Wulfhere de Mercie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Wulfhere
Titre
Roi de Mercie
658 (659?) – 675
Prédécesseur Oswiu de Northumbrie (roi de Northumbrie)
Successeur Æthelred Ier
Biographie
Date de naissance Inconnue
Date de décès 675
Père Penda
Mère Cynewise
Conjoint Eormenhild de Kent
Enfant(s) Cenred Red crown.png
Werburh
Berhtwald ?
Entourage Æthelred Ier (frère)
Peada (frère)
Ceolred (neveu)
Eorcenberht (beau-père)
Liste des rois de Mercie

Wulfhere (mort en 675) fut roi de Mercie de la fin des années 650 jusqu'à sa mort. Il fut le premier roi de Mercie chrétien, bien que la date et les raisons de sa conversion soient inconnues. Son avènement marqua la fin de la suprématie d'Oswiu de Northumbrie sur le sud de l'Angleterre, où Wulfhere étendit son influence. Ses campagnes contre le Wessex acquirent à la Mercie le contrôle de la majeure partie de la vallée de la Tamise. Il conquit l'île de Wight et la vallée de la Meon et les donna au roi Æthelwalh de Sussex. Il exerça également son influence sur le Surrey, l'Essex et le Kent. Il épousa Ermenilda, la fille du roi Earcombert de Kent.

Le père de Wulfhere, Penda, fut tué en 655 à la bataille de Winwaed contre Oswiu. Peada, fils de Penda, devint roi sous l'égide d'Oswiu, mais il fut assassiné l'année suivante. Wulfhere monta sur le trône lorsque des nobles merciens conduisirent une révolte contre l'autorité northumbrienne, en 658, et chassèrent les représentants d'Oswiu.

À la mort d'Oswiu, en 670, Wulfhere était le plus puissants des rois du sud de l'Angleterre. Il fut dans les faits le suzerain de toute l'Angleterre au sud de l'Humber à partir du début des années 660, bien que son influence ne s'étendît probablement pas sur la Northumbrie, comme à l'époque de son père. Il mourut, probablement de maladie, en 675, et son frère Ethelred lui succéda. Dans sa Vie de Wilfrid, Eddius Stephanus décrit Wulfhere comme « un homme à l'esprit fier, et à la volonté insatiable[1] ».

Contexte[modifier | modifier le code]

La Mercie au VIIe siècle[modifier | modifier le code]

Les royaumes anglo-saxons à la fin du VIIe siècle

Au début du VIIe siècle, l'Angleterre était presque entièrement soumise aux peuples anglo-saxons arrivés en Grande-Bretagne au Ve siècle. Selon le moine Bède le Vénérable, qui écrivait au VIIIe siècle, les Merciens descendaient des Angles, établis dans le nord de l'Angleterre, tandis que les Jutes et les Saxons avaient colonisé le sud[2]. Les origines du royaume de Mercie, situé dans les actuels Midlands, sont mal connues, mais les généalogies présentes dans la Chronique anglo-saxonne et la Anglian collection indiquent que les premiers rois étaient issus d'un certain Icel ; leur dynastie est donc appelée Iclingas[3]. Le premier roi mercien sur lequel subsistent des éléments historiques certains est Penda, le père de Wulfhere[4].

Selon l’Histoire ecclésiastique du peuple anglais, histoire de l'Église anglaise rédigée par Bède, il y eut sept souverains anglo-saxons qui exercèrent l’imperium, ou suzeraineté, sur les autres royaumes[5]. Le cinquième d'entre eux fut Edwin de Northumbrie, qui fut tué à la bataille de Hatfield Chase par une coalition comprenant le roi gallois Cadwallon et Penda, qui n'était probablement pas encore roi de Mercie à l'époque. Il eut pour enfants deux futurs rois de Mercie : Wulfhere et Ethelred[6].

