Ylipe

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Ylipe de son vrai nom Philippe Labarthe, (9 janvier 19368 mars 2003), est un dessinateur d'humour, peintre surréaliste et auteur d'aphorismes français[1],[2],[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Bordeaux, il y étudie les beaux-arts, puis s'installe à Paris[1]. Il signe ses dessins φlipe, utilisant la lettre grecque phi (φ) iau lieu des trois premières lettres de son prénom[4].Maurice Nadeau ayant pris la lettre grecque φ pour un y « l’appelle Ylipe, par inattention. Il a rendu ce nom notoire dans d’autres périodiques, dans des albums (Aqua Toffanna, 1962), par ses propres textes »[5]. Dans les années 60, il se « fait connaître par des dessins détournés »[6], collaborant à la revue Arts, à L'Express , aux Lettres nouvelles [1],[2] et signe le Manifeste des 121[4]. Il expose plus tard ses tableaux en Europe, aux États-Unis et en Australie[7], sous son vrai nom, avec le soutien d'Eugène Ionesco et de Jacques Prévert[1],[2]. Selon Dominique Noguez, « semi-abstraites, ses formes évoquent, sur fond de cieux pâles ou fantastiques, des rocs, des coraux, des êtres entre animal et minéral. Patrick Waldberg, dans Les Demeures d'Hypnos, le rapprochait judicieusement d'Arp, de Chirico - et de Max Ernst, encore. Ce qui est irréductiblement ylipien, cependant, ce sont les profils d'ahuris qui émergent parfois de ses grouillements de formes et la cocasserie de ses titres (Le Secret des édredons, La demi-lune s'inquiète)[8] ». En 2000, une souffrance à la colonne vertébrale l'empêche de continuer à peindre et il retourne à l'écriture d'aphorismes[9]. Il meurt d'un cancer du poumon, ayant refusé de se soigner[8].

Ses textes, ses tableaux et ses collages sont souvent caractérisés par un humour noir[2],[8], balançant, selon Jean-Claude Lamy, « entre Pierre Dac et le mouvement dada »[3]. Dominique Noguez le décrit comme un « misanthrope étincelant »[8]. Lui-même, comme un « pessimixte »[9]. « Mon dernier souffle sera court », annonce un de ses ultimes aphorismes[10].

Quelques aphorismes[modifier | modifier le code]

Dans une recension de Textes sans paroles[11], Nicolas Rey donne les exemples suivants:

« Ylipe lucide : "Une étiquette accrochée à mon orteil, voilà ma biographie." Ylipe charmant : "Un escalier fait moins le fier quand on le redescend." Ylipe à la Raymond Devos, en beaucoup mieux : "Si l’on ôte cinq de dix, il reste cinq. Ce n’était pas la peine." Ylipe dandy : "Ça fait pauvre, de détester les riches". »

À propos de Sexes sans paroles, Patrick Besson écrit:

« Il s'explique d'abord en cinq mots : "Faire vite prend du temps". Puis se balade dans ses obsessions de retraité de la fonction publique : "J'aime à regarder les avions partir sans moi". C'est un athée militant comme il n'y en a plus guère qu'au plus profond des provinces françaises, là où la folie religieuse du XXIe siècle est stoppée par le vin rouge, le gras-double et la bonne à vraiment tout faire : "Croire, c'est se pendre aux nuages". Ou encore : "J'aimerais que Dieu se montre, j'ai un truc à lui vendre". Conclusion : "Je préfère tenir ma vie qu'un cierge". […] Ces paroles exténuées et impitoyables ("L'horreur, c'est un enfant qui nous ressemble vraiment". "Nous sommes tous complices, mais le butin nous échappe". "Lâchez trois lions dans une église et vous les verrez, vos chrétiens".) nous reposent, peut-être simplement parce qu'enfin quelqu'un nous dit la vérité[12] »

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Livres 
  • Ylipe et Jacques Prévert (préface), Magloire de Paris, Éric Losfeld,‎ 1961.
  • Ylipe, Aqua Toffana, Jean-Jacques Pauvert,‎ 1962 (prix de l'Humour noir).
  • Ylipe, Leçons de chose, aux dépens d'un amateur, Paris,‎ 1965.
  • Ylipe, Textes sans paroles, Le Dilettante,‎ 2001 (ISBN 2842630416).
  • Ylipe, Le BCD du peintre moderne, La Différence,‎ 2002 (ISBN 2729114289).
  • Ylipe, Sexes sans paroles, Le Dilettante,‎ 2003 (ISBN 2842630734).
  • Michel Laclos et Ylipe (présentation), Mots croisés, Zulma,‎ 2003.
  • Patrick Waldberg et Philippe Labarthe (eaux-fortes), Un rêve à commettre, Nouveau cercle parisien du livre,‎ 1973.
  • Patrick Waldberg et Philippe Labarthe (eaux-fortes), Adieu à Nelly, Edizioni della Pergola,‎ 1974.
  • Georges Henein et Philippe Labarthe (dessins), La force de saluer, La Différence,‎ 1978.
Périodiques 
  • « Spécial Ylipe : Écrivez plus grand, elle est sourde », Bizarre, Jean-Jacques Pauvert, no 45,‎ 1967.
Monographie 

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d « Ylipe Ecrivain et peintre français », Evene (consulté le 1er juin 2012)
  2. a, b, c et d « Peintures, encres de Philippe Labarthe », Art Flox,‎ 2009 (consulté le 1er juin 2012)
  3. a et b Jean-Claude Lamy, « Ylipe, dessinateur de l’étrange », Le Figaro,‎ 13 mars 2003
  4. a et b Taos Aït Si Slimane, « Ylipe, signataire du "Manifeste des 121" », Fabrique de sens,‎ 14 décembre 2006 (consulté le 1er juin 2012)
  5. Maurice Nadeau, Journal en public, La Quinzaine,‎ 2006, p. 220-221
  6. Nicolas d'Estienne d'Orves, « Textes sans paroles », Le Figaro,‎ 10 mai 2001
  7. Alexandra d'Arnoux, « Philippe Labarthe et ses "personnages enchantés" », La Tribune,‎ 21 septembre 2010 (lire en ligne)
  8. a, b, c et d Dominique Noguez, « Ylipe; Un prince de l'humour noir », Le Monde,‎ 19 mars 2003
  9. a et b Aurelie Aubert, « Rencontre avec Ylipe », Zone Littéraire,‎ 11 mai 2001 (consulté le 1er juin 2012)
  10. Monique Théraulaz, « Rappel au désordre », La Distinction,‎ 20 septembre 2003 (lire en ligne)
  11. Nicolas Rey, « Triple sec », Le Figaro,‎ 9 juin 2001
  12. Patrick Besson, « Ylipe a la parole », Le Figaro,‎ 17 avril 2003

Liens externes[modifier | modifier le code]