Vocabulaire de l'espéranto

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Le vocabulaire de l'espéranto fonde ses bases lexicales dans les langues européennes : c'est ce qu'on appelle une langue construite a posteriori. Ludwik Lejzer Zamenhof, l'initiateur de l'espéranto, a veillé à ce que les emprunts soient de préférence des formes communnes à plusieurs langues. L'espéranto étant construit avec une grande part de racines romanes, on rencontre de nombreux faux-amis entre des mots français et espéranto.

L'origine européenne du vocabulaire facilite incontestablement l’apprentissage de l'espéranto pour les locuteurs d’une langue d’origine européenne en général et en particulier pour les francophones, mais ne représente pas un obstacle insurmontable à la diffusion mondiale de l’espéranto, comme le montre l’exemple de la Chine où l’espéranto s’est rapidement diffusé dès le début du XXe siècle.

Une des idées de Ludwik Lejzer Zamenhof pour rendre l'apprentissage de l'espéranto beaucoup plus rapide que celui des langues nationales fut de créer un système régulier et extrêmement productif grâce auquel, par composition lexicale et l'utilisation judicieuse d'affixes, le vocabulaire de base indispensable à la communication se trouve drastiquement réduit. On estime qu'en moyenne, d'un radical en espéranto on peut déduire l'équivalent de dix mots dans une langue nationale.

Article détaillé : Étymologie de l'espéranto.

Radicaux[modifier | modifier le code]

La plus grande part des composants invariables du vocabulaire de l'espéranto est formée par des « radicaux ».

Un radical en espéranto possède un sens propre, mais il ne peut pas apparaître sous forme de mot autonome, il ne peut apparaître que suffixé par une terminaison indiquant sa classe grammaticale : -o pour un nom, -a pour un qualificatif, etc.

  • Certains radicaux évoquent par eux-mêmes des êtres vivants, et induisent de ce fait à des terminaisons en -o, comme amik- (ami), tajlor- (tailleur), infan-, ĉeval- (cheval), azen- (âne), hund- (chien), bov- (bœuf), arb- (arbre), flor- (fleur), roz- (rose), herb- (herbe), ...
  • Certains radicaux évoquent naturellement des objets et induisent aussi des terminaisons en -o, comme krajon- (crayon), bros- (brosse), dom- (maison), sun- (soleil), sabl- (sable)...
  • D'autre encore évoquent des notions abstraites qui induisent aussi des terminaisons en -o, comme pens- (pensée), program- (programme), poem- (poème)...
  • De nombreux radicaux renvoient à des actions ou des processus, et se complètent alors naturellement par des suffixes en -i, comme dir- (dire), far- (faire), labor- (travailler), mov- (bouger), ven- (venir), frap- (frapper), lud- (jouer),...
  • D'autres radicaux évoquent naturellement des attributs ou qualités, et se complètent naturellement par des suffixes en -a, comme bel- (beau), bon- (bon), grav- (grave, considérable), ruĝ- (rouge), varm- (chaud), ĝust- (juste, correct), pret- (prêt),...

Il existe de nombreux groupes et catégories différentes, outre ce qui précède. Certains radicaux sont difficiles à catégoriser, certaines ont plusieurs significations, et d'autres ont une signification très spéciale. Mais tous les radicaux apportent leur propre sens. Pour utiliser correctement un radical avec des suffixes différents, il faut connaître son sens propre. Le sens du radical est identique à celui la forme en -o (quand celle-ci est utilisée) ; et un radical peut avoir plusieurs sens connexes, qui se répercutent alors sur la forme en -o et la manière d'utiliser les formes dérivées.