Après la mort d'Edwin, la Northumbrie sombra brièvement dans le chaos, se divisant à nouveau en Bernicie et Deira. En l'espace d'une année, Oswald de Deira tue Cadwallon, réunifie les deux royaumes et rétablit l'hégémonie northumbrienne sur le sud de l'Angleterre[7]. Toutefois, le 5 août 642, Penda tua Oswald à la bataille de Maserfield, probablement à Oswestry dans le nord-ouest des Midlands[8]. Rien n'indique que Penda devint le suzerain des autres rois anglo-saxons, mais sa victoire sur Oswald fit de lui le plus puissant d'entre eux[9]. À la mort d'Oswald, la Northumbrie se divisa à nouveau : son fils Oswiu monta sur le trône de Bernicie, et Oswine devint roi de Deira[10].

La principale source pour cette période est l’Histoire de Bède, achevée vers 731. Si son sujet est principalement l'histoire de l'Église, elle fournit également des informations utiles sur les royaumes païens. En-dehors de sa Northumbrie natale, Bède disposait d'informateurs au sein du monde ecclésiastique qui lui fournissaient des informations supplémentaires. Toutefois, il ne semble pas que cela fut le cas pour la Mercie, sur laquelle Bède est moins disert que pour le Wessex ou le Kent[11]. Cette période est également documentée par la Chronique anglo-saxonne, compilée au Wessex à la fin du IXe siècle ; son auteur anonyme semble avoir incorporé de nombreux textes rédigés avant lui[12].

Origines[modifier | modifier le code]

Wulfhere était le fils de Penda de Mercie. Bède mentionne l'épouse de Penda, Cynewise, mais pas ses enfants ; étant donné qu'aucune autre femme n'est connue à Penda, il est probable, mais pas certain, qu'elle soit la mère de Wulfhere[13],[14]. La Chronique anglo-saxonne indique que Penda avait cinquante ans en 626 et qu'il régna pendant trente ans, mais cela impliquerait qu'il avait quatre-vingts ans à sa mort, ce qui est peu probable dans la mesure où ses fils Wulfhere et Ethelred sont dits avoir été jeunes lorsqu'il fut tué. Il est plus probable que Penda ait eu cinquante ans à son décès plutôt qu'à son avènement[6],[15]. La date de naissance de Wulfhere est inconnue, mais Bède indique qu'il était encore jeune à son avènement, en 658, et il est donc probable qu'il ait eu environ quinze ans à cette date ; Penda aurait donc eu près de quarante ans à la naissance de Wulfhere[16].

On ne sait rien de l'enfance de Wulfhere. Il avait deux frères, Peada et Ethelred, et deux sœurs, Cyneburh et Cyneswith[17],[18] ; il est possible que Merewalh, roi des Magonsæte, ait également été frère de Wulfhere[19]. Il épousa Eormenhild de Kent ; la date du mariage n'est pas connue et les sources les plus anciennes ne mentionnent pas de descendance, bien que Jean de Worcester, chroniqueur du XIIe siècle, donne pour fils de Wulfhere Coenred, qui fut roi de Mercie de 704 à 709[20]. Un autre enfant possible de Wulfhere est Berhtwald, un sous-roi donné pour neveu d'Ethelred[21], et un manuscrit du XIe lui donne un troisième enfant, une fille nommée Werburgh[22]. Une histoire du monastère Saint-Pierre de Gloucester datant du XIe siècle nomme deux autres épouses de Wulfhere, Eadburh et Eafe, mais l'existence d'aucune des deux n'est plausible[23].

Généalogie[modifier | modifier le code]

 
Oswiu
(roi de Northumbrie)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Penda
(† 655)
 
Cynewise ♀
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Alhflæd
 
Peada
(655-656)
 
Eorcenberht
(roi de Kent)
 
 
 
 
 
 
Æthelred
(675-704)
 
Cyneburh ♀
 
Cyneswith ♀
 
Merewalh
(roi des Magonsæte)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Eormenhild
 
Wulfhere
(658/9-675)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Cenred
(704-709)
 
Werburh
 
Berhtwald ?
 

