Yuz Asaf

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article traite de l'aspect légendaire du personnage. Pour le personnage enterré à Srinagar voir Yuz Asaf (Srinagar). Pour son aspect particulier dans l'ahmadisme, voir Yuz Asaf et la christologie ahmadie.

Yuzasaf est le nom d'un personnage de légende qui est dérivé du mot sanscrit « bodhisattva », et puise ses origines dans une légende bouddhiste du IVe ou Ve siècle dans laquelle un futur Bouddha s'abstient d'atteindre le nirvana pour aider les non éveillés[1].

Les premières attestations de la légende en sogdien laissent penser à une origine d'Asie centrale mais ce récit initial a connu de nombreuses déclinaisons tant dans le monde musulman que dans le monde chrétien. Au cours de ces transmissions, le nom a connu beaucoup de modifications : « Budhasaf », « Yudasaf », « Yuzasaf » et finalement « Yuz Asaf  » chez les ahmadis, mais également « Ioasaph » en grec ou « Josaphat » en latin[1].

Dans le christianisme, l'histoire bouddhiste originelle augmentée d'éléments chrétiens a donné lieu dès le Moyen Âge à la légende édifiante des saints Barlaam et Josaphat[1].

Dans l'islam, la légende est traduite et adaptée dès le VIIIe siècle par Ibn al-Muqaffa. Une addition de la version arabe de la légende - le Kitab Bilawhar-wa-Budhasaf - amène ce personnage accompagné d'un disciple[2] au Cachemire où il meurt et est enterré. De cette version dont il a connaissance dans une édition indienne de 1889[1], Mirza Ghulam Ahmad compose vers 1900 le personnage de « Yuz Azaf » pour lequel il affirme que Yuz signifie Jésus et Azaf, le Rassembleur, créant sa propre version de l'histoire brodée de divers autres éléments[1]. Ce dernier personnage est vénéré chez la ahmadis pour lesquels, suivant leur fondateur, c'est ce « Yuz Asaf » qui est enterré au Srinagar au Mohalla Khaniyar. Cette légende de la tombe de Jésus au Cachemire a connu un certain renom médiatique en occident particulièrement à la fin des années 1970[1].

Origines[modifier | modifier le code]

Frise kouchane représentant de Bodhisattva, c. IIIe siècle. Musée Guimet

La transmission de cette histoire semble s'être faite depuis un texte sanskrit du bouddhisme Mahayana[réf. nécessaire] racontant la vie légendaire de Bouddha Gautama. Elle apparait vraisemblablement en Asie centrale vers le IVe ou Ve siècle, ainsi que semblent en témoigner les premières attestations de la légende en sogdien[1].

La légende originelle paraphrase l'histoire du Bouddha sur chemin de l'éveil qui, s'étant rendu compte du poids de la souffrance dans la vie humaine quitte le palais de son père. Le personnage principal du récit, « Yuzasaf » en ourdou - dérivé de « bodhisattva » -, est aidé sur son chemin par un sage du nom de « Bilhawar » qui, s'étant introduit déguisé à la cour royale, enseigne le prince sur la délivrance de la souffrance. On trouve très tôt dans ce récit des ajouts chrétiens comme la parabole du semeur[3] de l'évangile selon Marc[1].

Enluminure du XIIIe siècle figurant Josaphat annonçant son départ. Mont Athos, Iviron cod. 463

La légende a pris place dans la culture musulmane à travers différentes traductions dont un Kitab al-budd, un Kitab Bilawhar wa-Yudasaf et un Kitab Yudasaf mufrad, déjà signalé à Bagdad au VIIIe siècle et peut-être l’œuvre de Ibn al-Muqaffa[4]. Les deux premiers textes seront publiés à Bombay vers 1890[4].