Un exemple classique est la différence entre les radicaux komb- (de l'anglais comb, le peigne) et bros- (du français brosse). Les sens des deux verbes kombi (peigner) et brosi (brosser) sont très proche. Mais les formes en -o montrent que les radicaux sont en réalité de nature très différentes : kombo désigne l'action de peigner (et le dictionnaire le donne par conséquent sous une forme en -i), tandis que broso est l'instrument permettant de brosser. Une terminaison en -i leur donne à tous deux un sens d'action, ce qui ne change pas le sens du radical pour kombi, mais change celui de brosi qui doit non pas évoquer la brosse (instrument) mais l'action qu'elle permet généralement de réaliser (brosser). Le nom désignant l'action est kombo pour l'un (dont le radical réfère à l'action) mais brosado pour l'autre (-ad désigne l'action réalisée par la forme en -i). Et inversement, le nom de l'instrument permettant de réaliser cette action est broso d'un côté, mais kombilo pour l'autre (-il- formant les instruments). De même, les adjectifs nobla (noble) et nobela (qui a le caractère d'un noble) peuvent paraître de même sens, mais les radicaux désigne des choses différentes : noblo (ce qui fait la noblesse=la dignité) ne se confond pas avec nobelo (un noble=non roturier) ; pour désigner la qualité sur ce dernier radical il faudrait passer par le suffixe -ec- (nobeleco, relatif à la classe de la noblesse), c'est-à-dire que nobla (noble= digne) est l'équivalent grammatical de nobeleca, ayant qualité d'appartenir à la noblesse).

Une autre manière de voir ces différences est d'associer un radical à une terminaison de base, reflétant le sens propre du radical. Dans cette optique, le mot de base est broso dans un cas (le sens de base est l'outil) mais kombi dans l'autre (le sens de base est celui d'une action). Les formes de base étant différentes, le résultat des différentes dérivations sera aussi différent. Cette approche est plus naturelle, mais peut conduire à des erreurs, parce qu'il n'est pas toujours évident de déterminer quelle doit être la forme de base.

Affixes[modifier | modifier le code]

L'espéranto possède de nombreux affixes (préfixes et suffixes). Le débutant sera très rapidement confronté au préfixe mal- qui lui permet de trouver l'antonyme de nombreux mots, adjectifs ou verbes : bela (beau) et malbela (laid) ; lumo (lumière) et mallumo (obscurité) ; ami (aimer) et malami (détester) ; fermi (fermer) et malfermi (ouvrir) ; supren (vers le haut) et malsupren (vers le bas).

Article connexe : Grammaire de l'espéranto.

Familles régulières de mots[modifier | modifier le code]

Avec l'utilisation de ces affixes, la formation des mots suit des schémas réguliers et sans limitation arbitraire :

  • patrino = mère
  • patrina = maternel(le)
  • patrine = maternellement
  • patrini = materner
  • panjo = maman

(Le français utilise trois racines différentes  : mèr-, mater- et mam- ; l'espéranto utilise une seule racine, ce qui facilite la mémorisation.)

  • vulpo = renard
  • vulpino = renarde
  • vulpido = renardeau
  • vulpa = vulpin(e)
  • vulparo = meute de renards
  • vulpe = à la manière d'un renard
  • vulpi = agir comme un renard
  • pluvi = pleuvoir
  • pluvegi = tomber des cordes/pleuvoir à verse

Les affixes peuvent s'accumuler :

  • ĉevalo = cheval
  • ĉevalidino = pouliche (suffixes id et in)

Si le schématisme poussé de l'espéranto paraît quelquefois lourd, il obtient souvent une concision et une densité que bien des langues sont obligées de diluer dans des périphrases. À côté de samlandano calqué sur compatriote, l'espéranto a un samideano (partisan du même idéal), un samklasano (membre de la même classe), etc. Il peut aussi exprimer toute une idée par un vocable compact :

  • amantino (une amante)
  • aminda (aimable)
  • amema (porté à l'amour)
  • malameti (éprouver un petit dégoût)
  • avari (être avare)
  • forflugi (s'échapper en s'envolant)
  • enlitiĝi (se mettre au lit)
  • japana turisto amuze fotema (un touriste japonais dont la tendance à photographier est amusante)
  • japana turisto pro fotemo amuza (un touriste japonais amusant par sa tendance à photographier)
  • gratulinda virino (une femme qui mérite d'être félicitée)
  • envortarigi (faire entrer dans le dictionnaire - un mot, une expression, etc -)
  • elvortarigi (faire sortir du dictionnaire - un mot, une expression, etc -)
  • fervori (brûler d'ardeur)
  • surtabligi (mettre sur la table)
  • tranokti (passer la nuit)

