Widukind de Saxe

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La guerre entre Charlemagne et les Saxons

Widukind de Saxe[1] ou Wittekind de Saxe, probablement né vers la moitié du VIIIe siècle et mort le , est un aristocrate saxon contemporain de l'empire carolingien, surtout connu comme le personnage emblématique de la résistance saxonne face aux Francs commandés par Charlemagne.

Il fut, en effet, l'un des plus fermes opposants à la conquête franque et à la christianisation de son peuple, ce qui fait également de lui l'un des principaux adversaires que Charlemagne rencontra durant ses campagnes.

La Saxe et les Francs jusqu'en 777[modifier | modifier le code]

Au VIIIe siècle, le territoire saxon est bordé par la Thuringe au sud, la Rhénanie à l'ouest, les Slaves à l'est et la mer du Nord. À cette époque, trois peuples y cohabitent avec les Ouestphales de l'ouest (« Westfalen »), voisins des Rhénans : les Angrares au centre (« Angraren »), les Estphales au sud-est (« Ostfalen »), voisins des Thuringes, et les Nordalbingues au nord (« Nordalbingen »), voisins des Slaves. Tous sont païens et descendent des peuples de l'ancienne Germanie.

À partir de 690 le prêcheur Willibrord d'Utrecht et beaucoup d'autres missionnaires chrétiens tentent d'évangéliser ces peuples.

À partir de 772, les Saxons attaquent la Thuringe. Charlemagne les avait alors repoussés. Le roi franc employa la force et la terreur afin de soumettre les Saxons. Cette guerre fut parée de légitimations religieuses : lutter contre le paganisme était un « devoir sacré » et les lieux de culte païens furent détruits, notamment l'Irminsul[2]. « La destruction du célèbre sanctuaire païen d’Irminsul n’eut pour effet que de les inciter à se venger en brûlant les édifices religieux en Hesse[3] ». La conquête se doubla d'une conversion forcée des habitants, Charlemagne instaure le capitulaire de partibus Saxonie[4]. En septembre 774, les Saxons violent leur promesse contrainte, et reprennent leurs incursions dans la Hesse. Ils recommencent à pénétrer en Rhénanie. Charlemagne, occupé en Italie, lance contre eux quatre fortes colonnes qui dévastent tout sur leur passage.

En 775, Charlemagne convoque les grands du royaume à Quierzy, et décide d'en finir avec la rébellion saxonne en convertissant les Saxons au christianisme. "La loi du fer de Dieu" consiste à choisir entre le baptême ou la mort. Les Francs entrent en Westphalie. Les Ostphaliens et Angrariens se rendent sans la moindre résistance, tandis que les Westphaliens font subir des dommages importants à l'armée franque, jusqu'à l'arrivée du roi. Pour éviter d'être alors exterminés, ils se rendent et demandent la paix. Les Danois, connus alors sous le nom de Normands ou Nordalbingiens, attendent patiemment leur heure afin de reconquérir leurs territoires perdus, occasion qui se présente alors que Charlemagne retourne en Italie pour mater le duc de Frioul, en 776. Ils reprennent des territoires mais le retour rapide de Charlemagne les surprend et les oblige à capituler.

Ary Scheffer, Charlemagne reçoit la soumission de Widukind à Paderborn, (1840)

Biographie de Widukind[modifier | modifier le code]

Le nom de Widukind[modifier | modifier le code]

Ce nom[5] correspond à Waldkind, soit Kind des Waldes, "enfant de la forêt". Il s'agit manifestement d'un surnom, puisque Widukind était une métaphore pour désigner le loup, animal fortement lié à la guerre et à la mort[6].

Présentation[modifier | modifier le code]

Widukind est connu à travers les sources franques, c'est-à-dire qu'on dispose au total de peu de renseignements sur lui ; en particulier on ne sait rien de ses origines familiales et de sa naissance[7].

Son rôle historique s'inscrit dans le cadre des campagnes de Charlemagne contre les Saxons, qui ont lieu de 772 à 799 et que l'historien Pierre Riché a pu qualifier de « guerre de trente ans ».

Widukind est propriétaire des terres en Westphalie et en Angrie (territoire des Angrivariens)[réf. incomplète][8].

Il épouse Geva, sœur de Siegfried, roi de Danemark et d'Haithabu, ainsi que d'Halfdan II, roi de Vestfold[1].

Il est païen comme l'ensemble de son peuple durant le deuxième tiers du VIIIe siècle.