Règne[modifier | modifier le code]

Avènement[modifier | modifier le code]

En 655, Penda assiégea Oswiu de Northumbrie à Iudeu, dont la localisation est inconnue mais qui pourrait être Stirling, aujourd'hui en Écosse. Penda prit comme otage le fils d'Oswiu, Ecgfrith, et Oswiu dut payer un tribut pour s'assurer le départ de Penda. Sur le chemin du retour, Penda fut rattrapé par Oswiu, et ils s'affrontèrent sur les rives de la Winwaed (un cours d'eau non identifié)[24]. Penda fut tué et décapité par Oswiu, qui divisa la Mercie en deux[25]. Il prit possession de la partie nord du royaume et plaça la partie sud sous l'autorité de Peada, fils de Penda, qui avait épousé Ealhflæd, une fille d'Oswiu, vers 653[26].

Peada ne fut pas longtemps roi : il fut assassiné à Pâques en 656, peut-être avec la complicité de sa femme, la fille d'Oswiu[27]. Oswiu régna alors directement sur toute la Mercie. Il est le dernier des sept rois à avoir exercé l’imperium selon Bède[5]. La suzeraineté était une relation courante entre royaumes à l'époque, prenant généralement la forme d'un roi soumis à un autre plus puissant. Oswiu alla plus loin, installant ses propres gouverneurs en Mercie après la disparition de Penda et Peada. Cette tentative d'exercer un contrôle étroit sur la Mercie prit fin en 658, lorsque trois chefs merciens nommés Immin, Eafa et Eadbert se révoltèrent contre les Northumbriens. Bède rapporte qu'ils avaient tenu Wulfhere dans un lieu secret, et que celui-ci devint roi après le succès de leur révolte[28]. Il est possible que cette révolte ait réussi du fait de l'éloignement d'Oswiu, occupé à combattre les Pictes dans le nord : son neveu, le roi picte Talorgan mac Enfret, était mort en 657[29].

L'étendue exacte du contrôle exercé par Oswiu sur les royaumes du sud est incertaine. Bède décrit l'amitié d'Oswiu avec Sigeberht d'Essex et l'influence qu'il exerçait sur lui[30], mais le sud-est de l'Angleterre semble plutôt avoir été soumis à des dominations exercées localement, avec une influence d'Oswiu probablement faible[26]. Wulfhere semble avoir remplacé Oswiu en de nombreux endroits[31]. Bède ne l'inclut pas dans sa liste des rois ayant exercé l’imperium, mais les historiens modernes considèrent que l'ascension de la puissance mercienne débuta sous son règne. Il semble être devenu dans les faits le suzerain de l'Angleterre au sud de l'Humber vers le début des années 660, bien que son influence ne s'étendît pas, comme celle de son père avant lui, sur la Northumbrie[32].

Le Tribal Hidage date peut-être du règne de Wulfhere. Établi avant que les plus petits peuples soient absorbés au sein des grands royaumes comme la Mercie, ce document liste les peuples de l'Angleterre anglo-saxonne, ainsi que le nombre de hides qu'ils occupaient. Le Tribal Hidage, nécessairement élaboré après l'introduction de l'écriture par le clergé chrétien, remonte probablement au milieu ou à la fin du VIIe siècle, mais sa datation exacte est difficile. Certains historiens l'attribuent plutôt au règne d'Offa de Mercie, ou bien à celui d'Edwin ou Oswiu de Northumbrie[33],[34].

Conversion[modifier | modifier le code]

La Grande-Bretagne avait été christianisée à l'époque romaine, mais les immigrants anglo-saxons étaient païens, et l'Église britannique se limitait aux derniers royaumes bretons d'Écosse et du Pays de Galles, ainsi qu'au royaume de Domnonée dans le sud-ouest de l'Angleterre. Des missionnaires venus de Rome commencèrent à évangéliser les Anglo-Saxons à la fin du VIe siècle, et leur conversion était déjà bien entamée à l'époque de Penda, bien que Penda lui-même fût resté païen jusqu'à sa mort[35]. D'autres rois reçurent le baptême à cette époque : Cynegils de Wessex vers 640[36], ou Edwin de Northumbrie vers le milieu des années 620[37]. Néanmoins, des rois ultérieurs, à l'image de Cædwalla de Wessex, qui régna dans les années 680, sont dits être païens au moment de leur avènement[38].

