We Shall Fight on the Beaches

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We Shall Fight on the Beaches (pouvant être traduit en français par nous nous battrons ou nous combattrons sur les plages) est un titre informel donné à un discours prononcé le 4 juin 1940 par Winston Churchill à la Chambre des communes du Parlement du Royaume-Uni. C'est le deuxième de trois discours d'importance prononcés dans le cadre de la bataille de France, après Du sang, du labeur, des larmes et de la sueur, prononcé le 13 mai, et avant This was their finest hour, prononcé le 18 juin.

We Shall Fight on the Beaches décrit les désastres militaires de la campagne des 18 jours, notamment en critiquant la capitulation de Léopold III de Belgique et en vantant le succès de l'opération Dynamo ainsi que le travail de la Royal Air Force. Il met en garde la Chambre de la possibilité d'une invasion de la Grande-Bretagne par le Troisième Reich. Il réitère la volonté ferme du gouvernement britannique de combattre ce dernier par tous les moyens et d'atteindre la « victoire, peu importe le temps et les efforts que cela demandera »[trad 1],[1]. Il termine par un appel à l'aide indirect au reste de l'Empire britannique et au Nouveau Monde (États-Unis)[2].

Contexte[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Débat sur la Norvège et Bataille de France.

Le 10 mai 1940, huit mois après le début de la Seconde Guerre mondiale, l'insatisfaction envers le gouvernement de Neville Chamberlain concernant la gestion de la guerre, exprimée notamment lors du débat sur la Norvège, amène Churchill au poste de Premier ministre du Royaume-Uni. Le même jour, l'Allemagne envahie les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique, débutant ainsi la bataille de France.

Sans parler de cette situation, le 13 mai, Churchill s'adresse à la Chambre des communes pour la première fois en tant que Premier ministre :

« Je vais dire à la chambre ce que j'ai dit à ceux qui ont rejoint ce gouvernement : « Je n'ai rien à offrir si ce n'est du sang, du labeur, des larmes et de la sueur »[trad 2]. »

— Winston Churchill, Du sang, du labeur, des larmes et de la sueur[1]

Anticipant un parcours des forces allemandes semblable à celui effectué en 1914, les lignes de communication (en) du corps expéditionnaire britannique (CEB) traversaient les ports de Dieppe et du Havre. Elles ne traversaient pas les ports situés à des endroits étroits de la Manche, tels ceux de Boulogne, Calais et Dunkerque.

Le 13 mai, la percée allemande en Ardennes atteint la Meuse et Sedan. Le 20 mai, les divisions blindées de la Wehrmacht ont atteint la côte de la Manche, séparant le CEB de la plus grande partie des forces françaises (dont la 1re armée).

Profitant de la division des forces Alliées, la Wehrmacht longe la côte française avec peu de résistance. Après la capitulation de la Belgique le 28 mai, les forces Alliées battent en retraite à Dunkerque, où elle seront évacuées lors de l'opération Dynamo.

Lors de la capitulation belge, Churchill fait une brève déclaration en Chambre. Il conclut :

« En attendant, la Chambre doit se préparer. Je ne peux qu'ajouter que rien de ce qui pourra arriver lors de cette bataille ne nous enlèvera le devoir de défendre notre cause ; ni ne détruira notre confiance en notre capacité a parvenir, tout comme nous l'avons fait par le passé, à travers le désastre et le deuil, a défaire l'ennemi[trad 3]. »

— Winston Churchill, 28 mai 1940[3]

À ce moment, il annonce qu'il fera une déclaration sur la situation militaire le 4 juin.

Bien qu'une grande quantité d'hommes aient été évacués avec succès de France vers la Grande-Bretagne, le CEB a laissé derrière à peu près tout son armement lourd. De plus, les régiments français évacués de Dunkerque et repositionnés en Bretagne doivent rapidement se rendre aux forces allemandes.

