Zone économique spéciale

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La première zone économique spéciale (ZES) moderne fut établie à l'aéroport de Shannon en 1959. Ce dispositif qui offre une combinaison d'incitations fiscales, de droits de douanes favorables, des procédures douanières simplifiées et réglementations limitées a retenu l'attention de nombreux États. En 2014, trois pays sur quatre ont au moins une ZES. Le monde compte maintenant environ 4 300 ZES[1]. Lorsqu’un gouvernement crée une ZES, c'est dans le but d’attirer les investissements étrangers, la création d'emplois et surtout l'amélioration de la technologie et de la gestion. Pour cela, il met en place des mesures permettant aux entreprises de voir leurs coûts d’investissement, de financement et d’exploitation notablement réduits par rapport à un environnement économique "classique". Ces mesures incitatives sont le plus souvent des réductions ou exonérations fiscales temporaires, mais peuvent aussi être des aides directes comme les subventions à l'installation (par exemple d'une prime à l’investissement, fourniture de terrains et de locaux à prix réduit).

Entrée de la zone économique SavanPark près de Savannakhet, dans le sud du Laos (2011).

Malgré leur popularité, les ZES sont souvent un échec. L'Afrique est parsemée par les éléphants blancs. L'Inde a des centaines de ZES qui n'ont jamais décollé, y compris plus de 60 dans l'État du Maharashtra.

La réussite de ZES chinoises[modifier | modifier le code]

Pourtant, les fans de ZES peuvent se réjouir de plusieurs réussites. Les plus célèbres sont celles créées en République populaire de Chine sous le gouvernement de Deng Xiaoping en 1980, surtout celle près de Hong Kong, surnommée «le Miracle de Shenzhen"[2]. À l'époque, c'était une façon d'expérimenter les réformes économiques que les dirigeants chinois avaient peur de déployer à l'échelle nationale en une seule fois[3]. La première génération de ZES chinoises ont concentrées sur la fabrication et l'exportation de produits de base standard (comme les vêtements prêts à porter, chaussure du sport, etc.). Ces ZES de 1re génération étaient toutes situées sur le littoral pour faciliter le transport des matières premières et ainsi les exportations de produits finis. En fait, ces ZES contredisent la théorie du commerce classique de David Ricardo basée sur une vision statique de l'avantage comparatif[4]. Alors, ils incarnent aussi une vision plus dynamique du commerce et le développement qui a embrassé le rôle des infrastructures, de la technologie, le capital humain, les économies d'échelle et la globalisation -- dans la « nouvelle théorie du commerce "[5]. Ainsi, leur succès a été basé sur les prix imbattables - " le prix de la Chine " qui a forcé de nombreuses usines occidentales de coût élevé à migrer vers la Chine ou les autres pays en voie de développement6.

Alors, Shenzhen a attiré des milliers d'investisseurs étrangers, et ces politiques réussies étaient propagées à d'autres villes. En Chine, les ZES compréhensives incluent: les villes de Shenzen, Zhuai, Shantou, Xiamen, Kashgar et la province de Hainan. En 1984, 14 villes côtières étaient ouvert aux investissement étrangers: Dalian, Qinhuangdao, Tianjin, Yantai, Qingdao, Lianyungang, Nantong, Shanghai, Ningbo, Wenzhou, Fuzhou, Guangzhou, Zhanjiang and Beiha. De plus, il y a 53 nouvelles zones plus spécifiques de Développement Économique et Technique, 15 Zones Franches, les Zones Franches d'exportation et les Zones de Développement de Haute Technologie[6].

Shenzhen occupe une place particulière dans l'histoire de la réforme chinoise moderne. Mettre en place comme la première zone économique spéciale en vertu de la libéralisation économique en 1980, la ville est passée d'une petite communauté de pêcheurs à une métropole de 10 millions de personnes en seulement 35 ans[7]. Compte tenu de l'interface complexe entre les ZES et autres zones de développement, il est difficile à isoler la contribution de ZES, bien que la Banque Mondiale estime qu'en 2007, les cinq d'origine a contribué au moins 21,8 % de PIB[6]. Pourtant, il y a peu de doute que cette approche était une partie clef à la forte croissance et modernisation de Chine.

La réussite chinoise est-elle transférable?[modifier | modifier le code]

En dépit de la réussite chinoise, les ZES ne sont pas une formule automatique pour le succès. D’autres pays ont suivi l’exemple de la Chine, comme l’Inde, l’Iran, la Jordanie, la Pologne, le Kazakhstan, les Philippines, la Corée du Nord et la Russie, avec beaucoup moins de succès.

Alors, le vécu chinois est-il transférable? En fait, en 1980 la Chine a profité de deux avantages importants: la présence de Hong Kong et une diaspora dynamique. Après la révolution culturelle, les institutions de la Chine et le système juridique étaient en plein désarroi. Alors, comment les ZES peuvent-elles attirer les investisseurs étrangers? La réponse a été la ville de Hong Kong comme portail. Ainsi, les entreprises étrangères ont utilisé Hong Kong comme leur poste de rassemblement pour investir en Chine, car il leur offre quelque chose qu'aucune ville continentale fait: un environnement d'investissement stable, protégé par des tribunaux équitables et transparentes qui appliquent un État de droit établi de longue date[8]. En ce qui concerne les investisseurs étrangers, dans les 5 premières années de développement, la diaspora chinoise représentait 70 % des investissements étrangers, ouvrant la voie à d'autres investisseurs[9].