Comme toute langue vivante, l'espéranto comprend des mots qui n'appartiennent qu'à lui. Ainsi, là où le français n'autorise que « rougeoyer » (ruĝi), « verdoyer » (verdi) et quelques autres verbes plus rares (« blanchoyer, blondoyer, brunoyer »), l'espéranto permet « jaunoyer » (flavi, désuet et rare en français), « noiroyer » (nigri), « bleuoyer » (blui), « grisoyer » (grizi, rare en français), « violoyer » (purpuri) « marronoyer » (maroni), et ainsi de suite. De même, là où le français n'autorise que « rougir » (ruĝiĝi), jaunir (flaviĝi) et « verdir » (verdiĝi), l'esperanto permet « maronir » (maroniĝi) « orangir », (oranĝiĝi), et de même à l'infini. Même lorsqu'un nouveau mot espéranto n'a jamais été utilisé auparavant, il est immédiatement compréhensible pour tous les espérantophones du monde.

La dérivation par affixes permet d'agrandir son vocabulaire, parfois au-delà de ce que l'on connaît de sa langue maternelle. Le radical vid- (voir) correspond à une dizaine de mots français : verbe « voir » (et ses conjugaisons : vois, voyais, verra, ...), la vue, aveugle, la vision, visuel, visible, invisible, panorama, observateur, regard, etc.

Principaux préfixes[modifier | modifier le code]

bo- parenté par alliance

filo (fils) donne bofilo (beau-fils, gendre) fratino (sœur) donne bofratino (belle-sœur)

patro (père) donne bopatro (beau-père, dans le sens père du conjoint ; à ne pas confondre avec "duon-patro" qui est le mari de la mère pour l'enfant d'un lit précédent)

dis- dispersion

doni (donner) donne disdoni (distribuer) semi (semer) donne dissemi (disséminer)

ek- soudaineté d'une action commençante

dormi (dormir) donne ekdormi (s'endormir) pluvi (pleuvoir) donne ekpluvi (commencer à pleuvoir)

eks- cessation d'une fonction ou d'un état social

prezidanto (président) donne eksprezidanto (ex-président) edziĝi (se marier) donne eksedziĝi (divorcer)

fi- moralement méprisable

virino (femme) donne fivirino (selon contexte: mégère, devergondée, etc) komerco (commerce) donne fikomerco (activité mercantile)

ge- réunion des deux sexes

patro (père) donne gepatroj (parents) Sinjoro (monsieur) donne Gesinjoroj (Mesdames et messieurs)

mal- sens contraire

amiko (ami) donne malamiko (ennemi) fermi (fermer) donne malfermi (ouvrir)

mis- action ratée, exécutée de travers

kompreni (comprendre) donne miskompreni (comprendre de travers) paŝo (pas) donne mispaŝo (faux pas)

pra- éloignement dans les degrés de parenté et dans le temps

avo (grand-père) donne praavo (arrière-grand-père) arbaro (forêt) donne praarbaro (forêt vierge)

re- répétition, retour en arrière

fari (faire) donne refari (refaire) veni (venir) donne reveni (revenir)

En outre, il est fréquent que les prépositions soient utilisées comme préfixes : al (à, vers) et veni (venir) se combinent en alveni (arriver) ; senespera (désespéré) vient de sen (sans) et d'espero (espoir).

