Bataille de Trafalgar

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Bataille de Trafalgar
Ce tableau qu'Auguste Mayer peignit en 1836 appartient à une série de six toiles intitulée Le Bucentaure à Trafalgar et consacrée au navire amiral français lors de la bataille de Trafalgar (1805). On le voit complètement démâté, en train de recevoir une salve du HMS Sandwich. En réalité, le peintre commet une erreur car le HMS Sandwich avait été retiré du service dès 1797. Il est admis que ce navire est en réalité le HMS Temeraire[1].
Ce tableau qu'Auguste Mayer peignit en 1836 appartient à une série de six toiles intitulée Le Bucentaure à Trafalgar et consacrée au navire amiral français lors de la bataille de Trafalgar (1805). On le voit complètement démâté, en train de recevoir une salve du HMS Sandwich. En réalité, le peintre commet une erreur car le HMS Sandwich avait été retiré du service dès 1797. Il est admis que ce navire est en réalité le HMS Temeraire[1].
Informations générales
Date 21 octobre 1805
Lieu Au large du cap de Trafalgar, au Sud de l'Espagne, proche du détroit de Gibraltar
Issue Victoire britannique décisive
Belligérants
Drapeau de l'Empire français Empire français
Flag of Spain (1785-1873 and 1875-1931).svg Royaume d'Espagne
Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni
Commandants
Pierre de Villeneuve
Federico Carlos Gravina y Nápoli
Horatio Nelson
Cuthbert Collingwood
Forces en présence
33 vaisseaux de ligne
5 frégates
2 bricks
26 000 hommes
27 vaisseaux de ligne
4 frégates
1 goélette
1 cotre
18 500 hommes[2]
Pertes
17 vaisseaux capturés
4 vaisseaux détruits

France :
2 218 morts
1 155 blessés
4 000 prisonniers

Espagne :
1 025 morts
1 383 blessés
4 000 prisonniers
446 morts
1 246 blessés
Troisième Coalition
Batailles
Batailles navales

Cap Finisterre · Trafalgar · Cap Ortegal · Gaète · Campo Tenese · Maida


Campagne d'Autriche (1805) : opérations en Bavière - Autriche - Moravie
Donauwörth · Wertingen · Gunzburg · Haslach-Jungingen · Memmingen · Elchingen · Nerenstetten · Neresheim · Ulm · Ried · Lambach · Bodenbiehls · Steyer · Amstetten · Maria-Zell · Dürenstein · Hollabrunn (Schöngrabern) · Wischau · Austerlitz


Campagne d'Italie (1805) : Opérations en Italie du Nord
Vérone · Caldiero


Traité de Presbourg
Coordonnées 36° 17′ 35″ N 6° 15′ 19″ O / 36.29299, -6.2553436° 17′ 35″ Nord 6° 15′ 19″ Ouest / 36.29299, -6.25534  

Géolocalisation sur la carte : Espagne

(Voir situation sur carte : Espagne)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Trafalgar.

La bataille de Trafalgar oppose le 21 octobre 1805 la flotte franco-espagnole sous les ordres du vice-amiral Villeneuve, à la flotte britannique commandée par le vice-amiral Nelson.

Nelson y trouve la mort, mais la tactique qu'il a mise en œuvre vaut aux Britanniques une victoire totale malgré leur infériorité numérique. Les deux tiers des navires franco-espagnols sont détruits, et Napoléon, faute d'une flotte suffisante, doit renoncer à tout espoir de conquête du Royaume-Uni.

Cette victoire conforte également la suprématie britannique sur les mers, qui devient absolue et incontestée plus d'un siècle durant, jusqu'à la Première Guerre mondiale. Le 21 octobre est célébré dans tout l'Empire britannique sous le nom de Trafalgar Day pendant le XIXe siècle et au début du XXe siècle, mais aujourd'hui cette fête est peu connue.

Contexte[modifier | modifier le code]

Suite à la reprise des hostilités entre la France et le Royaume-Uni, le 18 mai 1803, après l'éphémère paix d'Amiens, Napoléon Ier commence à réunir une armée, au camp de Boulogne, dans le but d'envahir les îles Britanniques, et d'en finir avec son plus coriace ennemi.

Une stratégie au long cours aléatoire[modifier | modifier le code]

Mais pour permettre à la flottille hétéroclite de transport de traverser la Manche, l'Empereur doit obtenir une supériorité au moins temporaire, contre la Royal Navy. Pour la réaliser, il lui faut rassembler ses deux flottes principales, celle de l'Atlantique, basée à Brest et celle de la Méditerranée, basée à Toulon. Cependant ces deux flottes sont sous la surveillance constante de la Royal Navy, ce qui rend leur jonction difficile. De plus d'autres flottes peuvent être mobilisées pour cette action. La flotte espagnole, maintenant alliée de la France, éparpillée au Ferrol, à Cartagène et surtout à Cadix, et d'autres escadres, présentes sur la façade atlantique, comme celle de Rochefort.

La flotte à Brest, commandée par le vice-amiral Ganteaume, forte de plus de vingt vaisseaux de ligne est étroitement surveillée par l'amiral Cornwallis et son escadre de 30 vaisseaux, et ne peut appareiller sans combattre. L'escadre de Rochefort commandée par Missiessy est plus lointainement surveillée par Calder qui croise dans le Golfe de Gascogne où il contrôle également les entrées vers les ports français depuis l'Atlantique. Pour créer un surnombre il reste l'escadre de Toulon. Sans être suivie, si elle pouvait déboucher dans la Manche en même temps que les autres flottes sortiraient des ports de l'Atlantique, la supériorité numérique offrirait les conditions favorables recherchées. Cependant, celle-ci, enfermée dans la rade de Toulon, est surveillée par la Mediterranean Fleet du très redouté vice-amiral Nelson.

Le vice-amiral Horatio Nelson, par Lemuel Francis Abbott.