Widukind contre Charlemagne de 777 à 785[modifier | modifier le code]

En 777, l'absence de Widukind à une assemblée des Saxons convoquée par Charlemagne à Paderborn est fort remarquée. Les Saxons, réunis en tant que vassaux du roi, acceptent de se convertir au christianisme. Fuyant la Saxe après la victoire du roi des Francs, Widukind s'était réfugié au Danemark dont le peuple était païen. En 778, de retour en Saxe alors que l'armée franque est mobilisée en Espagne, il organise la résistance saxonne. Sous son influence, les Saxons païens menacent l'abbaye de Fulda et contraignent les moines à la fuite ; ces derniers doivent même emporter avec eux les reliques de Boniface de Mayence.

Néanmoins, un parti pro-franc se développe au sein de l'aristocratie saxonne, Charlemagne souhaitant y instaurer l'institution comtale. Widukind profite un temps des excès de la politique d'expansion territoriale, laquelle tient Charlemagne éloigné de Saxe. Une fois ce dernier revenu, en guise de répression, il organise le massacre par décapitation de 4500 personnes, et fait déporter 12000 femmes et enfants parce qu'ils refusaient le baptême, à Verden sur la Weser en 782[9]. Widukind se réfugie chez ses voisins et se met sous la protection de « Sigfred roi des Danois[10] ». Après cette victoire, Charlemagne réorganise la Saxe, qui devient une province de son empire et ordonne la conversion forcée des Saxons païens.

La plupart des rebelles ont été livrés à Charlemagne par les chefs saxons, sauf Widukind, introuvable. Ayant à nouveau gagné le Danemark, celui-ci obtient le soutien des Frisons et des Danois établis au nord de l'Elbe. Les Francs sont battus par Widukind au mont Süntel, en 782. S'ils sont victorieux l’année suivante, ils doivent hiverner dans le pays de 784 à 785 pour venir à bout du soulèvement.

En 785, Charlemagne instaure en Saxe le capitulaire De partibus Saxoniæ : les païens doivent se convertir sous peine de condamnation à mort[11]. Les Wendes, voisins slaves des Saxons à l'est, se joignent alors à la rébellion, désormais clairement orientée contre l'Église catholique romaine. Widukind convainc ses partisans de piller les églises et de massacrer les Francs, au nom des dieux germaniques : les rebelles forcent Willehad, premier évêque de Brême, à abandonner son œuvre missionnaire. Beaucoup de Francs qui s'étaient installés en territoire saxon sont exterminés.

Charlemagne obligeant les Saxons à être baptisés.

Les sources font alors défaut sur le détail des actions de Widukind : il aurait accepté de se rendre contre la promesse de ne pas être tué. Voyant qu'il devait gagner son soutien, Charlemagne l'aurait persuadé de se convertir. De fait, Widukind reçut le premier le sacrement avec plusieurs de ses hommes, lors d'une cérémonie de baptême collectif en 785, à Attigny (Ardennes), en France. Charlemagne lui-même fut son parrain. Mais, même après leur conversion, les Saxons ont continué pendant longtemps à adorer des idoles païennes, ayant du mal à renoncer totalement à leurs superstitions et coutumes anciennes. En tout cas, la Saxe semble alors pacifiée, et de fait, les Saxons se tiendront tranquilles pendant huit ans, jusqu'en 792.

Widukind après sa conversion[modifier | modifier le code]

C'est pendant cette période que Widukind, - après sa conversion - demande à Waltger (Wolderus, v. 725-825) - canonisé au XIe siècle - de fonder un monastère pour l'éducation des filles de la haute noblesse saxonne à Müdehorst (de nos jours, intégré dans la ville de Bielefeld). Ce fut chose faite en 789, et le monastère fut ensuite transféré, vers 800, à Herivurth (aujourd'hui, Herford) au confluent de l'Aa (rivière de Westphalie) et de la Werre.

Sachant que la conversion totale des Saxons sera difficile à mettre en œuvre, Charlemagne prend des mesures sévères - par le capitulaire « de Partibus Saxonis » (787) - et oblige les Saxons à respecter les Chrétiens et à se convertir au christianisme, sous peine de mort. Cette conquête religieuse de la Saxe va provoquer de nouveaux soulèvements, les missionnaires francs utilisant souvent la force pour parvenir à leurs fins.

Dans les années 792 à 795, des Saxons se soulèvent à nouveau, refusant le capitulaire. Widukind fuit une nouvelle fois au Danemark et se place sous la protection du roi viking Godfred, le successeur de Sigfred. Selon Jean Mabire, Widukind devient le beau-frère de Godfred en épousant sa sœur[12] Geva de Vestfold, une princesse Norvégienne[8]. Les rebelles saxons demandent l'aide des Frisons, leurs voisins du nord, eux aussi païens, et des Avars, déjà en lutte contre Charlemagne. Ils abjurent le christianisme, pillent les églises, traquent les catholiques et réhabilitent le culte des idoles. Devant la tournure que prennent les évènements, le roi doit, en 794 revenir en Saxe. Il divise son armée en deux, une partie sous ses ordres, l'autre sous ceux de son fils Charles le Jeune. Charlemagne entre en Thuringe et Charles en Westphalie. Les rebelles se rendent sans combat et jurent fidélité au roi.