Principaux suffixes[modifier | modifier le code]

-aĉ- péjoratif skribi (écrire) donne skribi (griffonner) ; vetero (temps) donne vetero (temps de m...e)
-ad- action qui dure ou se réitère ; résultat d'une action paroli (parler) donne paroladi (discourir).
-aĵ- manifestation concrète manĝaĵo (nourriture) ; novo (nouveauté)
-an- membre d'une collectivité, adhérent kristano (un chrétien) ; marksano (un Marxiste) ; usonano (un citoyen des États-Unis)
-ar- groupe vorto (mot) donne vortaro (dictionnaire) ; homo (homme) donne homaro (humanité)
-ĉj- diminutif caressant masculin (appliqué à la première ou aux deux premières syllabes du mot) patro (père) donne paĉjo (papa) ; frato (frère) donne fraĉjo (frangin, frérot)
-ebl- possibilité kredi (croire) donne kredebla (crédible) ; vidi (voir) donne videbla (visible)
-ec- qualité abstraite amiko (ami) donne amikeco (amitié) ; infano (enfant) donne infaneco (enfance)
-eg- augmentatif domo (maison) donne domego (palace)
-ej- lieu caractéristique lerni (apprendre) donne lernejo (école) ; vendi (vendre) donne vendejo (magasin)
-em- penchant ludi (jouer) donne ludema (joueur) ; paroli (parler) donne parolema (bavard)
-end- obligation passive legi (lire) donne legenda (à lire) ; fari (faire) donne farenda (à faire)
-er- unité constitutive salo (sel) donne salero (grain de sel)  ;
-estr- dirigeant estri (commander) ; estro (chef) ; urbo (ville) donne urbestro (maire de la ville)
-et- petitesse bela (beau) donne beleta (joli, mignon) ; varma (chaud) donne varmeta (tiède)
-id- descendant kato (chat) donne katido (chaton) ĉevalo (cheval) donne ĉevalido (poulain)
-ig- rendre tel ou tel pura (propre) donne purigi (nettoyer) ; morti (mourir) donne mortigi (tuer)
-iĝ- devenir tel ou tel sidi (siéger) donne sidi (s'asseoir) ; ruĝa (rouge) donne ruĝi (rougir)
-il- outil ŝlosi (fermer à clef) donne ŝlosilo (clef) ; razi (raser) donne razilo (rasoir)
-in- sexe féminin onklo (oncle) donne onklino (tante) koko (coq) donne kokino (poule) vulpo (renard) donne vulpino (renarde)
-ind- mérite admiri (admirer) donne admirinda (admirable) ; laŭdi (louer) donne laŭdinda (louable)
-ing- contenant partiel cigaredo (cigarette) donne cigaredingo (fume-cigarette) ; glavo (glaive) donne glavingo (fourreau de glaive)
-ism- doctrine komunismo (communisme) ; kristismo (christianisme)
-ist- profession instrui (enseigner) donne instruisto (instituteur)
-nj- diminutif caressant féminin (appliqué à la première ou aux deux premières syllabes du mot) patrino (mère) donne panjo (maman) ; fratino (sœur) donne franjo (frangine, sœurette)
-obl- multiplicatif duobla (double) ; trioble (triplement)
-on- fraction duona (moitié de) ; centono (un centième)
-op- collectif duope (par deux) ; triope (par trois)
-uj- contenant total salujo (salière) piprujo (poivrière) ; supujo (soupière)
-ul- individu caractérisé par un trait particulier kontraŭ (contre) donne kontraŭulo (un adversaire, un opposant) ; stulta (stupide) donne stultulo (un sot)
-um- suffixe à sens indéterminé kolo (cou) donne kolumo (col de chemise) ; plena (plein) donne plenumi (accomplir)

Utilisation des affixes comme radicaux[modifier | modifier le code]

Tous ces suffixes peuvent s'utiliser comme radical (et s'emploient souvent ainsi) : ade (sans arrêt), ege (énormément), ero (élément), etc.

Ils peuvent être traités comme des radicaux, et se combiner entre eux :

  • diseriĝi = se désintégrer (dis-er-iĝ-i : séparation-particule-devenir-infinitif)
  • ejulo = un indigène/un habitant du cru/un habitant du lieu (composé des affixes ej et ul et du o qui indique un substantif)

Dans ce sens radical, ils peuvent même parfois s'utiliser comme préfixe : etburĝa menso (mentalité « petit bourgeois »), reĝaj njoknaboj (les « mignons » du roi).

