Yann Piat

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Yann Piat
Plaque commémorative de Yann Piat.
Plaque commémorative de Yann Piat.
Fonctions
Députée de la 3e circonscription du Var
23 juin 198825 février 1994
Législature IXe et Xe
Successeur Philippe de La Lombardière de Canson
Députée du Var
(scrutin proportionnel par département)
16 mars 198614 mai 1988
Législature VIIIe
Biographie
Date de naissance 12 juin 1949
Lieu de naissance Saïgon (Indochine française)
Date de décès 25 février 1994 (à 44 ans)
Lieu de décès Hyères (Var)
Parti politique FN (1986-1988)
Non-inscrite (1988)
UDF (1988-1994)

Yann Piat, née Yannick Marie le 12 juin 1949 à Saïgon (Indochine française) et assassinée le 25 février 1994 à Hyères (Var), est une femme politique française, membre du Front national, puis de l'UDF.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Yannick Marie naît pendant la guerre d'Indochine, de père inconnu et de mère auxiliaire féminin de l'Armée de terre, qui est ensuite envoyée en Algérie où elle milite à l'OAS et est incarcérée. Élevée loin de sa mère à Saint-Raphaël, elle se marie ensuite à un officier marinier, puis à un pilote d'essai, Philippe Piat en 1977[1].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Filleule de Jean-Marie Le Pen, elle adhère au Front national. Avec le soutien du leader frontiste, elle devient secrétaire départementale du parti dans les Landes, puis, revenue dans son département d'origine, est élue députée du Var en 1986. Elle est la seule parlementaire du FN réélue en 1988 avec un score de 53,71 % et sera de nouveau réélue en 1993, sous l'étiquette UDF, dans une triangulaire, avec un score de 42,40 %.

Candidate à la présidence de l'Assemblée nationale en 1986, soutenue par le Front national, elle recueille 36 suffrages au premier tour de scrutin, bien qu'elle en perde deux au second tour.

À l'Assemblée nationale française, Yann Piat est membre de la commission d'enquête sur les tentatives de pénétration de la mafia en France, ce qui lui permet alors de dénoncer la collusion entre la mafia et la classe politique varoise, elle combat la corruption. Elle est surnommée « Yann d'Arc », en référence à Jeanne d'Arc.

Du FN à l'UDF[modifier | modifier le code]

Elle s'éloigne peu à peu de son parrain. Et, lorsque celui-ci fait le jeu de mot « durafour-crématoire », elle s'indigne et finit par voter en faveur du projet de loi sur le revenu minimum d'insertion à l'Assemblée nationale. Elle prononce alors cette phrase « J'ai aimé Jean-Marie, j'ai détesté Le Pen ». Elle est exclue du parti en octobre 1988[2].

Elle se rapproche de l'UDF, tout en conservant son discours dénonçant la collusion entre la classe politique locale et le milieu mafieux.

Pressentie pour intégrer la liste UDF-RPR pour les élections régionales de mars 1992, elle en est finalement écartée, ce qui l'entraîne à réfléchir à la constitution d'une liste dissidente. En échange de l'abandon de cette ambition régionale, elle se serait assurée, selon Hervé Gattegno, l'investiture de la droite pour les législatives de 1993[3].

L'affaire Yann Piat[modifier | modifier le code]

Tombe de Yann Piat au cimetière de Bormes-les-Mimosas.

Assassinat[modifier | modifier le code]

Le 25 février 1994, elle est assassinée par deux hommes à moto alors qu'elle rejoint son domicile en voiture, au débouché d'un lacet sur la route panoramique du Mont des Oiseaux. À cette époque, Hyères est surnommée « Hyères-les-Bombes » pour ses nombreux attentats, incendies et règlements de compte dans un contexte de spéculations affairistes pour le contrôle de l'économie locale. Une partie de la classe politique locale entretient, à ce moment, des rapports ambivalents avec le milieu.

