Xe Flottiglia MAS

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La Xe Flottiglia MAS ou DECIMA MAS est une unité de nageurs de combat de la marine royale italienne qui opérait au cours de la Seconde Guerre mondiale. Elle fut l'une des unités précurseurs en ce domaine au cours de l'ère moderne.

Soldats de la Xe Flottiglia Mas durant une inspection en mars 1944.

Son nom signifie Dixième flottille MAS (MAS du latin Memento audere semper : souviens-toi d'oser toujours).

Histoire[modifier | modifier le code]

Les précurseurs[modifier | modifier le code]

En octobre 1918, à la fin de la première Guerre mondiale, deux officiers italiens, le capitaine du génie maritime Raffaele Rossetti et le médecin de 2e classe Raffaele Paolucci décident de tenter une opération particulièrement audacieuse en vue de couler deux navires de la Marine austro-hongroise, le Viribus Unitis et le Prinz Eugen, dans le port croate de Pula.

Dans la nuit du 31 octobre 1918, à califourchon sur une torpille Mignatta de leur confection, ils se font déposer au large du port par une vedette italienne. Navigant ensuite au ras des flots, ils s’approchent du Viribus Unitis et y fixent deux charges de 180 kg d'explosif. Le navire amiral de la flotte autrichienne sera la première victime de ces nageurs de combat des temps modernes.

Les Maiali[modifier | modifier le code]

Un SLC, ou maiale, exposé à Rome

En 1935, deux officiers italiens reprennent l'idée de la torpille de leurs anciens. C'est ainsi que l'ingénieur de 2e classe des constructions navales Teseo Tesei et le capitaine du génie maritime Elios Toschi vont créer les torpilles humaines qui seront utilisées au cours de la Seconde Guerre mondiale, les siluro a lenta corsa (SLC ou torpille à marche lente), appelées aussi Maiale (cochon) en raison de leur fonctionnement capricieux.

La DECIMA MAS[modifier | modifier le code]

En mai 1939, la marine italienne décide de créer une unité spéciale chargée de saboter les navires de la Royal Navy en Méditerranée. Cette unité prend le nom de « Xe Flottiglia MAS ».

Le commandant du sous-marin Scirè, le prince Junio Valerio Borghese, chargé de transporter les hommes de cette unité en deviendra rapidement le chef. Son prestige est tel que son nom restera dans l'histoire des nageurs de combat italiens comme celui du chef des Maiali.

De 1940 à 1943, l'unité agira dans toute la Méditerranée, de la Turquie à Gibraltar, en passant par Alexandrie, la Crète et l'Afrique du Nord, causant de lourdes pertes dans les rangs des marines alliées.

Le 26 juillet 1941, Teseo Tesei perd la vie lors d'une tentative d'attaque, dans le port de La Valette, à Malte.

Fin de la guerre[modifier | modifier le code]

Après la chute de Benito Mussolini et la vague d'épuration qui s'ensuivit, de nombreuses unités de l'armée italienne disparurent.

Une partie des plongeurs de l'unité décida de suivre le fasciste prince Borghese dans la lutte contre les partisans tandis que d'autres passent du coté des Alliés. Ils participèrent alors aux opérations de déminage sur les côtes italiennes jusqu'à la fin de la guerre. Luigi Durand de la Penne, qui avait mené le raid contre la flotte britannique à Alexandrie, permettra ainsi aux Britanniques de mener à bien une opération le 22 juin 1944 pour tenter de couler deux croiseurs italiens saisis par les Allemands à la Spezia[1], le croiseur lourd Bolzano est coulé par un charriot anglais et le croiseur lourd Gorizia hors de combat au sec dans un bassin de radoub.

Techniques[modifier | modifier le code]

  • les Barchini

Les barchini sont des petits canots légers et rapides. Ils emportent uniquement le carburant nécessaire pour la mission ainsi qu'une forte charge d'explosifs. Le pilote dirige alors l'embarcation vers le bateau cible avant de sauter à l'eau à quelques centaines de mètres de la cible.

  • les Maiali

Les maiali (cochons en italiens) sont des « torpilles humaines » de leur vrai nom SLC, pour siluro a lenta corsa, torpille à vitesse lente[1]. Chevauchés par un ou deux plongeurs, elles doivent s'approcher des bateaux afin que les plongeurs y fixent la charge explosive vissé en tête de la torpille. Elles ont une autonomie de 28 km a vitesse de croisière (4 km/h) et peuvent atteindre 8 km/h[1]. Elles sont propulsées par un moteur électrique ce qui évite toute émission de bulles[1]. Les torpilles sont fixées dans des conteneurs sur le pont de sous-marin et peuvent être larguées à 15 mètres de profondeur[1], les plongeurs sortant par un sas. Le surnom de cochon avait été donné suite au caractère un peu rétif de l'engin[1].

  • les gamma

Les gamma sont des nageurs de combats équipés de chaussures lestées de scaphandriers pieds-lourds et/ou de palmes. Ils marchent sur le fond ou palment pour atteindre leurs objectifs.

Les pilotes de maiali et les gamma utilisaient des appareils à circuit fermé (recycleur) de type ARO (AutoRespiratore Ossigeno, auto-respirateur à oxygène mis au point par la société Pirelli et fonctionnant à l'oxygène pur ou au mélange suroxygéné. Cette appareil recycle la respiration du plongeur, évitant ainsi toute émission de bulles et permettant une grande autonomie[1]. L'air expiré passe au travers d'un filtre à chaux qui piège le gaz carbonique et alimenté un sac dans lequel le plongeur inspire. Ce sac est alimenté en oxygène par une petite bouteille d'oxygène pur mais également par l'oxygène non consommée rejetée par le plongeur[1]. Mais l'appareil est dangereux à plus de 6 mètres de profondeur, la pression rendant l'oxygène sous pression toxique[1].

Ces nageurs pouvaient alors transporter deux types de charges :

  • la sangsue : charge de 3 kg d'explosifs dans une enveloppe métallique équipée d'une ventouse de fixation ; leur flottabilité nulle permettait aux nageurs d'en porter 3 ou 4 sur un baudrier dédié ;
  • la mallette : charge plus importante, elle était équipée d'un dispositif à hélice tournant lorsque la vitesse du bateau atteignait 5 nœuds. Après un certain nombre de tours d'hélice programmé par le plongeur, le système de déclenchement à horlogerie se mettait en marche. L'explosion se produisait donc en dehors du port, pouvant laisser croire à la rencontre avec une mine sous-marine.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i "Tour de cochon pour homme grenouille", Pierre Grunberg, Guerres & Histoire n° 7, juin 2012.

Sources[modifier | modifier le code]