusation de parjure par le procureur Kenneth Starr. Dans Clinton versus Jones, la Cour juge qu'un président en exercice peut être poursuivi au civil pour des actes commis avant sa prise de fonction et sans rapport avec celle-ci. Sur le fond, Paula Jones perdit toutefois son procès ; en appel, elle passa un accord négocié hors-tribunal avec Clinton en novembre 1998, celui-ci acceptant de lui payer 850 000 dollars contre l'abandon des charges[18].

Mais l'accusation de parjure et d’obstruction de l’instruction permit au Congrès d’entamer une procédure d'impeachment. Le vote est strictement politique, beaucoup de sénateurs et de représentants rendant publique leur intention de vote avant que le procès ait lieu. Le 19 décembre 1998, les républicains votent pour la destitution et les démocrates contre (accusé de parjure par 228 voix contre 206, et d'obstruction par 221 voix face à 212). En janvier 1999, il passe en procès devant le Sénat, mais la condamnation d'impeachment n'est pas votée par la majorité requise des deux-tiers. De nombreux sénateurs républicains refusent de voter contre la destitution de Clinton, jugée politique.

À la fin de son mandat, son innocence sera déclarée dans plusieurs affaires, notamment sur des contrats passés lorsqu'il était gouverneur. De plus, il était accusé d'avoir encouragé plusieurs personnes à mentir sous serment ; son innocence a toutefois été prouvée.

Retraite[modifier | modifier le code]

Les anciens présidents Bill Clinton, George Bush père, George W. Bush et Silvio Berlusconi, le 7 avril 2005 lors des funérailles du pape Jean-Paul II.
Rencontre à la Maison-Blanche le 8 janvier 2009 entre tous les présidents des États-Unis encore vivants : George H. W. Bush, Barack Obama, George W. Bush, Bill Clinton et Jimmy Carter.

Comme beaucoup d’anciens présidents, Clinton, après son mandat, est devenu un conférencier recherché ; ses interventions lui auraient rapporté plus de 100 millions de dollars (de 200 000 à 475 000 dollars par conférence) depuis qu'il a quitté la Maison-Blanche[19]. Il discourt sur les problèmes politiques d’actualité et il a soutenu la candidature de sa femme au siège de sénateur de l’État de New-York en ouvrant son bureau à Harlem, le quartier noir de Manhattan.

En juin 2004, Clinton publie ses mémoires dans un livre intitulé Ma vie. Ce livre reste longtemps en tête des meilleures ventes, en particulier sur les sites Internet, lui rapportant au total 12 millions de dollars[19].

Le 26 juillet 2004, il s’adresse à la Convention nationale du parti démocrate, pour la cinquième fois de suite, en soutien du candidat John Kerry. De nombreux critiques considèrent son discours comme l’un des meilleurs. Il y critique le candidat républicain George W. Bush en ces termes « l’utilisation de la force et de l’intelligence ne sont pas forcément exclusives l’une de l’autre ».

En septembre 2004, pendant la campagne électorale, il subit une intervention à cœur ouvert et les chirurgiens affirment qu’il aurait subi une attaque cardiaque majeure à brève échéance s’il n’avait pas été opéré.

Peu de temps après le tremblement de terre du 26 décembre 2004, il est nommé émissaire spécial de l'ONU pour l'aide humanitaire aux pays frappés par les raz de marée.

Depuis la fin de sa présidence, Clinton dirige la Fondation Clinton et préside la Clinton Global Initiative, une ONG vouée à combattre la pauvreté en Afrique, la paludisme et le sida.

La William Jefferson Clinton library à Little Rock.

En 10 ans, la Fondation Clinton a levé plus de 500 millions de dollars, grâce à des donations provenant essentiellement de contributeurs étrangers, notamment de la famille royale saoudienne, du roi du Maroc et de plusieurs monarchies pétrolières du Moyen-Orient[20]. La Fondation a cependant été critiquée pour son manque de transparence. En novembre 2008, alors que le nouveau président élu Barack Obama envisage de nommer Hillary Clinton à un poste de son administration, l’équipe de transition doit s’assurer que les activités lucratives de son mari ne présentent pas un «conflit d'intérêts»[21]. Par ailleurs, l'ancien président siège au conseil d'administration de plusieurs entreprises et est également associé à un fonds d'investissement qui gère des avoirs de Dubaï et place des capitaux en Chine[22].

Bill Clinton a en outre érigé à Little Rock, la William J. Clinton Presidential Center and Park pour 500 millions de dollars comprenant une bibliothèque présidentielle, les locaux de sa Fondation Clinton et la Clinton School of Public Service, école rattachée à l'université de l'Arkansas.

Les rumeurs continuent à courir sur son futur politique. Certains le voient au poste de Secrétaire général des Nations unies. Le 8 janvier 2009, il participe au déjeuner réunissant à la Maison-Blanche tous les présidents des États-Unis encore vivants : George H. W. Bush, Barack Obama (président élu), George W. Bush (président en exercice) et Jimmy Carter. Bill Clinton a été nommé émissaire spécial des Nations unies pour Haïti après le séïsme qui a ravagé le pays le 12 janvier 2010, faisant plus de 200 000 morts, par le secrétaire général Ban Ki-moon. L’ancien président américain va œuvrer pour attirer l’attention du monde sur ce pays, le plus pauvre du continent américain. Le 11 février 2010, Bill Clinton a subi à New York une seconde intervention cardiaque : une angioplastie d'une artère coronaire[23].

