Yvan Craipeau

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Yvan Craipeau (né le 24 septembre 1911 à La Roche-sur-Yon, mort le 13 décembre 2001) était un militant trotskiste français, qui fut ensuite président de la Fédération des Alpes-Maritimes du Parti socialiste unifié (PSU).

De Poitiers à la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Craipeau commença à militer au lycée, à Poitiers, en organisant un groupe marxiste, ce qui lui valut son expulsion en 1928 pour « anti-militarisme » [1]. Il se rendit alors à Paris, inscrit en classe prépa à Henri-IV [1]. Il se rendit alors aux locaux de La Vérité faire la rencontre de cette gauche communiste, entrant ensuite à la Ligue communiste, créée en 1930 autour de Pierre Naville et Raymond Molinier. Après avoir fondé une section locale des Jeunesses communistes (JC) en Vendée, lors de vacances en 1930, il est expulsé des JC en 1934 pour « fractionnisme », il devint l'un des membres du comité exécutif, chargé du développement d'une branche de jeunesse[1].

Ayant présidé un meeting d'un millier de personnes, dans le XIe, le 12 janvier 1933, au cours duquel socialistes, communistes et trotskystes prennent la parole[1], il représente la Ligue après les émeutes du 6 février 1934, en compagnie de Gérard Rosenthal et de Pierre Frank, lors de la négociation avec des membres de la SFIO, dont Marceau Pivert, afin de former un front uni. Les trotskystes adoptent alors une position d'entrisme non dissimulé à la SFIO, formant le Groupe Bolchévique-léniniste (BL) au sein de cette dernière[1]. Avec Marcel Hic, David Rousset, Louis Rigaudias et Jean Van Heijenoort, il fait alors partie de la direction des BL au sein des Jeunesses socialistes (JS), dont il préside la fédération de Seine-et-Oise [1]. Craipeau est par ailleurs membre du service d'ordre de la SFIO, les TTPS (« Toujours Prêt Pour Servir »)[1], animés par Serge Tchakhotine.

Il devint en 1935 le secrétaire personnel de Trotski, alors exilé en Norvège, puis, opposé au conflit entre Raymond Molinier et Pierre Naville, décide de créer, avec Fred Zeller, ex-dirigeant des Jeunesses socialistes, et Jean Rous, les Jeunesses socialistes révolutionnaires (JSR) avec le journal Révolution [2]. Outre quelques trotskystes, les JSR rassemblent des jeunes communistes ayant rompu avec le PCF et quelques membres de l'ultragauche [2].

Après la publication de La Révolution trahie (1936) par Trotski, Craipeau entama un nouvel examen de la situation soviétique, concluant finalement que l'URSS n'était pas un « Etat ouvrier dégénéré (en) » comme l'affirmait le « Vieux », mais un système « collectiviste bureaucratique », expression qui connut à son tour un certain succès dans certains milieux trotskistes.

En 1938, il est partisan de l'adhésion du Parti ouvrier internationaliste (POI, créé en juin 1936 et auquel il s'est finalement rallié) au Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) de Marceau Pivert[1], et adhéra à celui-ci en février 1939 avec une minorité de dissidents du POI[1]. Il lance alors la revue La Voie de Lénine qui regroupe une tendance du PSOP opposée au pacifisme[1], et organise une fraction, les « Comités pour la IVe Internationale » [3]. Ceux-ci sont exclus le 20 novembre 1939 du PSOP[3].

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Craipeau est réformé pendant la « drôle de guerre ». Avec Jean Rous, Daniel Guérin et Barta (bientôt exclu, il formera ce qui deviendra Lutte ouvrière), il crée le « Comité pour la IVe Internationale » qui diffuse, en parallèle à La Voix de Lénine, L'Étincelle, et de façon également confidentielle[4]. Ils prônent alors le « défaitisme révolutionnaire » [4].

Après l'armistice de juin 1940, le Comité s'unit avec les Jeunesses socialistes révolutionnaires de Fred Zeller et le POI, exsangue[4]. Ils utilisent sous Vichy les Auberges de jeunesse comme couverture de leur action[4] et sortent, avec Marcel Hic[1], le 30 août 1940 le premier journal clandestin de l'Occupation [4], La Vérité, organe bolchevique-léniniste [4]. Il publie la revue de la IVe Internationale et met sur pied deux locaux d'impression clandestins[1].

Après l'arrestation de la plupart des membres du POI en 1943, il devint chargé de la propagande du POI visant la Wehrmacht[1]. Echappant à de nombreuses reprises aux arrestations de la Gestapo, il fut blessé en janvier 1944, puis participa à la réunification des trotskystes qui conduit à la création du Parti communiste internationaliste (PCI) en février 1944[1].

Après guerre: du PCI au PSU[modifier | modifier le code]

Après guerre, il fut élu secrétaire général du PCI en 1946. Se présentant en tant que candidat PCI à Taverny (Val-d'Oise) aux législatives de 1946, il manque d'être élu de quelques centaines de voix[5]. La même année, il devint membre du secrétariat international de la IVe Internationale, mais sa tendance fut exclue en 1948, lui-même ne croyant pas en une crise imminente du capitalisme et celle-ci défendant l'union avec des secteurs dissidents des Jeunesses socialistes et une partie de la gauche de la SFIO[1].

Yvan Craipeau se retira alors provisoirement du militantisme, devenant professeur de lettres à Basse-Terre, en Guadeloupe, où il devint cependant rapidement secrétaire à la FEN. Il appuya alors la grève des travailleurs agricoles dans le secteur de la canne à sucre[1]. Par ailleurs, il écrivit alors quelques articles pour France Observateur, l'hebdo de Claude Bourdet, un chrétien de gauche.

En 1954, il revint en métropole, participant à la création de la Nouvelle Gauche, qui finit par participer à la fondation de l'Union de la gauche socialiste. En 1958, il est élu au bureau national de celle-ci [1], qui finit par conduire à la création du PSU (1960), parti auquel France Observateur s'associe de près. Dirigeant de la fédération des Alpes-Maritimes du PSU[1], Craipeau resta cadre dirigeant de ce parti de nombreuses années, écrivant par ailleurs sur la politique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q et r Patrick Silberstein, Yvan Craipeau, un "dinosaurio trotskista" (es)
  2. a et b Christophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002, p. 204 sq.
  3. a et b Chronologie du trotskisme en France (1928-2009) sur Dissidences.net (13 p.)
  4. a, b, c, d, e et f Christophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002, p. 296sq.
  5. Christophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002, p. 340

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Chaînes de misère, chaînes de combat, Paris, 1933.
  • La Révolution qui vient, Paris, 1957.
  • Le Mouvement trotskiste en France, Paris, 1971.
  • Maintenant il faut choisir, éd. de la fédération PSU des Alpes-Maritimes.
  • Le Pouvoir à prendre, Paris, Syros, 1976.
  • Contre vents et marées. Les révolutionnaires pendant la Seconde Guerre mondiale, Paris, Savelli, 1977.
  • La Libération confisquée, Paris, Savelli, 1978.
  • Ces pays que l’on dit socialistes..., Paris, EDI, 1982.
  • Mémoire d’un dinosaure trotskiste, Paris, L'Harmattan.

Liens externes[modifier | modifier le code]