Yann Piat est la première femme députée assassinée en France et la deuxième élue abattue, en douze ans, dans le Var.

Piste politique[modifier | modifier le code]

Aussitôt, l'« affaire Yann Piat » suscite en France une vive émotion, et on lui suppose une origine politique. Les suspicions sont alimentées par la révélation dans la presse écrite de lettres[4] et de rapports récents de la députée, concernant des liens entre des élus du Parti républicain et la mafia varoise[5], ainsi que par la découverte d'une lettre écrite par Yann Piat deux ans auparavant, alors qu'elle venait d'être écartée de la liste de droite pour les régionales, et dans laquelle elle met en cause en cas de mort suspecte, cinq hommes dont Maurice Arreckx, Bernard Tapie et le parrain Jean-Louis Fargette abattu entre-temps[3].

Piste mafieuse[modifier | modifier le code]

Puis l'enquête s'oriente vers le meurtre mafieux, la police recueillant les aveux des tueurs Marco di Caro et Lucien Ferri, arrêtés en juin 1994, et suspectant le commanditaire comme étant Gérard Finale le patron du bar Le Macama (situé sur le port de plaisance de Hyères), dont l'ambition était de devenir un des parrains de la pègre du Var[1] et qui aurait vu en Yann Piat un obstacle dans cette ascension, la créditant de plus de poids qu'elle n'en avait.

Polémiques[modifier | modifier le code]

Cependant, en octobre 1997, les journalistes d'investigation André Rougeot et Jean-Michel Verne relancent la piste du complot politique avec L'Affaire Yann Piat : Des assassins au cœur du pouvoir, dans lequel ils affirment que la députée a été assassinée parce qu’elle en savait trop sur les affaires immobilières impliquant des hommes politiques et le grand banditisme varois. Ils citent les propos d'un « général », présenté comme un ancien de la Direction du renseignement militaire, qui font de François Léotard et Jean-Claude Gaudin, sous les surnoms respectifs d'« Encornet » et « Trottinette », les commanditaires du meurtre. Ceux-ci portent plainte et entament une action en référé pour supprimer les passages du livre jugés diffamatoires. Incapables d'apporter la preuve de leurs écrits, les journalistes sont condamnés avec leur éditeur à verser 230 000 euros d'amende, et leur livre est retiré de la vente[6]. En réponse, Léotard écrit Pour l'honneur. Quelques mois plus tard, André Rougeot est écarté de la rédaction du Canard enchaîné[7].

Selon Claude Ardid, il y aurait eu, outre la bande du bar Le Macama, une seconde équipe, chargée de finir le travail. Pour lui, cela s'explique par le fait qu'Yann Piat voulait s'opposer à l'agrandissement de l'aéroport de Toulon-Hyères ainsi qu'à des projets immobiliers (construction d'une marina sur le double tombolo de la presqu'île de Giens, sur les terrains mis en vente par la Compagnie des salins du Midi[8]). Elle entendait, selon lui, en se présentant à la mairie de Hyères, mettre fin aux liens entre les milieux mafieux et politique.

Procès[modifier | modifier le code]

Le 4 mai 1998, se tient le procès de Gérard Finale, de deux comparses et des meurtriers de Yann Piat devant la cour d'assises du Var. Le président du tribunal interroge Lucien Ferri :

« Le Président : Comment la préparation s'est-elle déroulée ?
Ferri : Il y a eu des réunions préparatoires avec les commanditaires, j'étais présent mais seul.
Le Président : Qui sont ces commanditaires ?
Ferri : Je ne peux pas vous le dire.
Le Président : S'agissait-il d'hommes politiques ou de voyous ?
Ferri : Les deux.
Le Président : Y avait-il des personnalités politiques ?
Ferri : Oui.
le Président : Ces politiques sont-ils si puissants que vous les redoutiez ?
Ferri : Ma foi oui, autrement je vous dirais leurs noms[9]. »

Après six heures de délibération, il aboutit le 16 juin à la condamnation de Gérard Finale[10], et du tireur, Lucien Ferri, à la réclusion criminelle à perpétuité, des deux comparses à 15 et 13 ans de prison. Lucien Ferri est mort en juin 2013, à 41 ans, d'une méningite foudroyante dans un hôpital de Toulouse, alors qu'il était en liberté conditionnelle[11].