Celui-ci a décidé d'appliquer un blocus relâché, car il espère inciter l'amiral français Villeneuve à prendre la mer, pour lui livrer bataille. Villeneuve, qui avait déjà commandé l'arrière-garde de la flotte française à Aboukir en 1798 et n'était pas intervenu dans le combat contre Nelson à l'occasion de cette bataille (n'en ayant pas reçu l'ordre et il n'avait pas pris d'autre d'initiative que celle de fuir avec trois vaisseaux et deux frégates à la faveur de la nuit), reçoit de Napoléon l'ordre (alors secret) d'appareiller en direction des Antilles, où la flotte espagnole, l'escadre de Rochefort et celle de Ganteaume depuis Brest, forçant aussi leurs blocus respectifs, pourront le rejoindre. Il s'agit, pour la flotte du Levant, de passer en Atlantique, se renforcer d'une escadre espagnole, de menacer les colonies anglaises dans les Antilles pour y attirer la Royal Navy et cingler droit sur la Manche. Au passage se renforcer encore de l'escadre du Ferrol et de celle de Rochefort, et, forte de 50 vaisseaux, repousser la Channel Fleet, (30 vaisseaux), de William Cornwallis pour déboucher sur le pas de Calais et couvrir le transport de la grande armée de Boulogne à Douvres.

Mise au point par l'amiral Latouche-Tréville, qui devait la diriger, cette opération était, on le voit, de grande envergure, impliquant dans un vaste mouvement transocéanique quasiment l'ensemble de la flotte impériale. Elle était donc exposée à bien des aléas et des faiblesses, au premier rang desquelles les difficultés de communication irréductibles entre des flottes en mouvement et l'état moral de la flotte face à l'audace et la ténacité de commandants anglais intrépides ou adulés. Elle supposait aussi qu'elle fût conduite par un véritable chef, sachant galvaniser et diriger, capable d'initiative face aux imprévus et ayant toute la confiance de ses subordonnés et de sa hiérarchie. C'était le cas de Latouche-Tréville ; mais celui-ci meurt d'une crise cardiaque sur le pont du Bucentaure. Napoléon choisit de le remplacer par Villeneuve, qu'il sait loyal, prudent et discipliné. Et dont il pense qu'il est accompagné par la chance.

À la faveur d'une tempête sur le golfe du Lion qui empêche les navires britanniques de maintenir leurs positions de guet, Villeneuve s'échappe de Toulon et passe au travers du piège de Nelson le 29 mars 1805. Sa flotte est composée de onze vaisseaux de ligne (quatre de 80 canons et sept de 74 canons), six frégates et deux bricks. Cette flotte, dont l'objectif est de prendre de vitesse ses ennemis, est composée de navires rapides et en très bon état de navigation. Le navire amiral est le flambant neuf Bucentaure de 80 canons. Aussitôt alerté, Nelson dispose sa flotte sur la route de la Méditerranée orientale, supposant une attaque de Malte, de Naples ou de l'Égypte. Villeneuve avec ses onze vaisseaux, passe le détroit de Gibraltar le 8 avril. À Cadix il récupère l’Argonaute (de 74 canons), puis deux autres vaisseaux semblables : l’Aigle et l’Algésiras venus de Rochefort, sous les ordres du contre-amiral Magon.

La flotte française avec le capitaine Cosmao-Kerjulien attaquant le rocher du Diamant (Martinique). Peinture d'Auguste Mayer.

Il arrive aux Antilles le 12 mai, et le 14 mai, il est rejoint par six vaisseaux espagnols commandés par l'amiral Federico Gravina. Commandant alors une force de vingt navires de ligne, Villeneuve est pressé par les officiers de l'armée française de participer à la reprise des îles conquises par les Britanniques. Mais il reste inactif pendant un mois. Seule opération, de petite envergure, la reconquête du rocher du Diamant le 2 juin 1805 par l'équipage du Pluton sous le commandement du capitaine Cosmao-Kerjulien.

Le 7 juin, suite à la capture d'un navire de commerce britannique, il apprend que Nelson et sa flotte, malgré les vents contraires qui les ont retenus avant Gibraltar, est enfin arrivé dans les Caraïbes. Villeneuve donne l'ordre d'appareiller au plus vite pour retourner en Europe. Ce qui est fait le 11 juin.

L'échec à l'entrée du golfe de Gascogne[modifier | modifier le code]

La bataille du cap Finisterre ou bataille « des quinze-vingt », 23 juillet 1805 ; par William Anderson.

Du 24 au 26 juin, la flotte essuie une violente tempête qui éprouve les navires : l’Indomptable perd un mât, ce qui, sauf à le laisser à son sort, ralentit l'escadre. Pendant ce temps, Nelson, ignorant les projets précis de Villeneuve, a fait voile vers Gibraltar où il espère intercepter la flotte combinée franco-espagnole. Mais il a pris soin de dépêcher une rapide corvette, l'HMS Curieux, en direction de l'Amirauté, pour signaler la possible survenue de la flotte de Villeneuve dans les eaux européennes. Les flottes de la Manche et du golfe de Gascogne sont mises en alerte.

Le 9 juillet, la flotte franco-espagnole arrive enfin au large du cap Finisterre, mais les vents contraires associés à l'état de ses navires les plus éprouvés l'empêchent de rentrer rapidement dans le golfe de Gascogne et sa flotte se fait repérer. Le vice-amiral Calder, qui montait la garde devant Rochefort et le Ferrol, a appris le retour du Français, et le 22 juillet, il a rassemblé sa flotte de quinze vaisseaux pour l'attendre au cap Finisterre. Les deux flottes s'affrontent au nord du cap lors de la bataille « des quinze-vingt » ou bataille du cap Finisterre, le 23. Malgré l'infériorité numérique les Britanniques capturent deux navires espagnols avant que le brouillard ne sépare les flottes. Le lendemain, Villeneuve ne profite pas de l'avantage du vent et du nombre pour attaquer la flotte pourtant éprouvée de Calder ; rassemblant sa flotte en baie de Vigo le 28 juin, il se réfugie au Ferrol le 1er août. Les ordres de Napoléon qui l'attendent sont clairs : voguer au nord, vers Brest. Villeneuve apprend aussi qu'une escadre française de 5 vaisseaux (avec entre autres le puissant Majestueux de 118 canons) et 3 frégates, sous le commandement du contre-amiral Zacharie Allemand se dirige à l'entrée du golfe de Gascogne pour se joindre à sa propre flotte. Cette escadre, partie de Rochefort le 17 juillet, se dirige vers un premier point de rendez-vous situé au large du Ferrol et y croise effectivement du 29 juillet au 3 août. Ne voyant pas arriver l'escadre de Villeneuve qui, il l'ignore, vient d'affronter Calder le 22 juillet et s'est repliée sur Vigo, Allemand finit par revenir vers le sud de la Bretagne, Penmarc'h, second lieu prévu de rendez-vous, et y croise du 6 au 11 août.