La percée allemande ne s'est pas encore rendue dans le sud. Les Français y ont établi une mince ligne défensive le long de l'Aisne (Oise) et de la Somme. Le commandement militaire britannique estime que cette ligne ne pourra pas soutenir une attaque majeure de la Wehrmacht. Le commandement français demande des renforts aériens aux Britanniques. Cependant, plusieurs d'entre eux doutent de la volonté française de poursuivre la guerre, même en l'absence d'autres désastres militaires. Churchill argumente en faveur de l'envoi de soutien aérien, jugeant que ce dernier est vital pour le moral de l'opinion publique française et ne voulant pas donner d'excuses à l'armée française pour s'écraser. Cela permettrait au gouvernement français non seulement de ne pas capituler, mais de ne pas devenir un ennemi du Royaume-Uni.

Le Cabinet de guerre britannique discute de ce point le 3 juin et le matin du 4 juin. Il retient l'avis de la Royal Air Force et du Secrétaire d'État de l'air Archibald Sinclair de prioriser les défenses britanniques. Ainsi, les trois escadrons déjà en France y resteront, mais aucun escadron supplémentaire ne sera envoyé.

Malgré le fait que le gros du CEB soit rentré sain et sauf en Grande-Bretagne, Mass Observation (en) rapporte que le moral de l'opinion publique est au plus bas. Seulement la moitié de la population s'attend à ce que le pays poursuive le combat et plusieurs pensent : « cette guerre n'est pas la nôtre. C'est une guerre de la haute avec ses grands mots, déconnectée de nous[trad 4],[4],[5]. »

Dans ce contexte, Churchill doit décrire les événements désastreux des dernières semaines et avertir la Chambre d'une possible invasion allemande, sans toutefois semer le doute sur une éventuelle victoire. Il doit soulever la possibilité d'une reddition française sans d'aucune manière cautionner ou encourager celle-ci[note 1],[trad 5]. Finalement, il doit réitérer la détermination du gouvernement exprimée le 13 mai, où il disait

« Nous avons devant nous une épreuve de la pire espèce. Nous avons devant nous plusieurs, plusieurs longs mois de bataille et de souffrance. Vous demandez quelle est notre politique ? Je vous dis : elle est de faire la guerre, en mer, en terre et dans les airs, avec toute notre puissance et toute la force que Dieu peut nous donner ; de faire la guerre contre une tyrannie monstrueuse qui n'a pas d'équivalent dans le noir et lamentable recensement des crimes de l'humanité. Voilà notre politique. Vous demandez quel est notre objectif ? Je vous le dis en un mot : c'est la victoire, la victoire à tout prix, la victoire malgré la terreur, la victoire peu importe le temps et les efforts que cela demandera[trad 6]. »

— Winston Churchill, 13 mai 1940[1]

Péroraison[modifier | modifier le code]

La péroraison du discours est probablement la partie la plus connue de ce dernier. Elle est reconnue comme l'un des meilleurs moments oratoires de Churchill.

« Retournant encore une fois, et cette fois plus généralement, à la question de l'invasion, je constate qu'il n'y a jamais eu une période au cours de ces longs siècles de navigation durant laquelle nous avons pu donner une garantie absolue contre une invasion, encore moins contre d'importants raids, à notre peuple. Du temps de Napoléon, le même vent qui aurait transporté sa flotte à travers la Manche aurait pu faire dériver le blocus. Il y a toujours ce risque, et c'est ce risque qui a excité et trompé l'imagination de tant de tyrans continentaux. Plusieurs sont de vieilles fables. Nous sommes sûrs que de nouvelles méthodes seront adoptées, et quand nous voyons l'originalité de la malice, l'ingéniosité de l'agression, lesquelles nos ennemies possèdent, nous devons assurément nous préparer à toutes sortes de nouveaux stratagèmes et toute sortes de manœuvres perfides. Je pense qu'aucune idée n'est assez folle pour qu'elle ne soit pas considérée et scrutée avec un œil studieux, et en même temps, je l'espère, sérieux. Nous ne devons jamais oublier les menaces sérieuses des forces marines et aériennes, qui peuvent être exercées de manière ciblée.

J'ai, moi-même, une confiance absolue que si tous font leurs devoirs, si rien n'est négligé et que les meilleures dispositions sont prises, comme il est fait en ce moment, que nous allons nous montrer une fois de plus capables de défendre notre Île natale, de traverser la tempête de la guerre, et de survivre à la menace de la tyrannie, pendant des années si nécessaire, tout seul s'il le faut.

