Wilfrid d'York

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Wilfrid
Image illustrative de l'article Wilfrid d'York
Icône de saint Wilfrid.
Saint
Naissance vers 633
Décès 709 ou 710 (un 24 avril ?)  (env. 75 ans)
Oundle
Nationalité anglais
Vénéré par Église catholique
Église orthodoxe
Église d'Angleterre
Fête 12 octobre
24 avril
Saint patron Diocèse catholique de Middlesbrough
Ripon

Wilfrid est un religieux anglo-saxon né vers 633 et mort en 709 ou 710.

Originaire de Northumbrie, Wilfrid bénéficie dans sa jeunesse du soutien de la reine Eanflæd et étudie à Lindisfarne et à Canterbury avant de se rendre sur le continent pour poursuivre sa formation à Lyon et à Rome. De retour en Angleterre, il joue un rôle important dans l'adoption de la méthode romaine du calcul de la date de Pâques lors du synode de Whitby en 664. Nommé évêque d'York la même année, il ne le devient effectivement qu'en 669 et fait preuve d'une grande activité dans son diocèse en fondant plusieurs églises et monastères. L'important pouvoir qu'il détient en tant que seul évêque du Nord de l'Angleterre suscite la méfiance du roi Ecgfrith et de l'archevêque Théodore de Canterbury, qui le dépose en 678. Après avoir fait appel en vain au pape, Wilfrid s'exile dans le royaume de Sussex, où il entreprend la conversion des Saxons du Sud et fonde l'évêché de Selsey.

Wilfrid retrouve brièvement son siège d'York dans la deuxième moitié des années 680, mais il en est à nouveau chassé en 691 par le successeur d'Ecgfrith, Aldfrith. Il se rend alors en Mercie et apporte son soutien à l'effort missionnaire en direction de la Frise. En 702, un concile réuni afin de régulariser la situation de Wilfrid décide la confiscation de tous ses biens. Il tente une nouvelle fois de plaider sa cause à Rome, mais ses opposants profitent de son absence pour l'excommunier. Le pape intercède en sa faveur, et après la mort d'Aldfrith, un accord est conclu entre les différentes parties, laissant à Wilfrid le monastère de Hexham qu'il avait fondé vers 674. Il meurt quelques années plus tard, en 709 ou 710.

Peu après sa mort, Étienne de Ripon rédige une hagiographie de Wilfrid, la Vita sancti Wilfrithi, qui constitue la principale source des historiens modernes à son sujet. Bède le Vénérable parle également beaucoup de lui dans ses écrits, de manière moins dithyrambique. Le portrait de Wilfrid que ces sources permettent de dessiner est contrasté : un prélat ambitieux au train de vie dispendieux qui se montre néanmoins tout dévoué à son Église, comme en témoignent ses efforts missionnaires et ses fondations. Il fait rapidement l'objet d'un culte, avec une fête le 24 avril ou le 12 octobre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunes années[modifier | modifier le code]

Wilfrid naît en Northumbrie aux alentours de l'an 633[1]. James Fraser propose qu'il soit issu d'une famille aristocratique du Deira, la région où vivent la plupart de ses premiers contacts[2]. Aucune source n'indique explicitement qu'il est d'origine noble, mais les serviteurs du roi sont fréquemment invités chez son père, et lorsqu'il quitte le domicile familial, vers l'âge de 14 ans, c'est avec des habits et des montures dignes de la cour royale[3]. Son départ est la conséquence d'une dispute avec sa belle-mère, et il n'a probablement pas demandé l'accord de son père[4].

Wilfrid se rend à la cour du roi Oswiu, où la reine Eanflæd le prend sous sa protection[4]. Celle-ci l'envoie étudier auprès de Cudda, un ancien serviteur de son mari devenu moine à Lindisfarne[5], une abbaye récemment fondée par Aidan, un personnage crucial dans la conversion de la Northumbrie au christianisme[3]. Après avoir passé plusieurs années à Lindisfarne, Wilfrid se rend à la cour du royaume de Kent en 652. Il réside à Canterbury, auprès de parents de la reine Eanflæd[5] qui lui a remis une lettre d'introduction pour le roi Eorcenberht[3]. Il semble avoir passé une année environ dans le Kent, mais la chronologie exacte n'est pas établie avec certitude[6]. Durant cette période, un cousin de la reine, le futur roi Hlothhere, apporte son soutien à Wilfrid[7], qui fait également la connaissance de plusieurs figures religieuses en visite à la cour du Kent, dont le missionnaire Benoît Biscop[8].