Bède écrit qu'après l'avènement de Wulfhere,

« Libres sous leur propre roi, [les Merciens] se vouèrent de leur plein gré au Christ, leur vrai roi, afin qu'ils puissent gagner son royaume éternel au paradis[14]. »

Le père de Wulfhere avait refusé de se convertir, tandis que son frère Peada s'était semble-t-il converti pour pouvoir épouser la fille d'Oswiu. La date et les circonstances de la conversion de Wulfhere sont inconnues ; il est possible qu'il ait embrassé le christianisme suite à un accord avec Oswiu[39]. Bède indique que deux ans avant la mort de Penda, son fils Peada se convertit, en partie sous l'influence d'Ealhfrith, le fils d'Oswiu, qui avait épousé Cyneburh, une sœur de Peada. Celui-ci invita une mission chrétienne en Mercie, et il est possible que Wulfhere se soit converti à ce moment-là[40]. Le mariage de Wulfhere avec Eormenhild de Kent dut rapprocher la Mercie du Kent et de la Gaule mérovingienne, deux royaumes chrétiens liés par le sang et le commerce. Les bénéfices politiques et économiques du mariage ont donc pu également jouer dans la décision de Wulfhere de christianiser son royaume[41],[42]

Les relations de Wulfhere avec l'évêque Wilfrid d'York sont décrites dans la Vie de Wilfrid d'Eddius Stephanus. Dans les années 667-669, tandis que Wilfrid était à Ripon, Wulfhere l'invita fréquemment en Mercie lorsque les services d'un évêque y étaient requis. Selon Eddius, Wulfhere offrit à Wilfrid « maintes étendues de terre » où Wilfrid « fonda bientôt des monastères pour les servants de Dieu[43] ».

D'après la Chronique anglo-saxonne, Wulfhere dota un monastère majeur à Medeshamstede, l'actuelle Peterborough. Le monastère avait à l'origine été doté par Peada ; à l'occasion de la dédicace du don de Wulfhere, l'archevêque de Cantorbéry Deusdedit (mort en 664) et l'évêque de Mercie Jaruman (entré en fonction en 663) étaient présents. La dotation fut signée par Wulfhere et Oswiu, ainsi que par les rois d'Essex Sighere et Sebbi[44].

Wessex, Sussex et Hwicce[modifier | modifier le code]

Carte du sud de l'Angleterre présentant les lieux liés à Wulfhere. L'emplacement exact de Ashdown est inconnu, mais se situait quelque part dans les Berkshire Downs, au sud de la Thame.

La Chronique indique qu'en 661, Wulfhere ravagea Ashdown, sur le territoire du Wessex. Les Gewissae, probablement le peuple à l'origine des Saxons de l'Ouest, semblent s'être établis tout d'abord dans la haute vallée de la Tamise, et les rares sources pour le VIe siècle les présentent comme actifs dans cette région. La résurgence de la Mercie sous Wulfhere constituait une pression sérieuse sur eux. C'est vers la même période, au début des années 660, que le siège épiscopal saxon de Dorchester fut divisé et qu'un nouvel évêché fut fondé à Winchester, probablement en réaction à l'avancée mercienne dans ce qui avait jusqu'alors été le cœur des territoires des Saxons de l'Ouest ; une avancée qui rendait Dorchester dangereusement proche de la frontière. En l'espace de quelques années, le siège de Dorchester fut abandonné[45], à une date inconnue mais probablement située vers le milieu des années 660[46].

Outre l'offensive sur Ashdown, Wulfhere attaqua l'île de Wight en 661. Par la suite, il offrit l'île, ainsi que le territoire des Meonware (le long de la Meon, au nord de l'île de Wight) à son filleul Æthelwalh de Sussex. Il semble plausible que la dynastie régnant sur l'île ait trouvé cet accord acceptable à un certain degré, étant donné que toute la famille royale fut exterminée lorsque le roi Cædwalla de Wessex attaqua à son tour l'île, en 686[47],[48]. Après la conquête de l'île de Wight, Wulfhere ordonna au prêtre Eoppa de baptiser ses habitants. Selon la Chronique, c'était la première fois que le baptême chrétien était introduit dans l'île[49].

