Waalo

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Localisation du Waalo sur une carte du fleuve Sénégal en 1889

Le Waalo (ou Oualo) est une région historique du Sénégal, centrée sur le delta du fleuve Sénégal, dans le nord-ouest du pays, autour de Saint-Louis.

L'un des anciens royaumes issus de l'éclatement de l'empire wolof du Djolof au XVIe siècle, le royaume du Walo était situé au nord du Sénégal et au sud de la Mauritanie et occupait une position stratégique entre le monde arabo-berbère et l'Afrique noire.Sa capitale était Njurbel situé au sud de la Mauritanie actuelle.

Les habitants du Waalo sont appelés les Waalo-Waalo.

Géographie[modifier | modifier le code]

Le climat est de type nord-sahélien voire desertique. La région a été affectée par des sécheresses majeures en 1972-1973 et 1983-1984. Les sols y sont souvent salés. Les habitants du Waalo sont principalement des Wolofs sédentaires ou des Peuls nomades on y dénombre aussi quelques groupes maures.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ndoye Demba.
Wolof du Waalo en « costume de guerre » (1846)

Le roi du Waalo portait le titre de brack. Ce royaume connut de nombreuses guerres entre les différentes dynasties voulant régner sur le royaume. Trois dynasties se disputaient le pouvoir : les Loggar d'origine Maure, les Diouss ou Dyoos d'origine Sérères (voir: Ndoye Demba), et les Tedyek d'origine peul. Les peuples majoritaires dans le Waalo sont les Wolofs, les Peuls, les Toucouleurs, les Sarakhollés et les Maures trarza. Le Waalo est considéré, dans la tradition orale wolof, comme le lieu de naissance de la langue et de la culture wolofs, suite au brassage culturel des divers peuples de la région. Ndiadiane Ndiaye, ancêtre mythique des Wolofs, bien avant l'empire du Djolof dont il est le fondateur, avait été élu chef en ce lieu, après avoir émerveillé la population par sa sagesse et ses apparitions miraculeuses. Avant son arrivée dans la région, des propriétaires terriens sérères, lamanes de clan Ngom, et Peuls de clan Diaw, occupaient les lieux, à l'époque de l'Empire du Ghana ou du Wagadou. Le mot brack, nom du souverain, serait dérivé de Barka Bo Mbooc (Mbodj), nom du premier successeur de Ndiadiane Ndiaye. Pour d'autres, il serait issu du mot arabo-berbère, Baraka ou Barka, signifiant le bienfaiteur.

Le royaume s'est longtemps battu contre les Maures trarza au nord venu de la mauritanie , les Toucouleurs voulant islamiser le royaume très réfractaire à l'islam, bien que les musulmans aient toujours cohabité avec ceux pratiquant la religion traditionnelle. Dans le Waalo les femmes étaient connues pour leur courage. Dans la tradition orale du Waalo sont souvent évoqués les actes de bravoure des femmes face aux ennemis du royaume. Le grand suicide collectif des femmes du village de Nder dans le Waalo en 1820 constituait un acte de résistance face aux Maures. La reine du Waalo Ndjeumbeut Mbodj, qui a régné avant sa sœur Ndaté Yalla Mbodj, s'était mariée à Dagana le 18 juin 1833 avec le roi des Maures Trarza, Mohamed El-Habib, pour rétablir la paix entre le royaume du Waalo et le royaume du Trarza. Leur fils Ely Ndjeumbeut a régné sur le Trarza entre 1878 et 1886.