Wilfrid quitte le Kent avec Benoît Biscop pour se rendre à Rome. Ils sont les premiers Anglo-Saxons connus à entreprendre ce pèlerinage[9], qui prend place à une date inconnue entre 653 et 658[3]. D'après Étienne de Ripon, Wilfrid et Benoît se séparent à Lyon, où Wilfrid reste auprès de l'archevêque Ennemond. Ce dernier souhaite lui faire épouser sa nièce et lui confier le gouvernement d'une province, mais Wilfrid refuse et poursuit sa route vers Rome[5]. Il y apprend la méthode romaine du calcul de la date de Pâques et découvre la pratique consistant à recueillir les reliques de saints[10]. Il rentre à Lyon après avoir été reçu en audience par le pape[5].

Étienne de Ripon raconte qu'il reste trois ans à Lyon, jusqu'au meurtre d'Ennemond, mais sa chronologie est erronée : Wilfrid rentre en Angleterre dès 658 environ, soit deux ans avant la mort de l'archevêque[5]. Toujours d'après Étienne, Wilfrid est tonsuré par Ennemond, mais cela ne veut pas nécessairement dire qu'il est devenu moine à ce moment-là. Le statut monastique de Wilfrid est incertain : il est vraisemblablement devenu moine durant son séjour à Rome, ou bien plus tard en Francie[11], mais Bède reste muet à ce sujet et certains historiens suggèrent qu'il ne l'a peut-être jamais été[12]. Durant son séjour à Lyon, Wilfrid découvre les pratiques religieuses franques, en particulier dans les monastères fondés par Colomban qui suivent la règle de saint Benoît[13]. L'influence franque sur Wilfrid se ressent dans la suite de sa carrière : il a recours à des maçons francs pour édifier ses églises et les consacre vraisemblablement lors de cérémonies calquées sur le modèle franc[14].

Abbé de Ripon[modifier | modifier le code]

Après son retour en Northumbrie, vers 658, Wilfrid est recommandé à Alhfrith, le fils d'Oswiu, par le roi Cenwalh de Wessex comme un clerc versé dans la liturgie et les rites romains[15]. Alhfrith règne alors sur le Deira sous l'autorité de son père, et le jeune âge de ses demi-frères fait de lui l'héritier le plus probable du trône de Northumbrie[16]. Peu avant 664, Alhfrith confie à Wilfrid une abbaye qu'il vient de fonder à Ripon[15], constituée d'un groupe de moines de l'abbaye de Melrose qui suivent les coutumes monastiques irlandaises[16].

Wilfrid chasse rapidement l'abbé Eata et l'obédientiaire Cuthbert, qui refusent d'adopter le rite romain[5]. Il introduit la règle de saint Benoît à Ripon, affirmant être le premier à l'imposer à un monastère anglais[17], sans que l'on sache précisément de quelle forme de cette règle il s'agit[18]. En 663, il est ordonné prêtre par l'évêque des Saxons de l'Ouest Agilbert, un de ses protecteurs[4].

Durant cette période, le moine Ceolfrith quitte l'abbaye de Gilling, décimée par une épidémie de peste, pour entrer à Ripon. Bède n'aborde quasiment pas ses relations avec Wilfrid, mais c'est lui qui ordonne prêtre Ceolfrith et c'est également lui qui l'autorise à se rendre à Wearmouth-Jarrow, dont Ceolfrith devient par la suite l'abbé[19].

Whitby[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Concile de Whitby.

En 664, le roi Oswiu de Northumbrie organise un synode à l'abbaye de Whitby pour trancher la controverse sur le calcul de la date de Pâques. En effet, le clergé autochtone, ou « celtique », et celui arrivé avec la mission grégorienne utilisent des méthodes différentes pour déterminer le jour de la fête de Pâques. En Northumbrie, c'est traditionnellement la méthode celtique qui est utilisée, mais la reine Eanflæd et le prince Alhfrith suivent le calendrier romain[20]. Ainsi, une partie de la cour célèbre cette fête alors qu'une autre observe encore le Carême[21]. Outre son désir de mettre un terme à cette disparité, Oswiu semble avoir eu des raisons politiques d'organiser un synode pour trancher la question, au premier rang desquels la crainte de voir l'Église northumbrienne déchirée selon des lignes de fracture qui reflètent en partie l'ancienne division du pays entre la Bernicie au nord, où le clergé favorise la date celtique, et le Deira, où c'est la date romaine qui prédomine[20],[22]. Richard Abels propose d'autres facteurs : un conflit de générations entre le roi et son fils Alhfrith, la mort de l'archevêque Deusdedit de Cantorbéry, et le déclin de l'influence politique de la Northumbrie sur les autres royaumes anglo-saxons au profit de la Mercie[23].

