Zombie (film)
Zombie
| Titre original | Dawn of the Dead |
|---|---|
| Réalisation | George Andrew Romero |
| Scénario | George Andrew Romero |
| Acteurs principaux | |
| Pays d’origine | |
| Genre | horreur |
| Sortie | 1978 |
| Durée |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution
Zombie (Dawn of the Dead) est un film américano-italien gore réalisé par George Romero, sorti en 1978. C'est le deuxième film de la saga des zombies de ce réalisateur, après La Nuit des morts-vivants, dont il n'est pas à proprement parler une suite, mais dont il reprend et prolonge le principe de départ. Il est également le premier opus d'une saga dérivée, continué par L'Enfer des zombies de Lucio Fulci.
Le monde est bouleversé par la prolifération des morts-vivants, que rien ne semble pouvoir endiguer. Alors que le chaos règne partout, un groupe de quatre personnes se réfugie dans un centre commercial qu'il barricade afin de se protéger des zombies et bénéficier des ressources du centre.
Zombie est d'abord connu en tant que sommet du gore : les cervelles explosent, le sang gicle, les entrailles se déversent. Cela a valu au film, censuré plusieurs années en France, d'être admiré autant que dénigré. Mais Zombie est aussi un pamphlet politique, et notamment une charge contre la société de consommation, représentée par le centre commercial dans lequel les héros, comme les zombies, singent leur vie passée.
Sommaire |
Intrigue [modifier]
Dans le monde entier, les morts sont revenus à la vie et attaquent les vivants. Une fois mordus, ceux-ci se transforment à leur tour en zombies. Les autorités tentent d'endiguer l'épidémie. Le seul moyen d'éliminer un zombie est de lui tirer une balle dans la tête.
Fran se réveille après une courte pause dans le studio de télévision où elle travaille. Le chaos y règne. Les équipes envoyées pour réparer les stations relais disparaissent les unes après les autres, ce qui provoque la colère de l'équipe contre la direction. De plus, le personnel chahute l'invité, un officiel qui annonce des mesures radicales et autoritaires pour lutter contre les morts-vivants. Steve, pilote de l'hélicoptère du studio et petit ami de Fran, propose à cette dernière de s'enfuir en volant l'appareil.
Au même moment, une unité du SWAT investit un immeuble occupé essentiellement par des Afro-Américains et des Portoricains précaires, qui refusent, comme l'exige la loi, de détruire les corps de leurs proches. L'intervention tourne mal : des policiers et des civils sont tués, notamment parce qu'un des membres des forces de l'ordre, ouvertement raciste, ne se contrôle plus. Après avoir éliminé les zombies qui étaient parqués dans la cave, Peter fait la connaissance d'un de ses collègues, Roger. Celui-ci, ami de Steve qui doit s'enfuir avec lui, propose à Peter de les rejoindre. Le groupe des quatre fugitifs quitte donc la ville pour trouver un refuge.
Après avoir assisté du ciel à des scènes de massacre par la Garde nationale, et échappé de peu à des zombies en faisant le plein de carburant, le groupe se pose sur le toit d'un centre commercial. Leur objectif est au départ de se ravitailler, ce qu'ils arrivent à faire, même s'ils ont dû laisser Fran seule, sans armes, et qu'elle a failli se faire tuer par un zombie. C'est la raison pour laquelle elle est réticente quand ses compagnons lui proposent de s'installer dans le mall. Elle se laisse finalement convaincre.
L'installation et la cohabitation ne se font pas sans mal. Fran doit s'imposer auprès des hommes, qui prennent des décisions sans elle, notamment après qu'ils ont découvert qu'elle est enceinte. Il faut éliminer les zombies qui errent par automatisme, souvenir inconscient de leurs anciennes habitudes, dans le centre commercial. Il faut ensuite bloquer les portes, au moyen de camions citernes. Au cours de cette opération, Roger, à qui la chasse aux zombies fait perdre toute prudence, se fait mordre.
Le petit groupe profite, pendant quelque temps, du centre commercial. Fran semble peu satisfaite de cette vie dévolue à la seule consommation. Elle apprend à conduire l'hélicoptère. Peu après, Peter doit abattre Roger, qui s'est transformé en zombie. Les trois survivants continuent leur semblant de vie, jusqu'à ce qu'une troupe de bikers pénètrent dans le mall pour le piller, ouvrant les issues aux morts-vivants. Steve ne supporte pas cette invasion dans ce qu'il considère être sa propriété, chèrement acquise. Il tire sur les bikers. La fusillade qui s'ensuit signera la fin de certains d'entre eux, dévorés par les zombies, mais aussi celle de Steve, qui se transforme en zombie.