Pendant ce temps, Villeneuve tente aussi d'établir le contact. Il détache une frégate, la Didon, à la recherche d'Allemand. Mais elle est capturée par la frégate anglaise Phénix. Le 13 août, Villeneuve quitte enfin La Corogne, cap sur Brest, où il doit faire sa jonction avec l'escadre de Ganteaume, tandis qu'Allemand, lui, redescend vers l'Espagne, toujours à la recherche de Villeneuve. Le 14 août, les journaux de bord des deux flottes permettent de conclure qu'elles se sont aperçues ; mais pensant être tombé sur une flotte anglaise très supérieure en nombre, Allemand se dérobe aussitôt ! Villeneuve ne cherche pas à reconnaître cette flotte, car les Anglais ont réussi à le convaincre qu'une de leurs escadres, forte de 25 vaisseaux, descendait vers Vigo ! Il est vraisemblable que Villeneuve ait cru les rumeurs qui circulaient sur la présence d'une importante force navale britannique dans la baie de Biscaye, qu'il redoute d'avoir à affronter avec des navires éprouvés et des équipages épuisés et malades. De fait, mais seulement le 15 août, Cornwallis a pris la lourde décision de détacher vingt de ses vaisseaux pour renforcer Calder contre Villeneuve, ce qui ne lui en laisse qu'onze pour garder la Manche. Villeneuve renonce définitivement à son objectif il fait mettre les voiles pour Cadix où sa flotte arrive le 21.

Retour à Cadix[modifier | modifier le code]

Mais, entre-temps, la situation géopolitique de la France a changé. Avec la menace des troupes autrichiennes et russes, aux frontières de l'est, et sans nouvelles de sa flotte, Napoléon Ier a mis en route les corps d'armée rassemblés au camp de Boulogne le 26 août, à marche forcée, pour un grand mouvement stratégique vers l'est qui les mène vers l'Europe centrale et Austerlitz.

Nelson, revenu au Royaume-Uni après deux ans en mer, est chargé de commander une nouvelle flotte qui a pour mission de surveiller l'escadre franco-espagnole retranchée dans Cadix où elle s'est renforcée de treize vaisseaux supplémentaires : quatre français dont le Redoutable, et neuf espagnols, dont l'imposant Santisima Trinidad de l'amiral Baltasar Hidalgo de Cisneros.

Plan de Cadix au XIXe siècle.

Retardé par les réparations du HMS Victory, Nelson ne prend la mer que le 15 septembre et rejoint sa flotte le 29. Il ne place devant Cadix qu'une flottille de frégates sous les ordres du capitaine Blackwood. Ses navires de ligne eux, attendent, hors de vue, à environ 50 milles de là. Il doit détacher six d'entre eux du 2 au 15 octobre, pour aller chercher du ravitaillement à Gibraltar ; de plus, le HMS Prince of Wales a quitté la flotte pour ramener Calder au Royaume-Uni, où ce dernier doit répondre de son manque d'audace du 23 juillet.

Tempête sous un crâne[modifier | modifier le code]

L'amiral Villeneuve, de son côté, semble peu enclin à quitter Cadix : ses capitaines s'y opposent. Tous craignent Nelson. Malgré quelques vaillants capitaines, les équipages de nombreux vaisseaux ont été affaiblis par la longue campagne aux Antilles, les autres semblent peu expérimentés au feu. Villeneuve ne pressent probablement ni une forte habileté, ni une forte ardeur au combat, en particulier chez les alliés espagnols, ni encore une grande confiance hiérarchique. Tout ceci convainc Villeneuve qu'un affrontement avec les Britanniques, même en supériorité numérique, serait plus que douteux.

Pourtant Villeneuve a bien reçu des ordres de l'amiral Decrès, commandant en chef de la marine française, de revenir en Méditerranée pour débarquer des troupes en Italie. Il devine la colère de l'Empereur pour son échec et son immobilisme, et sait qu'il devra rendre des comptes.

Mais c'est à l'annonce de l'arrivée de son remplaçant, le vice-amiral Rosily, à Madrid, le 18 octobre, ajoutée au rapport de ses espions signalant seulement six vaisseaux britanniques du côté de Gibraltar, que celui-ci se décide. Le 20 octobre, soudainement partisan du départ, après avoir ordonné une rapide préparation de ses navires, il quitte le port et ordonnant sa flotte en trois colonnes, la dirige vers le détroit de Gibraltar. Le soir même, l’Achille signale dix-huit navires britanniques à leur poursuite dans le nord-ouest. Durant la nuit, Villeneuve fait virer lof pour lof et commande à sa flotte de se former sur une ligne de bataille et de se préparer au combat. Le vent est faible, du suroit, seule une ample houle laisse présager la tempête qui s'annonce à l'horizon. Les flottes convergent l'une vers l'autre, et vont se croiser le 21 octobre en milieu de journée, un peu au sud-est du cap Trafalgar.

Un message célèbre[modifier | modifier le code]

Turner, La Bataille de Trafalgar montre les trois dernières lettres du célèbre pavillon « England expects that every man will do his duty » sur le HMS Victory.
le fameux signal de l'amiral Nelson.

Alors que les flottes vont croiser leur route, Nelson, sûr de la victoire promise à sa flotte, pour galvaniser ses hommes fait hisser par pavillons un message qui deviendra historique : « England expects that every man will do his duty » (« L'Angleterre attend de chacun qu'il fasse son devoir »). Après la victoire qu'il signera de sa vie, l'appel de Nelson est resté célèbre dans le vocabulaire anglo-saxon.