Wilfrid assiste au concile parmi le groupe des partisans de la méthode romaine, aux côtés d'Agilbert, d'Alhfrith et de Jacques le Diacre. Dans le camp adverse se trouvent le roi Oswiu, l'abbesse Hilda de Whitby et les évêques Cedd et Colman. Wilfrid est choisi comme porte-parole par les siens, et sert également d'interprète à Agilbert[24],[25]. D'après le récit qu'en fait Bède, le discours de Wilfrid joue un rôle crucial dans la victoire du parti romain, en assimilant le calcul celtique de la date de Pâques à un péché[26],[27]. Les membres du clergé qui refusent la décision du synode quittent la Northumbrie pour l'Irlande ou Iona, où le calcul celtique continue à être utilisé pendant plusieurs décennies encore[15],[28][29].

Évêque des Northumbriens[modifier | modifier le code]

À la suite du concile de Whitby, Wilfrid est le membre le plus en vue du clergé northumbrien, non seulement grâce à son discours, mais aussi au retrait des partisans du calcul celtique[30]. Il est élu évêque dans l'année qui suit le concile. D'après la Vita sancti Wilfrithi, il est nommé évêque par Oswiu et Alhfrith avec le statut de métropolitain et son siège se trouve à York, mais la ville ne devient métropole qu'en 735, bien après l'époque de Wilfrid. En revanche, d'après Bède, Wilfrid est nommé par le seul Alhfrith et Oswiu propose ensuite un autre candidat[31]. Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer cette contradiction[32].

Considérant qu'il ne se trouve aucun évêque en Grande-Bretagne qui représente la succession apostolique depuis la mort de l'archevêque Deusdedit, Wilfrid se rend à Compiègne pour être sacré par Agilbert, qui est entre-temps devenu évêque de Paris[33]. Durant ce nouveau séjour sur le continent, Wilfrid découvre des cérémonies bien plus élaborées que celles pratiquées outre-Manche : il est notamment transporté sur un trône porté par neuf évêques au cours de son sacre[34]. Il s'attarde en Francie pour des raisons mal élucidées. Eric John et Richard Abels proposent de situer la rébellion d'Alhfrith contre son père Oswiu durant cette période : le roi aurait empêché le retour de Wilfrid, le soupçonnant d'être ligué avec ses adversaires[30],[35].

Durant son voyage de retour, le navire de Wilfrid s'échoue sur le littoral du royaume de Sussex, dont les habitants sont encore païens à l'époque. Les naufragés sont attaqués par les autochtones, mais ils parviennent à tuer leur prêtre avant de remettre à flot leur embarcation pour reprendre la mer[5]. Il est possible que Wilfrid ait ensuite fait escale dans le Kent pour participer aux négociations entourant la nomination de Wighard comme archevêque de Cantorbéry[36]. Lorsque Wilfrid rentre en Northumbrie, il trouve Chad, le frère de Cedd, installé comme évêque à sa place. Privé de son siège épiscopal, il passe le plus clair des années 665-668 dans son monastère de Ripon, à exercer ses charges abbatiales[37]. Il lui arrive de servir ponctuellement comme évêque en Mercie ou dans le Kent, mais jamais au nord du Humber[15]. C'est peut-être durant cette période qu'il fonde plusieurs monastères en Mercie sur des terres cédées par le roi Wulfhere[38],[5].

En 669, le nouvel archevêque de Cantorbéry, Théodore de Tarse, débarque en Angleterre. Il s'empare rapidement de la situation northumbrienne et dépose Cedd, considérant qu'il n'a pas été élu de manière réglementaire et que son sacre est invalide[37],[39]. Wilfrid peut ainsi enfin occuper son siège : il est le premier évêque d'York d'origine anglo-saxonne[40]. La mort d'Oswiu, en février 670, facilite son retour en éliminant une source potentielle de frictions[41]. D'après Bède, le diocèse de Wilfrid correspond au royaume d'Oswiu, au nord du Humber[42]. Il est possible qu'il ait cherché à étendre son influence sur les régions pictes, comme en témoignent l'établissement d'un diocèse à Abercorn en 681 et des donations de terres à l'ouest de la chaîne des Pennines[28]. La Vita sancti Wilfrithi affirme que son autorité s'étendait également sur les Bretons et les Gaëls[43].

