Vols de la mort

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Fokker F 28 de la marine de guerre argentine à l'aéroport militaire d'Aeroparque
Shorts SC.7 Skyvan de la Préfecture, utilisé pour les vols de la mort
L'aéroport militaire qui se trouve au sud (à gauche) de l'Aeroparque était utilisé pour les vols de la mort

Les vols de la mort (espagnol : vuelos de la muerte) sont une pratique de la guerre sale en Argentine, lors de la dictature militaire en Argentine (1976-1983). À l'aide des vols de la mort, des milliers de desaparecidos furent jetés dans l'Océan Atlantique vivants et drogués, depuis des avions militaires. La même tactique fut utilisée au Chili de Pinochet, en particulier dans le cadre de l'opération Calle Conferencia de 1976 (des hélicoptères Puma étaient utilisés).

L'apparition de corps dans les années 1970[modifier | modifier le code]

Les preuves de l'assassinat d'opposants jetés d'avions sont incontestables et il n'y a plus de polémique à leur sujet. En 1976, plusieurs corps déchiquetés apparurent sur la côte de l'est de l'Uruguay, des témoins les ayant vus au Cabo Polonio. En 1977, plusieurs corps firent leur apparition sur les plages balnéaires de l'Atlantique à Santa Teresita et Mar del Tuyú, à 200 kilomètres au sud de Buenos Aires. Les cadavres furent enterrés rapidement comme inconnus au cimetière du général Lavalle, mais les médecins policiers qui les avaient examinés déclarèrent que la cause de la mort était "un choc contre des objets durs depuis une grande altitude"[1].

Le témoignage d'Adolfo Scilingo[modifier | modifier le code]

En 1995, l'ancien tortionnaire de l'ESMA Adolfo Scilingo, a raconté longuement au journaliste Horacio Verbitsky la méthode d'extermination que les bourreaux eux-mêmes appelaient les "vols". Scilingo, dans son témoignage, détaille le processus : l'utilisation d'injections anesthésiques, le type d'avion (Electra[2], Skyvan[3]), l'importante participation des officiers[4], l'utilisation de l'aéroport militaire qui se trouvait à Aeroparque (Buenos Aires)[5]

« En 1977, j'étais lieutenant de vaisseau affecté à l'ESMA. J'ai participé à deux transferts aériens de subversifs. On leur annonçait qu'ils allaient être transportés dans une prison du sud du pays et que, pour éviter les maladies contagieuses, ils devaient être vaccinés. En fait, on leur injectait un anesthésique à l'ESMA puis une deuxième dose dans l'avion, d'où ils étaient jetés à la mer en plein vol. Il y avait des transferts chaque mercredi. »[6]

Outre le centre clandestin de détention de l'ESMA[7], des références existent de cette pratique à l'Olimpo[8], à la Perla et au Campito (Campo de Mayo). Dans ce dernier, le centre de détention clandestin s'était construit près de l'aéroport pour faciliter le transport des détenus vers les avions. La force aérienne uruguayenne a reconnu en 2005 qu'elle réalisait des vols de la mort en collaboration avec les forces armées argentines (Opération Condor)[9]. Scilingo a aussi affirmé devant le juge espagnol Baltasar Garzón que des prisonniers étaient recueillis à la base que la marine de guerre possède à Punto Indio (province de Buenos Aires)[10]. Le centre de détention clandestin connu comme la "Quinta de Funes" à Rosario se trouvait à 400 mètres de l'aéroport et il y a des preuves que des détenus y ont été jetés à la mer, dans la zone de la baie de Samborombón[11].

L'identification des dépouilles de Mères de la place de mai[modifier | modifier le code]

En novembre 2004, l'équipe argentine d'anthropologie criminelle découvrit que les restes d'une personne enterrée comme inconnue dans le cimetière du général Lavalle correspondait à un disparu. Ils se mirent alors à vérifier les registres du cimetière et découvrirent que cette personne et cinq autres avaient été trouvées sur les plages entre les 20 et 29 décembre 1977, soupçonnant alors qu'elles avaient pu être victimes d'un « vol de la mort ». Quelques mois plus tard, il fut établi qu'il s'agissait de corps de mères de la place de Mai disparues : Esther Ballestrino, María Eugenia Ponce, Azucena Villaflor[12], la militante Angela Auad[13], et la religieuse française Léonie Duquet [14]. En avril 2006, on espérait aussi retrouver les restes d'Alice Domon, l'autre religieuse française enlevée et torturée dans le même groupe.

Les procès[modifier | modifier le code]

Outre Adolfo Scilingo, plusieurs pilotes ont été accusés d'avoir participé à ces « vols de la mort ». En janvier 2010, l'Audiencia Nacional, juridiction suprême de l'Espagne, a autorisé l'extradition de Julio Alberto Poch (es), devenu pilote de ligne commercial et qui se serait vanté devant ses collègues d'avoir piloté des « vols de la mort » [15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Opinión, 27 janvier 2005.
  2. Electra
  3. Skyvan
  4. "Un pilote de la mort argentin arrêté en Espagne", Le Monde, 28/9/2009.
  5. La Opinión, 27 janvier 2005
  6. Capitaine Adolfo Scilingo, in El Vuelo d'Horacio Verbitsky, créateur du Centre d'études légales et sociales (CELS), une des organisations de défense des droits de l'homme argentines.)
  7. "L'Esma, centre de torture devenu lieu de mémoire", Rue89, 19/05/2009.
  8. El Olimpo del horror, El País, 1er janvier 2006.
  9. Uruguay : La fuerza aérea admite que hubo vuelos de la muerte, El Clarín, 10/08/2005.
  10. Los 46 de Garzón, Catálogo del horror de la lista de genocidas argentinos, Argiropolis, periódico universitario.
  11. La Capital, 23/12/2005 ; Informes Especiales reconstruyó las historias de vida de los más de treinta muertos y desaparecidos, Telediario, 23/03/2006.
  12. Por primera vez hallan cuerpos de 'vuelos de la muerte', Río Negro, 9 juillet 2005.
  13. Identifican a otro NN, Página 12, 16 septembre 2005.
  14. Desaparecida en la Dictadura Identificaron el cuerpo de una de las monjas francesas, Terra, 29 août 2005.
  15. España concedió la extradición de Poch, Página/12, 9 avril 2010

Voir aussi[modifier | modifier le code]