Le conducteur de la moto, Marco Di Caro, est condamné à vingt ans de réclusion[6]. Il sort de prison le 24 novembre 2007. Le 4 août 2008, il est interpellé par un dispositif de policiers du commissariat de Draguignan, renforcé par une équipe du GIPN dans la maison de village du centre de Flayosc où il était hébergé depuis sa libération. En effet, dans la nuit du 4 au 5 janvier 2008, il avait agressé une habitante du Flayosquet, un quartier excentré de Draguignan, à son domicile, encagoulé et armé d'un couteau. Joignant le geste à la menace, il avait entravé la victime sur son lit avec du ruban adhésif et fouillé son domicile, s'emparant d'argent en espèces (300 €), de sa carte bancaire, et lui volant sa voiture. En octobre 2010, il est condamné pour cette agression à 17 ans de réclusion par la cour d'assises du Var, peine ramené à 15 ans par la cour d'assises d'appel des Bouches-du-Rhône le 21 septembre 2011.

Hommages[modifier | modifier le code]

Une plaque commémorative était apparente à l'endroit où Yann Piat a été assassinée. Elle a aujourd'hui disparu. En 2011, Antoine De Caunes réalise un film Yann Piat, chronique d'un assassinat, avec Karin Viard dans le rôle de la députée[12]. L'association portant le nom de la députée dénonce toutefois le tournage du film, opinion critiquée par Angélique Piat, la fille de Yann Piat, qui avait même demandé la dissolution de cette association en estimant que le nom de sa mère n’était pas une « marque de fabrique ».

Il existe une « place Yann-Piat » à Bormes-les-Mimosas (Var). En février 2008, la mairie d'Hyères a également inauguré une « rue Yann-Piat »[13].

Synthèse des mandats[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b François Caviglioli, « Yann Piat : la femme aux deux visages », Le Nouvel Observateur no 2022, semaine du 6 août 2003.
  2. « La politique victime du milieu ? », L'Express, 3 mars 1994.
  3. a et b Hervé Gattegno, « L'autre énigme de l'affaire Yann Piat », Le Nouvel Observateur
  4. Pierre Barbancey, « Les assassins de Yann Piat avaient des complices », L'Humanité, 7 mars 1994.
  5. Élisabeth Schemla, « Yann Piat : le rapport qui accuse », Le Nouvel Observateur no 1530, semaine du 3 mars 1994.
  6. a et b Bénédicte Charles, « Affaire Yann Piat : le «complot» Encornet et Trotinette », marianne2.fr, 5 juillet 2008.
  7. Pierre Péan et Philippe Cohen, La Face cachée du Monde : du contre-pouvoir aux abus de pouvoir, éditions Mille et une nuits, Paris, 2003 (ISBN 2-84205-756-2).
  8. Voir sur liberation.fr.
  9. Christian English, Frédéric Thibaud, affaires non classées, First éditions 2004, p.266
  10. Le commanditaire de l'assassinat décède à l'âge de 65 ans dans un hôpital de Toulouse dans la nuit du mercredi 12 au jeudi 13 mai 2010 alors qu'il purgeait sa peine à la centrale de Lannemezan (Hautes-Pyrénées)[1]
  11. Var Matin du 25 juin 2013
  12. « Polémique autour de la mémoire de Yann Piat », in varmatin.com, 28 juin 2008.
  13. « Hyères: Nouvelle avenue, nouveau rond-point, et une rue Yann-Piat », in varmatin.com, 18 février 2008.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Documentaire télévision[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]