Fran décide de s'enfuir en hélicoptère. Peter décide d'attendre les zombies et de se tirer une balle dans la tête, mais se ravise et rejoint la jeune femme. Dans la dernière scène, Fran constate qu'il lui reste peu de carburant.
Fiche technique [modifier]
- Titre : Zombie (montage européen) ou L'aube des Morts (montage américain)
- Titre original : Zombie (montage européen) ou Dawn of the Dead (montage américain)
- Réalisation : George A. Romero
- Scénario : George A. Romero
- Production : Claudio Argento, Richard P. Rubinstein, Claudio Argento et Alfredo Cuomo
- Société de production : Laurel Group
- Budget : 1,5 million de dollars
- Musique : Goblin pour la version européenne et quelques thèmes de la version américaine, Dario Argento
- Photographie : Michael Gornick
- Montage : George A. Romero
- Costumes : Josie Caruso
- Pays d'origine : États-Unis/Italie
- Budget : 650 000 $
- Format : Couleurs - 1,37:1 - Mono - 35 mm
- Genre : Action, horreur, post-apocalyptique.
- langue : anglais
- Durée : 117 minutes (montage européen supervisé par Dario Argento) - 126 minutes (montage US) - 139 minutes (director's cut) - 156 minutes (version longue allemande)
- Sociétés de distribution initiale en salles :
États-Unis : United Film Distribution Company
France : Éditions René Chateau
- Dates de sortie :
Italie : 2 septembre 1978,
États-Unis : 2 septembre 1979,
France : 11 mai 1983 - Public : film interdit aux moins de 18 ans assorti d'un avertissement lors de sa sortie en France ; actuellement interdit aux moins de 16 ans
Distribution [modifier]
- David Emge (VF : Francis Lax) : Stephen
- Ken Foree : Peter
- Scott H. Reiniger : Roger
- Gaylen Ross : Francine
- David Crawford : le docteur Foster
- David Early : Mr Berman
- Richard France : le docteur Milliard Rausch
- Howard Smith : le commentateur TV
- Daniel Dietrich : Givens
- Fred Baker : le commandant des forces de police
- James A. Baffico : Wooley
- Rod Stouffer : Roy Tucker, un jeune officier sur un toit
- Jesse Del Gre : le vieux prêtre
- Clayton McKinnon : un officier dans l'appartement du projet
- John Rice : un officier dans l'appartement du projet
- Ted Bank : un officier au central de la police
- Patrick McCloskey : un officier au central de la police
- Randy Kovitz : un officier au central de la police
- Joseph Pilato : un officier au central de la police
- Pasquale Buba : un braqueur à moto
- Tom Savini : le motard à la machette
- Taso N Stavrakis : le motard au marteau
- John Amplas : un voyou
Élaboration et sources [modifier]
Du scénario à la production [modifier]
L'idée d'une suite à La Nuit des morts-vivants titillait Romero depuis la sortie du film. C'est en travaillant sur Jack's Wife qu'il a l'idée du point de départ de Zombie, à savoir la multiplication des morts-vivants, et le centre commercial servant de refuge à un petit groupe de survivants[1]. Il se lance dans d'autres projets, La Nuit des fous vivants et Martin, espérant pouvoir réunir la somme nécessaire pour produire son nouveau film de zombies. Déterminé à rester indépendant, il s'associe avec le producteur Richard P. Rubinstein au sein de la société Laurel Production. C'est grâce à une collaboration avec Dario Argento que Romero peut lancer le projet, pour un budget d'un million et demi de dollars[1].
Le tournage [modifier]
Création des maquillages et des effets spéciaux [modifier]
Tom Savini, proche du réalisateur, n'avait pu participer au tournage de La Nuit des morts-vivants car il était au Vietnam comme reporter de guerre[2]. C'est à lui qu'est confiée la réalisation des maquillages et effets spéciaux de Zombie.
