Wouter Basson

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Wouter Basson (surnommé « Docteur La Mort ») est un cardiologue sud-africain né le 6 juillet 1950. Il travailla pour les services secrets sud-africains dans les années 1970 et 1980 en tant que chef de du programme bactériologique et chimique.

Il officia dans le corps médical de l'armée sud-africaine en tant que général de brigade et fut chargé de collecter des informations sur les expériences chimiques et biologiques des pays étrangers.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un policier et d'une cantatrice, cette dernière le pousse à étudier la médecine. Interne à l'hôpital HF Verwoerd de Pretoria, il y découvre son intérêt pour les pathogènes mortels. Appelé par la South African Defence Force, c'est en tant que médecin militaire qu'il étudie la physiologie et la chimie physiologique[1].

L'État sud-africain craint à cette époque le « red-black danger » (guérillas noirs marxistes). En 1977, le docteur J.P. de Villiers, chef de l'unité de « défense chimique » du Council for Scientific and Industrial Research (en), publie un article qui affirme que selon les textes du protocole de Genève concernant la prohibition d'emploi à la guerre de gaz asphyxiants, toxiques ou similaires et de moyens bactériologique, l'utilisation de telles armes par un gouvernement à l'intérieur de son pays n'est pas interdite. En 1981, Basson est le médecin personnel du président Pieter Botha quand il est nommé, avec le grade de lieutenant-colonel, chef du « Project Coast » chargé de développer des armes bactériologiques et chimiques et que l'état-major de l'armée sud-africaine présente comme un « programme défensif » lancé secrètement par le général Constand Viljoen, fondateur du Front de la liberté[2].

Avec un budget de 10 millions de dollars, il peut à travers ce « Project Coast » recruter plus de 200 scientifiques et créer des laboratoires sous forme de sociétés écrans, tels les Roodeplaat Research Laboratories (en)[3]. Il est chargé par le Bureau de coopération civile (CCB Civil Cooperation Bureau, unité secrète des Forces spéciales) de mettre au point des armes chimiques pour mettre hors d'état de nuire des militants anti-apartheid. Le but de ses recherches n'en reste pas moins de trouver un moyen chimique pour endiguer la montée en puissance démographique des noirs (stérilisation des femmes noires par un vaccin et développement de bactérie pour rendre malade ces populations). Il est ainsi impliqué dans plusieurs attaques et assassinats de militants anti-apartheid. Plus d'une tonne de méthaqualone lui est ainsi fournie par l'armée. Il concocte plusieurs dizaines d'armes mortelles (ses « dirty tricks » ou jeux sournois) à base de poison comme de l'anthrax dans des cigarettes ou des enveloppes, du cyanure de potassium dans des cigares ou chocolats, du botulinum dans le lait, des tournevis et des parapluies empoisonnés ou du paraboxon dans le whisky, de nombreux aliments au thallium.

En 1990, le nouveau président Frederik de Klerk fait stopper la production d'agents chimiques et ordonne leur destruction. Basson se concentre alors sur la production d'agents non interdits par le gouvernement comme l'ecstasy et le Mandrax, abondamment vendus dans les milieux anti-apartheid.

Entre 1987 et 1992, Basson affirme avoir rencontré à plusieurs reprises Peter Regli (de), le chef des Services de renseignements suisses qui l’aurait aidé à acheter aux Russes une demi-tonne de Mandrax, par l'intermédiaire du marchand d'armes et agent secret suisse Jürg Jacomet. En 1992, Basson est arrêté en Suisse pour vente illégale d'armes sur le territoire helvétique mais il est libéré après une entrevue avec Regli. De Klerk voit l'occasion d'affecter Basson, de retour en Afrique du Sud, dans une unité de réserve de l'armée[4].

En 1993, l'activité de Basson fait l'objet d'enquêtes internes à l'administration. Le « Project Coast » est alors démantelé. À l'occasion, de nombreuses substances chimiques disparaissent des stocks. L'expert en armes chimiques avait poussé si loin ses recherches qu'il devient une référence pour ses homologues scientifiques du monde entier.

Entre 1993 et 1995, Basson se rend aussi à plusieurs reprises en Libye où il est suspecté avoir vendu des armes secrètes chimiques et bactériologiques.

En 1995, le gouvernement de Nelson Mandela l'engage pour travailler sur le projet « Transnet », une compagnie de transport et d'infrastructure. Il lui est encore confié des missions secrètes. Il est ensuite réintégré comme chirurgien dans l'unité médicale des forces armées.

En 1996, la commission vérité et réconciliation commence à enquêter sur l'activité biologique et chimique des unités de sécurités, découvrant notamment que le laboratoire que dirigeait Wouter Basson conservait des flacons de sang contaminé par le virus du sida. Des acteurs du « Project Coast » témoignent que des vétérans contaminés étaient envoyés dans des maisons de passe de quartiers populaires de Johannesburg afin d'infecter les prostituées qui à leur tour infectaient leurs clients noirs[5]. Cette expérimentation a donné lieu à la théorie du complot selon laquelle la pandémie du sida en Afrique serait une tentative de génocide des noirs par les blancs occidentaux[6].