Ndeté Yalla, reine du Walo

Au Waalo, le brack était élu par le seb ak baor, représentant l'assemblée des grands électeurs, le diogomay qui est le maître des eaux, le diawoudine maître de la terre, gouverneur des Kangame chefs de provinces, le Maalo trésorier du royaume. Le brack était choisi parmi les trois dynasties du royaume, il devaient appartenir par le lignage maternel Meen, et a l'une des trois lignée. L'héritier était choisi parmi les fils des sœurs du brak et non parmi les fils du brak, la société du Waalo étant matrilinéaire. Les familles: Diaw, Wade, Mbodji, Ndiaye, Ndiouck, Diop constituaient les clans les plus puissants du Waalo, tous d'origine wolof. La capitale du Waalo était la ville de Ndiourbel, actuellement dans ville de Rosso en Mauritanie. En 1702, le brak Yerim Mbagnick, transfère la capitale à Ndiani. En 1783 la capitale est à Khouma, puis enfin à Nder. Les provinces et sous-provinces du royaume sont : Riket, Maanga, Gammalo, Marwayal, Tungeen, Njaw, Njuwar et Nalewu, toutes dirigées par les différentes dynasties, et les divers membres de l'aristocratie. Le Waalo était délimité par l'émirat du Trarza au nord, le Fouta-Toro à l'est, l'océan Atlantique à l'ouest, le Cayor au sud, et le Djolof au sud-est.

Les Français réussiront en 1859 à annexer le royaume avec la dernière grande reine du Oualo, Ndaté Yalla qui s'est battue avec acharnement contre les Européens et les Maures. C'est à la bataille de Diouboulou, que l'armée dirigée par Faidherbe battit l'armée dirigée par Ndaté Yalla. C'était le 22 février 1855, date à laquelle commence la colonisation du Waalo et du Sénégal.

Le château de Richard-Toll, construit par le baron Roger

Après la victoire des colons européens sur le Waalo, les colons durent lutter pendant plusieurs années contre notamment le fils de Ndaté Yalla, Sidya Ndaté Yalla Diop et contre les tiedos du Waalo qui résistaient de façon dure et très éprouvante pour les colons. Les tiedos détruisaient systématiquement toutes leurs installations, les marchandises et toutes les infrastructures. Ils pratiquaient aussi le pillage. Les gouverneurs autochtones, que les Européens avaient installés, résidaient au château de Richard-Toll.

Le Waalo vivait de la production de l'indigo, du mil, du coton, du melon, de la canne à sucre, la gomme arabique, et du poisson. La pêche était très rentable : le Waalo a un littoral qui touche l'océan Atlantique. La Traite Atlantique fait son apparition avec l'installation des premiers Européens au XVIIe siècle.

Le Waalo entra en contact avec les Européens très tôt dans l'histoire de l'Afrique, notamment avec la création du comptoir de Saint-Louis, qui est aujourd'hui l'une des principales villes du Sénégal.

Sidya Ndaté Yalla Diop, résistante du Waalo[modifier | modifier le code]

Sidya Diop était le fils de la reine Ndaté Yalla Mbodji et du Béthio (Gouverneur du Walo occidental) Sakoura Diop. Il fut, au même titre que Lat Dior, El Hadji Oumar Tall ou Alboury Ndiaye, l'un des plus grands résistants contre la colonisation au Sénégal, plus particulièrement au Waalo. Malgré cela il est beaucoup moins connu que les autres résistants contre la colonisation au Sénégal.

Sidya Diop naquit à Nder en 1848, où eut lieu le mardi 7 mars 1820, le grand suicide collectif des femmes de Nder, auquel sa grand-mère, Fatim Yamar Khouryaye Mbodj, a participé. Il naît deux ans après l'accès au trône de sa mère en 1846, à la mort de Ndjeumbeut. Sidya Diop appartenait à la lignée maternelle des Tédyek.

À l'âge de dix ans, Sidya Diop devenait l'héritier du trône au Waalo, mais, trop jeune pour régner, il fut écarté par les Français, et c'est le prince Loggar Fara Peinda Madiaw Khor Diaw qui sera installé comme Brak. Les partisans pour le règne du jeune Sidya entameront une lutte acharnée contre la décision des Français.

