Wilaya (guerre d'Algérie)

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La wilaya était une unité territoriale ou région militaire de l'Armée de libération nationale (ALN) durant la guerre d'Algérie. Le pays en guerre a été découpé par le FLN en six wilayas (subdivisées en zone - mintaqa - et secteur) appelés « zones » avant la tenue du congrès de la Soummam au mois d'août 1956.

Ce découpage se fit en tenant compte des données de la géographie physique et humaine. Chaque wilaya devrait être dotée de suffisamment de centres urbains et ruraux pour ses ressources humaines et matérielles et de régions montagneuses et boisées pour ses quartiers et le repli des combattants dans des zones refuges. Toutefois les limites géographiques des wilayas qui furent tracées à la veille du déclenchement de la lutte armée ne resteront pas immuables et des conflits d'autorité interviendront bouleversant parfois sérieusement les attributions de chacune comme l'indiquent à titre d'exemple la zone de Souk Ahras qui émerge en wilaya autonome provoquant des discordes entre les wilayas I et II ainsi que la wilaya VI, dernière née des wilayas, qui n'eut jamais de limites précises.

La force des wilayas décroit de l'est vers l'ouest, parce que le centre de gravité du mouvement national se trouve à l'est, dans les régions les moins marquées par la colonisation de peuplement. Deux régions de l'Est exportent des cadres à l'ouest ; le Constantinois fournit ses trois premiers chefs à l'Oranie, Oranie d'où sont nés les deux grands mouvements nationalistes algériens que sont le MNA et le FLN, et la Kabylie refonde les organisations d'Alger (Zone autonome d'Alger), de l'Algérois et du Sud algérois. le numérotage des wilayas, suivant cette disposition géographique, correspond à peu près à l'ordre de leur entrée en action (références nécessaires).

Organigramme de la wilaya[modifier | modifier le code]

La wilaya est dirigée par un conseil de quatre membres : le chef politico-militaire a le grade de colonel, secondé par trois commandants responsables de trois branches principales :

  • politique,
  • militaire,
  • renseignements et liaisons.

Il s'agit d'un schéma qui a été globalement respecté durant toute la guerre bien que des adaptations aient pu avoir lieu dans certaines wilayas et dans certaines circonstances.

Statut des wilayas[modifier | modifier le code]

Autonomes depuis le 1er novembre 1954, les wilayas sont rassemblées en 1956 autour du bloc central des trois wilayas kabyles et de leur direction politique algéroise. Mais la sortie du CCE vers l'extérieur en 1957 impose un regroupement des wilayas de l'Est (I, II, III) et de l'Ouest (IV, V, VI) sous deux « commandements opérationnels militaires » (COM), siégeant en Tunisie et au Maroc à partir d'avril 1958.

Tour d'horizon des wilayas[modifier | modifier le code]

Carte du découpage du territoire algérien en 6 wilayas élaboré lors du congrès de la Soummam en 1956.

Wilaya I[modifier | modifier le code]

(Aurès)

Recouvre la partie méridionale de l'ancien département de Constantine. Elle associe des paysages variés : hauts plateaux arides troués de cuvettes salées, massifs montagneux (monts du Hodna, du Belezma, de l'Aurès, des Nementchas) relativement arrosés sur leurs versants exposés au nord et tombant en murailles abruptes sur les dépressions des chotts, et palmeraies sahariennes au sud. Son unité tient dans la berbérophonie de la masse de ses habitants.

Les montagnards de l'Aurès (les Chaouis, éleveurs de moutons), réputés depuis les Romains pour leur esprit d'insoumission, ont été les derniers à se révolter contre les Français, en 1916-1917. Bien qu'ils n'aient pas participé à l'insurrection de mai 1945, le nationalisme a dès ce moment pénétré la région par ses villes et par ses douars d'émigration. Le premier chef de la wilaya, Mostefa Ben Boulaïd, dispose, au 1er novembre 1954, de 350 hommes armés qui sont le fer de lance de l'insurrection. Mais la persistance de la société segmentaire et des mentalités tribales traditionnelles favorise le recrutement de « harkis » dès le 1er novembre 1954 à Arris, celui des messalistes dans les monts du Belezma et du Hodna, ainsi que les discordes et dissidences à l'intérieur de la wilaya, qui la plongent dans l'anarchie après la mort de son chef en mars 1956 et qui persistent jusqu'en 1960, malgré plusieurs interventions des instances centrales du FLN.