Durant les neuf années qui suivent son arrivée au pouvoir, Wilfrid fonde plusieurs monastères, dont celui de Hexham sur des terres offertes par la reine Æthelthryth, tout en restant à la tête de la communauté de Ripon[44]. Les abbés d'autres monastères se placent également sous sa protection[45], donnant lieu à une situation similaire à celle qui prévaut en Irlande, où un seul homme peut se retrouver à la tête de plusieurs abbayes tout en exerçant une charge épiscopale[46]. Wilfrid introduit la Règle de saint Benoît dans ses monastères. Dans la mesure où l'on ignore si le monastère fondé par Augustin à Canterbury suivait cette règle, il est vraisemblable qu'elle ait été introduite en Angleterre par Wilfrid lui-même[47]. Il est également l'un des premiers évêques anglo-saxons à tenir un inventaire écrit des dons faits à l'Église : une liste des cadeaux reçus par l'abbaye de Ripon est ainsi récitée à haute voix durant sa consécration[5].

Wilfrid ne néglige pas ses devoirs d'évêque : il parcourt son diocèse pour procéder à des baptêmes et à des consécrations d'églises[48]. Le toit de la cathédrale d'York, en mauvais état, est réparé avec du plomb et des carreaux sont ajoutés aux fenêtres[49]. Il lutte aussi contre le paganisme, en fondant par exemple une église à Melrose sur un ancien lieu de culte païen[50]. Des écoles sont également fondées sous son épiscopat, et Wilfrid participe directement à l'éducation de jeunes gens, qu'ils se destinent à des carrières laïques ou séculaires[51]. Il œuvre en faveur de l'usage de la musique dans les cérémonies religieuses et envoie chercher un maître de musique dans le Kent pour que son clergé puisse découvrir la musique liturgique romaine, avec un double chœur fonctionnant par antiennes et réponses[5]. Ce maître de musique, appelé Æddi (Eddius en latin) d'après Bède, a longtemps été identifié à l'Étienne ayant rédigé la Vita sancti Wilfrithi, mais le consensus actuel estime que ce texte est plutôt l'œuvre d'un collaborateur tardif de Wilfrid, et non du maître de musique qui lui était associé dès les années 670[52].

Premier exil et séjour à Selsey[modifier | modifier le code]

Le roi Egfrid avait succédé à Oswiu, et Wilfrid s'en était fait un ennemi en encourageant sa femme, Etheldreda, à refuser au roi ses droits maritaux et à devenir nonne à Coldingham. En 678, sur les instances d'Ecgfrith, l'archevêque Théodore divise l'évêché d'York en quatre diocèses malgré les protestations de Wilfrid, qui est déposé.

Wilfrid se rend à Rome pour faire appel de cette décision. Le pape Agathon tient un synode en octobre 679 au cours duquel il ordonne sa réintégration. Wilfrid doit s'être rendu en Austrasie pendant ce temps, car d'après son biographe Eddius Stephanus, Wilfrid quitte l'Austrasie après la mort de Dagobert II, menacé par les partisans du maire du palais Ébroïn.

En 680, Wilfred revient en Angleterre. Le roi Ecgfrith refuse d'accéder à la demande de réintégration de Wilfrid et l'emprisonne pendant 9 mois. Libéré, Wilfrid se réfugie à Selsey, dans le Sussex. À partir de là, il évangélise les Saxons païens du Sud, convertissant la quasi-totalité de la population. Il construit un monastère à Selsey sur une terre qui lui a été donnée par le roi Æthelwalh.

Retour en Northumbrie[modifier | modifier le code]

Après la mort du roi Egfrith en 685, Wilfrid rencontre Théodore, qui lui demande son pardon pour l'avoir déposé, et avoir ordonné les quatre évêques des nouveaux diocèses dans la cathédrale d'York.

En 686, à la demande de Théodore, le roi Aldfrid rappelle Wilfrid et le rétablit à Ripon. Mais cinq ans plus tard, Aldfrid se querelle avec Wilfrid et l'exile en 691 : Wilfrid se rend en Mercie, où il administre l'évêché vacant de Litchfield, à la demande du roi Ethelred.

En 703, saint Berhtwald, le successeur de Théodore, convoque un synode qui, sur l'instigation d'Aldfrid, ordonne à Wilfrid de renoncer à l'épiscopat et de se retirer à Ripon. Il n'accepte toujours pas la division de son évêché, et se rend à nouveau à Rome, où le pape Jean VI le soutient et ordonne à Berhtwald de convoquer un synode afin de blanchir Wilfrid. Ce n'est qu'au moment de la mort d'Aldfrid en 705, celui-ci se repentant de ses actions contre Wilfrid, qu'un compromis est trouvé par lequel Wilfrid est nommé évêque de Hexham tandis que Jean de Beverley prend l'évêché de York.

Wilfrid meurt en 709 au monastère saint André d'Oundle, dans le Northamptonshire, au cours d'une tournée des monastères qu'il avait fondés en Mercie.

Culte[modifier | modifier le code]

Fête le 12 octobre[53].

Références[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]