Le roi Cenwalh de Wessex mourut au début des années 670, et, d'après Bède, son royaume se fragmenta et commença à être gouverné par des sous-rois, peut-être en lien avec l'activité militaire de Wulfhere dans la région[50]. Ces sous-rois furent finalement vaincus et le royaume réunifié, probablement par Cædwalla, mais peut-être par Centwine. Dix ans après la mort de Wulfhere, Cædwalla lança les Saxons de l'Ouest vers l'est, réduisant à néant une bonne partie des avancées merciennes[50].

Æthelwalh de Sussex était le filleul de Wulfhere, mais il était également lié aux Merciens par son mariage : son épouse était la reine Eafe, fille d'Eanfrith des Hwicce, une tribu dont le territoire occupait le sud-ouest de la Mercie. Les Hwicce avaient leur propre dynastie, mais il semble qu'ils aient déjà été soumis à Wulfhere à l'époque : le mariage d'Æthelwalh avec Eafe eut peut-être lieu à la cour de Wulfhere, où l'on sait que se déroula la conversion d'Æthelwalh[51]. Le royaume des Hwicce est parfois considéré comme une création de Penda, mais il est tout aussi possible que ce royaume ait existé indépendamment de la Mercie, et que l'influence toujours plus importante de Penda puis de Wulfhere dans la région ait représenté une expansion de la puissance mercienne, plutôt que la création d'une entité séparée[52],[53].

Est-Anglie et Essex[modifier | modifier le code]

En 664, Æthelwald d'Est-Anglie mourut, et Ealdwulf lui succéda pendant près de cinquante ans. On ne sait quasiment rien des relations entre la Mercie et l'Est-Anglie durant cette période ; l'Est-Anglie avait jusqu'alors été dominée par la Northumbrie, mais rien ne permet d'affirmer que cela continua après l'avènement de Wulfhere. L'année 664 vit également la mort du roi Swithelm d'Essex, et ses successeurs, Sighere et Sebbi, sont décrits par Bède comme « souverains [...] sous Wulfhere, roi des Merciens[41] ». La même année, une épidémie de peste incita Sighere et son peuple à abjurer le christianisme, et d'après Bède, Wulfhere envoya Jaruman, l'évêque de Lichfield, pour reconvertir les Saxons de l'Est. Jaruman n'était pas le premier évêque de Lichfield ; Bède mentionne un prédécesseur, Trumhere, mais on ne sait rien de ses activités, ni par qui il fut nommé[54].

Ces événements démontrent que l'influence d'Oswiu dans le sud s'était dissipée à ce moment-là, voire auparavant, et que la région était désormais dominée par Wulfhere. Les événements des années suivantes rendent cette passation de pouvoir encore plus évidente : à une date inconnue entre 665 et 668, Wulfhere vendit l'évêché de Londres à Wine, qui avait été chassé du Wessex par Cenwealh. Londres tomba aux mains de l'Essex vers cette période[31]. L'archéologie indique que la colonie saxonne de Londres commença à croître significativement vers cette période ; le centre de la Londres anglo-saxonne ne correspond pas à celui de l'époque romaine, mais se trouve à quelques kilomètres à l'ouest, près de l'actuel Strand. Il est possible que la cité ait été sous le contrôle de Wulfhere lorsque cette expansion débuta[55].

