Voskhod 2

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Voskhod 2
Insigne de la mission
Données de la mission
Vaisseau Voskhod
Équipage 2 hommes
Date de lancement 18 mars 1965
Site de lancement Baïkonour LC1
Date d'atterrissage 19 mars 1965
Durée 1 jour 2 heures 2 minutes 17 secondes
Orbites 17
Sortie extravéhiculaire 1
Durée de la sortie 12 minutes et 9 secondes
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Voskhod 2 est la deuxième mission spatiale soviétique du programme Voskhod qui a eu lieu en juin 1965. Au cours de celle-ci l'un des deux cosmonautes de l'équipage, Alexei Leonov, a effectué la première sortie extravéhiculaire jamais réalisée par un homme, d'une durée de 10 minutes. La mission rencontre de nombreux problèmes au cours de la sortie dans l'espace et durant le reste du vol mais l'équipage parvient à revenir sur Terre sain et sauf. Il s'agit de la dernière mission habitée du programme Voskhod.

Contexte[modifier | modifier le code]

La course à l'espace[modifier | modifier le code]

Depuis le lancement de Spoutnik 1, les États-Unis et l'Union Soviétique se livrent à une course à l'espace. Dans cette période de Guerre froide il s'agit pour chacune des deux superpuissances de prouver la supériorité de son système politique par le biais de ses succès dans le domaine spatial. Le rôle de la propagande est particulièrement important en Union Soviétique ce qui se traduit par des prises de risque importantes et la dissimulation systématique des échecs et des défaillances. L'astronautique soviétique a dans les débuts été à l'origine de toutes les premières spatiales et les dirigeants soviétiques entendent maintenir son avance. Dans ce contexte, l'objectif principal de l'équipage de Voskhod 2 est de réaliser la première Sortie extravéhiculaire dans l'espace[1].

Le programme Voskhod[modifier | modifier le code]

Voskhod 2 est la deuxième et dernière mission avec équipage du programme Voskhod. Celui-ci a été lancé pour maintenir l'avance du programme spatial soviétique sur celui de la NASA. Alors que les soviétiques utilisent toujours pour leurs missions le vaisseau monoplace Vostok, l'agence spatiale américaine développe à la même époque un vaisseau biplace dans le cadre du programme Gemini dont le premier vol a lieu en mars 1965. Pour relever le défi américain en attendant la mise au point du vaisseau triplace Soyouz, les ingénieurs soviétiques adaptent le vaisseau Vostok pour lui permettre d'emporter 3 cosmonautes. Le siège éjectable unique est remplacé par trois couchettes fixes. Durant une mission Voskhod, contrairement aux vols Vostok, les cosmonautes ne s'éjectent plus avant l'arrivée au sol mais atterrissent avec la capsule qui est freinée par des fusées pour limiter sa vitesse à l'impact. Par ailleurs une rétrofusée de secours est montée sur le module de descente. Pour faire rentrer 3 hommes dans une capsule prévue pour un, l'équipage ne porte pas de combinaisons spatiales. Toutefois pour la mission Voskhod 2, l'équipage, limité à deux personnes, emporte des combinaisons.

Le sas Volga du vaisseau Voskhod 2[modifier | modifier le code]

Schéma de Voskhod avec le sas gonflable faisant saillie en bas à gauche.

Les spécifications du projet de "marche dans l'espace", baptisé Vykhod ("Sortie") par les ingénieurs russes sont complètement figées, courant 1964. Pour permettre la sortie dans l'espace, le vaisseau de la mission Voskhod 2 est modifié (version 3KD) et emporte un sas gonflable et amovible fixé sur le côté du module pressurisé. Ce sas est nécessaire car les capacités réduites du système de support vie et les caractéristiques de l'instrumentation ne permettent pas d'exposer l'intérieur de la cabine au vide, solution plus simple retenue pour les vaisseaux américains du programme Gemini et Apollo. Le sas, baptisé Volga, est conçu, fabriqué et testé en 9 mois[2]. Au décollage, le sas est stocké en position repliée contre l'écoutille du vaisseau Voskhod, formant une excroissance de 74 cm d'épaisseur sur la coque du vaisseau. Le sas comprend un anneau métallique de 1,2 m de diamètre ajusté autour de l'écoutille du Voskhod, une partie cylindrique constituée d'une double paroi en caoutchouc d'une longueur de 2,5 m en position déployée, et à son extrémité un deuxième anneau métallique de 1,2 m de diamètre avec en son centre une écoutille de 65 cm de diamètre. Une fois déployé, le volume interne du sas est de 2,5 m³. L'espace entre la double paroi est cloisonné selon l'axe longitudinal en 40 compartiments étanches regroupés en trois groupes indépendants ; il suffit que les compartiments de deux de ces groupes soient gonflés pour que le sas se déploie. Quatre réservoirs d'oxygène sphériques sont utilisés d'une part pour gonfler la structure cylindrique et pressuriser le sas - une opération qui prend 7 minutes - et d'autre part en tant que réserve de secours pour le cosmonaute effectuant la sortie. L'intérieur du sas est éclairé par deux appliques. Trois caméras 16 mm doivent filmer la sortie : deux sont installées à l'intérieur du sas et une à l'extérieur et à l'extrémité d'une bôme fixée sur l'anneau supérieur. Le cosmonaute resté à l'intérieur de la cabine peut contrôler le sas mais le cosmonaute effectuant la sortie dispose également d'un boitier de commande accroché à l'intérieur du sas. Le sas tout équipé pèse 250 kg tandis que cette version du vaisseau a une masse de 5 685 kg[3].