Ce recours à un spécialiste permet un rendu des effets plus réalistes que dans La Nuit des morts-vivants, où le noir et blanc dissimulait l'amateurisme des procédés[2]. Selon certains critiques cependant, le maquillage, notamment le rouge orangé criard du sang et le bleu pâle des cadavres, créerait une distanciation en rappelant les couleurs du centre commercial[2]. Les effets spéciaux donneraient une dimension « cartoonesque » au film[3]. La volonté de dérision de Romero est avéré, mais selon Tom Savini, tel n'était pas l'objectif des effets spéciaux. Lors du tournage, le sang, des litres de liquide achetés à la société 3M, était réaliste, rouge, et la peau des zombies grise. Mais l'équipe n'avait pas testé le rendu sur la pellicule. C'est une fois celle-ci développée que Savini s'est rendu compte de l'effet criard et irréaliste, non voulu[4].
Sur le tournage, Savini innove en matière d'effets spéciaux gore. Pour lui donner plus de violence, il fait par exemple filmer à l'envers la scène où une machette s'enfonce dans la tête d'un mort-vivant, ce qui donne bien plus d'impact à un trucage classique - la lame de l'arme suit le contour du crâne[2].
Montage et musique : plusieurs films [modifier]
Le contrat de co-production entre Romero et Argento prévoit que les droits du film reviennent à Laurel Production pour les pays anglophones et l'ensemble du continent américain, à la société d'Argento partout ailleurs[1]. Cela inclut le director's cut et la musique.
C'est pourquoi il existe trois versions du film : le montage original, préalable à la diffusion, le plus long, effectué par le réalisateur pour une projection test, couramment appelé « Director's cut » ; un deuxième montage américain raccourci sur la demande des distributeurs, effectué lui aussi par Romero ; et le montage européen, effectué par Dario Argento[5]. L'ambiance des différents montages est véritablement très différente. En particulier, la version européenne s'avère plus violente (effet renforcé par la musique des Goblins), la version américaine plus décalée, voire humoristique (comme souvent chez Romero).
La musique est également différente, celle de la version européenne étant l'œuvre du groupe Goblin.
Réception critique [modifier]
En France [modifier]
En France, La Nuit des morts-vivants avait reçu un accueil dans l'ensemble positif, mais qui refusait le plus souvent d'envisager les aspects politiques de l'œuvre, mettant en avant la rupture qu'elle provoquait dans l'histoire du genre fantastique[6].
En 1983, le contexte dans lequel Zombie sort en France est très différent. Romero n'est plus un inconnu et bénéficie d'un certain prestige. L'horreur et le gore ont investi les salles de cinéma et les vidéos[7]. Cela n'empêche pas la Commission de contrôle des films cinématographiques d'interdire le long-métrage pendant près de 5 ans. Son président justifiera la censure au nom d'une interprétation politique de Zombie. Les membres de la commission auraient vu dans l'assaut des bikers et leur jubilation à massacrer des morts-vivants « une philosophie effrayante, avec une humanité et une sous-humanité ». « Cette joie de tuer son semblable, de tuer les sous-hommes[8] » formerait les « racines de l'idéologie nazie[8] » dont il fallait protéger la jeunesse. C'est donc bien une analyse politique, même si elle repose sur un contresens, qui a provoqué la censure[7].
Le rejet critique est quasi-unanime. On juge Zombie tantôt ridicule, tantôt écœurant, et, à quelques rares exceptions, la valeur pamphlétaire et politique échappe totalement[7]. Les revues spécialisées, comme Mad Movies, L'Écran fantastique et surtout Starfix défendent le réalisateur. La revue dirigée par Christophe Gans sort de 1983 à 1986 trois articles sur Romero et une interview du réalisateur, visant à présenter celui-ci comme un auteur à part entière, dont l'œuvre est traversée par des préoccupations politiques et sociales[9].
C'est dans les années 2000 que le film, et d'une façon générale toute l'œuvre du réalisateur, sont réhabilités. Une rétrospective à la Cinémathèque française en donne l'occasion, suivie d'un dossier dans Les Cahiers du cinéma[10]. En 2004, le remake de Zombie, L'Armée des morts, est mal accueilli par la critique, qui lui compare son modèle au bénéfice de ce dernier. La valeur politique de Zombie est alors mise en avant, de façon caricaturale selon certains spécialistes du genre et premiers défenseurs de Romero.[réf. nécessaire]
Analyse [modifier]
(à compléter)
1/ Le système mercantile
Le coeur de la critique se concentre sur le système mercantile. Le film établit un parallèle entre les survivants et les morts-vivants : les deux, ne sachant que faire, reprennent leur anciennes habitudes. Ils se promènent dans les magasins, désirent ce qui se trouve de l'autre côté de la vitrine, et se battent pour survivre et manger. Les zombies errants ne sont pas sans rappeler les consommateurs hagards, au regard vitreux, perdus dans le centre commercial ; avec un apogée atteint lorsque les zombies se massent à la devanture d'un magasin, derrière laquelle se trouvent les survivants, ou bien à l'entrée du centre commercial : image saisissante et visionnaire du phénomène des soldes, principalement aux États-Unis, où les individus ne réfléchissent plus, sont mués par la masse, ne répondent qu'à leur instinct grégaire.