De toute façon, c'est ce que nous allons essayer de faire. C'est la décision du gouvernement de Sa Majesté — de chaque homme qui le constitue. C’est la volonté du parlement et de la nation.

L'Empire britannique et la République française, unis ensemble dans leur quête et dans leurs besoins, défendront jusqu'à la mort leur terre natale, s'entraidant comme de bons camarades au mieux de leur force.

Même si de grandes parties de l'Europe et de plusieurs vieux et réputés États sont tombés ou risquent de tomber sous l'emprise de la Gestapo et de tous les autres instruments du régime nazi, nous ne faiblirons pas, nous n'échouerons pas.

Nous irons jusqu'au bout, nous nous battrons en France, nous nous battrons sur les mers et les océans, nous nous battrons avec toujours plus de confiance ainsi qu'une force grandissante dans les airs, nous défendrons notre Île, peu importe ce qu'il en coûtera, nous nous battrons sur les plages, nous nous battrons sur les terrains de débarquement, nous nous battrons dans les champs et dans les rues, nous nous battrons dans les collines ; nous ne nous rendrons jamais, et même si, bien que je n'y crois pas un seul instant, cette Île ou une grande partie de cette Île serait asservie et affamée, alors notre Empire au-delà des mers, armé et gardé par la flotte britannique, continuera de lutter, jusqu'à ce que, quand Dieu le voudra, le Nouveau Monde, avec tout son pouvoir et sa puissance, viendra à la rescousse libérer l'Ancien[trad 7]. »

— Winston Churchill, We Shall Fight on the Beaches

On raconte qu'à la fin, au moment où la Chambre des communes s'est levée pour ovationner Churchill, ce dernier aurait murmuré à un collègue : « Et nous les combattrons avec des bouteilles aux culs brisés parce que c'est tout ce qu'il nous reste ! »[trad 8],[6].

La répétition we shall fight..., mettant l'emphase sur la détermination à combattre, ressemble à celle d'un discours prononcé à Paris en juin 1918 par Georges Clemenceau et auquel Churchill a assisté[7].

« Les Allemands peuvent prendre Paris, mais ça ne m'empêchera pas de poursuivre la guerre. Nous nous battrons sur la Loire, nous nous battrons sur la Garonne, nous nous battrons même dans les Pyrénées. Et si, à la fin, nous sommes repoussés en dehors des Pyrénées, nous continuerons la guerre en mer[trad 9]. »

— Georges Clemenceau[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « We shall fight on the beaches » (voir la liste des auteurs)

  1. Dans son discours du 18 juin, tout de suite après la capitulation française, Churchill déclare :

    « Les événements militaires des quinze derniers jours ne m'ont pas surpris. En effet, il y a quinze jours, j'ai annoncé le plus clairement possible à la Chambre qu'il fallait envisager les pires possibilités. J'ai clairement fait comprendre à ce moment que peu importe ce qui arriverait en France, la volonté de combattre de l'Empire britannique n'en serait pas affectée, « s'il le faut pendant des années, s'il le faut seul ». »