Chefs[modifier | modifier le code]

  • 1954 : commandant Mostefa Ben Boulaïd. Tué au combat le 22 mars 1956
  • 1956 : Si Messaoud. Exécuté par ses subordonnés en octobre 1955
  • 1957 : colonel Mohamed Cherif. Commandant in abstentia depuis Tunis
  • 1958 : Mohamed Lamouri. Nommé colonel en avril 1958, dégradé pour complot. Fusillé par le FLN, le 16 mars 1959
  • 1959 : Si Lakdhar (Hadj Lakdar Abidi) Promu colonel en novembre 1959. Rejoint la Tunisie fin avril 1960
  • 1960 : commandant Ali Souahi. Tué au combat le 22 février 1961
  • 1961 : colonel Tahar Zbiri. Venu de Tunisie à travers les barrages pour commander son unité

Wilaya II[modifier | modifier le code]

(Nord-Constantinois)

Est plus petite et presque entièrement arabophone. Elle compte plusieurs villes importantes à la population européenne non négligeable : Bône et Philippeville sur la côte ; la capitale régionale Constantine, dans l'intérieur. L'emprise de le la colonisation est importante sur la plaine de Bône et sur les hautes plaines de Sétif à Guelma, ainsi que sur les mines dont Bône et Philippeville exportent les minerais.

Le nationalisme a montré la force de son implantation dans 15 villes en mai 1945 - bien qu'elles n'aient pas participé à la sanglante révolte de Sétif et de Guelma qui forgera le nationalisme de beaucoup des futurs cadres de la révolution - et il rayonne de là vers les villages. Les montagnes côtières, très arrosées et boisées, sont particulièrement propices à l'implantation des maquis. Pourtant, la division du parti nationaliste MTLD entre les messalistes et les centralistes, et les hésitations des militants activistes de Constantine ont réduit à presque rien la participation de la région au 1" novembre 1954. Mais à partir du printemps 1955, l'organisation FLN-ALN du Nord Constantinois, dirigée par Zighoud Youcef, entre en action. Les massacres et les représailles du 20 août 1955 créent une rupture irréversible entre les populations : c'est le point de non-retour de la révolution.

En dépit de son homogénéité, la Wilaya Il a perdu le contrôle de la zone frontalière de Souk Ahras, dont le chef, Laskri Amara dit Bouglez, a fait un fief de passage d'armes très important en s'appuyant sur les représentants du FLN en Tunisie. La construction de la ligne Morice le long de la route et de la voie ferrée de Bône à Souk Ahras a justifié, à partir de l'été 1957, l'érection de l'ex-zone de Souk Ahras en « base de l'Est », chargée d'acheminer les armes entre la frontière tunisienne et le barrage électrifié et miné.

Il faut savoir que cette Wilaya a longtemps compté parmi elle "la base de l'est", qui a toujours été indépendante et a joué l'un des rôles les plus importants durant la guerre de libération.

Chefs[modifier | modifier le code]

1954: Mourad Didouche. Martyre au champe d'honneur 18 janvier 1955.

1955: Youcef Zighoud. Martyre au champe d'honneur 25 septembre 1956.

1956:

1957: Ali Kafi. Organisateur de l'ALN a Tunis en mai 1959.

1959: Salah Boubnider. Dernier chef lors de l'indépendance.