Dans les récits chrétiens, l'histoire s'inspire également des références à Bouddha Gautama. Sous cette version légendée, il figure sous le nom de Josaphat avec son maître Barlaam, que l'on retrouve dans la première édition imprimée du martyrologe romain (1583)[5]

Dans l'ahmadisme[modifier | modifier le code]

Le sanctuaire « Roza Bal » ( Mohalla Khaniyar) Mohalla Khaniyar

Les ahmadis forment une communauté fondée dans les Indes britanniques à la fin du XIXe siècle par Mirza Ghulam Ahmad[6] qui a composé au sein de l'islam une tradition nouvelle[1].

Les ahmadis développent, depuis cette époque, une christologie particulière composée par leur fondateur[1]. Dans cette christologie, le « Yuzasaf » des récits est décomposé en « Yuz Azaf » pour lequel Ahmad affirme que Yuz signifie « Jésus »[7] (ou « Îsâ ») et Azaf, « le Rassembleur »[1]. « Yuz Asaf » - « Jésus le Rassembleur » - est alors un prophète de Dieu qui aurait été déposé de la croix en état de coma avancé qui aurait fait croire à sa mort, mais qui, une fois soigné[8] serait venu finir sa vie au Kashmir vers l'âge symbolique de 120 ans[9].

Pour assurer cette croyance, le mouvement s'appuie notamment sur des textes mentionnant Jésus rédigés en Pāli[réf. nécessaire] ou mentionnant Isa-masiha (« Îsâ le Messie »), puisant dans des textes de la culture hindoue, rédigés en sanskrit, dans diverses traditions et récits musulmans - comme le Kitab Bilawhar-wa-Yudasaf publié à Bombay en 1890 -, chrétiens ou hindouistes du Pakistan et du Cachemire[10] ainsi que des publications occidentales[11] du XIXe siècle[1].

Les ahmadis se réclament également de textes supposés parler de Jésus, comme le Bhavishya Purana, une collection de traditions hindoues de différentes époques publiée à Bombay en 1910 où il est dit qu'un « roi des sakas » appelé « Shalivahana » a une vision sur une montagne couverte de neige où lui apparaît un « fils du Seigneur » (ishaputra) « né d'une vierge » (kumarigarbhasambhava)[1]. Cette vision peut faire allusion à Jésus mélangée à des éléments de culte solaire iranien mais c'est seule la tradition ahmadienne qui la transpose au Srinagar et transforme la vision en rencontre physique[1]. En guise de preuve, Ahmad a également fait référence à une inscription persane sur un temple hindou près de la ville où le nom de Yuz Asaf aurait été mentionné mais aurait été effacé et dont il n'existe aucune trace[1].

En tout état de cause, les ahmadis vouent à Yuz Asaf un culte tout comme aux saints de l'islam autour du tombeau de Roza Bal (à Mohalla Khaniyar) situé à Srinagar[1].

Autres traditions[modifier | modifier le code]