La combinaison Berkut[modifier | modifier le code]

Le sas de Voskhod 2 et une combinaison Berkut.

Pour sa sortie extravéhiculaire Léonov utilise une combinaison spatiale « Berkut » (« aigle royal ») . Celle-ci est une évolution de la combinaison Sokol-1 utilisée pour les missions du programme Vostok. Un équipement dorsal fournit 45 minutes d'oxygène au cosmonaute stocké dans trois réservoirs sphériques de 2 litres à la pression de 220 atmosphères. L'air est pompé avec un débit de 20 litres à la seconde dans le casque puis est diffusé dans le reste de la combinaison via un régulateur de pression. Une valve permet l'évacuation de la chaleur, l'humidité et CO2. La pression de la combinaison pouvait être réglée à 40,6 kilopascals ou 27,4 kilopascals pour donner plus au moins de liberté de manœuvre au cosmonaute. La masse de la combinaison est de 20 kg et celle de l'équipement dorsal de 25 kg[4].

L'équipage[modifier | modifier le code]

L'équipage sélectionné pour Voskhod 2 est composé de Pavel Beliaïev, 39 ans, commandant de la mission et de Alexei Leonov, 30 ans, qui doit effectuer la sortie extravéhiculaire. Il s'agit pour tous deux de leur première mission spatiale. L'équipage assurant la doublure est composé de Ievgeni Zaikine, dans le rôle de commandant, et de Ievgueni Khrounov. Leonov, dont la sélection est pressentie bien avant son annonce officielle, doit suivre un entrainement particulièrement intense avec plus de 150 simulations de sorties extravéhiculaires menées notamment durant des vols à bord d'un Tupolev Tu-104 reproduisant l'apesanteur. Leonov effectue également 117 sauts en parachute. Les médecins lui font passer un test particulièrement sévère : il est enfermé durant un mois dans une chambre complètement coupée du monde puis immédiatement après sa sortie embarqué à bord d'un chasseur MiG-15 dont le pilote se livre à des acrobaties aériennes. Le test s'achève par l'éjection et l'atterrissage en parachute de Leonov qui prouve ainsi qu'il dispose toujours de ses réflexes après sa longue période d'isolement[5].

Préparations[modifier | modifier le code]

Début 1965 les Américains annoncent leur intention de réaliser une mission avec une sortie extravéhiculaire sous trois mois ce qui accroit la pression sur les équipes soviétiques. Un vaisseau Voskhod équipé de sas mais sans équipage est lancé le 22 février de la même année sous la désignation Cosmos-57 pour tester les nouveaux dispositifs. Comme d'habitude, aucune information officielle n'est diffusée sur les objectifs de ce vol. Toutes les opérations de déploiement du sas à son largage sont réalisées automatiquement et vérifiées depuis le sol. Tout se déroule de manière nominale jusqu'à ce que le vaisseau disparaisse brutalement des écrans radar. Les investigations menées par la suite montreront que si deux stations terrestres émettent au même moment un certain signal pour manœuvrer le sas, les deux signaux superposés sont interprétés comme un ordre de mise à feu de la rétrofusée. Le vaisseau Cosmos-57 ayant entamé sa rentrée atmosphérique sur une trajectoire imprévue a été détruit par le système d'autodestruction destiné à empêcher que l'engin ne tombe entre des mains étrangères. Le test étant considéré comme un succès la mission avec équipage est programmée le 18 mars[6].