Cette utilisation comme radical rend les affixes synonymes de radicaux à part entière dans certaines utilisations, par exemple aro (formé sur -ar-, groupe) est synonyme de grupo. Cependant, cette utilisation comme radical n'est possible que lorsque le fonctionnement comme affixe (en tant qu'opérateur ayant un effet déterminé sur le vocabulaire) ne l'est pas. En particulier, en composition, les affixes ne se comportent pas comme des radicaux normaux : diskutgrupo se comprend comme un mot composé (groupe de discussion, un groupe, dans lequel on discute) alors que diskutaro se comprend comme un mot dérivé (rassemblement de discussions, ensemble de discussion). muzikgrupo est un groupe dans lequel on fait de la musique, muzikaro est une collection de musique. sangogrupo est un groupe sanguin, sangaro serait une collection de sang (?).

Composition lexicale[modifier | modifier le code]

De même, par composition lexicale, des mots dérivés peuvent être créés. Ainsi les verbes vidi (voir) et povi (pouvoir) peuvent se combinent en vidpova (capable de voir, c'est-à-dire non aveugle).

Mots composés[modifier | modifier le code]

La forme de composition la plus fréquente combine deux radicaux : l'élément principal, qui donne son sens général au terme et se place à la fin ; et un terme spécificatif, placé au début, qui donne un contexte particulier dans lequel le terme général doit être compris. Ainsi, à partir du radical ŝip (bateau, cf anglais ship) on peut former :

  • vaporŝipo, un bateau à vapeur (vaporo montrant la manière dont le bateau est propulsé)
  • balenŝipo, une baleinière, un bateau pour la pêche à la baleine (baleno indiquant l'objet chassé)
  • puŝŝipo, un bateau pousseur (puŝi = pousser, cf anglais to push, indiquant la fonction du bateau)
  • aerŝipo, un vaisseau aérien (aero indique le milieu dans lequel il évolue).

Dans tous ces mots composés, la signification de base est toujours celle d'un navire, le type de navire étant précisé par le contexte évoqué par le radical mis en préfixe. Le radical mis en préfixe peut également servir à spécifier une partie de l'élément principal, comme dans antaŭbrako (bras de devant = avant-bras) ou Orient-Eŭropo (Europe de l'Est). Ce premier terme peut souvent se traduire par un qualificatif, ou comme une précision contextuelle introduite par de. On aura ainsi, à partir du radical ruĝ- (rouge) :

  • helruĝo, rouge clair (hela, clair, de l'allemand hell).
  • sangruĝo, rouge sanguin, le rouge du sang.
  • matenruĝo, le rouge du matin, donc la lumière de l'aube.

Les combinaisons de plus de deux radicaux peuvent théoriquement se comprendre de plusieurs manières. Aucune règle autre que le bon sens ne dit que dans ŝarĝvaporŝipo (cargo à vapeur), l'élément principal est le composé vaporŝipo spécifié par ŝarĝ, alors que dans aerŝipasocio (aéro-club), l'élément principal est asocio spécifié par le composé aerŝip. On pourrait éventuellement comprendre une décomposition alternative aer-ŝipasocio comme « bateliers aériens », mais ŝarĝvapor-ŝipo n'aurait aucun sens faute de pouvoir interpréter ce que peut être une « vapeur de charge » ou une « vapeur chargée » (?). Des combinaisons plus longues sont théoriquement possibles, mais deviennent rapidement illisibles et peuvent souvent être avantageusement remplacées par des formulations en plusieurs mots : vapor-ŝip-asoci-membro-kun-ven-ej-o est aussi indigeste que le « lieu de venue de réunion de membres d'association de bateaux à vapeur », et est avantageusement remplacé par « kunvenejo por membroj de vaporŝipasocio » (siège de réunion des membres du yacht-club).

On pourra noter dans ce dernier exemple que la liaison entre les deux radicaux membr- et kun- bénéficie d'un -o- intercalaire. Cette voyelle est ici euphonique, et est destinée à faciliter l'articulation et la compréhension du mot composé.