« Yuzasaf » est également le nom du prince Siddhartha (l'éveillé) dans la version arabe de la légende de Barlaam et Josaphat[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o et p Per Beskow, « Modern Mystifications of Jesus. Jesus in Kashmeer », in Delbert Burkett (dir.), The Blackwell Companion to Jesus, éd. John Wiley and Sons, 2010, p. 461-464
  2. Ababid ou Ananda
  3. Mc 4. 1-9
  4. a et b Mohsen Zakeri, « Translation from Middle Persian (Pahlavi) into Arabic to the early Abbasid period » in Traduction : encyclopédie internationale de la recherche sur la traduction, vol. 2, éd. Walter de Gruyter, 2007, p. 1202
  5. Regula Forster , « Buddha in disguise : problems in the transmission of "Barlaam and Josaphat », in Rania Abdellatif, Yassir Benhima, Daniel König et Elisabeth Ruchaud (dirs.), Acteurs des transferts culturels en Méditerranée médiévale, éd. Oldenbourg Verlag, 2012, p. 180
  6. Fondée dans les Indes britanniques par Mirza Ghulam Ahmad, mort en 1908, originaire d'un milieu soufi sunnite ; cf. Reem A. Meshal et M. Reza Pirbhai, « Islamic Perspectives on Jesus » in Delbert Burkett (dir.), The Blackwell Companion to Jesus, éd. John Wiley and Sons, 2010, p. 245
  7. Ce qui ne se retrouve dans aucune langue précédemment ; cf. Per Beskow, op. cit., 2010, p. 463
  8. Selon des traditions présentes dans l'espace perse et en Inde, Jésus aurait été guéri par une pommade bien précise, qui à la suite de cet événement se serait appelé « Marham-i-Isa » (pommade d'Îsâ). Dans son livre inachevé publié en 1906 après sa mort, Mirza Ghulam Ahmad utilise l'abondance des mentions de cette pommade dans les traités médicaux en farsi, en arabe, dont un qui d'après lui aurait été compilé à l'époque de Jésus et traduit en arabe sous le règne de Mamun al-Rashid, pour tenter de démontrer l'ampleur de la diffusion de cette tradition et son ancienneté. cf. Mirza Ghulam Ahmad, Jesus in India, chapitre III, Mouvement musulman Ahmadiyya, 1965 - 103 pages, réédité en français en 1987 chez « Regent Press ».
  9. Voir Per Beskow, « Jesus in Kashmir », in Delbert Burkett (dir.), The Blackwell Companion to Jesus, éd. John Wiley and Sons, 2010, p. 461-463, extraits en ligne
  10. J. Gordon Melton, The Encyclopedia of Religious Phenomena, 2007.
  11. Notamment le livre du journaliste et aventurier Nicolas Notovitch publié en 1894, premier à théoriser une vie de Jésus en Inde dans une forgerie du titre de La vie inconnue de Jésus Christ dont la nature inventée ne fait plus de doute chez les chercheurs depuis Max Müller mais qui a eu une certaine audience ; cf. Bart D. Ehrman, Forged, éd. Harper & Collins, 2011, p. 282–283
  12. Par exemple, dans les Epîtres des Frères de la Pureté (رسائل اخوان الصفاء) Bassorah 1405 cf. The Contemporary Society for Contemporary Studies- Volume 7,Numéro 1 1963 - Page 119 "Ibn Babuya of Qum incorporated an adaptation of it in his treatise, Kitabi Kamal al Din wa Itman… Akbar al Furs wa'l Arab. The authors of Rasail Ikhwan al-Saja refers to Balauhar's conversation with Budasaf (given here in the form of Yuzasaf)"

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Recherche[modifier | modifier le code]

  • Per Beskow, « Modern Mystifications of Jesus. Jesus in Kashmeer », in Delbert Burkett (dir.), The Blackwell Companion to Jesus, éd. John Wiley and Sons, 2010
  • Reem A. Meshal et M. Reza Pirbhai, « Islamic Perspectives on Jesus » in Delbert Burkett (dir.), The Blackwell Companion to Jesus, éd. John Wiley and Sons, 2010
  • Yohanan Friedmann, « The Messianic Claim of Ghulad Ahmad », in Peter Schäfer et Mark R. Cohen (dirs.), Toward the Millenium : Messianic Expectations from the Bible to Waco, Éditions Brill, 1998, p. 299-310
  • Marc Gaborieau, « Une nouvelle prophétie musulmane : les Ahmadiyya », ch. XXIV : « Réformes socio-religieuses et nationalisme (1870-1948) », in Claude Markovits (dir.), Histoire de l'Inde moderne, 1480-1950, éd. Fayard, 1994, p. 551-552
  • Yohanan Friedmann, Aspects of Ahmadis Religious Toughts and its Medieval Background, éd. University of California Press 1989
  • Günter Grönbold, Jesus In Indien. Das Ende einer Legende, éd. Kösel-Verlag, 1985

Romans et essais[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]