Déroulement de la mission[modifier | modifier le code]

Mise en orbite[modifier | modifier le code]

Le 18 mars le temps est peu clément avec une pluie intermittente et un plafond nuageux bas. La fusée est lancée à la date prévue et le vaisseau est placée sur une orbite elliptique de 167 × 475 km avec un inclinaison de 64,8°. Le vaisseau parcourt cette orbite en 90,9 minutes.

La sortie dans l'espace[modifier | modifier le code]

Déroulement de la sortie extravéhiculaire
Heure Description
8h28 13" UTC Le sas de Voskhod 2 est dépressurisé par Leonov.
8h32 54" UTC Leonov ouvre l'écoutille externe du sas.
8h34 51" UTC L'activité extravéhiculaire débute lorsque Leonov quitte le sas de Voskhod 2.
8h47 00" UTC L'activité extravéhiculaire se termine lorsque Leonov rentre dans le sas. Elle a duré 12 minutes.
8h48 40" UTC L'écoutille de sortie du sas externe est fermée et sécurisée par Leonov.
8h51 54" UTC Leonov commence à repressuriser le sas de Voskhod 2.

Les préparatifs pour la sortie de Leonov débutent dès que le vaisseau est en orbite. Leonov enfile à grand peine dans l'espace exigu de la cabine sa combinaison spatiale et l'équipement dorsal avec l'aide de Beliaïev. Environ une heure et demie après que le vaisseau ait été placé en orbite, alors que le vaisseau boucle sa première orbite, Léonov pénètre dans le sas gonflable Volga de Voskhod 2 pour commencer sa sortie dans l'espace. L'écoutille interne est refermée par Beliaïev. Celui-ci déclenche la dépressurisation du sas puis l'ouverture de l'écoutille externe. Leonov émerge prudemment du sas relié à la capsule spatiale par un filin de 4,5 mètres. Après s'être complètement extrait du sas, il est ébloui par le Soleil. Il signale qu'il parvient néanmoins à discerner les montagnes du Caucase que le vaisseau survole. Il enlève le capuchon de l'optique de la caméra fixée à l'extérieur sur le sas qui filme l'événement. Il tente d'effectuer des photos avec son propre appareil photo attaché à sa combinaison spatiale mais ne parvient pas à appuyer sur le déclencheur[7].

Après avoir flotté une dizaine de minutes dans l'espace Leonov entame les manœuvres pour réintégrer le vaisseau spatial selon l'horaire programmé. Il est prévu qu'il rentre les pieds devant pour pouvoir se réinstaller dans son siège sans avoir à effectuer une culbute dans le sas car le diamètre de celui-ci ne le permet théoriquement pas. Mais il se rend alors compte que dans le vide la combinaison s'est tellement dilatée que ses pieds et ses mains ne sont plus positionnés dans les gants et les bottes comme s'il avait rétréci. Il doit faire tomber la pression dans son scaphandre à 0,27 atmosphère pour retrouver un peu de maniabilité mais est contraint, contrairement à ce qui était prévu, de s'introduire dans le sas la tête la première. Une fois dans le sas il effectue avec difficulté un retournement pour être positionné les pieds devant. Leonov est exténué, son pouls est monté à 143 battements par minute et sa température corporelle à 38° Celsius. En nage Leonov ouvre son casque immédiatement après avoir déclenché la fermeture de l'écoutille externe et pressurisé le sas en violation de ses instructions. Leonov réintègre la cabine puis l'équipage de Voskhod 2 entame la suite du programme de la mission. La marche de Leonov dans l'espace a duré 12 minutes et 9 secondes tandis que l'écoutille externe est restée ouverte en tout 23 minutes[7].

Un retour sur Terre émaillé d'une succession d'incidents[modifier | modifier le code]