Bill Clinton est venu soutenir Barack Obama à la convention démocrate du 6 septembre 2012, où il reçoit une longue ovation debout, en insistant sur le thème central de l'emploi et déclarant que si "la Maison-Blanche a été occupée durant 28 ans par un républicain, et 24 ans par un démocrate" depuis 1961, le bilan de très long terme est favorable à ces derniers, avec 24 millions d'emplois créés sous les républicains et 42 millions sous les démocrates[24]. Les plus grands médias américains, comme CNN[25], CBS et l'Associated Press[26] et Bloomberg[27] s'empressent de lancer une vérification, et doivent constater que l'ex-président dit vrai, son propre mandat (1992-2000) ayant en particulier permis la création de 20,6 à 22,5 millions d'emplois, selon que l'on inclut ou pas les salariés du secteur public. Selon le site officiel de la Maison-Blanche, c'est le seul mandat au cours duquel ont été créés autant d'emplois[28].

Critiques[modifier | modifier le code]

Au printemps 1996, au terme de son premier mandat et en vue d'alimenter son budget de campagne électorale, l'équipe du Président William Clinton propose aux enchères de passer une nuit à la Maison Blanche ou prendre un café à la Maison Blanche avec le Président des États-Unis. Le 13 mai 1996, les principaux banquiers américains sont reçus quatre-vingt-dix minutes à la Maison Blanche par le Président William Clinton, le Secrétaire du Tresor (équivalent Ministre des Finances en France) Robert Rubin (ex directeur de Goldman Sachs), l'adjoint chargé des affaires monétaires John Hawke, le trésorier du Parti démocrate, Marvin Rosen, et le directeur de la régulation des banques Eugene Ludwig. D'après le porte parole de ce dernier, « les banquiers discutèrent de la législation à venir, y compris des idées qui permettraient de briser la barrière séparant les banques des autres institutions financières ». L'abrogation définitive du Glass-Steagall Act intervient en 1999, sous la présidence Clinton.

Pour Serge Halimi, directeur du mensuel Le Monde diplomatique, au regard de la responsabilité directe de l'abrogation de la séparation entre banque de dépôt et banque d'investissement dans le déclenchement de la Crise des subprimes en 2007, ce café de travail « pourrait avoir coûté quelques milliers de milliards de dollars à l'économie mondiale, favorisé l'envol de la dette des États et provoqué la perte de dizaines de millions d'emplois »[29].

Divers[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. April 2, 1999: The Longest Peacetime Expansion in History
  2. Livingston, C. Don, Kenneth A. Wink; "The Passage of the North American Free Trade Agreement in the U.S. House of Representatives: Presidential Leadership or Presidential Luck?" Presidential Studies Quarterly, Vol. 27, 1997
  3. Order of DeMolay
  4. Presidential Press Conference - 08/03/1993
  5. 1994 State of the Union Address
  6. (fr) Hélène Vissière, « Bush-Obama : l'interrègne », Le Point,‎ 13 novembre 2008 (consulté le 13 novembre 2008)
  7. Cette politique du « on ne vous pose pas de questions, vous n’affichez pas vos convictions » (« don't ask, don't tell ») est encore en vigueur
  8. Philippe Valode les présidents des États-Unis, 2008, L'Archipel, p. 194
  9. Bill Clinton a inauguré à Srebrenica un cimetière commémorant l'exécution de 7000 Musulmans bosniaques
  10. "Bill Clinton says "Democratic presidents top Republican presidents in job creation" sur Politifact [1]
  11. a, b, c et d "The Clinton Presidency: Historic Economic Growth" Site officiel de la Maison-Blanche [2]
  12. a, b, c, d, e et f (en) The Clinton Presidency: Historic Economic Growth - Site officiel de la Maison-Blanche
  13. The Agenda", par Bob Woodward, Simon & Schuster (1994) [3]
  14. Loïc Wacquant, « La "réforme" de l’aide sociale comme instrument de discipline », Agone, no 31/32, 2004, pp. 177-196.
  15. "William Jefferson Blythe III-Clinton" (1946 - ), Homme d’État américain, sur "Il était une fois le Nouveau-Monde [4]
  16. Biographie, sur LE SITE POLITIQUE DU CENTRE & DU CENTRISME
  17. "Bill Clinton annonce un budget d'austérité", dans l'Humanité du 27 janvier 1994
  18. Jones v. Clinton finally settled, CNN, 13 novembre 1998.
  19. a et b Sophie Gherardi, Les anciens présidents parlent d'or, Le Monde, 19 mai 2007.
  20. Clinton Vetting Includes Look at Mr. Clinton, New York Times, 16 novembre 2008
  21. Obama convoite Hillary mais se méfie de son mari, Libération, 19/11/2008
  22. Obama face au casse-tête de son futur cabinet, Philippe Gélie, Le Figaro, 19/11/2008
  23. « Bill Clinton a été opéré du cœur », LeMonde.Fr, 12 février 2010.
  24. "Bill Clinton, avocat percutant de Barack Obama", par Sylvain Cypel, dans Le Monde du 6 septembre 2012 [5]
  25. "CNN Fact Check: Clinton arithmetic holds up on jobs", par l'équipe éditoriale CNN, le 7 septembre, 2012 [6]
  26. "Economists: Romney's goal of 12M jobs possible" par MARTIN CRUTSINGER, pour l'Associated Press, le 7 septembre, 2012
  27. "Bill Clinton Asserts Democrats Create More Jobs: Reality Check", sur Bloomberg, le 6 septembre 2012 [7]
  28. [8]
  29. Serge Halimi, Le gouvernement des banques Le Monde diplomatique, juin 2010

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Bill Clinton.

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]