Le sens d'un mot composé peut être différent du sens littéral, mais résulte d'une tradition culturelle et linguistique. Ainsi, terkulturisto est littéralement un individu dont la profession est de cultiver la terre, mais un « agri-culteur » peut faire beaucoup d’autres choses, comme par exemple élever du bétail. De même, falŝirmilo peut littéralement désigner tout instrument destiné à empêcher de tomber, comme une cane ou un harnais de sécurité, mais de même qu'en français l'usage veut que l'on désigne ainsi spécifiquement un « parachute ». Inversement, un même concept peut souvent être désigné par de nombreuses combinaisons équivalentes, l'usage n'en retenant qu'une seule. Ainsi, un timbre-poste se dit « poŝtmarko », mais aurait tout autant pu être désigné par exemple par poŝtosigno, letermarko, ou afrankmarko.

La facilité avec laquelle l'espéranto forme des mots composés ne doit pas conduire à l'impression erronée que d'une manière générale, un substantif peut être préfixé par un radical de sens qualificatif pour former un mot composé. Effectivement, cette composition est régulière, et la composition lexicale se comprend à travers les radicaux ainsi associés. Ainsi, la signification de poŝtmarko peut se déduire des expressions poŝta marko (marque postale) ou marko de poŝto (marque de poste). Cependant, la forme composée n'est pas équivalente à ces expressions, elle marque que le lien entre le terme principal et son spécificatif est de nature essentielle, alors que l'expression n'indique qu'un lien potentiellement accidentel : dikfingro désigne un gros orteil ou un pouce (lesquels peuvent par ailleurs être maigres), alors que dika fingro désigne un doigt gros. Le spécificatif dans un mot composé ne montre pas comment est l'individu, mais de quelle espèce il est. On ne peut donc pas dire bluokulo pour signifier blua okulo (aux yeux bleu), parce que cette construction marque que l'œil est d'une nature particulière, laquelle est caractérisée ou évoquée par le bleu (ce pourrait par exemple être un œil au beurre noir).

Voyelles euphoniques des mots composés[modifier | modifier le code]

Dans les mots composés, la prononciation peut être problématique, quand un radical terminé par une ou deux consonnes doit être suivi par un autre radical commençant par une ou deux consonnes. Dans ce cas, l'insertion d'une voyelle euphonique peut être nécessaire, et la nature de cette voyelle (qui peut être -o-, -e- ou parfois -i-) dépend de ce que signifie la locution d'origine. Un terme comme multbranĉa peut se comprendre :

  • à partir de « kun multaj branĉoj » (avec des branches nombreuses), donnant multabranĉa ;
  • ou comme « kun multe da branĉoj » (avec beaucoup de branches), donnant multebranĉa.

L'ajout d'un -o- euphonique est assez fréquent dans la formation de mots composés, et il l'est d'autant plus dans les cas où la terminaison en -o est fréquente dans d'autres langues, par exemple tous les composés formé sur le radical espérantiste radi-, pour lesquels le terme international correspondant est formé sur radio-. La voyelle euphonique -a- est rarement utilisée. Toutefois on peut la trouver : Kvarmastabarko (barque trois-mats) mais plutôt pour des raisons de sens: "unueco" (unité qualité) est différent de unuaeco" (= unuarangeco : primauté)

Locutions[modifier | modifier le code]

Des mots non élémentaires peuvent également être formés en assemblant sous forme d'un mot unique un groupe de mots formant une locution. De telles formations ne suivent pas la règle des mots composés, voulant que le spécificatif se place avant le terme principal.

Dans la lexicalisation d'une locution, seuls sont normalement conservés les radicaux et mots grammaticaux nécessaires au sens ; les terminaisons sont normalement éliminées, bien que les suffixes soient parfois conservés pour des raisons euphoniques.

  • sur tablo : sur la table → [sur tablo]-Asurtabla.
  • dum unu tago : pendant un jour → [unu tago]-Aunutaga : qui dure un jour.
  • kun sia vizaĝo al la tero : avec son visage vers le sol → [vizaĝo al tero]-Evizaĝaltere : tête basse.