L'année suivante, Charlemagne et son armée traversent la Saxe jusqu'à l'Elbe, pillant au passage. Le prince danois attaque les Abodrites, un peuple allié de Charlemagne, relève le Danevirke puis vers 810, lance 200 navires sur la Frise[13].Si la pacification de la Saxe dure encore plusieurs années (elle s'achève officiellement à Paderborn, en 799), Widukind ne prend plus part aux combats sporadiques - qui durent jusqu'en 804 - après cette date. Il meurt le 7 janvier 810. L'historien Pierre Bauduin explique que « la crainte inspirée par la conquête du pays [la Saxe nldr] et la brutale soumission de ses habitants eut sans doute sa part dans le mouvement d'expansion viking[14] ». Hypothèse déjà formulée par Lucien Musset[15].

Plus de mille ans après sa mort, un monument en hommage à Wittekind fut érigé, en 1899, à Herford dans le nord-ouest de la Westphalie, œuvre en bronze du sculpteur berlinois Heinrich Wefing. Détruit pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1942, pour récupérer le bronze, il a depuis été reconstruit, signe de l'attachement des Allemands aux personnages emblématiques de leur histoire, même ancienne.

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Widukind épouse vers 773 Geva, sœur de Sigurd, roi de Haithabu, l'un des petits royaumes norvégiens qui existaient avant l'unification de la Norvège par Harald Ier à la belle chevelure. De ce mariage, on ne connait qu'un seul enfant, Wigbert, dont rien ne permet d'affirmer qu'il fut duc de Saxe. Wigbert, marié à Ourada, est le père du comte Waldbert qui reçut des terres de Louis le Germanique en 859 et fonda avec son épouse Aldburge une église à Wildeshausen en Basse-Saxe. Ils sont les parents de Wigbert, évêque de Verden de 874 à 908[16].

Wigbert, fils de Widukind, ne doit pas être confondu avec Egbert, fils de Bruno, comte nommé en Saxe en 834 par l'empereur Louis le Pieux[17].

Postérité[modifier | modifier le code]

Widukind devint par la suite une sorte de « héros national » et fut regardé comme un saint. Au Moyen Âge, on pensait qu'il était enterré à Enger, près de Herford, où un reliquaire daté du IXe ou du Xe siècle porte son nom.

La fin du Moyen Âge le glorifie comme héros païen, voire l’un des ancêtres des principales dynasties allemandes.

À l'époque nazie, Widukind sera le sujet d'une pièce de théâtre fortement anti-chrétienne, « Wittekind », œuvre d'Edmund Kiss[18].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Widukind sur le site de la Fondation pour la généalogie médiévale
  2. La destruction de l'arbre sacré d'Irminsul a inspiré les scénaristes du film Avatar.
  3. Pierre Barthélemy, Les Vikings, Albin Michel, 1992, ISBN 2-226-03257-6 p. 112
  4. Riché, Pierre (1993). The Carolingians. University of Pennsylvania Press. ISBN 9780812213423
  5. Ce passage reprend la page allemande.
  6. Matthias Springer, Die Sachsen, Kohlhammer, Stuttgart, 2004, pages 195-196.
  7. Ibidem.
  8. a et b Généalogie de la famille de Saxe, genealogiequebec.info
  9. Tout l’univers, édition Hachette, album no 5, p. 1110
  10. Annales royales franques citées dans Peter Sawyer, The Oxford Illustrated History of the Vikings, 2001, p. 20
  11. Jean Mabire, Pierre Vial, les Vikings à travers le monde, éditions l’Ancre Marine, 2004, p. 14
  12. Jean Mabire, Pierre Vial, opt. cit, p. 13
  13. C. D. Kindrock, a history of the vikings, Courrier Dover Publications, p. 91-92
  14. Élisabeth Deniaux, Claude Lorren, Pierre Bauduin, Thomas Jarry, La Normandie avant les Normands, de la conquête romaine à l'arrivée des Vikings, Ouest-France, Rennes, p. 371
  15. Lucien Musset, « Naissance de la Normandie », Michel de Boüard (dir.), Histoire de la Normandie, Privat, 1970, p. 93. Hypothèse que l'on peut aussi lire dans le Dictionnaire du Moyen Âge, histoire et société, Encyclopaedia Universalis, Albin Michel, 1997, p. 285 et 833
  16. Foundation for Medieval Genealogy : Médieval lands, « Généalogie des Wigbert, fils et petit-fils de Widukind »
  17. Foundation for Medieval Genealogy : Medieval Land « Généalogie d'Ekbert, fils de Bruno »
  18. Saul Friedländer, Kurt Gerstein ou l'ambiguïté du bien, p. 44.