Voice of Peace

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Voice of Peace (en hébreu : קול השלום - Kol Hashalom, la Voix de la Paix) était une station de radio pirate offshore qui a émis sur Israël et le Moyen-Orient pendant vingt ans, entre 1973 et 1993.

L'idée directrice de la station était d'aider à la réconciliation entre Israël et les voisins arabes.

Gestation[modifier | modifier le code]

Voice of Peace est essentiellement un projet imaginé et dirigé par Abie Nathan, juif d'origine persane né en 1927. Âgé de dix-sept ans seulement, celui-ci s'était engagé dans la Royal Air Force pour combattre contre les Allemands dans la Seconde Guerre mondiale. À la création d'Israël, il est l'un des premiers pilotes du tout nouvel État. Il tente de rencontrer Nasser en Égypte peu avant la guerre des Six Jours pour le convaincre de ne pas entrer en guerre, en vain. Il est renvoyé en Israël où il écope de 40 jours de prison en raison de ses contacts avec l'ennemi.

C'est en 1967 qu'il a l'idée de créer une radio pacifiste, en réaction aux programmes bellicistes diffusés par La Voix des Arabes et Kol Israel. Après avoir divorcé et vendu tous ses biens, il se rend à Amsterdam pour faire l'acquisition d'un navire, qu'il baptise lui aussi Voice of Peace, puis à New York, où il espère parvenir à collecter les fonds nécessaires à l'acquisition de l'onéreux matériel d'émission. Après plusieurs mois de recherche infructueuse, il se lance dans une grève de la faim qui connaît une grande médiatisation et lui permet d'obtenir un écho conséquent auprès de certaines associations religieuses et des hommes d'affaires suisses Erwin Meister et Edwin Bollier (directeurs de Radio North Sea International). Il reçoit ainsi diverses aides matérielles et on lui présente des animateurs prestigieux, notamment Tony Allen, qui se met alors au service de Voice of Peace. John Lennon envoie également beaucoup d'argent et sa chanson Give Peace a Chance devient l'hymne de la nouvelle station.

Après plusieurs années de travail acharné, le projet est en voie de se concrétiser fin 1972. Les premiers tests d'émission, prévus pour le 15 décembre doivent être reportés de plusieurs mois en raison de difficultés économiques. Le navire quitte New York le 16 mars 1973, les premiers tests ont lieu sur une fréquence de 195m OM (1540 kHz), tenue secrète pour d'éviter les éventuelles tentatives de brouillage. Après sa traversée de l'Atlantique, le navire se rend à Marseille afin de réparer des dommages causés par une tempête. Les tests reprennent fin mai.

1973: premières émissions[modifier | modifier le code]

Le navire, battant pavillon panaméen, s'ancre dans les eaux internationales au large du Mont Sinaï. Grâce à son puissant émetteur (50 kW), ses programmes, diffusés en anglais, hébreu, français et arabe, peuvent être entendus dans de nombreux pays : Israël, Jordanie, Syrie, Chypre, Liban, Égypte, etc., soit un auditoire potentiel de 20 à 30 millions d'auditeurs. Comme l'atteste un sondage de l'époque, la station devient vite favorite chez la jeunesse israélienne. Le succès semble par contre plus mitigé auprès des jeunes Arabes.

L'entretien d'une radio offshore coûte cher, et l'entreprise rencontre d'importantes difficultés financières. Mais les donations restent nombreuses, des peintres israéliens font don du bénéfice de la vente de certaines de leurs œuvres à Voice of Peace et des étudiants de Haïfa organisent une grande manifestation en soutien de la station.

Nathan tente d'organiser sur le bateau, en terrain neutre donc, une rencontre entre Golda Meir et Anouar el-Sadate. Mais la guerre reprend au Golan en octobre 1973 et le navire se voit contraint par le gouvernement israélien de quitter la zone. Devant l'échec de sa tentative de pacification, la radio cesse ses émissions.

Retour sur les ondes[modifier | modifier le code]

Nathan retourne à Amsterdam. Radio Caroline lui laisse l'antenne pour lancer une vaste campagne de souscription afin de financer le retour de Voice of Peace, avec un certain succès, mais il réalise que le coût d'entretien d'un bateau-radio est colossal, et qu'une gestion commerciale par la publicité, à la manière des deux aînées Radio Caroline et Radio Veronica, est nécessaire pour assurer la survie de la station.