La bataille[modifier | modifier le code]

Nicholas Pocock, La bataille de Trafalgar, situation à 13 h.

Le plan général de l'amiral Nelson[modifier | modifier le code]

Les deux colonnes britanniques (en rouge) cassent la colonne franco-espagnole à angle droit.

L'ampleur de la victoire de l'amiral Nelson tient à sa manœuvre, consistant en un renversement de la tactique habituelle de combat en mer. Au XVIIIe siècle, lorsque deux flottes s'affrontaient, elles se disposaient en deux longues files perpendiculaires au vent (d'où le terme de vaisseau de ligne), et naviguaient l'une vers l'autre. Elles remontaient toutes deux lentement le vent et en se croisant, elles se canonnaient. Les deux flottes faisaient généralement demi-tour pour un deuxième passage face à face. La victoire tenait surtout au nombre de canons disponibles, à la rapidité de manœuvre des équipages et à la coordination entre les différentes unités de la flotte mais l'issue d'une bataille était rarement décisive, les pertes en vaisseaux étaient faibles.

À Trafalgar, la manœuvre risquée de Nelson cherche au contraire à la destruction totale de son ennemi en tronçonnant sa flotte et en poussant à un engagement général à courte portée (« pêle-mêle »). Nelson se trouve face à une flotte franco-espagnole qui, bien que supérieure en nombre, est très inférieure qualitativement à la sienne, tant en matériel qu'en équipage. Les vaisseaux espagnols sont anciens, les vaisseaux français cependant plus récents possédaient souvent des équipages trop peu entraînés. La flotte britannique est au contraire de très bonne qualité. Les équipages sont remarquablement entraînés et possèdent un moral très élevé. Un des très grands avantages de Nelson est de pouvoir compter sur un corps de capitaines exceptionnellement compétents, expérimentés et complètement dévoués.

Les vaisseaux de la Royal Navy disposent, outre leur artillerie classique, de très gros canons, appelés caronades, de faible portée mais faciles à utiliser, qui peuvent cribler de mitraille les équipages adverses à courte distance. Cette arme va montrer sa très grande efficacité durant la bataille. Du côté des coalisés, les caronades sont peu utilisées. Nelson dispose en outre de sept vaisseaux à trois ponts qui dominent de leur taille les deux-ponts adverses. Du côté de la flotte coalisée, les Espagnols alignent quatre vaisseaux à trois ponts et les Français aucun. En revanche, on relève dans la flotte française plusieurs vaisseaux à quatre-vingts canons dont le poids de la bordée égale voire dépasse celles des plus gros vaisseaux britanniques. Nelson, qui se trouve en infériorité numérique, décide alors de bousculer les habitudes.

Au lieu d'orienter sa flotte perpendiculairement au vent, il la place vent arrière, ce qui lui donne beaucoup de vitesse (rendant aussi les coups au but plus difficiles, Nelson mise aussi sur une variable relativement aléatoire : ses marins aguerris aux joutes navales face à des Français et Espagnols moyennement talentueux au tir de précision et au rechargement), et dispose ses navires sur deux files côte à côte. Ces deux files forment une épée qui transperce la flotte franco-espagnole. Celle menée par Nelson coupe la ligne adverse à angle droit un peu en avant de son milieu et empêche l'avant-garde de secourir le reste de la flotte franco-espagnole. Celle dirigée par Collingwood submerge l'arrière-garde.

L’Indomptable au centre, à bâbord le Fougueux vient sur le HMS Belle Isle, cependant qu'à tribord la Santa Ana fait feu sur le HMS Royal Sovereign.

Touchant durement l'adversaire en coupant sa ligne, la flotte de Nelson écrase méthodiquement les vaisseaux désorganisés du centre et de l'arrière des Franco-Espagnols.

La « faute » de Villeneuve[modifier | modifier le code]

En réalité, et contrairement à ce qu'en a retenu l'Histoire, Villeneuve, comme tous ses capitaines, s'attend tout à fait à cette tactique de Nelson. Il a étudié de longue date comment Nelson a procédé antérieurement : percement ou encerclement de la ligne ennemie pour ensuite concentrer plusieurs vaisseaux contre un seul, le liquider et passer ensuite au suivant. Ce système est possible avec un adversaire moins habile et mobile, ce qui fut souvent le cas, comme à la bataille du cap Saint-Vincent, à celle d'Aboukir, à la bataille de Copenhague...

Et, contrairement à ce qui est souvent écrit, Villeneuve ne s’en tint pas a priori à la classique formation en ligne unique, dont il sait, depuis 1702, qu'elle vaut à la flotte française défaite sur défaite[3], en raison de l’infériorité des artilleurs (qui tirent moins vite et moins juste), qui rend l’issue des combats assez prévisible, quelle que soit l’habileté des plans et manœuvres préalables. Villeneuve, entouré du vice-amiral espagnol Gravina, du contre-amiral Magon, et de quelques-uns de ses meilleurs capitaines, a largement le temps d'élaborer à Cadix une stratégie pour faire face à l'éventualité, hautement probable, d'une attaque de coupure de ligne ou d'encerclement en long de ligne.

Ainsi, il a été choisi, semble-t-il, de faire naviguer la majeure partie de la flotte sur une ligne continue, avec notamment les navires les plus lents, comme l'antique Santísima Trinidad, sur une ligne imposante de plus de 20 vaisseaux, pour attirer l'attaque de l'amiral anglais et masquer le plus longtemps possible une escadre dite « légère », placée sous les ordres de l'amiral Gravina et constituée des navires les plus manœuvrant et des équipages les plus combatifs.

Cette colonne devrait naviguer de conserve et se placer en retrait sous le vent de l'escadre principale. Elle aurait aligné, entre autres, Le Pluton du bouillant capitaine Cosmao-Kerjulien, L'Algésiras du contre-amiral Magon, en compagnie des meilleures unités espagnoles telles le San Juan Nepumuceno, de Churruca, l'Argonauta, le Montanes et le Principe des Asturias, de l'amiral Gravina, chargé de commander cette escadre de soutien. Placée en retrait de la flotte principale, elle aurait dû converger immédiatement vers le point de rencontre entre la flotte principale et les colonnes anglaises, pour renverser le surnombre attendu par Nelson et ses commandants, et pour éviter ainsi le débordement des unités coalisées.