Entre 1858 et 1859, date à laquelle le Waalo fut entièrement conquis, les Français entament une grande répression, plusieurs villages sont incendiés et plusieurs chefs locaux et résistants qui menaient la guérilla tels que Youga Faly ou Birane Gaye, seront tués ou envoyés en exil au Gabon. Soulignons que les villages de l'île de Dialang ou Dialagne furent brûlés, comme l'atteste la Revue maritime de l'AOF. Birane Gaye était un noble de cette contrée car étant un Diaadior. Un peu plus tard, tandis que le cousin de Sidya Diop, Ndiack Coumba Mbodji, a été désigné chef de canton de Nder par les colons dans le but de calmer les révoltes des partisans de Sidya Diop, celui-ci sera envoyé à Saint-Louis, à l'École des Otages des fils de chef, dans le but de l'assimiler à la culture française. La-bas, Faidherbe en fit son fils adoptif. Sidya, après avoir été à Alger, au lycée impérial en 1861, revient à Saint-Louis, ou Faidherbe l'inscrit à l'école des Frères. Faidherbe le rebaptisa Sidya Léon Diop. Bon élève, il fut remarqué par son intelligence, son habilité pour les stratégies militaires. En effet il avait été nommé sous-lieutenant en 1868 à l'âge de 20 ans.

Installé comme chef de canton à Nder, Sidya se rendit compte de la raison pour laquelle Faidherbe l'avait mis à l'École des otages, dans le but de tuer en lui toute volonté de résistance contre les colons. À partir de cette prise de conscience, il refuse de collecter les impôts, très élevés, auprès des habitants du canton, il organisa une scolarisation en masse au Waalo. Il commence également à nouer des liens avec plusieurs résistants de la localité. Mais un jour les princes du Waalo se réunirent pour une cérémonie royale à Mbilor. Sidya faisant partie de la noblesse s'y rendit. Arrivé à la cérémonie, le Gueweul Madiartel Dégueune Mbaye (griot) de la cour royale refusa de chanter les louanges de Sidya Diop, car pour celui-ci, il avait trahi les siens, car assimilé à la culture occidentale et portant des vêtements occidentaux. Cet événement réveilla pour toujours Sidya Diop, qui alla à la rivière où les Braks prennent leur bain royal, avant l'investiture. Il se fit tresser sa chevelure à la manière des Tiedos et renonça à jamais à l'administration coloniale française, ainsi qu'a tout ce qui s'y rattache, y compris la langue française. Après cela il fut reconnu par tous ses semblables Brak du Waalo, et fera tout pour libérer son royaume. Il rejoint la lutte de Lat-Dior du Cayor et de Amadou Cheikhou Ba, marabout toucouleur du Fouta. Il organisa, lui et ses Tiedos, une grande insurrection. Alliés à plusieurs résistants, ils combattent de façon très dure les colons. Il réussit à récupérer les provinces annexées. Les colons finirent par accepter Sidya Diop comme Chef Supérieur du Waalo, car la lutte était très éprouvante pour les Français. Cet événement permit également d'instaurer une dynamique, et de faciliter la lutte de Lat-Dior, qui était redevenu Damel du Cayor.

Sidya Diop était désormais à la tête d'une puissante armée, reconnue par les colons dans leurs écrits comme puissante et efficace. Seules les villes de Richard-Toll, Dagana et Lampsar refusaient de se soumettre au nouveau Brak, et de rester du côté français. Yamar Mbodji, de la famille royale, Diooss organisa avec les Français une campagne contre Sidya Diop, et sont parvenus à organiser un coup d'État contre le Brak Sidya, qui, destitué par la force, se réfugia en Mauritanie auprès de son cousin Ely Ndjombött, roi du Trarza. Au Waalo, les colons reprirent les pillages, les incendies, les exécutions des partisans de Sidya. Du Trarza, Sidya envoya des lettres d'appel à l'aide, à Alboury Ndiaye roi du Djolof, et Lat-Dior, le 23 juin 1875 et le 12 juillet 1875.