Kent, Surrey et Lindsey[modifier | modifier le code]

Earcombert était roi de Kent à l'avènement de Wulfhere, et les deux lignées royales devinrent liées lorsque Wulfhere épousa Eormenhild, la fille d'Earcombert[56]. En 664, le fils d'Earcombert, Egbert, lui succéda sur le trône du Kent. La situation du royaume à la mort d'Egbert, en 673, n'est pas clairement connue. Il semble qu'une année se soit écoulée avant que le frère d'Egbert, Hlothhere, devienne roi. Wulfhere avait peut-être des intérêts dans la succession, étant devenu par son mariage l'oncle des deux fils d'Egbert, Eadric et Wihtred, et il se peut qu'il ait été souverain de fait du Kent durant la période qui sépara la mort d'Egbert de l'avènement de Hlothhere[48]. Les Merciens étaient également liés au Kent à travers Merewalh, le roi des Magonsæte (et donc un autre sous-roi de Wulfhere), qui avait épousé Eormenburh, la sœur de Hlothhere[19].

Les sources ne présentent pas le Surrey comme un royaume indépendant, plutôt comme une province disputée entre ses voisins. Jusqu'au début des années 670, elle était contrôlée par Egbert, mais une charte montre que Wulfhere confirma une dotation faite à l'évêque Eorcenwald par Frithuwold, un sous-roi du Surrey, qui s'étendait peut-être au nord dans l'actuel Buckinghamshire[57],[58]. Frithuwold lui-même était probablement marié avec Wilburh, la sœur de Wulfhere[57]. Cette charte, réalisée à Thame, date d'entre 673 et 675, et c'est probablement la mort d'Egbert qui entraîna l'intervention de Wulfhere. Un témoin nommé Frithuric apparaît sur une charte du règne du successeur de Wulfhere, Ethelred, concernant une dotation au monastère de Peterborough ; l'allitération, fréquente dans les dynasties anglo-saxonnes, peut indiquer que Frithuwold et Frithuric provenaient d'une dynastie anglienne, Wulfhere ayant pu placer le premier sur le trône du Surrey. Trois autres sous-rois apparaissent comme témoins sur cette charte : Osric, Wigheard et Æthelwold ; leurs royaumes ne sont pas identifiés, mais la charte mentionne Sonning, une province située dans l'est de l'actuel Berkshire, et il est possible qu'un de ces sous-rois ait régné sur les Sunningas, le peuple de cette province. Cela impliquerait également que Wulfhere dominait cette région à l'époque[48].

Des informations sur l'autorité épiscopale nous indiquent que l'influence de Wulfhere s'étendait également sur les Lindesfara, dont le royaume s'étendait dans l'actuel Lincolnshire. Au moins l'un des évêques merciens de Lichfield y exerça son autorité : Winfrith, qui devint évêque à la mort de Chad, en 672[41],[57]. On sait par ailleurs que Wulfhere céda des terres à Chad pour un monastère à Barrow upon Humber, dans le Lindsey[59]. Il est possible que l'autorité épiscopale de Chad se soit également étendue sur ce royaume, probablement dès 669[41]. Il est possible que les bases politiques de la domination ecclésiastique mercienne sur les Lindesfara aient été posées dès le début du règne de Wulfhere, sous Trumhere et Jaruman, les deux prédécesseurs de Chad[41].

Défaite et mort[modifier | modifier le code]

Lorsque Wulfhere attaqua Ecgfrith de Northumbrie, le fils d'Oswiu, en 674, il était en position de force. Selon la Vie de Wilfrid d'Eddius Stephanus, Wulfhere « souleva toutes les nations du sud contre [la Northumbrie] ». Bède ne relate pas l'affrontement, qui n'est pas non plus mentionné dans la Chronique anglo-saxonne ; mais selon Eddius, Ecgfrith battit Wulfhere, le força à lui céder le Lindsey et à payer tribut[60].

Wulfhere survécut à sa défaite, mais son autorité sur le sud fut de toute évidence secouée ; en 675, il dut affronter Aescwine, l'un des rois du Wessex, à Biedanheafde. L'emplacement de cette bataille est inconnu, de même que son issue. Henri de Huntingdon, un historien du XIIe siècle qui eut accès à des versions de la Chronique anglo-saxonne aujourd'hui perdues[61], estime que les Merciens triomphèrent au terme d'une « terrible bataille », et affirme que Wulfhere avait hérité de « la bravoure de son père et de son grand-père[62] ». Toutefois, Kirby estime qu'Aescwine remporta un succès suffisant pour mettre un terme à l'autorité de la Mercie sur le Wessex[63]. Wulfhere mourut plus tard en 675, de maladie selon Henri de Huntingdon[62]. Il aurait été âgé d'environ trente-cinq ans. On estime que sa veuve Eormenhild devint par la suite abbesse d'Ely[64].