Voice of Peace fait son retour sur les ondes. Le nouveau directeur artistique de la station et ex-animateur vedette de Radio North Sea International, Crispian St John, écrit également dans l'hebdomadaire américain Billboard magazine, ce qui offre à la station une tribune supplémentaire.

VoP émet alors 24h/24 depuis la Méditerranée. Les programmes sont essentiellement composés des succès anglophones du moment et sont en anglais, à l'exception d'une émission en hébreu dans la nuit du vendredi et une autre dédiée à la musique arabe le samedi matin. La station parvient à l'équilibre budgétaire grâce aux nombreux annonceurs publicitaires. Elle fait même des bénéfices, qui sont reversés à des associations caritatives.

Voice of Peace se fait d'une certaine manière l'héritière de ses aînées pirates des années 1960 et 1970 : tous ses animateurs sont britanniques (certaines émissions sont d'ailleurs enregistrées sur bandes au Royaume-Uni puis acheminées jusqu'à Tel Aviv, siège de la station, avant d'être diffusés) et la station anime à terre des soirées en discothèques. Les animateurs « résidents » travaillent dans un esprit de bénévolat, et ne touchent que 60 £, soit l'équivalent d'environ 800 francs français de l'époque, de ce qu'il faut bien appeler de l'argent de poche.

Le 31 décembre 1981, face au refus du gouvernement d'Israël d'accorder une licence d'émission depuis la terre ferme (ce qui aurait été une aide appréciable), Voice of Peace cesse provisoirement ses émissions. Le 12 janvier cependant, la Knesset informe qu'une réforme importante de la réglementation audiovisuelle est en préparation et la station reçoit l'autorisation d'émettre depuis les eaux territoriales pendant la période hivernale, afin de préserver la sécurité des occupants du navire, mais à la condition que les émissions se limitent au territoire israélien et que la station se place sous le contrôle du gouvernement, sous peine de se voir interdire la possibilité de diffuser de la publicité.

Ce qu'Abie Nathan considère tout d'abord comme une avancée auprès des autorités se trouve vite vite démenti. Les partis d'opposition et certains orthodoxes religieux contestent la faveur faite à la station et affirment que Voice of Peace doit cesser d'émettre pendant le chabbat. Le 16 février, Nathan fait le choix d'exiler de nouveau la station au large, où elle n'aura plus à subir ce genre d'attaques.

Le 19 février, la station reprend ses programmes quelques heures et indique que Nathan va se rendre à Dublin afin d'apporter sa pierre aux tentatives de réconciliation entre catholiques et protestants. Voice of Peace, de nouveau ancrée au large de l'État hébreu, fête ses dix ans d'existence avec une soirée Beatles le 28 mai 1983.

Les années 1990[modifier | modifier le code]

En 1991, suite à l'invasion du Koweït qui donne lieu à la deuxième guerre du Golfe, la station se fait à nouveau chantre de la paix et diffuse des informations qu'elle recueille avec les moyens du bord.

À l'automne de la même année, Abie Nathan est condamné à 18 mois de prison pour avoir rencontré le leader de la cause palestinienne, Yasser Arafat. Il en sortira cependant le 30 mars 1992, après six mois, le gouvernement lui accordant la grâce pour sa bonne conduite. La station, quant à elle, poursuit ses émissions et rencontre même un certain succès. Elle avait été acceptée dans le paysage culturel de l'époque et bénéficiait d'une certaine indulgence de la part des autorités, par exemple lorsque, pour des raisons de sécurité, le navire entrait dans les eaux territoriales tout en continuant d'émettre, il ne fut jamais inquiété en dépit du fait qu'il se trouvait alors dans une complète illégalité.

Cependant les problèmes financiers finirent par avoir raison de Voice of peace : endettée à hauteur d'environ 250 000$, elle cesse définitivement ses émissions le 1er octobre 1993. De plus, des discussions de paix s'étant engagées entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, la station avait en quelque sorte atteint son but et n'avait plus de raison d'être. Nathan continua à travailler pour diverses causes humanitaires à travers le monde.

Refusant d'entendre les diverses propositions qui lui étaient faites pour relancer les émissions de Voice of peace, Nathan, après avoir récupéré le coûteux matériel d'émission qui se trouvait à bord, décide de couler le navire le 29 novembre 1993.

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]