Wilaya III[modifier | modifier le code]

(Kabylie)

Wilaya III Historique de la Guerre d'Algérie

Géographiquement la wilaya III historique s'étendait de Boumerdes à Aokas sur le bord de la Méditerranée ; à l'Est, de Aokas à Sétif en suivant le tracet de la RN9 jusqu'à Boussâada ; au sud, de Boussâada à Sour El-Ghozlane et Bouira ville et à l'ouest, de Bouira à Boumerdes via Lakhdaria. C'est un bloc de montagnes escarpées, disséqué par des rivières et ruisseaux et coupé en deux par le profond sillon de la Soummam, séparant la Grande Kabylie, tournée vers l'ouest, et la Petite Kabylie, tournée vers l'est. Elle est plus petite mais non moins importante que la précédente, du fait de la densité de sa population autochtone et de la faiblesse de la population européenne, de son homogénéité culturelle berbère (sauf sur ses marges arabophones) et de la précocité de l'implantation du nationalisme. En effet, le nationalisme algérien est né parmi les travailleurs émigrés en France dans l'entre-deux-guerres, en très grande majorité des Kabyles. Si la région n'a participé que marginalement à l'insurrection du 8 mai 1945, des militants ardents se préparent à passer à l'action dans la nuit du 22 au 23 mai en Kabylie. Certains se réfugient dans le maquis et y restent jusqu'en novembre 1954. La Kabylie est alors la première organisation régionale du FLN, la plus dense du point de vue de la concentration des hommes dans les années 1957-58, au début de l'insurrection elle compte environ 450 hommes armés, elle fournira, à plusieurs occasions des unités de combattants pour aider les wilayas limitrophes. Mais son chef, le maquisard Krim Belkacem, évite les actions spectaculaires pour, dira-t-il, ne pas l'exposer à la répression avant d'avoir obtenu le soutien de toute la population kabyle. En août 1956, il organise le congrès de la Soummam.

Chefs[modifier | modifier le code]

Wilaya IV[modifier | modifier le code]

(Algérois)

Comporte des régions très marquées par la colonisation : l'agglomération algéroise, les collines du Sahel et la plaine de la Mitidja d'une part, la vallée du Chelif d'autre part, séparées par des alignements montagneux (monts de Blida et du Dahra, massif de l'Ouarsenis). Ces montagnes abritent d'importants noyaux de populations berbérophones, mais la région est en majorité arabophone. Très faible en novembre 1954 (50 hommes, presque tous arrêtés), l'organisation se consolide en 1955 par un renfort massif de cadres kabyles (le chef politique d'Alger, Abane Ramdane, et tous les colonels de la wilaya jusqu'en juin 1960), puis en 1956 par la montée au maquis d'étudiants de l'université d'Alger et par le ralliement à l'ALN des Combattants de la liberté, branche armée du Parti communiste algérien (PCA), qui a tenté de créer un « maquis rouge » dans la vallée du Chelif. Elle liquide aisément le faux maquis installé dans la même région par l'ancien dirigeant de l'OS, Belhadj Djilali dit Kobus, qui prétend combattre le FLN communiste ; mais la lutte contre les messalistes l'oblige en 1956 à se séparer de sa zone d'Aumale pour en faire le noyau de la wilaya VI, qu'elle réoccupe deux fois, en 1957 et en 1960. Elle empiète également sur la wilaya V dans l'Ouarsenis.

Chefs[modifier | modifier le code]

Wilaya V[modifier | modifier le code]

(Ouest)

La plus vaste, recouvrant tout le territoire d'un des trois anciens départements. Presque entièrement arabophone, sauf quelques noyaux berbérophone dans les monts de Tlemcen et des Ksours, elle contient des milieux variés, disposés du nord au sud en bandes plus ou moins parallèles : l'agglomération portuaire d'Oran (la seule à conserver une majorité absolue non musulmane), puis une ceinture de campagnes et de villes moyennes fortement marquées par la colonisation, un alignement de montagnes boisées propices aux maquis, monts des Traras, de Tlemcen, de Saïda, de Frenda, Ouarsenis et, au nord de la vallée du Chelif, monts du Dahra, les hautes plaines arides ouvertes d'une steppe d'alfa, puis les chaînons élevés et un peu plus arrosés de l'Atlas saharien (monts des Ksour, djebel Amour) et enfin le désert.