Une fois Leonov revenu à sa place, Beliaïev déclenche la mise à feu des boulons pyrotechniques qui permettent le largage du sas. La mission rencontre d'autres problèmes par la suite. L'écoutille s'est mal refermée et l'air de la cabine fuit lentement. Pour compenser cette perte, le système de survie injecte de l'oxygène faisant monter la proportion de celui-ci à plus de 45 % (le système ne permet pas le remplacement de l'azote perdu) : à ce taux une simple étincelle suffirait à déclencher un incendie. L'équipage effectue différentes manipulations pour abaisser ce taux, apparemment couronnées de succès, puis poursuit son programme d'expériences. Toutefois alors que le vaisseau entame sa treizième orbite, Beliaïev signale que la pression dans les réservoirs d'air est tombée de manière anormale de 75 à 25 atmosphères mais le responsable du système de survie assure que l'équipage dispose de suffisamment d'air pour tenir au moins jusqu'à la 17ème orbite prévue pour la rentrée atmosphérique du vaisseau. La mise à feu des rétrofusées qui freinent le vaisseau et initie la séquence de retour sur Terre est normalement déclenchée de manière automatique. Mais, alors que le vaisseau parcourt sa 17ème orbite, rien ne se passe : apparemment le système d'orientation qui est piloté par un senseur solaire n'est pas parvenu à orienter correctement le vaisseau et un mécanisme de sécurité a bloqué la mise à feu des rétrofusées. Dans un climat de crise Korolev, le responsable du programme spatial soviétique, décide après consultation des spécialistes que les cosmonautes utiliseront le système manuel qui repose sur le périscope Vzor. Les ingénieurs au sol calculent rapidement les coordonnées qui doivent être utilisées par l'équipage pour orienter le vaisseau dans la bonne direction. Pour pouvoir utiliser Vzor dans la cabine exiguë, Beliaïev doit se placer en travers des sièges tandis que Leonov positionné sous son propre siège le maintient fermement. Le vaisseau est réorienté correctement mais la mise à feu des rétrofusées n'est déclenchée que 46 secondes plus tard pour permettre aux deux cosmonautes de réintégrer leur siège afin que le centre d'inertie du vaisseau soit conforme aux calculs. Ce délai induit un écart dans la trajectoire et le vaisseau ne se pose pas à l'endroit prévu. Par ailleurs, comme cela a été le cas au cours de plusieurs missions précédentes, le module de service et le module de descente ne se séparent pas immédiatement. Le vaisseau suit une trajectoire différente de celle prévue et les cosmonautes subissent durant plusieurs secondes une décélération de 10 g[8].

Récupération de l'équipage[modifier | modifier le code]

Timbre émis pour célébrer la réussite de la mission

Le vaisseau n'est repéré que quatre heures après son arrivée au sol par l'équipage d'un hélicoptère qui a aperçu son parachute de couleur rouge. Du fait des différentes péripéties qui ont précédé, il est à 387 km du site d'atterrissage prévu ; il se trouve entre les villages de Sorokovaya et Shchuchino, à environ 30 kilomètres au sud-ouest de la ville de Berezniki et à 180 km au nord-ouest de la ville de Perm dans les monts Oural. Le vaisseau est loin de toute zone habitée et se trouve au milieu d'une zone de forêt tellement dense qu'elle interdit la récupération de l'équipage par un hélicoptère. Il gèle et la couche de neige atteint par endroit 2 mètres d'épaisseur. Deux équipes de sauveteurs entament un périple pour joindre l'équipage mais ils n'ont pas atteint leur but lorsque la nuit tombe. Des vêtements chauds ont été parachutés à l'équipage plus tôt dans la journée pour leur permettre d'attendre les secours. Après une nuit inconfortable les cosmonautes sont rejoints par une équipe de sauveteurs partis à ski qui a mis trois heures pour couvrir 1,5 km. Les dirigeants soviétiques ne voulant prendre aucun risque interdisent une évacuation par hélitreuillage et l'équipage doit passer une deuxième nuit dans la taïga pour permettre la préparation d'une zone d'atterrissage[7].

Les suites de la mission[modifier | modifier le code]

Beliaïev et Leonov défilent dans les rues de Vologda.

Après leur retour sur Terre les deux hommes sont nommés Héros de l'Union soviétique, reçoivent 15 000 roubles, une voiture de la marque Volga et bénéficient d'un congé de 45 jours[9]. Toutes les péripéties non prévues de la sortie extravéhiculaire et de la mission sont tues par les cosmonautes à la demande des autorités soviétiques. Elle ne seront dévoilées que bien plus tard lors de la libéralisation du régime.

Le 3 juin de la même année, l'américain Edward White réalise la première sortie américaine dans l'espace, d'une durée de 20 minutes. Voskhod 2 est la dernière mission avec équipage du programme Voskhod. Les capacités du vaisseau sont trop limitées, inférieures à celles du vaisseau américain Gemini. La mission spatiale habitée soviétique suivante sera réalisée avec le vaisseau Soyouz en 1967 après une longue mise au point.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • (en) Asif A. Siddiqi (NASA), Challenge To Apollo: The Soviet Union and The Space Race, 1945-1974, University Press of Florida,‎ 2000, 512 p. (ISBN 978-0813026282, lire en ligne)
    Historique du programme spatial soviétique jusqu'à la fin du programme lunaire habité soviétique (1974) (NASA SP-2000-4408)
  • (en) Boris Chertok, Rockets and People volume 3, NASA History series,‎ 2006

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]