Yuz Asaf (Srinagar)

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Le sanctuaire Roza Bal (Lieu de la Tombe du prophète) - Deux noms sur la pancarte : « Ziarati Hazrati Youza Asouph et Syed Nasir-u-din ».

Yuz Asaf est le nom attribué par la tradition ahmadie à un saint homme enterré en Inde dans un tombeau à Srinagar.

C'est l'adaptation ahmadie du personnage de Yuzasaf dérivé de Budhasaf, lui-même dérivé de la légende de Bodhisattva. Les ahmadis identifient ce personnage à Jésus de Nazareth suivant une christologie messianique particulière composée à la fin du XIXe siècle par le fondateur de ce mouvement hétérodoxe musulman, Mirza Ghulam Ahmad[1].

Origines[modifier | modifier le code]

Mirza Ghulam Ahmad, le fondateur de la tradition ahmadie, un mouvement messianique contemporain d'origine musulmane[2] datant de la fin du XIXe siècle dont il se présente comme le prophète, revendique la présence de Jésus de Nazareth au Srinagar dans une composition d'un personnage inspirée de diverses traditions musulmanes, chrétiennes, hindoues voire hébraïques[3].

À partir de 1904[4], vraisemblablement dans une dynamique réformatrice d'un islam aussi bien confronté au mouvement hindou Arya Samaj qu'à l'action des missionnaires chrétiens[5], Ahmad déclare être un avatar de Krishna ainsi que Jésus de Nazareth retourné sur terre comme mahdi[4]. Ce dernier est présenté sous la dénomination de « Yuz Azaf », une adaptation du nom de Yuzasaf, le personnage de légende qui est lui-même dérivé du mot sanscrit « bodhisattva » et puise ses origines dans une légende bouddhiste[3]. Dans cette christologie inédite, Ahmad affirme que Yuz signifie « Jésus »[6] (ou « Îsâ ») et Azaf, « le Rassembleur »[3].

Ahmad puise également son inspiration dans la littérature mystique médiévale musulmane, particulièrement chez Ibn Arabi de qui il reprend vraisemblablement l'idée de chaine ininterrompue de prophètes inspirés par Dieu - notion au coeur de son Ahmadiyya[5]. C'est dans cette perspective qu'il se présente comme l'ultime élément d'une chaîne débutée avec Mahomet, comme Jésus est le dernier de celle entamée avec Moïse - ce qui lui permet de faire le parallèle entre Jésus et lui-même - s'aliénant les musulmans sunnites pour lesquels un prophète après Mahomet est inconcevable[5].

Ahmad, pour lequel il est inenvisageable qu'Allah accepte que l'on tue l'un de ses prophètes d'une manière aussi infamante que sur une croix, développe ainsi l'idée selon laquelle Jésus aurait survécu à sa crucifixion, se serait seulement évanoui et aurait été soigné par Allah au moyen d'un onguent connu sous le nom de « pommade de Jésus » (marham-i 'Isâ)[1]. Il se serait alors rendu en Inde[3], à la recherche des tribus perdues d’Israël[1], et aurait vécu jusqu'à l'âge de 120 ans à Srinagar au Cachemire[5]. C'est en 1902 que la presse ahmadie fait ses premières manchettes sur la découverte de la tombe de Jésus dans cette ville[1] et que ce dernier est identifié à l'un des personnages enterrés dans le tombeau dit « Roza Bal », une version s'inspirant probablement d'une légende[7] racontant comment Budhasaf était venu au Cachemire accompagné d'un disciple, y était mort et y avait été enseveli[3].

La tradition de « Budhasaf »/« Yuzasaf » dont s'inspire le « Yuz Asaf » des ahmadis est également à l'origine de la tradition chrétienne - essentiellement orientale - de « Ioasaph » en grec ou « Josaphat » en latin[3]. Cette légende de la tombe de Jésus au Cachemire a connu un certain renom médiatique en occident particulièrement à la fin des années 1970[3], relayée par une série d'auteurs et de journalistes ésotéristes occidentaux[8].

Articles détaillés : Yuz Asaf et Ahmadisme#Christologie ahmadie.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Recherche[modifier | modifier le code]

  • Per Beskow, « Modern Mystifications of Jesus. Jesus in Kashmeer », in Delbert Burkett (dir.), The Blackwell Companion to Jesus, éd. John Wiley and Sons, 2010
  • Reem A. Meshal et M. Reza Pirbhai, « Islamic Perspectives on Jesus » in Delbert Burkett (dir.), The Blackwell Companion to Jesus, éd. John Wiley and Sons, 2010
  • Yohanan Friedmann, « The Messianic Claim of Ghulad Ahmad », in Peter Schäfer et Mark R. Cohen (dirs.), Toward the Millenium : Messianic Expectations from the Bible to Waco, Éditions Brill, 1998, p. 299-310
  • Marc Gaborieau, « Une nouvelle prophétie musulmane : les Ahmadiyya », ch. XXIV : « Réformes socio-religieuses et nationalisme (1870-1948) », in Claude Markovits (dir.), Histoire de l'Inde moderne, 1480-1950, éd. Fayard, 1994, p. 551-552
  • Yohanan Friedmann, Aspects of Ahmadis Religious Toughts and its Medieval Background, éd. University of California Press 1989
  • Günter Grönbold, Jesus In Indien. Das Ende einer Legende, éd. Kösel-Verlag, 1985

Romans et essais[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Yohanan Friedmann, « The Messianic Claim of Ghulad Ahmad », in Peter Schäfer et Mark R. Cohen (dirs.), Toward the Millenium : Messianic Expectations from the Bible to Waco, éd. Brill, 1998, p. 299-310
  2. Yohanan Friedmann, « Amadiyya », in Encyclopaedia of the Qurān, vol. I, éd. Brill, 2001, pp. 50-51
  3. a, b, c, d, e, f et g Per Beskow, « Modern Mystifications of Jesus. Jesus in Kashmeer », in Delbert Burkett (dir.), The Blackwell Companion to Jesus, éd. John Wiley and Sons, 2010, p. 461-464 ; voir aussi
  4. a et b cf. Wilfred Cantwell Smith, « Amadiyya », in The Encyclopaedia of Islam, éd. Brill, 1996, vol. I, pp. 301-303
  5. a, b, c et d Denise Brégand, « La Ahmadiyya au Bénin  », in Archives de sciences sociales des religions, no 135, 2006, pp.73-90
  6. Ce qui ne se retrouve dans aucune langue précédemment ; cf. Per Beskow, op. cit., 2010, p. 463
  7. la version arabe de cette légende, le Kitab Bilawhar-wa -Budhasaf avait été publiée à Bombay en 1888–1889 cf. Beskow, op. cit. 2010, p.463
  8. voir Wilhelm Schneemelcher, New Testament Apocrypha, Vol. 1 : Gospels and Related Writings, éd. John Knox Press, 1991 ; Gerald O'Collins et Daniel Kendall, Essays in Christology and Soteriology, éd. Gracewing Publishing, 1996 ; Günter Grönbold, Jesus in Indien : das Ende einer Legende, éd. Kosel Verlag, 1985