Représentation d'époque de la bataille : les navires britanniques sont en rouges, les français en vert et les espagnols en jaune. Le navire britannique le plus au nord est l’Africa et non Le Neptune.

Hélas, ballotée par l'ample houle de suroît, la flotte coalisée, trop hétéroclite pour naviguer de conserve, se révèle incapable de maintenir sa ligne de bataille principale de façon continue, et l'escadre de soutien de Gravina en est réduite à s'éparpiller pour colmater au mieux les brèches, là où elle le peut. C'est donc sous l'apparence d'une seule ligne de bataille que la flotte franco-espagnole apparaîtra aux yeux des britanniques, à qui reviendra l'honneur d'écrire l'histoire de ce 21 octobre 1805. Et c'est ainsi que l'infortuné Pierre Charles de Villeneuve, commandant de la plus puissante flotte jamais rassemblée dans l'Atlantique au début du XIXe siècle, sera déclaré principal responsable du désastre naval de la flotte de Napoléon au large du cap Trafalgar, et sera tenu pour responsable d'une des plus énormes erreurs de stratégie de l'histoire navale.

C'est donc vers une flotte approximativement formée sur une longue et unique ligne que foncent, poussées par la houle et le vent arrière, les escadres de Collingwood et de Nelson. Cette tactique présente toutefois un inconvénient : avant de pouvoir transpercer les lignes franco-espagnoles, les navires de tête britanniques sont canonnés sans pouvoir riposter. Nelson compte sur la lenteur et la médiocre précision de tir des canonniers français et espagnols. Dès que l'ennemi est à portée, la meilleure qualité de tir de ses propres canonniers et l'adresse de ses équipages permet de renverser l'infériorité numérique relative. Les lignes désorganisées et prises en tenaille par les Britanniques, il n'est donc plus difficile pour Nelson d'anéantir les navires ennemis.

Le Redoutable contre le HMS Victory[modifier | modifier le code]

Les flottes en pièces à 16 h 15 : le HMS Belle Isle au premier plan, derrière à gauche la frégate HMS Naïad, à droite avec un seul mât HMS Royal Sovereign, à droite rasé et en feu l’Achille, derrière au fond le HMS Victory.
Mort de Nelson sur le pont du HMS Victory.
Au cœur de la bataille, par William Turner (1806-1808).

Le combat entre ces deux navires est épique à plus d'un titre. Le Redoutable, commandé par le capitaine Lucas est l'un des rares vaisseaux de la flotte franco-espagnole d'une bonne valeur combattante. Un de ses atouts est d'embarquer un surplus d'infanterie de ligne. Le HMS Victory à la tête de la première colonne cherche à percer la ligne franco-espagnole et surtout à affronter directement le Bucentaure vaisseau-amiral de Villeneuve. Celui-ci est protégé à l'avant par le puissant Santisima Trinidad (de 130 canons) et à l'arrière par Le Redoutable. Mais, derrière ces vaisseaux sur lesquels fond le HMS Victory de Nelson, la ligne franco-espagnole est peu ordonnée et discontinue, 4 navires s'étant laissés déporter sous le vent. Aussi, le capitaine du HMS Victory s'engage juste derrière le Bucentaure. Au passage sous sa poupe, il tire à bout portant sa bordée de 50 coups de canons qui ravage le pont du navire et les batteries supérieures, fait voler en éclats le gaillard arrière, sème mort et désolation sur le pont intermédiaire, et met en pièce une partie du gréement. Le coup est terrible pour le vaisseau de Villeneuve, déjà en détresse ! C'est alors que Le Redoutable du capitaine Lucas s'engage contre le HMS Victory. Un combat de mousqueterie commence et le Redoutable prend rapidement le dessus. En quinze minutes, le HMS Victory est réduit au silence. L'amiral Nelson est mortellement blessé durant cet affrontement. Lucas ordonne de préparer l'abordage et fait monter ses compagnies d'assaut sur le pont.

Au cœur de la bataille, suite, par William Lionel Wyllie.

Cependant, il est difficile d'escalader les bords du navire britannique à cause de sa taille plus importante et du mouvement des bateaux. Les deux navires dérivent sous le vent, ce qui ouvre le passage à la poupe du Bucentaure pour le reste de la colonne britannique. Le HMS Temeraire profite alors d'un mauvais choix tactique du Neptune pour passer et engager Le Redoutable. Ses canonnades ravagent le pont, anéantissant les compagnies d'abordage et réduisant à néant les efforts de l'équipage pour s'emparer du HMS Victory. Tandis qu'arrive le reste de la colonne de Nelson.

Et c'est au tour de la Santísima Trinidad d'être aux prises avec la tête d'escadre de Nelson.

En milieu d'après-midi, la situation au centre de la bataille est la suivante : Les huit vaisseaux de l'avant-garde commandée par Dumanoir, ont tardé à virer malgré les signaux de Villeneuve, et ils n'ont esquissé qu'un semblant de contre-attaque. Derrière le Bucentaure, deux vaisseaux espagnols, tombés sous le vent, ne peuvent intervenir efficacement, et le Neptune est parti secourir le Santa Ana. Le centre de la formation franco-espagnole, qui ne compte plus à ce moment que cinq vaisseaux est donc écrasé par les douze vaisseaux britanniques de la colonne Nelson. Seul renfort venu de l'avant-garde, L'Intrépide du capitaine Infernet. Ignorant Dumanoir, Infernet se porte au secours du Bucentaure en jetant son navire au cœur de la mêlée pendant que l'escadre de Dumanoir va croiser à distance ne lâchant que quelques bordées inoffensives, et laissant les vaisseaux du centre se débattre à un contre deux dans l'épaisse fumée.