  1. (en) « victory, however long and hard the road may be »
  2. (en) « I would say to the House, as I said to those who have joined this Government: "I have nothing to offer but blood, toil, tears and sweat." »
  3. (en) « Meanwhile, the House should prepare itself for hard and heavy tidings. I have only to add that nothing which may happen in this battle can in any way relieve us of our duty to defend the world cause to which we have vowed ourselves; nor should it destroy our confidence in our power to make our way, as on former occasions in our history, through disaster and through grief to the ultimate defeat of our enemies. »
  4. (en) « This is not our war - this is a war of the high-up people who use long words and have different feelings. »
  5. (en) « The military events which have happened during the past fortnight have not come to me with any sense of surprise. Indeed, I indicated a fortnight ago as clearly as I could to the House that the worst possibilities were open, and I made it perfectly clear then that whatever happened in France would make no difference to the resolve of Britain and the British Empire to fight on, "if necessary for years, if necessary alone. »
  6. (en) « We have before us an ordeal of the most grievous kind. We have before us many, many long months of struggle and of suffering. You ask, what is our policy? I will say: It is to wage war, by sea, land, and air, with all our might and with all the strength that God can give us; to wage war against a monstrous tyranny never surpassed in the dark, lamentable catalogue of human crime. That is our policy. You ask, what is our aim? I can answer in one word: It is victory, victory at all costs, victory in spite of all terror, victory, however long and hard the road may be. »
  7. (en) « Turning once again, and this time more generally, to the question of invasion, I would observe that there has never been a period in all these long centuries of which we boast when an absolute guarantee against invasion, still less against serious raids, could have been given to our people. In the days of Napoleon, of which I was speaking just now, the same wind which would have carried his transports across the Channel might have driven away the blockading fleet. There was always the chance, and it is that chance which has excited and befooled the imaginations of many Continental tyrants. Many are the tales that are told. We are assured that novel methods will be adopted, and when we see the originality of malice, the ingenuity of aggression, which our enemy displays, we may certainly prepare ourselves for every kind of novel stratagem and every kind of brutal and treacherous manœuvre. I think that no idea is so outlandish that it should not be considered and viewed with a searching, but at the same time, I hope, with a steady eye. We must never forget the solid assurances of sea power and those which belong to air power if it can be locally exercised.

    I have, myself, full confidence that if all do their duty, if nothing is neglected, and if the best arrangements are made, as they are being made, we shall prove ourselves once more able to defend our island home, to ride out the storm of war, and to outlive the menace of tyranny, if necessary for years, if necessary alone. At any rate, that is what we are going to try to do. That is the resolve of His Majesty's Government — every man of them. That is the will of Parliament and the nation. The British Empire and the French Republic, linked together in their cause and in their need, will defend to the death their native soil, aiding each other like good comrades to the utmost of their strength.

    Even though large tracts of Europe and many old and famous States have fallen or may fall into the grip of the Gestapo and all the odious apparatus of Nazi rule, we shall not flag or fail. We shall go on to the end. We shall fight in France, we shall fight on the seas and oceans, we shall fight with growing confidence and growing strength in the air, we shall defend our island, whatever the cost may be. We shall fight on the beaches, we shall fight on the landing grounds, we shall fight in the fields and in the streets, we shall fight in the hills; we shall never surrender, and if, which I do not for a moment believe, this island or a large part of it were subjugated and starving, then our Empire beyond the seas, armed and guarded by the British Fleet, would carry on the struggle, until, in God's good time, the New World, with all its power and might, steps forth to the rescue and the liberation of the old.
     »
  8. (en) « And we’ll fight them with the butt ends of broken beer bottles because that's bloody well all we've got! »
  9. (en) « The Germans may take Paris, but that will not prevent me from going on with the war. We will fight on the Loire, we will fight on the Garonne, we will fight even in the Pyrenees. And if at last we are driven off the Pyrenees, we will continue the war at sea. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) Winston Churchill, Blood, Toil, Tears and Sweat, Wikisource,‎ 13 mai 1940
  2. (en) Simon Humphries, « A metafunctional analysis of Sir Winston Churchill’s We shall fight on the beaches speech », Kinki University Technical College, no 22,‎ 2006, p. 75-81 (lire en ligne)
  3. (en) John Lukacs, Five Days in London, May 1940, Yale University Press,‎ 2001, 236 p. (lire en ligne), p. 179
  4. (en) Richard Collier, 1940: The World In Flames, Harmondsworth, Penguin,‎ 1980 (ISBN 9780140053418), p. 352
  5. D'autres comptes-rendu sont disponibles sur (en) « The Spitfire site: Stories of the Battle of Britain 1940 – Dunkirk Over: Triumph or Defeat? »
  6. (en) Dominique Enright, The Wicked Wit of Winston Churchill, Michael O'Mara,‎ 2001 (ISBN 9781854795298), p. 45
  7. The Churchill Centre, Point 36
  8. (en) John Hampden Jackson, Clemenceau and the Third Republic, Hodder & Stoughton for the English Universities Press,‎ 1946, 266 pages p. (présentation en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]