William Thomas Green Morton

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William Thomas Green Morton utilisant l'éther comme anesthésique en 1846.

William Thomas Green Morton (né le 9 août 1819 et décédé le 15 juillet 1868) était un américain qui fut responsable de la première démonstration publique réussie des qualités de l'éther en tant qu'anesthésique par inhalation.

Beaucoup le considèrent comme "l'inventeur et découvreur" de l'anesthésie. Pourtant il ne fut pas le premier à utiliser l'éther pour anesthésie chirurgicale, utilisation que l'on pourrait attribuer à Crawford Williamson Long. Ses travaux furent décisifs dans toutes les disciplines médicales et scientifiques traitant de l'anesthésiologie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Carlton dans le Massachusetts, de l'union d'Edward J. Morton et d'Alice T. Holtorf, W. Morton fit des études de dentisterie. Il s'associa avec un camarade d'étude, Horace Wells, pour ouvrir un cabinet à Boston. Ce fut un échec mais, alors que Morton resta à Boston pour continuer la petite activité du cabinet, Wells repartit à Hartford, Connecticut, où il avait fait ses débuts professionnels. En décembre 1844, une grande démonstration des pouvoirs hilarants de l'oxyde nitrique eut lieu à Hartford, réunissant le gratin de la société locale. Dans la salle se trouvait Horace Wells. Il fut étonné de constater qu'un des volontaires inhaleurs s'étant blessé au genou pendant sa transe, n'avait cependant absolument rien ressenti. Il en déduit un pouvoir anesthésiant lié à une dose suffisante de gaz. Pour vérifier sa déduction, Wells n'hésita pas à demander à un de ses confrères de lui extraire une dent saine sous inhalation d'oxyde nitrique. L'une des toutes premières interventions dentaires, programmée, sous anesthésie, eut donc lieu le 11 décembre 1844 à Hartford et fut un succès complet: son initiateur et cobaye, Horace Wells, n'ayant rien ressenti du tout pendant l'extraction dentaire. Malheureusement pour lui et pour la médecine, il voulut trop vite passer à l'utilisation pratique, sans expérimentations suffisantes sur les dosages appropriés, et ses démonstrations publiques, tant à Boston qu'à Hartford, furent des échecs. Découragé, il abandonna sa méthode et même la dentisterie, devenant, entre autres emplois, vendeur ambulant de canaris chanteurs...

Morton avait assisté à Hartford, en janvier 1845, à la démonstration ratée de son ancien associé. Il était particulièrement intéressé par la suppression de la douleur liée à l'acte chirurgical car, ayant mis au point une nouvelle technique de pose des couronnes d'or sur dents abimées, il avait rapidement constaté que sa méthode avait contre elle d'être extrêmement douloureuse ce qui la faisait rejeter quasi-immédiatement par les postulant(e)s.

Pour acquérir les connaissances scientifiques qui lui manquaient, dans sa recherche d'une vraie méthode anesthésique, Morton s'inscrivit à la Faculté de Médecine de Harvard et prit astucieusement pension chez un Professeur chimiste de l'Université, l'éminent Dr Charles Jackson, qui lui signala les pouvoirs anesthésiant de l'éther en application de contact. Les résultats obtenus ainsi par Morton furent positifs mais de trop courte durée, du fait de la volatilité du produit, pour obtenir réellement le but recherché : pouvoir travailler sans douleur le temps nécessaire.

William T.G. Morton

Morton pensa alors que la solution pouvait résider dans l'utilisation du produit par inhalation selon la méthode utilisée par son ex-associé, Horace Wells, avec le gaz hilarant. Ayant compris qu'il ne fallait pas répéter les erreurs du passé et que l'expérimentation devait précéder l'utilisation, il mena de sérieuses recherches bibliographiques qui lui permirent de bien cerner l'utilisation de l'éther par inhalation dans l'asthme, courante à l'époque, et, surtout, de retrouver les travaux antérieurs de Michael Faraday qui en 1818 avait publié sur les propriétés "léthargiques" de l'éther en inhalation. Il n'hésita pas, ensuite, à confier sa clientèle à un confrère, pour se retirer à la campagne et mener pendant plusieurs mois des expérimentations animales. Ayant eu des résultats mitigés, il revint prendre l'avis du Dr Charles Jackson à Harvard qui insista sur l'impératif de n'utiliser que de l'éther très purifié.

Le jour même, le 30 septembre 1846, s'étant procuré un produit très pur, Morton réussissait sa première extraction dentaire totalement indolore (une grosse molaire très cariée) sur un patient venu consulter en soirée (voir illustration en haut de cette page). Le soir même il déposait un récit de l'événement, attesté par les deux témoins (le patient admiratif et son confrère remplaçant) à la rédaction du Boston Daily Journal, et dès le lendemain matin un brevet d'invention (patent) au bureau des brevets de Boston dans l'intention de protéger sa découverte et d'en tirer les fruits financiers.

Néanmoins, deux problèmes se dressèrent rapidement devant lui.

D'une part, un problème technique : prolonger l'action anesthésiante du produit, beaucoup trop courte par l'obtention en respirant une étoffe imbibée. Morton réussit à mettre au point et à faire fabriquer par le meilleur spécialiste de Boston un inhalateur en verre de sa conception, pourvu d'une pièce buccale permettant au patient d'inhaler un mélange vapeur d'éther-air ambiant.

inhalateur que Morton fabriqua et utilisa pour ses premières anesthésies
inhalateur de Morton

D'autre part, et surtout, un refus total des Médecins et Chirurgiens de Boston d'expérimenter cette méthode nouvelle inventée par un jeune dentiste non médecin.