Quant à l'arrière-garde de la ligne franco-espagnole, elle est coupée du centre par la traversée de l'escadre de contre-amiral Collingwood qui, sur son HMS Royal Sovereign, a été le premier à se jeter sur elle. Malgré la défense de certains équipages, où se sont illustrés celui de L'Achille du capitaine Deniéport ; ou celui du San Juan Nepomuceno du capitan Don Cosme Churruca, elle succombe progressivement face à l'habileté et à l'efficacité des marins britanniques et, dans ces combats à très courte distance, celle des terribles caronades qui sèment la mort et la dévastation sur les ponts, les gaillards, la mâture.

Un à un les vaisseaux submergés amènent leur couleur. Vers h 40, le Bucentaure amène son pavillon, suivi de la Santisima Trinidad. Enfin, juste après le dernier soupir de Nelson à 17 h 30, L'Achille explose. La bataille est finie.

Épilogues[modifier | modifier le code]

La fin du Bucentaure[modifier | modifier le code]

Navire amiral, dernier bâtiment français à amener son pavillon, le Bucentaure se rend à l'ennemi avec à son bord l'amiral Villeneuve, miraculeusement indemne alors que le navire est très lourdement endommagé, quasi démâté, et couvert de cadavres et de blessés. Villeneuve monte à bord du HMS Conqueror et se rend au capitaine de vaisseau James Atcherly. Le Bucentaure est pris en remorque par le Conqueror. Dans la nuit, le Bucentaure rompt son câble de remorque. Les officiers français encore à bord reprennent le navire aux Britanniques et, malgré l'état du vaisseau, mettent cap sur Cadix en pleine tempête. Au petit matin, alors qu'il est en vue du port, il s'échoue dans la houle, et malgré les tentatives pour l'alléger et le dégager, le navire commence à sombrer. Quelque 450 rescapés trouvent refuge sur L'Indomptable venu au secours. À bord de l’Indomptable se trouvent alors plus de 1 200 hommes (équipage et rescapés du Bucentaure). Durant la soirée du 23 octobre, la tempête rompt ses ancres et le drosse à son tour à la côte. Seuls 150 hommes auront la vie sauve.

La contre-attaque de Cosmao[modifier | modifier le code]

Julien Marie Cosmao-Kerjulien.

Huit vaisseaux espagnols et français, accompagnés des frégates parviennent à regagner Rota, à l'entrée du golfe de Cadix, où l'amiral Gravina, grièvement blessé, transmet le commandement des navires mouillés à Rota au capitaine de vaisseau Julien Cosmao-Kerjulien. Le 23 octobre 1805, la flotte britannique est aperçue à l'horizon, remorquant difficilement les vaisseaux endommagés dont beaucoup de prises françaises ou espagnoles. Cosmao décide d'en profiter. En une demi-journée, il fait réparer le gréement du Pluton, emprunte quelques matelots à la frégate l’Hermione et se porte à la rencontre des vaisseaux britanniques, avec une division composée de six vaisseaux français (Le Pluton, Le Neptune, L'Indomptable et le Héros) et espagnols (le Rayo et le San Francisco de Asis), cinq frégates et trois corvettes. La brise est favorable. Les navires alliés ne tardent pas à approcher la flotte britannique, laquelle marche avec une excessive lenteur. Les vaisseaux anglais, épuisés par la lutte de l'avant-veille, se dérobent à un nouveau combat et abandonnent leurs captures. C'était ce que Cosmao voulait. Il leur enlève la Santa Anna et le Neptuno qui sont ramenées à Rota par les frégates françaises.

Cosmao, apercevant au loin plus de vingt bâtiments, fait rentrer sa division, dont l'état ne lui permettait pas de risquer un nouveau combat. De son côté, l'amiral Collingwood qui avait hérité du commandement de la flotte à la mort de Nelson, décide de couler ou incendier quatre prises, de crainte de nouvelles attaques, et face au mauvais temps persistant : la Santísima Trinidad, l’Argonauta, le San Augustino et l’Intrépide. À l'entrée de Rota, L'Indomptable se perd corps-et-biens en tentant de sauver l'équipage du Bucentaure. En définitive, un seul navire capturé à la bataille de Trafalgar sera incorporé à la flotte anglaise : l'espagnol San Juan Nepomuceno (renommé HMS San Juan[réf. nécessaire]).

La bataille du Cap Ortegal[modifier | modifier le code]

La bataille du cap Ortegal par Thomas Whitcombe.
Article détaillé : Bataille du cap Ortegal.

Ultime épisode. Après Trafalgar, quatre vaisseaux français, qui faisaient partie de l'avant-garde de la flotte coalisée sous le commandement du contre-amiral Dumanoir composent une escadre de fuyards, moralement éprouvés, qui tentent de regagner Brest ou Rochefort.

Elle est interceptée à l'entrée du golfe de Gascogne, le 3 novembre 1805, par une flotte commandée par le commodore Sir Richard Strachan, composée des vaisseaux HMS Caesar, HMS Hero, HMS Courageux, HMS Namur et de quatre frégates. La flotte française est entièrement défaite au large du cap Ortegal, près du Ferrol. Tous les vaisseaux français sont capturés.

Ainsi se clôt ce que les Britanniques ont appelé la campagne de Trafalgar.

Les conséquences[modifier | modifier le code]

À Trafalgar et dans ses suites, les Français et les Espagnols perdent au total 23 navires et comptent 4 400 marins tués ou noyés, 2 500 blessés et plus de 7 000 prisonniers. Nelson est mort ainsi que 448 autres marins britanniques mais la victoire des Anglais est totale. Plusieurs vaisseaux britanniques sont cependant très fortement endommagés (dont le HMS Victory et le Royal Sovereign).

Le triomphe de Nelson, anéantissant la flotte ennemie, a définitivement ruiné les projets d'invasion de l'Angleterre.

La plupart des prises faites par les Britanniques à Trafalgar feront naufrage dans la tempête ou seront sabordées par ceux-ci.

Tous les vaisseaux français réfugiés à Cadix seront saisis par les Espagnols en 1808, au commencement de la Guerre d'indépendance espagnole. Ainsi aucun vaisseau français présent à Trafalgar ne naviguera plus sous le pavillon tricolore.