Parce que les ZES impliquent des coûts en termes de fiscalité perdue et une assiette fiscale plus petite - la question est de savoir comment réussir sans ces avantages atypiques chinois? Hélas il n'y a pas de formule magique, mais plusieurs leçons pragmatiques en appuyant sur l'expérience d'autres pays. Alors, offrir seulement des incitations fiscales peut aider à décoller une ZES n'assure pas un projet durable. Pour cela, on a besoin d'un programme de réforme globale. D'abord, les zones plus réussies construits des liens étroits avec l'économie nationale, comme en Chine et la Corée[2]. De plus, la concurrence est critique. Une ZES du tiers monde qui produit uniquement pour le marché local fournira des produits de mauvaise qualité, donc étant connecté aux marchés mondiaux est essentiel. Alors, une des clés de la réussite des ZES chinoises (suivant l'exemple du Japon), c'est qu'ils ont de fortes incitations fiscales pour exporter vers les pays plus avancés. Mais pour exporter, implique nécessairement le besoin d'infrastructures. Par conséquent, l'amélioration des infrastructures semble avoir un plus grand impact que les allégements fiscaux. Ceci nécessite souvent l'amélioration radicale des routes, des chemins de fer, les ports et aussi l'accès à l’électricité et de l'eau. La construction des infrastructures essentielles explique une grande partie de la réussite de ZES chinoises en Afrique et la fortes relations sino-africaines [10] [11]. Finalement, il y a le juste équilibre à trouver entre la surveillance adéquate et la liberté de la bureaucratie gouvernementale. Trop d'ingérence politique nie la possibilité d'expérimenter. Or, l'insuffisance de la surveillance dans les pays du tiers monde peut rapidement conduire à des activités néfastes et la corruption.

Parmi les derniers pays à se lancer dans le processus, la République démocratique du Congo prépare sa première Zone économique spéciale à Kinshasa[12]. Le Gabon a, quant à lui, lancé la création de sa ZES en septembre 2010 : la Zone Économique Spéciale de Nkok, d'une superficie de 1 200 ha[13]. C'est le premier pays d'Afrique Centrale à avoir une ZES.

Selon les estimations de la Banque mondiale, il existait en 2007 plus de 3 000 ZES déjà créées ou en projet, et ce, dans 120 pays, par rapport aux 4 300 en 2014.

Controverse[modifier | modifier le code]

En Pologne, les zones économiques spéciales sont critiquées pour êtres des zones de non-droit pour les travailleurs, où les licenciements abusifs et l'usage de contrats particulièrement précaires sont récurrents[14],[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Not so special », The Economist,‎ apr 4th 2015 (ISSN 0013-0613, lire en ligne)
  2. a et b (en) Douglas Zhihua Zeng, Building Engines for Growth and Competitiveness in China: Experience with Special Economic Zones and Industrial Clusters, World Bank Publications,‎ 2010 (ISBN 9780821384336, lire en ligne)
  3. (en) Henry Kissinger, On China, New York, The Penguin Press,‎ , 586 p. (ISBN 978-1-59420-271-1)
  4. « David Ricardo: The Concise Encyclopedia of Economics | Library of Economics and Liberty », sur www.econlib.org (consulté le 28 avril 2015)
  5. « What is New Trade Theory? », sur marginalrevolution.com (consulté le 28 avril 2015)
  6. a et b « http://elibrary.worldbank.org/doi/pdf/10.1596/1813-9450-5583 », sur elibrary.worldbank.org (consulté le 22 avril 2015)
  7. « From “High-Speed” to “High-Quality” Growth: Shenzhen, the birthplace of China's economic miracle, goes low-carbon », sur East Asia & Pacific on the rise (consulté le 22 avril 2015)
  8. « Why Hong Kong remains vital to China’s economy », The Economist,‎ sep 30th 2014, 23:50 (ISSN 0013-0613, lire en ligne)
  9. « http://info.worldbank.org/etools/docs/library/152385/richarddavone.pdf », sur info.worldbank.org (consulté le 23 avril 2015)
  10. « http://www.american.edu/sis/faculty/upload/Brautigam_Tang_JMAS-2011.pdf », sur www.american.edu (consulté le 24 avril 2015)
  11. « Les zones économiques chinoises en Afrique favorisent-elles le développement ? | International Centre for Trade and Sustainable Development », sur www.ictsd.org (consulté le 24 avril 2015)
  12. Le "paradis" où le droit fera la loi, L'Echo, novembre 2010.
  13. Jeune Afrique, « Réussite : sur le chantier de la ZES de Nkok », sur economie.jeuneafrique.com,‎ (consulté le 1 février 2015)
  14. http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2012/jul/23/sackings-poland-junk-jobs-chung-hong
  15. http://nowe-peryferie.pl/index.php/2012/03/maciejewska-kobiety-w-strefie-pracowniczego-bezprawia/

Voir aussi[modifier | modifier le code]