Lat-Dior Ngoné Latyr Diop était désormais l'allié des Français, en particulier du colonel Brière de l'Isle. Ensemble il organiseront la capture de Sidya Diop. Lat-Dior répondit à l'appel de Sidya Diop, et lui envoya des troupes à Bangoye, mais il s'agissait en réalité d'un guet-apens. Sidya Diop s'y rendit seul avec son état major. Une fois arrivé, les troupes envoyées par Lat-Dior tuérent 12 de ses officiers dont le prince loggar Sayoo Yacine Pathé Mbodj capturèrent Sidya, le blessèrent et l'emmenèrent à Saint-Louis chez le gouverneur Valére, c'était le 21 décembre 1876. Trahi par Lat-Dior, Sidya à Saint-Louis sera jugé par un tribunal colonial le 17 janvier 1877. En février il sera déporté au Gabon dans un asile, sur une île nommée Neugé Neugé, en pleine forêt équatoriale, à l'âge de 28 ans. Là-bas, Sidya gagna la sympathie des officiers colons, qui décidèrent de le ramener au Sénégal, sous prétexte qu'il souffrait de maladie mentale. Il embarqua dans un bateau à destination de Dakar, mais une fois arrivé à Dakar, le gouverneur Brière de l'Isle refuse son retour et exige son renvoi immédiat au Gabon. Meurtri, sachant qu'il ne pourra plus retourner au Sénégal, son pays natal, Sidya Ndaté Yalla Diop se suicide en se tirant une balle au cœur, le soir du 26 juin 1877. Depuis 1996 le maire de la commune de Dagana ne cesse de demander aux autorités françaises et sénégalaises de proceder au rapatriement de son corps du Gabon au Sénégal.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Notices d’autorité : Système universitaire de documentation
  • El Hadj Amadou Seye, Walo Brack (2003), Dakar, Édition Maguilen.
  • (en) Boubacar Barry, « The Subodination of Power and Mercentile Economy: The Kingdom of Waalo 1600-1831 », dans The Political Economy of Under-Development, Dependence in Senegal, Rita Cruise O’brien (sous la direction de), Sage Series on African Mod. and Dev., vol. 3, p. 39-63.
  • (en) Victoria Coifman-Bomba, History of the Wolof State of Jolof until 1860 including comparative data from the Wolof State of Walo, Madison, University of Wisconsin, 1969, 395 p. (Thèse)
  • Mansour Aw, La mise en place de l’administration coloniale au Waalo (1855-1878), Dakar, Université de Dakar, 1979, 176 p. (mémoire de maîtrise)
  • Boubacar Barry, Le Royaume du Wâlo du traité de Ngio en 1819 à la conquête en 1855, Dakar, université de Dakar, 1968, 172 p. (mémoire de maîtrise publié sous le même titre dans Bulletin de l'IFAN, B, 31, 2, p. 339-444)
  • Boubacar Barry, Le Royaume du Waalo depuis la fondation du comptoir français de Saint-Louis vers 1659 jusqu’à son annexion à la colonie française du Sénégal en 1859, Paris-Dakar, IFAN, Paris I, 1970, X-404 p. (thèse de 3e cycle, rééditée avec une postface sous le titre Le Royaume du Waalo. Le Sénégal avant la conquête, Paris, Karthala, 1985, 421 p.)
  • Mbenda Ndiaye Cissé, Recherches sur la place de la femme au Walo et au Cayor, Dakar, université Cheikh Anta Diop, 1992, 40 p. (Mémoire de DEA)
  • Amadou Hamady Diop, Les Relations entre le Waalo et le Trarza 1858-1902. Étude critique des sources, Dakar, université Cheikh Anta Diop, 1992, 39 p. (Mémoire de DEA)
  • Mamadou Gaye, Sidiya Joop (1848-1878) L’itinéraire du brak virtuel du Waalo, Dakar, université Cheikh Anta Diop, 1999, 151 p. (mémoire de maîtrise)
  • Moussa Guèye, Les forts du Waalo dans la première moitié du XIXe siècle, Dakar, université Cheikh Anta Diop, 1996, 36 p. (mémoire de DEA)
  • J. F. Tourrand, L'Élevage dans la révolution agricole au Waalo, delta du fleuve Sénégal, CIRAD, Montpellier, 2000, 165 p.
  • Le Dya Ogo Amadou Bakhaw Diaw "Le Prince Sidya Ndaté Yalla Diop héros national du Sénégal oublié" journal Nouvel horizon Dakar

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]