Le dernier survivant de la bataille Louis André Manuel Cartigny, (né à Hyères le 1er septembre 1791) mourut le 21 mars 1892 à Hyères, la reine Victoria qui séjournait dans la ville se fit représenter aux obsèques (à Trafalgar il était, à 14 ans, mousse à bord du Redoutable). D’après Cartigny c’est un nommé Robert Guillemard natif de Six-Fours soldat du 16e RI qui tua Nelson.

À moyen terme ce désastre n'eut pas d'effet majeur sur la stratégie terrestre puisque Napoléon avait déjà abandonné son projet d'envahir l'Angleterre à la mi-août 1805 pour porter ses efforts sur l'Europe continentale. Mais par leur victoire maritime, les Britanniques confirmèrent définitivement leur suprématie sur les mers. Si, dès avant la bataille, le risque d'une invasion était déjà levé, il disparut totalement à sa suite, la marine française n'osant jamais plus affronter les escadres britanniques en mer. Quant à la marine espagnole, elle perdit à Trafalgar l'essentiel de ses moyens. Politiquement aussi, les résultats de Trafalgar ne doivent pas être sous-estimés, constituant bientôt tant en Europe continentale qu'au Royaume-Uni un contrepoids moral aux victoires terrestres de la Grande Armée. Le Royaume-Uni, se sachant désormais invincible, pourra sans crainte fomenter coalition sur coalition jusqu'à ce que son ennemi soit à genoux.

À plus long terme, cette bataille va contribuer à la création d'un mythe, la bataille navale décisive sauvant le Royaume-Uni. Pendant la Première Guerre mondiale, la bataille du Jutland, et ses résultats mitigés, susciteront une vive controverse, cette bataille entre dreadnoughts étant appréciée à la lumière de la victoire de Nelson.

Le HMS Victory, le vaisseau amiral de Nelson, est conservé de nos jours comme une relique. Il fait toujours officiellement partie de la Royal Navy.

Ordre de bataille[modifier | modifier le code]

Bataille de Trafalgar, situation à 17 h 00.
Le HMS Victory devant le Redoutable, au fond démâté également, le « 4 ponts » Santisima Trinitad.

Britanniques[modifier | modifier le code]

Navire Canons Capitaine Morts Blessés
Colonne au Vent
HMS Victory 110 Vice-amiral Lord Nelson
Thomas Masterman Hardy
57(dont Nelson) 102
HMS Temeraire 108 Eliab Harvey 47 76
HMS Neptune 108 Thomas Francis Fremantle 10 34
HMS Leviathan 82 Henry William Bayntun 4 22
HMS Conqueror 82 Israel Pellew 3 9
HMS Britannia 110 contre-amiral William Carnegie
Charles Bullen
10 42
HMS Spartiate 82 Sir Francis Laforey 3 20
HMS Minotaur 82 Charles John Moore Mansfield 3 22
HMS Ajax 82 Lieutenant John Pilford (acting captain) 2 9
HMS Agamemnon 72 Sir Edward Berry 2 8
HMS Orion 82 Edward Codrington 1 23
HMS Africa 72 Henry Digby 18 44
Colonne sous le Vent
HMS Royal Sovereign 110 Vice-amiral Cuthbert Collingwood
Edward Rotheram
47 94
HMS Belleisle 82 William Hargood 33 93
HMS Mars 82 George Duff 29 69
HMS Tonnant 80 Charles Tyler † 26 50
HMS Bellerophon 82 John Cooke 27 133
HMS Colossus 82 James Nicoll Morris 40 160
HMS Achille 82 Richard King 13 59
HMS Defence 82 George Johnstone Hope 7 29
HMS Defiance 82 Philip Charles Durham 17 53
HMS Prince 108 Richard Grindall    
HMS Dreadnought 108 John Conn 7 26
HMS Revenge 82 Robert Moorsom 28 51
HMS Swiftsure 82 William George Rutherford 9 8
HMS Thunderer 82 Lieutenant John Stockham (acting captain) 4 12
HMS Polyphemus 72 Robert Redmill 2 4

Flotte attachée[modifier | modifier le code]

Bateau Classe Canons Capitaine
Euryalus Frégate 36 Hon. Henry Blackwood
Naiad Frégate 10 Thomas Dundas
Phoebe Frégate 36 Hon. Thomas Bladen Capel
Sirius Frégate 36 William Prowse
Pickle Goélette 10 Lieutenant John Richards La Penotière
Entreprenante Cotre 8 Lieutenant Robert Benjamin Young

Franco-Espagnols[modifier | modifier le code]