Tous refusèrent, sauf un: le Dr John C. Warren, Chirurgien senior, fondateur et ancien Directeur du Massachusetts General Hospital qui réalisa, devant un amphithéâtre chirurgical comble, l'ablation d'une tumeur cervicale superficielle le 16 octobre 1846 sur le jeune Gilbert Abbott.

photography Dr John C. Warren
John C. Warren

Mais de nouveaux problèmes surgirent alors avec la Massachusetts Medical Society qui, au nom de l'éthique médicale, interdit à Warren et à l'hôpital de poursuivre l'utilisation de la méthode du dentiste, la nature commerciale du brevet déposé n'étant pas compatible avec la dignité médicale.. Heureusement pour l'avenir de la Médecine et pour les êtres vivants de la planète, W. Morton avait complètement changé en quelques semaines et n'était plus habité à ce moment que par le désir de faire profiter l'Humanité de sa découverte.

Le Dr Warren ayant programmé une grande intervention chirurgicale (amputation d'une jambe chez une jeune fille de 18 ans) pour le 7 novembre 1846, l'amphithéâtre étant bondé de tous les praticiens de Boston et des environs, le Président de la Boston Medical Society persistant dans son refus d'autoriser l'intervention, William Morton eut l'attitude qui le fit entrer dans le panthéon des bienfaiteurs de l'Humanité aux côtés de Pasteur, Lister et Fleming : il renonça publiquement à tous ses droits sur sa découverte. Devant un amphithéâtre houleux et excité par plus d'une heure de retard, le Président de la Boston Medical Society déclara officiellement : "Le médicament qui va être utilisé pour endormir la patiente est dorénavant la propriété de la Science. Avec l'accord de la Faculté de Boston, la patiente va inhaler un produit vaporeux pour faire disparaitre les douleurs de l'intervention. Le fluide utilisé est de l'éther sulfurique". L'intervention commença et fut achevée en quelques minutes par l'habile Dr. Warren. La patiente bientôt réveillée, s'étonna que l'intervention fût déjà terminée. L'amphithéâtre croulait sous les applaudissements en "standing ovation".

première photo intervention de Warren et Morton
Intervention de Warren et Morton - Novembre 1846 (reconstitution secondaire quelques jours plus tard)


La nouvelle méthode se répandit en quelques semaines dans tous les USA, puis en Europe et au-delà. Dès la fin de décembre 1846, la première amputation sous anesthésie était réalisée à Londres par le Dr Robert Liston de l'University College Hospital. À Paris, sous l'impulsion du Bostonien résidant Willis Fischer, même les plus farouches adversaires de l'inhalation gazeuse, comme Velpeau et Roux, finirent par être convaincus, et la nouvelle méthode appliquée dès janvier 1847. Il en fut de même en Allemagne où la première amputation indolore fut réalisée le 24 janvier 1847 par le Pr. Heyfelder.

Le XIXe siècle apporta encore l'asepsie puis l'antisepsie permettant à la chirurgie un extraordinaire essor que vint magnifier encore la découverte des antibiotiques par Sir Fleming au milieu du XXe siècle.

Quant à Morton, hélas, il dut se battre jusqu'à la fin de sa courte vie (il est mort à 49 ans) pour défendre son rôle de pionnier dans la découverte de l'anesthésie par inhalation d'éther. Il mourut le 15 juillet 1868 à New York (où l'avait amené une énième tentative pour défendre ses droits), d'un accident vasculaire cérébral aigu, rejeté par son pays et ses pairs, méprisé par son gouvernement et trois présidents successifs des États-Unis, dans une misère financière et morale totale, laissant une femme et cinq orphelins sans toit. Ainsi finit celui qui avait été, juste après la révélation de sa découverte, qualifié unanimement de "Bienfaiteur de l'Humanité" tant par le Congrès américain, par les Rois et les Empereurs que par les plus célèbres Académies et Sociétés scientifiques européennes.

Pour compléter ce qui est écrit en tête de cet article, sur Crawford D. LONG, il faut savoir qu'il effectua, effectivement, l'ablation d'une petite nodosité superficielle du cou sur la personne de James Venable en utilisant de l'éther sur un mouchoir, puis quelques jours plus tard l'amputation d'un doigt suivant la même méthode. Cependant, perdu dans une petite agglomération rurale - Jefferson, Georgia, ses pratiques "secrètes" et mystérieuses lui attirèrent rapidement la suspicion de plus en plus haineuse de ses concitoyens. Voyant fondre sa clientèle et croitre l'animosité envers lui, il abandonna totalement et définitivement son utilisation de l'éther. La rumeur de cet événement privé ne dépassa pas les champs de coton de la région de Jefferson, et les essais de Long, qui ne s'accompagnèrent d'aucune publication médicale à l'époque, n'eurent strictement aucun rôle dans l'Histoire de la médecine et de l'anesthésie, même s'il essaya par la suite de s'associer à la gloire de Morton en publiant en 1849 le récit de ses deux essais privés sans lendemain.

Cinéma[modifier | modifier le code]

"The Great Moment" ("Le grand moment"), est un film produit par la Paramount Pictures en 1944, écrit et réalisé par Preston Sturges et inspiré de la vie de Morton.