Le frère de Wulfhere, Ethelred, lui succéda et régna pendant près de trente ans. Il reprit le Lindsey aux Northumbriens quelques années après son avènement, mais se révéla dans l'ensemble incapable de maintenir la domination sur le sud qu'avait édifiée Wulfhere[63].

Annexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Colgrave, Life of Bishop Wilfrid, c. 20
  2. Bède, HE, I, 15, p. 63
  3. Barbara Yorke, « The Origins of Mercia », dans Brown & Farr, Mercia, p. 15-16
  4. Yorke, « The Origins of Mercia », p. 18-19
  5. a et b Bède, HE, II, 5, p. 111
  6. a et b Yorke, Kings and Kingdoms, p. 103-104
  7. Kirby, Earliest English Kings, p. 83
  8. Kirby, Earliest English Kings, p. 88-90
  9. Yorke, Kings and Kingdoms, p. 105
  10. Yorke, Kings and Kingdoms, p. 78
  11. Yorke, Kings and Kingdoms, p. 100
  12. Simon Keynes, « Anglo-Saxon Chronicle », dans Blackwell Encyclopedia, p. 35
  13. Pauline Stafford, « Political Women in Mercia », dans Brown & Farr, Mercia, p. 36
  14. a et b Bède, HE, III, 24, p. 183-185
  15. Kirby, Earliest English Kings, p. 82
  16. Kirby, Earliest English Kings, p. 113
  17. Kirby, Earliest English Kings, p. 93
  18. Swanton, Anglo-Saxon Chronicle, sub anno 656, p. 29
  19. a et b Yorke, p. 107, considère comme authentique la version de la Vie de St Mildburh selon laquelle Merewalh et Wulfhere étaient frères. Kirby, p. 93, exprime des doutes.
  20. Kirby, Earliest English Kings, p. 128
  21. Yorke, Kings and Kingdoms, p. 108
  22. Jane Roberts, « Hagiography and Literature: The Case of Guthlac of Crowland », dans Brown & Farr, Mercia, p. 84
  23. Voir Baker & Holt, Urban Growth, p. 18. L'histoire est la Historia et Cartularium Monasterii Sancti Petri Gloucesteriæ, qui incorpore des éléments remontant jusqu'à la fin du XIe siècle.
  24. La Went, un affluent du Don, a été proposée : voir par ex. Kirby, Earliest English Kings, p. 94-95 ; d'autres suggèrent un affluent non précisé de l'Humber : voir par ex. Swanton, Anglo-Saxon Chronicle, p. 29 n. 11.
  25. Kirby, Earliest English Kings, p. 94-95
  26. a et b Kirby, Earliest English Kings, p. 96
  27. Kirby, Earliest English Kings, p. 96 ; Bède, HE, III, 24
  28. Bède, HE, III, 25 ; p. 183
  29. Higham, Convert Kings, p. 245
  30. Bède, HE III, 22, p. 178
  31. a et b Kirby, Earliest English Kings, p. 114–115
  32. Voir par ex. Higham, Convert Kings, p. 249-250 ; Keynes ; Yorke, p. 157-159 ; Williams, Kingship and Government, p. 20–23.
  33. Higham, English Empire, p. 99
  34. Peter Featherstone, « The Tribal Hidage and the Ealdormen of Mercia », dans Brown & Farr, Mercia, p. 29
  35. Campbell, « The First Christian Kings », dans Campbell, The Anglo-Saxons, p. 45–46
  36. Kirby, The Earliest English Kings, p. 48–50
  37. Kirby, The Earliest English Kings, p. 78
  38. Kirby, The Earliest English Kings, p. 118
  39. Higham, Convert Kings, p. 68
  40. Bède, HE, III, 21, p. 177-178
  41. a, b, c, d et e Kirby, The Earliest English Kings, p. 114
  42. Zaluckyj, Mercia, p. 37
  43. Blair, The Church in Anglo-Saxon Society, p. 92
  44. Anglo-Saxon Chronicle, sub anno 656 ; Zaluckyj, p. 38
  45. Yorke, Kings and Kingdoms, p. 136
  46. Kirby, The Earliest English Kings, p. 58–59
  47. Bede, HE, IV, 13, p. 225-227
  48. a, b et c Kirby, The Earliest English Kings, p. 115-116
  49. Swanton, Anglo-Saxon Chronicle, sub anno 661, p. 33–34
  50. a et b Kirby, The Earliest English Kings, p. 52–53
  51. Kirby, The Earliest English Kings, p. 11–12
  52. Kirby, The Earliest English Kings, p. 8–9
  53. Yorke, Kings and Kingdoms, p. 108–109
  54. Bede, HE, III, 30, p. 200-201
  55. Robert Cowie, « Mercian London », dans Brown & Farr, Mercia, p. 198-199
  56. Kirby, Earliest English Kings, p. 43
  57. a, b et c Williams, Kingship and Government, p. 21
  58. Whitelock, English Historical Documents, p. 440
  59. Simon Keynes, « Wulfhere », dans Blackwell Encyclopedia, p. 490
  60. Colgrave, Life of Bishop Wilfred, c. 20 ; Kirby, Earliest English Kings, p. 116 ; Williams, Kingship and Government, p. 23
  61. Diana E. Greenway, « Henry of Huntingdon », dans Lapidge et al., Blackwell Encyclopedia of Anglo-Saxon England, p. 232–233
  62. a et b Henry of Huntingdon, sub anno 670
  63. a et b Kirby, Earliest English Kings, p. 116–117
  64. Yorke, Kings and Kingdoms, p. 70