Plusieurs plans dans le film montrent que les zombies sont assimilés aux mannequins, et les humains survivants aussi, mais inconsciemment (voir scène où Francine se maquille, son visage atteint la même fadeur que celui du mannequin).
Les autres thèmes, moins centraux, concernent le racisme, le féminisme, le chaos et le suicide.
2/ Le racisme (à compléter)
3/ Le féminisme (à compléter)
4/ Le chaos
Lorsque les pillards débarquent dans le centre commercial, les survivants finissent par leur faire la guerre. Le constat et les interrogations immanquables sont alors légitimes : une terre livrée au chaos est-elle pire qu'une terre livrée aux zombies ? Sommes-nous moins à même de survivre qu'une espèce zombie ? Le paradoxe est inévitable, au vu des évènements : les survivants de départ n'ont pas su surmonter l'arrivée de pillards à moto, très agités, alors qu'ils avaient réussis à vivre aux côtés des zombies plusieurs jours durant.
5/ Le suicide (à compléter)
Distinctions [modifier]
- Nomination au prix des meilleurs maquillages pour Tom Savini, par l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 1980.
- Golden Screen lors des Golden Screen en 1980.
Notes et références [modifier]
- Rouyer 1997, p. 63-64
- Philippe Rouyer, « Le gore des zombies », dans Jean-Baptiste Thoret (dir.), Politique des Zombies : L'Amérique selon George A. Romero, ellipses, coll. « Les grands mythes du cinéma », 2007, 224 p. (ISBN 978-2-7298-3252-0) [présentation en ligne], p. 131-138.
- Rouyer 1997, p. 188
- Tom Savini, cité dans Rouyer 2007.
- Humphries 2008, p. 83
- Le Pajolec 2007, p. 158
- Le Pajolec 2007, p. 164-168
- Entretien avec Jean-François Théry par Jimmy Frachon, Mad Movies, n°46, janvier 1987, p.61. Cité dans Le Pajolec 2007, p. 165
- Le Pajolec 2007, p. 169-172
- Le Pajolec 2007, p. 175
Annexes [modifier]
Articles connexes [modifier]
- Films de zombies et une liste de titres du genre
- L'Armée des morts, de Zack Snyder (remake de Zombie)
- George Andrew Romero
Liens externes [modifier]
- (en) Zombie sur l’Internet Movie Database
- Zombie sur Mad Movies
Bibliographie [modifier]
Livres [modifier]
- Frank Lafond (dir.), George A. Romero : un cinéma crépusculaire, Paris, Michel Houdiard, 2008, 230 p. (ISBN 2912673933).
- Philippe Rouyer, Le cinéma gore : une esthétique du sang, Paris, Éditions du cerf, 1997, Modèle:10627e éd., 264 p. (ISBN 2-204-05787-8) [présentation en ligne].
- Jean-Baptiste Thoret (dir.), Politique des Zombies : L'Amérique selon George A. Romero, Paris, ellipses, coll. « les grands mythes du cinéma », 2007, 224 p. (ISBN 978-2-7298-3252-0) [présentation en ligne].
Articles et périodiques [modifier]
- Vincent Avenel, « La Saga des morts-vivants de George A. Romero », sur http://www.critikat.com, juillet 2006. Consulté le 18 septembre 2010
- Jean-Marie Samocki, « Du cannibale : un précis de décomposition », Simulacres, no 1, Automne 1999, p. 34-45.
- Reynold Humphries, « Zombie (1979) », dans Frank Lafond (dir.), George A. Romero : un cinéma crépusculaire, Paris, Michel Houdiard, 2008, 230 p. (ISBN 2912673933), p. 83-93.
- Sébastien Le Pajolec, « Zombies : de la marge au centre. La réception française des films de George Romero », dans Jean-Baptiste Thoret (dir.), Politique des Zombies, Paris, ellipses, coll. « les grands mythes du cinéma », 2007, 224 p. (ISBN 978-2-7298-3252-0) [présentation en ligne], p. 155-181.
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