Ces bandes parallèles sont recoupées par la frontière marocaine, derrière laquelle la direction le la wilaya se réfugie après son démantèlement en novembre 1954 (50 hommes arrêtés ou tués sur 60). Elle reprend l'offensive le 18 octobre 1955, en liaison avec l'Armée de libération marocaine, dans les monts des Traras et de Tlemcen, puis au printemps 1956 dans l'Atlas saharien. Elle progresse suivant les axes du relief, tout en menaçant les régions colonisées - attaques de fermes dans l'arrondissement d'Aïn Témouchent, mai 1956... Le démantèlement précoce, dès la fin 1955, des réseaux messalistes de Tlemcen, ville natale de Messali Hadj, et d'Oran lui a facilité la tâche. L'état-major de la wilaya, commandée par les Constantinois Ben M'Hidi, Boussouf puis Boumedienne, reste au Maroc et transmet ses ordres par radio. Mais, à partir de l'été 1956, la construction par l'armée française d'un barrage de barbelés électrifies et minés, sur la frontière du nord-ouest, puis au sud-ouest, autour de la voie ferrée Ain Sefra - Colomb Béchar, entrave son action.

Chefs[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Clan d'Oujda.

Wilaya VI[modifier | modifier le code]

(Sud)

Est la plus tardive et la plus fragile des wilayas du Front de libération nationale et de l'Armée de libération nationale. C'est d'abord un vide dans son dispositif, comblé en 1955 par des chefs messalistes se réclamant du MNA : Si Ziane, Si El Haouès et Amor Driss dans la partie orientale de l'Atlas saharien et aux confins de l'Aurès, où ils espèrent le ralliement du chef de la Wilaya l, Mostefa Ben Boulaïd, et Bellounis au nord, chassé de Kabylie par la Wilaya III, mais disposant de réseaux de soutien à Alger et à Bordj Bou Arreridj. Les Wilayas III et IV ont créé la Wilaya VI à partir de la zone d'Aumale de la IV pour combattre Bellounis.

Mais l'assassinat du chef de la Wilaya VI, le colonel Ali Mellah a obligé la Wilaya IV à la partager provisoirement avec la V en 1957. Cependant, le massacre par la Wilaya III de 300 habitants du douar de Mechta Casbah près de Melouza pour des raisons obscures (Assassinats fréquents des djounouds de la Wilaya III et IV par les militants du MNA de Messali), le 28 mai 1957, pousse Bellounis à s'allier officiellement aux français, jusqu'à leur rupture suivie de sa mort en juillet 1958. Des maquis messalistes subsistent pourtant jusqu'en 1962.

Les anciens chefs messalistes Si El Haouès et Amor Driss, ralliés au FLN en 1957, ont reconstitué la Wilaya VI, mais leur mort au combat en mars 1959 a ouvert une nouvelle période trouble, qui aboutit à une nouvelle intervention de la Wilaya IV après l'assassinat du chef de la Wilaya VI en 1960, suivie d'une nouvelle reconstitution. En 1960, la Wilaya VI récupère même les zones sahariennes de la Wilaya I.

Wilaya VII[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Fédération de France du FLN.

Au lendemain du déclenchement de la révolution du 1er Novembre 1954, et après le découpage de l’Algérie en plusieurs wilayas, la création d’un septième front au cœur même de la France devenait une nécessité pour le Front de libération nationale (FLN) du fait de l’importante communauté algérienne qui y est établie ainsi que dans d’autres pays limitrophes, notamment en Belgique, en Suisse et en Allemagne. À sa création, en 1955, cette organisation, dénommée Fédération de France du FLN, allait entreprendre un travail de sensibilisation auprès de la communauté algérienne en Europe, selon un processus militaro-politique doté d’une véritable administration dont la force de frappe allait s’avérer efficace et donner un second souffle à la lutte de libération à l’intérieur du territoire français.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]