Vaisseaux Canons Capitaine Pays Pertes Issue de la bataille
Neptuno 80 Cayetano Valdés y Flores Espagne 73 Capturé, repris le 23/10 puis coulé
Scipion 78 Charles Berrenger France   Pris le 3/11 à la Bataille du Cap Ortegal
Intrépide 78 Louis-Antoine-Cyprien Infernet France >320 Capturé puis coulé par les Britanniques
Formidable 86 Pierre-Étienne-René-Marie Dumanoir Le Pelley
Jean-Marie Letellier
France   Pris le 3/11 à la Bataille du Cap Ortegal
Duguay-Trouin 78 Claude Touffet France   Pris le 3/11 à la Bataille du Cap Ortegal
Mont-Blanc 78 Guillaume-Jean-Noël Lavillegris France   Pris le 3/11 à la Bataille du Cap Ortegal
Rayo 100 Enrique MacDonnell Espagne 18 Fait naufrage le 26/10
San Francisco de Asís 74 Luis de Flores Espagne ? Fait naufrage le 24/10
Héros 78 Jean-Baptiste-Joseph-René Poulain France 52 Regagne Cadix
San Agustín 74 Felipe Jado Cajigal Espagne 380 Capturé
Santísima Trinidad 136 Contre-Amiral Baltasar Hidalgo de Cisneros
Francisco de Uriarte y Borja
Espagne >300 Capturé puis fait naufrage le 24/10
Bucentaure 86 Vice-amiral Pierre-Charles-Jean-Baptiste-Silvestre de Villeneuve
Jean-Jacques Magendie
France 450 Capturé, repris le 22/10 puis fait naufrage
Redoutable 78 Jean Jacques Etienne Lucas France 613 Capturé mais coule le lendemain
San Justo 74 Miguel Gastón Espagne ? Regagne Cadix
Neptune 86 Esprit-Tranquille Maistral France ? Regagne Cadix
San Leandro 64 José Quevedo y Cheza Espagne ? Regagne Cadix
Santa Ana 112 Vice-Amiral Ignacio María de Álava y Navarrete
José Cardoqué
Espagne 340 Capturé puis repris le 23/10. Regagne Cadix
l'Indomptable 86 Jean-Joseph Hubert France >1000 noyés Fait naufrage avec les rescapés du Bucentaure
Fougueux 78 Louis-Alexis Baudouin France >500 Capturé puis coule
Pluton 78 Julien-Marie Cosmao-Kerjulien France 280 Regagne Cadix
Monarca 74 Teodoro de Argumosa Espagne 241 Capturé
Algésiras 78 Contre-amiral Charles-René Magon
Laurent Tourneur
France 219 Capturé puis repris dans la tempête. Regagne Cadix
Bahama 74 Dionisio Alcalá Galiano Espagne 141 Capturé
L'Aigle 78 Pierre-Paulin Gourrège France >400 Capturé puis coulé
Montañés 74 Francisco Alcedo Espagne 49 Regagne Cadix
Swiftsure 78 Charles Eusèbe Lhospitalier de la Villemadrin † France >260 Capturé
Argonaute 78 Jacques Epron-Desjardins France 187 Regagne Cadix
Argonauta 80 Antonio Pareja Espagne >300 Capturé
San Ildefonso 74 José de Vargas Espagne 165 Capturé
Achille 78 Louis Gabriel Deniéport France 499 Coulé après explosion
Príncipe de Asturias 112 Amiral Federico Carlos Gravina y Nápoli
Contre-Admiral Antonio de Escaño
Rafael de Hore
Espagne 163 Regagne Cadix
Berwick 78 Jean-Gilles Filhol de Camas France 250 Capturé puis coule (200 noyés ?)
San Juan Nepomuceno 74 Cosme Damián Churruca Espagne 274 Capturé
Mort du commodore Cosme de Churruca, par Eugenio Álvarez Dumont, musée du Prado, à Trafalgar, les marins espagnols se sont souvent battus avec héroïsme, et ont payé un lourd tribut.

Flotte attachée[modifier | modifier le code]

Bataille de Trafalgar, pertes de la flotte coalisée.
Vaisseaux Classe Canons
Cornélie Frégate 46
Hermione Frégate 46
Hortense Frégate 46
Rhin Frégate 46
Thémis Frégate 46
Argus Brick 16
Furet Brick 16

Commémoration de la bataille[modifier | modifier le code]

L'une des places les plus célèbres de Londres, Trafalgar Square, porte le nom de la bataille. Elle est ornée d'une statue de l'amiral Nelson.

Lord Nelson au sommet de sa colonne à Trafalgar Square, Londres.

En 2005, une série de cérémonies officielles a commémoré le bicentenaire de la bataille de Trafalgar dans le Royaume-Uni. Six jours de célébrations ont eu lieu à la cathédrale Saint-Paul, où Nelson est enterré. La reine d'Angleterre a assisté le 28 juin à la plus grande revue de la flotte des temps modernes. Une flotte réunissant des bateaux britanniques, espagnols et français a conduit des manœuvres navales le 21 octobre dans la baie de Trafalgar, près de Cadix, en présence de nombreux descendants des combattants de la bataille.

Chaque 21 octobre ou à une date très proche, il est de tradition, dans tous les navires de la Royal Navy, de porter un toast à la mémoire éternelle de Nelson et de ceux qui sont morts avec lui. Ce toast se fait en silence, car destiné à commémorer, non une victoire, mais bien le souvenir d'hommes tombés pour leur pays.

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michèle Battesti, Trafalgar, les aléas de la stratégie navale de Napoléon, Economica, 2004 (ISBN 2-95195-391-7)
  • René Maine, Trafalgar : le Waterloo naval de Napoléon, Hachette, 1955, 271 p. .
  • Rémi Monaque, Trafalgar, 21 octobre 1805, Tallandier, 2005 (ISBN 2-84734-236-2)
  • A. Thomazi, Trafalgar, Payot, 1932, 199 p. .
  • Danielle et Bernard Quintin, Dictionnaire des capitaines de vaisseau de Napoléon, collection Kronos, Paris 2003.
  • Guy Le Moing, Les 600 plus grandes batailles navales de l'Histoire, Marines Editions,‎ 2011.
  • (en) Sir William Laird Clowes, The Royal Navy - A History.
  • (en) B. Tunstall, Naval Warfare in the Ages of Sail, 1990, Conway maritime Press (ISBN 0-85177-544-6).
  • (en) G. Fremont-Barnes, Trafalgar 1805, Nelson's crowning victory, Osprey, 2005, Campaign no 157 (ISBN 1-84176-892-8)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

La bataille de Trafalgar est à l'origine d'une expression française : coup de Trafalgar.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le tableau de Mayer décrit sur le site du musée nationale de la Marine, à Paris
  2. Sur les 18 000 hommes de la flotte, un dixième environ étaient originaires de 25 nations différentes ; le carnet d'équipage nomme trois Français
  3. René Maine, Trafalgar, le Waterloo naval de Napoléon, Hachette, Paris, 1955, 271 p. évoque les chiffres suivants pour la période Révolution et Empire : Les pertes de la Royal Navy s’élèvent à 18 vaisseaux, 45 frégates et 202 navires inférieurs contre 124 vaisseaux, 157 frégates et 288 bâtiments inférieurs pour la France et ses alliés. Jean-José Ségéric, Napoléon face à la Royal Navy, Marines éditions, Rennes, 2008, 415 p. estime quant à lui, que de 1793 à 1815, la France et ses alliés perdirent 113 vaisseaux et 205 frégates dont 83 de ces vaisseaux et 162 de ces frégates furent incorporés à la flotte britannique.