En 1997, Basson tente de quitter l'Afrique du Sud mais il fait l'objet d'une surveillance de la CIA qui intervient auprès du gouvernement sud-africain. Basson est alors arrêté à Pretoria alors qu'il a sur lui de larges quantités d'ecstasy et des documents officiels confidentiels.

La commission vérité et réconciliation suspecte assez vite les anciennes activités de Basson durant les années 1980. Il est alors suspecté d'avoir vendu ses connaissances à la Libye et à l'Irak.

Le 31 juillet 1998, Basson comparaît devant la Commission. Il refuse de demander l'amnistie.

Son procès commence le 4 octobre 1999 à Pretoria pour 67 charges relevées contre lui incluant possession de drogues, trafic de drogue, fraude, 229 meurtres et conspiration de meurtres, vol. L'accusation présente 153 témoins. Le 11 octobre 1999, le juge Willie Hartzenberg annule 6 charges dont celles impliquant la responsabilité de Basson dans la mort de 200 personnes en Namibie au motif que le gouvernement sud-africain n'avait pas la compétence pour poursuivre des crimes commis à l'étranger et que Basson relevait de la loi namibienne d'amnistie de 1989. Au bout de 18 mois de procès, le nombre de charges relevés à son encontre n'est plus que de 46. En juillet 2001, Basson commence à présenter sa défense et plaide pendant 40 jours. Son argumentation porte sur la légalité de son action et ses relations avec les services étrangers. Le 22 avril 2002, au bout de trente mois de procès, 46 chefs d'accusation, 153 témoins à charge et plus de 40 000 documents relatant diverses méthodes d'empoisonnements et d'assassinats, le cardiologue sud-africain est acquitté par le juge Hartzenberg qui lui accorde l'amnistie. L'État sud-africain fait appel devant la Cour suprême qui refuse un nouveau procès. Basson conserve son poste de conseiller à la défense nationale. Il continue ensuite à donner des conférences à travers le monde et fonde son propre cabinet médical au Cap, poursuivant sa carrière professionnelle en tant que cardiologue[7].

En septembre 2005, la cour constitutionnelle juge que le docteur Basson peut être rejugé pour crimes contre l'humanité. Aucune procédure judiciaire en ce sens n'a cependant été engagée dans ce but[1].

En décembre 2013, l'Ordre des médecins de l'Afrique du Sud l'a reconnu coupable de violation de l'éthique médicale. La sanction du docteur Basson devait initialement être fixée en février 2014, mais a été reportée à une date inconnue[8], la révocation à vie étant encourue[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Thomas Gordon, Histoire des services secrets britanniques, CDE,‎ 2008, 610 p.
  2. (en) Chandré Gould, « Armes chimiques et biologiques : leçons d'Afrique du Sud », Politique étrangère, vol. 70, no 1,‎ 2005, p. 109-112
  3. (en) Horace G. Campbell, U.S. security doctrine and the Africa crisis response initiative, Africa Institute of South Africa,‎ 2000, p. 31
  4. (en) Chandré Gould, Peter I. Folb, Project Coast : Apartheid's Chemical and Biological Warfare Programme, United Nations Publications UNIDIR,‎ 2002, p. 197-198
  5. Didier Fassin, Afflictions : l'Afrique du sud, de l'apartheid au SIDA, Karthala Editions,‎ 2004, p. 41
  6. Didier Fassin, « Une vérité sans réconciliation. Mémoire et histoire du sida dans le post-Apartheid », Sociétés & Représentations, no 22,‎ février 2006, p. 93-103 (DOI 10.3917/sr.022.0093)
  7. Hanania Alain Amar, Les savants fous : au-delà de l'Allemagne nazie, Éditions L'Harmattan,‎ 2007, p. 124-125
  8. (en) Wouter Basson sentencing postponed, Eyewitness News, 20 févier 2014
  9. Le Dr Mengele sud-africain enfin coupable, Kahina Sekkai,Paris-Match, décembre 2012 [1]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Tristan Mendès France, Dr la Mort, enquête sur un bio-terrorisme d’État en Afrique du Sud, Favre,‎ avril 2002, 164 p. (ISBN 2-8289-0682-5)
  • (en) Marlene Burger, Chandré Gould, Secrets and lies. Wouter Basson and South Africa’s chemical and biological Warfare Programme, Zebra Books,‎ 2002
  • Caroline Dumay, « Wouter Basson, l'obsession de la stérilisation des Noirs », Le Figaro,‎ 28 juillet 2007 (lire en ligne)
  • Caryl Férey dans son roman Zulu met au centre de l'intrigue les activités de Wouter Basson. Série Noire, Gallimard 2008 réédition chez Folio.

Liens externes[modifier | modifier le code]