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources primaires
Sources secondaires
  • Nigel Baker & Richard Holt, Urban Growth and the Medieval Church: Gloucester and Worcester, Ashgate, Gloucester, 2004 (ISBN 0-754-60266-4)
  • John Blair, The Church in Anglo-Saxon Society, Oxford University Press, Oxford, 2006 (ISBN 0-199-21117-5)
  • John Campbell, « The First Christian Kings », dans Campbell et al., The Anglo-Saxons, Penguin Books, 1991 (ISBN 0-14-014395-5)
  • Peter Featherstone, « The Tribal Hidage and the Ealdormen of Mercia », dans Michelle Brown & Carole Farr, Mercia: An Anglo-Saxon Kingdom in Europe, Continuum, Leicester, 2001 (ISBN 0-8254-7765-8)
  • N. J. Higham, An English Empire: Bede and the early Anglo-Saxon kings, Manchester University Press, Manchester, 1993 (ISBN 0-7190-4424-3)
  • N. J. Higham, The Convert Kings: Power and religious affiliation in early Anglo-Saxon England, Manchester University Press, Manchester, 1997 (ISBN 0-7190-4828-1)
  • Simon Keynes, « Wulfhere », dans Michael Lapidge, The Blackwell Encyclopedia of Anglo-Saxon England, Blackwell Publishing, Oxford, 2001 (ISBN 0-631-22492-0)
  • D. P. Kirby, The Earliest English Kings, Routledge, Londres, 1992 (ISBN 0-415-09086-5)
  • Ann Williams, Kingship and Government in Pre-Conquest England c. 500—1066, Macmillan, Basingstoke, 1999 (ISBN 0-333-56798-6)
  • Barbara Yorke, Kings and Kingdoms of Early Anglo-Saxon England, Seaby, Londres, 1990 (ISBN 1-85264-027-8)
  • Sarah Zaluckyj, Mercia: the Anglo-Saxon Kingdom of Central England, Logaston Press, Almeley, 2001 (ISBN 1-873827-62-8)
  • Wulfhere 1, PASE Index of Persons, The Prosopography of Anglo-Saxon England Database Project, 2005 (consulté le 14 janvier 2006)