Les locutions peuvent avoir un radical verbal sous-entendu quand elles sont employée avec un suffixe en -i, lequel implique une idée d'action. Ainsi :

  • per laboro : par le travail, en travaillant → perlabori = [per laboro]-(akiri)-I : obtenir quelque chose en travaillant.
  • fiŝojn kapti : attraper un poisson → fiŝkapti = [fiŝojn kapti]-(provi)-I : essayer d'attraper du poisson : il est un fait notoire qu'un pêcheur peut passer des heures à pêcher sans attraper un seul poisson.

De ce point de vue, fiŝkapti se distingue de mots comme leterskribi ou voĉdoni, lesquels sont de simples mots composés sans action sous-entendue.

De même, la finale en -o peut correspondre à un terme sous-entendu, dénotant une construction par locution :

  • tri anguloj : trois angles → triangulo = [tri anguloj]-(figuro)-O : figure formée par trois angles.
  • unu tago kaj unu nokto : un jour et une nuit → tagnokto = [unu tago (kaj) unu nokto]-(periodo)-O : une période de 24 heures.
  • nova jaro : nouvel an → novjaro = [nova jaro]-(tago)-O : le jour du nouvel an.

Il est possible d'ajouter des affixes à ces locutions :

  • surda kaj muta : sourd et muet → surdamutulo = [surda (kaj) muta]-UL-O : une personne sourde et muette.
  • en liton : dans le lit → enlitigi = [en liton]-IG-I : mettre au lit.
  • arte fari : faire selon l'art → artefarita = [arte fari]-IT-A : qui a été fait selon l'art (=artificiel).

Noter sur ce dernier exemple que artefarita ne dérive pas d'un hypothétique *artefari. Ici, l'élément principal est le suffixe -it-, et l'élément de contextualisation est l'expression arte fari.

Une même association de radicaux peut parfois être interprétée soit comme un mot composé, soit comme une locution lexicalisée : antaŭĝardena peut se comprendre comme « quelque chose qui se trouve devant le jardin » (locution) ou comme « relatif à la partie avant du jardin » (mot composé). Ou encore, suboficira peut se comprendre comme « se trouvant sous un officier » (locution) ou comme « relatif à un sous-officier » (mot composé).


Adverbes spéciaux[modifier | modifier le code]

Conformément à la grammaire de l'espéranto, on peut former un adverbe d'un radical en lui rajoutant la finale -e, pour peu que le mot ainsi formé ait un sens. Mais ce ne sont pas les seuls adverbes possibles : il en existe d'autres en particulier dans ce tableau particulier nommé « tabel-vortoj », ainsi que la liste suivante
Remarque: l'appellation « adverbe » est plus large qu'en français, et on trouvera dans cette liste des mots non-qualifiés d'« adverbe » en français, comme « donc » :

  • almenaŭ (au moins)
  • ankaŭ (aussi)
  • ankoraŭ (encore)
  • (ou, ou bien)
  • apenaŭ (à peine)
  • baldaŭ (bientôt)
  • do (donc)
  • for (loin)
  • hodiaŭ (aujourd'hui)
  • hieraŭ (hier)
  • jam (déjà)
  • ĵus (juste, à l'instant)
  • kvankam (bien que)
  • kvazaŭ (quasiment, comme si)
  • malgraŭ (malgré)
  • morgaŭ (demain)
  • nun (maintenant)
  • nur (seulement)
  • nu (alors)
  • plej (le/la plus – superlatif)
  • pli (plus – comparatif)
  • plu (plus – négatif)
  • preskaŭ (presque)
  • tamen (cependant, pourtant)
  • tre (très)
  • tro (trop)
  • tuj (tout de suite)

Dictionnaires d'espéranto[modifier | modifier le code]

  • Plena Ilustrita Vortaro de Esperanto Dictionnaire de référence
  • Reta Vortaro Dictionnaire en ligne multilingue et collaboratif sous GPL donnant les traductions de mots en espéranto dans de nombreuses langues.
  • Lexique eo-fr de 9000 mots
  • Il existe un Wiktionnaire espérantophone et le Wiktionnaire francophone contient souvent une traduction en espéranto des mots qu'il comprend (parfois mêmes plusieurs afin de rendre les diverses nuances possibles du mot français).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]